N° 0019

AFFICHES DE CARPENTRAS (1769)

Titre(s)

Annonces, affiches, et avis divers, pour la ville de Carpentras et le Comté Venaissin.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Hebdomadaire publié le lundi, les Affiches de Carpentras paraissent à partir du 27 février 1769 (n° 1). Leur dernier numéro connu est le n° 8 (17 avril 1769).

Description de la collection

Livraisons de 4 p., sur deux colonnes in-4° (format non rogné: 205 à 212 x 270 à 275). Huit livraisons de pagination continue (32 p.). Du 27 février (n° 1) au 3 avril (n° 6), le titre, composé sur quatre lignes, est coiffé par un bandeau: un cartouche central contenant la numérotation est entouré de palmettes et de deux profils inscrits chacun dans un petit médaillon, le tout est inséré dans un double cadre rectangulaire, orné de guirlandes. Les n° 7 et 8 (10 et 17 avril) sont décorés d'un nouveau bandeau, à l'ornementation plus chargée: autour du cartouche central, les palmettes sont plus nombreuses, trois cadres de palmettes entourent le tout.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

[Carpentras]. Les Affiches de Carpentras ne portent pas le colophon de leur imprimeur, mais seulement le visa du procureur du roi: «Nous avons vu la Feuille hebdomadaire ci-dessus. A Carpentras ce [...]. Sibour, Procureur du Roi».

Après l'interdiction de son Courrier lors de la réunion d'Avignon et du Comtat à la France (15 juillet 1768), F. Morénas avait obtenu des autorités françaises le privilège de publier des Affiches et annonces, pour Avignon et le Comté-Venaissin. Imitant le journaliste avignonnais, coup sur coup, Joseph Paris pour Aix (A.D. Bouches-du-Rhône, C. 3337) et l'imprimeur Quenin pour Carpentras sollicitent et obtiennent du Parlement de Provence l'autorisation de publier une Affiche dans chacune de ces deux capitales provinciales. Le 23 décembre 1768, les Consuls de Carpentras approuvent le «Prospectus de la feuille hebdomadaire, ou des feuilles d'affiches pour la ville de Carpentras et le Comté Venaissin dont cette ville est la capitale». Le 9 janvier 1769, le Parlement accorde à Quenin l'autorisation de publier sa feuille et fait «très expresses inhibitions et défenses à toutes personnes de faire ni débiter pareilles Affiches dans la ville de Carpentras et Comté Venaissin, à peine d'amende; et en cas de contravention d'en être informé de son autorité». Le 17 février suivant, Quenin fait afficher à Carpentras et dans le Comtat un placard où sont reproduits son prospectus et l'arrêt du Parlement; il espère d'une telle publicité «recevoir des avis qui doivent [lui] être adressés de tout le Comté Venaissin» (Bibliothèque Inguimbertine, Arch. communales, «Registre des ordres, règlements et arrêts rendus lors de la Réunion du Comtat à la Couronne de France, 1768», AA. 7, f° 76-78; Recueil 22381, pièce 8, le placard imprimé (482 x 713) reproduisant avec quelques variantes le contenu du registre).

Dans l'avertissement du 27 février (p. 1), Quenin reproduit une partie de son prospectus et donne les conditions d'abonnement: «L'abonnement sera de 6 livres par an, et de 3 livres pour 6 mois, payées par avance. On pourra s'abonner dans tous les Bureaux établis dans les différentes villes du Comté Venaissin. A Carpentras, capitale, chez le Sr. Quenin; à Lisle (sur-la-Sorgue) chez M. Bressy, greffier; à Valreas chez M. Duclaut, greffier; à Cavaillon chez M. Poncet, chancelier de l'évêché; à Vaison, chez M. Gontard, bourgeois; à Bollene chez M. Bremond, notaire royal; à Mallaucenes chez M. Aubery; à Caderousse chez M. Bourthalon, notaire royal. On pourra encore s'adresser au Sr. Roberty, imprimeur, vis-à-vis l'Hôtel St. Orner, à Avignon». Enfin, selon le prospectus, «On prendra un sol par ligne d'impression de ceux qui voudront faire savoir quelque chose au Public». Le rédacteur collecte les abonnements annuels au Mercure de France et à seize autres journaux ou gazettes; il propose aussi des abonnements de lecture: «Les personnes qui ne voudront que lire les journaux et les feuilles ci-dessus, pourront s'adresser à nos Bureaux où elles les recevront chaque semaine franches de port, en payant d'avance 4 livres par mois» (n° 22, 6 mars).

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Casimir Barjavel, érudit local vivant dans la première moitié du XIXe siècle, a eu en mains une ancienne collection des Affiches de Carpentras: «Ce journal dont je n'ai vu que huit numéros dans un recueil de la bibliothèque de feu Ch. Cottier, était rédigé (ainsi que le dit Ch. Cottier à la table manuscrite qu'il a mise à la fin dudit recueil) par un nommé Philip (je pense que ce Philip est le même que celui qui était secrétaire de la commune d'Avignon)». Dominique-Gaspard QUENIN, né à Carpentras le 21 octobre 1734, succéda à son père le 20 mars 1759. En 1768, il s'intitule «imprimeur du Roi et du Parlement en la ville de Carpentras et Comté Venaissin». Incarcéré entre 1793 et 1796, il dirigea son atelier pendant près de 50 ans, jusqu'en 1808.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

«Rien ne saurait être plus utile aux habitants d'une ville principale que d'être instruits de tout ce qui peut les intéresser dans tout ce qui se passe chaque semaine, tandis qu'on s'informe à grands frais, le plus souvent pour satisfaire la seule curiosité des événements qui arrivent dans les pays les plus éloignés. L'objet de ces feuilles sera donc d'instruire le Public de ce qui se passera chaque semaine au sujet des ventes, achats, du prix de toutes les marchandises du Pays, du cours du Change, condition demandée ou recherchée, chose perdue ou trouvée, charge ou maison à vendre ou à louer; en un mot, de tout ce qui peut concourir à son utilité, avec un recueil des nouvelles de la Marine et des Arrêts du Parlement». Dès le n° 1 (27 févr.), il apparaît que les Affiches de Carpentras ne sont point parvenues à réaliser les ambitions de leur prospectus. Les avis sont fort rares: «Le court intervalle qu'il y a eu du 17 du courant, jour que nous avons fait afficher le prospectus de notre Feuille, avec l'Arrêt de la Cour qui en accorde le privilège exclusif, au 27 du même mois, ne nous a pas permis de recevoir les avis qui doivent nous être adressés de tout le Comté Venaissin; et nous aurions différé jusqu'à la semaine prochaine de publier la première Feuille hebdomadaire, si l'empressement que nous avons de servir le Public et de remplir nos engagements, ne l'eût emporté sur toutes sortes de considérations. D'ailleurs nous nous sommes d'autant plus volontiers laissé vaincre à notre inclination, que l'abondance des matières que nous avions pouvait suppléer d'une manière également intéressante et avantageuse au défaut de ces avis». Aussi, ce qui devait être l'accessoire devient-il l'essentiel de la feuille. Insérés en première et en seconde pages, les arrêts du Parlement s'étendent souvent sur plus du tiers des Affiches. «Plusieurs personnes de considération nous ayant demandé de commencer ce Recueil à l'époque de la réunion de la ville d'Avignon et du Comté Venaissin au Domaine de Sa Majesté, nous y avons d'abord inséré l'Arrêt de la Cour du 9 juin 1768 [...] On donnera successivement tous les Arrêts que la Cour a rendus depuis cette époque et rendra à l'avenir, et tout ce qui se passa dans cette ville lors de l'arrivée de MM. les Commissaires du Parlement» (n° 1). A l'arrêt de réunion du 9 juin 1768, accompagné du «Tableau de Messieurs les Officiers du siège royal» de Carpentras (n° 1), succèdent le long récit des travaux de MM. les Commissaires du Parlement envoyés à Carpentras (13-18 juin 1768, n° 2, 3 et 4), puis deux arrêts du Parlement contre les Jésuites (30 juin 1768, n° 5, 6 et 8). Etait-ce faire la part trop belle au nouvel ordre des choses? Le rédacteur se décide à évoquer l'ancien maître en insérant un long «Cérémonial» observé à Rome lors de la mort du Pape et de l'élection de son successeur (n° 5, 6 et 7). Ce récit reste inachevé et fait place, le 17 avril (n° 8), à un arrêt du Parlement rendu le 4 avril précédent en faveur des officiers du siège de Carpentras contre les plus petits juges locaux (arrêt étendu sur plus de 2 colonnes).

Malgré tous ses efforts, le rédacteur n'est point parvenu à développer les rubriques de service. Peu de notaires ont cru à l'utilité des Affiches les 8 numéros annoncent en tout et pour tout onze biens à vendre, louer ou affermer. La rubrique «Condition de recherche» ne paraît qu'au n° 8. Dans la rubrique «Avis» sont insérés des avis officiels (les municipalités de Carpentras et de Caromb annoncent la mise aux enchères de la ferme des Boucheries, le collège de Carpentras fait sa propre publicité), des publicités commerciales (un «fabricant d'olives» marseillais propose des thons marines au blanc, un chirurgien d'Avignon vante ses dragées antivénériennes, etc.), des offres diverses (la vente à Marseille d'un cabinet de coquillages, une personne projetant d'aller à Genève demande un compagnon de voyage afin de partager les frais, un particulier - le rédacteur? - propose de traduire du latin en français ou de dresser des «mémoires instructifs et des placets» sur toutes sortes d'affaires), des nouvelles locales (le passage et la bonne tenue du régiment de Querel à l'Isle-sur-la-Sorgue, une histoire amusante de jeu entre un «bourgeois» et un jeune garçon). D'autres publicités sont valorisées par une insertion particulière, précédée d'un titre en lettres capitales. Seules deux annonces locales bénéficient de ce traitement (des publicités pharmaceutiques d'Aix et de Malaucène); les autres annonces sont d'origine parisienne et vantent des instruments et des livrets de musique, des instruments de géographie, les gravures du sieur Chenu. La rubrique «Livres nouveaux» propose dix-sept ouvrages édités par des libraires parisiens (le seul ouvrage proposé par un imprimeur avignonnais est inséré dans la rubrique «Avis»), ainsi qu'un «Art poétique» édité en italien par Volpe, à Bologne. Ce sont des ouvrages religieux, historiques (par exemple le Précis du siècle de Louis XVde Voltaire), le discours de Condillac lors de sa réception à l'Académie française, un traité pratique de l'inoculation, etc. Comme dans les autres feuilles publiques, ces titres sont accompagnés de comptes rendus flatteurs. Deux rubriques sont très rapidement abandonnées: les résultats de la loterie de l'Ecole royale militaire (n° 1), l'arrivée des Bâtiments à Marseille (n° 1 et 2). Par contre, le «Taux de différentes denrées et marchandises vendues au marché» de Carpentras apparaît à la fin du n° 2 et se maintient jusqu'au n° 8 (sous le titre de «Prix courant» à partir du n° 5): y sont consignés les prix des céréales, mais aussi de l'huile, du safran, des amandes, haricots, pois chiches, garousses, etc. Le Taux des grains vendus au marché de Bollène (13 mars) est une seule fois inséré (n° 4, 20 mars). Le rédacteur aimerait insérer d'autres rubriques de ce genre et sollicite sans succès les municipalités: «MM. les Consuls des villes et villages du Comté Venaissin, qui souhaiteront faire insérer dans les calendriers publics les foires et marchés qu'ils ont dans leur communauté, sont priés d'envoyer une note au Bureau d'avis de cette ville chez le Sr. Quenin, Imprimeur Libraire: nous aurons ensuite attention de les annoncer dans cette Feuille» (n° 3, 13 mars).

Si besoin est, le rédacteur complète ses colonnes en allant manifestement chercher dans d'autres papiers publics des recettes utiles: un secret pour détruire les chenilles (n° 1), une nouvelle méthode pour détruire les limaçons (n° 3), un article vantant la bienfaisance des notables de Saint-Quentin et un poème (n° 4), deux anecdotes amusantes, un quatrain, une fable et une épitaphe en vers (n° 5).

Une place disproportionnée offerte aux arrêts du Parlement, des avis trop peu nombreux, le reste de leurs colonnes «bourré» par des publicités pour la librairie parisienne ou par quelques extraits d'autres feuilles: les Affiches de Carpentras n'ont pas réussi à prouver leur utilité locale. Leurs collections ne dépassent pas le huitième numéro. Rien dans ce numéro du 17 avril n'indique une fin prochaine. On est cependant en droit de penser que faute d'annonces, faute d'abonnés, le rédacteur et l'imprimeur préférèrent limiter les frais en cessant la publication.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Bibliothèque Inguimbertine, Carpentras, 20656 (Res. C. 244), reliure récente (coll. complète), format rogné 183 x 254, reliée avec deux pièces imprimées à Aix, chez Esprit David en 1770 (un édit du roi et un arrêt du Parlement à propos des notaires). Quelques numéros des Affiches portent des apostilles manuscrites du XVIIIe siècle, dont l'une renvoie au f° 482 «du manuel ci-contre»; 22381 (1 à 8): coll. non reliée, non rognée (n° 1-7), avec (pièce 8) le placard publicitaire affiché par Quenin le 17 février 1769; Recueil Tissot n° 5, ms 1728, f° 486-489 (n° 1, 27 févr., et 4, 20 mars, portant des apostilles du XVIIIe siècle).

Bibliographie

Barjavel C., Notes manuscrites ajoutées à la brochure d'E. Requien, Bibliographie des journaux publiés à Avignon et dans le département de Vaucluse, Avignon, 1837, Bibliothèque Inguimbertine, ms 2147, f° 12. Qu'est devenu le recueil de Ch. Cottier? – Caillet R., L'Imprimerie à Carpentras, Les Editions du Mont Ventoux, Carpentras, 1943, 16 p. – Dubled H., «Les journaux à Carpentras et dans le Comtat Venaissin jusqu'au rattachement à la France (septembre 1791)», Rencontres. Association carpentrassienne de diffusion culturelle, n° 99, juil.-août 1972, 3 pages sur 2 colonnes. – Moulinas R., L'Imprimerie, la librairie et la presse à Avignon au XVIIIe siècleGrenoble, 1974.

Auteur

Gilles FEYEL

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