N° 0018

AFFICHES DU CAP (1764-1790)

Titre(s)

Avis divers et Petites affiches américaines.

Devient, à partir du 1er janvier 1766: Affiches américaines.

Un supplément régulier est publié sous les titres d'Avis du Cap (28 sept. 1768-27 mars 1769), d'Avis du Cap ou Supplément aux Affiches américaines (3 avril-26 juin 1769), de Supplément aux Affiches américaines (10 juil. 1769 – 18 mars 1786), puis, à partir du n° 13 du 25 mars 1786, de Feuille du Cap-Français. Supplément aux Affiches américaines.

Les Affiches américaines succèdent à la Gazette de Saint-Domingue dont la publication avait été interrompue avec le n° 28 du mercredi 8 août 1764. Au début de 1791, Théodore Mozard abandonne leur rédaction pour lancer un nouveau journal, la Gazette de Saint-Domingue, politique, civile, économique et littéraire et Affiches américaines, journal bihebdomadaire publié au Port-au-Prince à partir du samedi 1er janvier 1791. Le supplément régulier des Affiches américaines, la Feuille du Cap-Français, devient alors un journal indépendant publié au Cap deux fois par semaine sous le titre Affiches américaines. Feuille du Cap-Français.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Hebdomadaire, les Affiches américaines sont publiées à partir du 29 août 1764 et ont continué à paraître au moins jusqu'à la fin de 1790. A partir du 28 mars 1768, elles ont un supplément régulier, lui aussi hebdomadaire. A l'origine, le journal et son supplément sont publiés respectivement le mercredi et le lundi, mais par la suite, les jours de publication changent à plusieurs reprises (voir Menier et Debien). Publiés séparément au Port-au-Prince et au Cap, les Affiches américaines et le Supplément aux Affiches américaines, ont eux-mêmes, à l'occasion, leurs propres suppléments locaux.

A partir du n° 45 du 9 novembre 1786, les Affiches américaines deviennent bihebdomadaires et paraissent le jeudi et le samedi. Pendant une partie de 1789 et de 1790, la deuxième livraison hebdomadaire des Affiches américaines est publiée sous le titre Nouvelles diverses (4 janv.-22 mars 1789; 21 nov.-7 août 1790); mais du 25 mars au 11 novembre 1789, ces Nouvelles diverses sont publiées en supplément des deux numéros hebdomadaires. Quant à la Feuille du Cap-Français. Supplément aux Affiches américaines, qui continue à être publiée régulièrement, elle devient à son tour bihebdomadaire à partir du n° 14 du 28 mars 1789. Le 19 septembre 1789, sous le titre Etats-Généraux, est publié un numéro spécial de six pages donnant les premiers «détails sur les mouvements qui ont eu lieu dans quelques parties du Royaume au milieu du mois de juillet»; la veille, un navire parti de Nantes le 30 juillet avait abordé au Port-au-Prince, apportant dans la colonie la nouvelle de la prise de la Bastille. Une semaine plus tard, le 26 septembre, sous le titre Nouvelles, est publié un second numéro spécial de huit pages consacré à cet événement.

Description de la collection

Le numéro, de 4 à 8 p., est publié sur une puis deux colonnes (27 mars 1765), avec un supplément régulier de 4 à 8 p. (28 mars 1768) et des suppléments occasionnels de 2 à 4 p.

Dimensions 170 x 220, in-4°; 200 x 300, petit in-folio (1785-1786), puis grand in-4°. Pagination continue pour chaque volume, sauf pour les années 1779 à 1786, et 1790, non paginées. Sans devise ni illustration.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Les Affiches américaines sont d'abord imprimées au Cap, où Antoine Marie, détenteur d'un brevet exclusif d'imprimeur-libraire pour toute la colonie, avait établi une imprimerie au début de 1764. Mais en 1768, afin de mieux en surveiller la publication, les administrateurs de la colonie «exigent que la Gazette s'imprimât sous leurs yeux», dans la ville où ils résident, Port-au-Prince Description, p. 352, 493). Marie, qui a ouvert une seconde imprimerie au Port-au-Prince, imprime donc les Affiches américaines dans cette ville à partir du 23 mars 1768. A partir de cette date il publie également une «feuille [d'avis] particulière pour [la] ville [du Cap] et celle du Fort-Dauphin et leurs dépendances», cela afin de ne pas porter préjudice au «grand commerce» qui se fait dans cette partie de la colonie. Cette «feuille», imprimée au Cap, servira de supplément aux Affiches américaines et «sera jointe gratis à celle qu'on recevra du Port-au-Prince»; elle «contiendra l'arrivée des Navires au Cap, leur expédition et leur départ, et les avis qu'on y désirera y faire insérer» Affiches, 1768, p. 90).

Les administrateurs de la colonie résidant au Port-au-Prince en temps de paix et au Cap en temps de guerre, les lieux de publication sont inversés en périodes de conflit; ainsi, pendant la guerre d'Amérique, les Affiches américaines sont publiées au Cap (3 oct. 1778 – 3 juil. 1784) et le Supplément au Port-au-Prince. Les Affiches américaines sont aussi imprimées au Cap du 18 juillet 1770 au 16 mars 1771, le tremblement de terre du 30 juin 1770 ayant en partie détruit l'imprimerie du Port-au-Prince.

Imprimeurs: Marie, père et fille, au Cap et au Port-au-Prince (1764-1768); Thomin et Leblanc, au Port-au-Prince (4 janv. - 8 mars 1769); Louis Guillot, au Port-au-Prince (15 mars 1769-juin 1770; 23 mars 1771-19 janv. 1774) et au Cap (18 juil. 1770-16 mars 1771); Donnet, au Port-au-Prince (janv.-juil. 1774); Bourdon, au Port-au-Prince (17 août 1774-26 sept. 1778); Dufour de Rians, au Cap (3 oct. 1778-27 juin 1784); Bourdon et Mozard, au Port-au-Prince (3 juil. 1784-29 déc. 1790).

De 1765 à 1790, le prix de l'abonnement annuel aux Affiches américaines reste fixé à 66 £, et cela bien que le «volume [du journal] ait presque triplé» en 25 ans de publication. Cela s'explique aussi bien par l'augmentation constante du nombre d'abonnés que par l'importance des revenus dus aux annonces et avis «dont l'on paye l'impression, ce qui donne un produit indépendant des souscriptions» Description, p. 494). Les Affiches américaines sont en effet une entreprise très prospère. En 1788, par exemple, le nombre des abonnés s'élève à 1500, ce qui rapporte 90 000 £, auxquelles s'ajoutent 15 000 £ provenant des annonces publiées dans le journal imprimé au Port-au-Prince, et «pour au moins 25 000 livres d'avis» publiés dans le supplément du Cap. Moreau de Saint-Méry estime le bénéfice, cette année-là, à 50 000 livres, les recettes s'élevant à 139 000 livres et les dépenses, parmi lesquelles sont comptées les 12 000 livres allouées au rédacteur, à 89 000 livres environ.

On pouvait s'abonner aux imprimeries du Port-au-Prince et du Cap, auprès de «MM. les directeurs de postes des divers quartiers de la colonie», comme auprès de certains négociants qui agissaient comme correspondants des Affiches à Saint-Domingue et dans les îles avoisinantes.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

MONCEAUX, avocat auprès du Conseil du Cap (1764-1768); Henri DUCHEMIN-DESPALETZ, ancien lieutenant au régiment de Quercy (1768-1771); Bernard-Philippe RODIER, secrétaire du gouverneur général, avocat en Parlement (1780); LEBLANC (1782); Théodore-Charles MOZARD (1783-1790).

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Quand la nouvelle de la publication de la Gazette de Saint-Domingue, le premier journal publié dans une colonie française, «parvint à Versailles [...] [elle] y sema l'alarme dans les bureaux de la marine. On crut déjà voir la transformation de cette feuille en un ouvrage polémique où le gouvernement serait frondé, et le ministre en ordonna la suppression par une lettre du 13 mai 1764» Description, p. 493). Cependant, «pour concilier l'obéissance avec l'utilité», sont créées, quelques mois plus tard, les Affiches américaines dont le titre est révélateur de ce que devait être pour la métropole un journal publié aux colonies.

Les Affiches américaines se conforment à leur titre, et se veulent essentiellement un journal d'avis, d'annonces et d'informations pratiques. La plus grande partie de chaque livraison est consacrée aux textes officiels et aux avis légaux, comme la publication obligatoire des notifications de départ de la colonie, à différents renseignements d'ordre commercial («Tarif du poids du pain»; cours du fret; prix des denrées et marchandises de France et de la colonie; arrivées et départs des navires; etc.), et aux annonces et avis divers («Nègres marrons»; «Animaux épaves»; «Spectacle»; biens et effets à vendre; annonces publicitaires; etc.). Ces avis et annonces sont publiés aussi bien en première page qu'en fin de journal.

Ils encadrent la rubrique «Nouvelles politiques» ou «Nouvelles diverses» dont l'importance varie en fonction de la place comme de l'actualité et de la disponibilité de l'information. Les nouvelles contenues dans cette rubrique sont extraites des journaux européens et américains. A la sous-rubrique «Amérique» sont données les nouvelles locales ainsi que les nouvelles provenant de sources particulières, correspondances commerciales et privées, ou «relations» des officiers et passagers des navires abordant dans les ports de la colonie. A partir de 1778, une large place est accordée aux nouvelles de la rébellion des colonies d'Amérique, et de la guerre qu'elle provoque; ces nouvelles ont le plus souvent pour source les «insurgés» eux-mêmes. Par la suite, une place importante sera accordée aux «nouvelles de France», à l'évolution de la situation politique en métropole et aux tentatives de réforme de Louis XVI.

A l'occasion, sont publiées des lettres de lecteurs, le plus souvent sous forme d'«observations», de «remarques», de «mémoires», destinés à aider au développement économique et culturel de la colonie; c'est le désir de voir se répandre «les lumières», le «zèle» pour la colonie et le «bien public», qui animent la plupart de ces lecteurs (1765, p. 189; 1767, p. 67; Avis à MM. les Abonnés, 1785). Avec Théodore Mozard, qui assure la rédaction des Affiches américaines à partir de 1783, une place de plus en plus importante, du moins relativement, est consacrée aux «essais de Littérature», «observations sur l'Agriculture, les Manufactures, le Commerce, l'Histoire civile, politique et naturelle de la Colonie en particulier et des Antilles en général», et aux «variétés». A la rubrique «belles-lettres», qui apparaît de plus en plus régulièrement, sont publiés des anecdotes, petits-vers, pièces de circonstance, énigmes, charades, etc., ainsi que quelques comptes rendus de livres, la plupart publiés à Saint-Domingue. Ce qui permet parfois, sans y paraître, malgré la nature du journal et la censure étroite à laquelle il est soumis, d'avancer certaines opinions. Ainsi, signalant la publication d'un Mémoire sur le commerce étranger avec les colonies françaises présenté à la Chambre d'agriculture du Cap, le rédacteur prend soin d'affirmer qu'il est «très éloigné de penser à adopter un sentiment dans cette importante discussion» et qu'il ne se permettra «aucune réflexion sur cet ouvrage»; mais le résumant en quelques lignes, il exprime publiquement et donne «les raisons» d'une des revendications les plus constantes des colons de Saint-Domingue: la suppression des «lois prohibitives» imposées par la métropole afin de permettre «la liberté de commerce avec les Etrangers» (1785, n° 102, Supplément).

L'administration coloniale se réservait en fait le droit de nommer le rédacteur des Affiches américaines, et surveillait étroitement la publication de ce journal Description, p. 493, 495). Ainsi il est probable que le second numéro spécial consacré à la prise de la Bastille a été publié «sur ordres», pour corriger l'effet qu'avait produit le premier. En tête de ce second numéro spécial, le rédacteur indique qu'il a eu accès à d'autres sources d'informations, à des «feuilles imprimées dans la capitale et dans les provinces», à des «bulletins de Paris faits à la main» aussi bien qu'à des «lettres particulières», mais qui, cette fois-ci, souligne-t-il, sont écrites «sans prévention», ce qui va lui permettre de mieux rendre compte de la véritable nature de l'événement: «les premiers rapports ont été exagérés [...], la feuille donnée au Public samedi dernier a été répandue avec tant de célérité, qu'on n'a pu vérifier aucun des faits qu'elle contient», et «le défaut de connaissance des événements qui avaient précédé les mouvements de Paris [...] [pouvait faire] interpréter bien des faits d'une manière contraire à la vérité» (Nouvelles, numéro spécial des Affiches du 26 sept. 1789). Sous la pression des événements, le «journal de service», se transforme ainsi en journal d'information, sinon d'intervention, politique.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Coll. consultée: B.N., 4° Lc12 17 à 22, vol. I-XXVII (1764-1790). Une description détaillée de cette collection est donnée dans l'article de M. A. Menier et G. Debien.

Bibliographie

B.H.C., p. 69. – Cabon A., «Un siècle et demi de journalisme en Haïti», Proceedings of the American antiquarian society, n° XLIX (1939), p. 121-205 (p. 125-138). – Menier M. A. et Debien G., «Journaux de Saint-Domingue», Revue d'histoire des colonies, n° XXXVI, 127-128 (1949), p. 424-475 (p. 427-435). – Moreau de Saint-Méry M., Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l'isle Saint-Domingue, Philadelphie, 1797, rééd. Paris, 1958, p. 493-496.

Auteur

Alain NABARRA

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