N° 0118

L'ANNÉE LITTÉRAIRE (1754-1776)

Titre(s)

L'Année littéraire.

Continuation de : Lettres sur quelques écrits de ce temps (l749-1754).

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

L'ensemble des 168 volumes qui sont publiés sous la direction d'Elie Catherine Fréron se distingue de la collection dirigée par Stanislas Fréron, qui sera étudiée à part. E. C. Fréron obtient une permission tacite au début de 1754 ; un privilège lui sera accordé le 8 août 1770, renouvelé en mars 1775, mais sera supprimé en mars 1776.

Le journal paraît régulièrement tous les dix jours (Avertissement, 1754, t. I), sauf incidents ; chaque année comporte 8 volumes, à l'exception de la première année, qui n'en comporte que 7 ; ces volumes correspondent à 40 cahiers par an, sauf en 1754 où il n'y en eut que 35. Sous la direction d'E. C. Fréron, les cahiers sont régulièrement datés ; après sa mort, seule l'année du volume est indiquée.

Description de la collection

Chaque volume de 300 p. (avec table des matières) est constitué de 5 fascicules de 72 p. comprenant 3 lettres à un lecteur fictif.

Cahier de 24 p., in-12.

Devise : Parcere personis, dicere de vitiis (Martial).

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

De 1754 à 1764, le journal est publié par Lambert, de 1764 à 1766 par Panckoucke, de 1766 à 1769 par Lacombe, de 1769 à 1772 par Delalain, de 1772 à 1778 par Le Jay.

Prix : 12 s. le numéro, puis 15 s. à partir de 1772 (24 £ pour 40 cahiers à Paris). Voir dans A.L., 1755, t. I, la liste des villes où sont déposés les numéros. Le journal connut, selon Voltaire, un «  cours prodigieux » (Best. D16316). Par calcul approximatif, on peut évaluer à 10000 le nombre des lecteurs, mais ce nombre avait sensiblement diminué dès avant la mort de l'auteur. De nombreux incidents ont perturbé la vie du journal : juillet-août 1754, suspension pour un article sur Les Heureux orphelins de Crébillon ; janvier 1755, suspension pour un article sur le discours de réception de d'Alembert ; février 1757, Fréron à la Bastille pour un article sur l'Espagne ; juillet 1760, représentation de L'Ecossaise à la Comédie-Française ; décembre 1760, Fréron à Fort-l'Evêque pour un article sur la folie d'un seigneur ; décembre 1763, Fréron à Fort-l'Evêque pour un article sur l'inhumanité de l'administration ; 1766-1770, L'Année littéraire soumise à la censure philosophique ; avril 1767 et fin 1769, deux suspensions de courte durée ; 1770, Anecdotes sur Fréron et Mémoire Royou (Voltaire) ; obtention du privilège ; mars 1776, suppression du privilège, pour des raisons financières, et mort de Fréron ; sa veuve, Mme Royou et son fils Stanislas prennent la direction du journal.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Elie-Catherine FRÉRON ; jusqu'en 1758, l'abbé J. de LA PORTE est le bras droit de Fréron. Bien qu'aucun article ne soit signé (sauf le courrier des lecteurs, relativement important), on peut mentionner parmi les collaborateurs occasionnels de Fréron, Duhamel Du Monceau (pour l'agriculture), Déon de Beaumont (pour les finances), Rivery (pour la médecine), Colardeau (pour la poésie), de Caux (pour la tragédie), Palissot (pour la comédie, jusqu'en 1761), Baculard d'Arnaud (pour le roman), l'abbé d'Arnaud (article sur Helvétius), Clément (après 1770), les abbés Verteuil et Fontenay (après 1770), Patte, Blondel (pour l'architecture), Macmahon et Garrick (pour la littérature anglaise). Fréron déclare lui-même faire appel à des «  connaisseurs » quand il le faut.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Contenu annoncé et intentions : «  un recueil de principes et de remarques sur les beautés et les défauts »..., une défense des «  droits du goût » (1755, t. I, p. 10) ; mais Fréron déclare en outre : «  Ces puissances philosophiques ont conclu entre elles une ligue offensive et défensive » (1754, t. I, p. 14). En 1758-1759, Fréron lance les mots «  philosophisme », «  philosophistes ». «  Vous avez ces deux manières de nous éclairer : d'une main vous arrachez ces fleurs ambitieuses dont nos modernes aiment souvent à se parer, de l'autre, vous nous découvrez ces sources cachées où ils puisent sans honte et sans remords » (un lecteur, 1763, t. VII, p. 1). En 1766, il lance le mot «  philosophante ». Le préambule de 1768 se déclare pour «  la religion, la morale et les lois ». Fréron écrit en x773 (t. II p. 27) : «  J'ai été le premier et longtemps le seul à résister au torrent de la philosophie régnante et au mauvais goût ».

Première période (1754-1766).

Principaux auteurs étudiés : Montesquieu, 1756,I, 101-181 ; Diderot, Pensées sur l'interprétation de la nature, 1754, I, 1-14 ; Le Fils naturel, 1757, IV, 145-173, 289-300 ; Le Père de famille, 1761, III, 289-318 ; Entretiens, 1761, IV, 289-312 ; V, 3-24 ; Encyclopédie, 1760, IV, 243-268 ; Affaires des planches, 1759, VII, 1760, 1, VI, VIII ; 1761, II, V ; 1762, 1 ; J. J. Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité, 1755, VII, 140-166 ; 1759, VII, 43-52 ; La Nouvelle Héloïse, 1761, II, 289-330 ; affaire Rousseau-Hume, 1766, II, 140-143, 187-195 ; VII, 39-57, 314-320 ; Voltaire, Candide, 1759, II, 203-216 ; La Femme qui a raison, 1759, VIII, 3-25 ; 1760, IV, 7-18 ; L'Ecossaise, 1760, IV, 73-116 ; V, 209-215 ; Tancrède, 1761, I, 289-308 ; Annales de l'Empire, 1760, VIII, 335-349 ; «  L'autre jour, au fond d'un vallon », 1763, I, 287-288 ; Contes de Guillaume Vadé, 1764, IV, 289-314 ; Dictionnaire philosophique, 1764, VIII, 65-68 ; affaire Calas, 1765, III, 145-163 ; IV, 67-70 ; Lettres du docteur Pansophe, 1766, VII, 175-185 ; VIII, 122-131, 218-252 ; Moreau, Les Cacouacs, 1758, 1, 3-32.

Parmi les autres centres d'intérêt pour cette première période, on peut relever : les Salons (1757, V, 333-353 ; 1759, V, 217-232 ; 1761, VI, 3-11, 209-212 ; 1765, VI, 145-174), l'inoculation (1755, V et VI, 1756, II ; 1758, VIII ; 1763, V ; 1765, III et VI ; 1766, II), l'agriculture (1754, VII, 73-83 ; 1756, VII, 3-19), et dans chaque volume de 1761 à 1763, le commerce (1754, II, 92-109, 167-184, 217-316 ; 1755, V ; I756. LIV ; 1758, VI).

Au cours de la seconde période (1766-1776), les tendances et intérêts changent notablement.

Principaux auteurs étudiés : Voltaire, Les Guèbres, 1766, VI, 3-22 ; Zadig, 1767, I, 30-50 ; Les Scythes, 1767, VIII, 145-167 ; ABC, 1771, 111, 217-249 ; Le Dépositaire, 1772, IV, 144-156 ; Epitre à Horace, 1772, VII, 278-286 ; Le Taureau blanc, 1774, IV, 289-331 ; Discours de Me Belleguier, 1774, III, 61-70 ; Commentaire sur la Henriade, 1775, 111, 289-332 ; 217-239 ; VIII, 217-250 ; Diatribe à l'auteur des Ephémérides, 1775, VI, 46-64 ; Diderot, 1772, VI, 1-28 ; 1774, VII, 120-122, 299-337 ; JJ. Rousseau, 1768, VIII, 1-27 ; 1772, IV, 209-215 ; Marmontel, Bélisaire, 1768, I, 3-26 ; VIII, 289-299 ; 1769, 1, 193-202 ; Raynal, 1775, III, 233-250 ; d'Holbach, 1770, IV, 171-181 ; VIII, 313-331 ; 1772, VII, 303-317 ; 1774, VIII, 43-60.

Parmi les principaux auteurs antiphilosophiques, on citera : Bergier, 1767, V, 272-286 ; 1768, VII, 217-232 ; 1770, VIII, 313-331 ; Guénée, 1767 ; 1769, III, 26-40 ; Larcher, 1769, III, 145-159 ; Nonotte, 1770, VI, 145-162 ; Gérard, Le Comte de Valmont, 1774, III, 177-205 ; Vernes, Confidence philosophique, 1771, IV, 194-209 ; Gauchat, Le Philosophe du Valais, 1772, IV, 318-339.

Parmi les centres d'intérêt de cette seconde période, on peut citer : le drame philosophique (1767, VIII, 289-331 ; 1770, VI, 73-98 ; 1773, III, 42-48 ; VII, 3-14, 73-98), la littérature anglaise (1769, III, 217-231 ; 1772, II, 286-320 ; V, 289-330 ; 1769, 217-228 ; VI, 341-345 ; 1770, VII, 73-94 ; 1771, III, 249-263 ; 1772, III, 28-39), les techniques et découvertes, la publicité, l'économie politique, les sciences de la nature et de la vie, l'agriculture et le commerce, l'éducation, les finances, la situation dans les colonies, l'urbanisme et l'architecture, etc., avec quelques temps forts comme le problème de la Compagnie des Indes (1769, IV et V), le problème de la circulation des blés (1767, V, 73-114 ; 1768, III, 241-264 ; 1770, I, 289-304 ; 1775, VI, 46-64).

D'une façon générale, le périodique de Fréron, dont le préambule de 1766 donne une idée d'ensemble, est consacré à la critique littéraire et artistique, à la littérature étrangère, à la polémique antiphilosophique contre Voltaire, Diderot, les encyclopédistes, les athées de 1770 (beaucoup moins contre Rousseau, en particulier après la Nouvelle Héloïse) ; mais il est marqué aussi d'esprit «  encyclopédique » : intérêt pour les problèmes socio-économiques et particulièrement l'agriculture, le commerce, l'urbanisme et la médecine.

Tables à la fin de chaque volume ; tables générales manuscrites à la Bibliothèque des jésuites de Chantilly, fonds Jersey (tables-recollection).

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Exemplaires étudiés : B.M. Quimper ; B.N. Z 40487-40787.

Bibliographie

H.P.L.P., t. II ; H.G.P.,. I, p. 262-267.

Réimpression Genève, Slatkine, 1966, collection complète en 37 vol.

Historique

Mentions importantes dans la presse du temps : Correspondance littéraire de Grimm (passim), L'Observateur littéraire de La Porte, de 1758 à 1762 (voir 1760, t. II, p. 267-285, 346-351 ; t. III, p. 286-288), La Renommée littéraire de Le Brun (1763, t. III, p. 279), Mercure de France (janv., avril et juin 1760), La Revue des feuilles de M. Fréron de Deleyre (1756), Contrepoison des feuilles de La Morlière (1754), Annales politiques de Linguet (t. IV), Journal de politique et de littérature (1776, n°  8), Affiches, annonces et avis divers (12e feuille), l'Espion anglais (t. III), Correspondance littéraire de La Harpe (t. I, p. 289-330, lettre XLIII).

Cornou F., Elle Fréron, trente années de luttes contre Voltaire et les philosophes du XVIIIe siècle, Paris, Champion, 1922. – Van Tieghem P., L'Année littéraire comme intermédiaire en France des littératures étrangères, 1907. – Balcou J., Fréron contre les philosophes, Droz, 1975. – Briard-Millerioux J., L'Esthétique d'Elie-Catherine Fréron, 1739-1776, P.U.F., 1985. – Lénardon D., Index de «  L'Année littéraire », Genève, Slatkine, 1979.

L'Année littéraire est assurément le plus important, le plus intéressant périodique du XVIIIe siècle. D'abord par la personnalité de son directeur, le Breton Elie Catherine Fréron (1718-1776) qui le dirigea pendant 22 ans (1754-1776) avant que son fils et sa veuve prennent le relais (1776-1790). Ensuite par son contenu, car que de sujets abordés ! par son succès enfin que lecteurs et adversaires contribuèrent à consacrer.

Ce journal est essentiellement celui de Fréron. Ce dernier, qui s'était fait la main chez Desfontaines venait de s'affirmer par les Lettres sur quelques écrits de ce temps. Il connaît les règles pour triompher : un cahier de 72 p. à paraître tous les 10 jours ; au prix modique de 12 s. et dès 1772, de 15 ; un bon imprimeur-éditeur (le premier sera Lambert) ; un bon réseau de distribution (voir l'Avertissement de 1755) tant en France qu'aux quatre coins de l'Europe ; une bonne équipe de «  nègres » et, pour la technicité, de «  connaisseurs » ; des protections solides et efficaces (d'Argenson, Stanislas, le Dauphin, Choiseul [?], d'Aiguillon) ; et par-dessus tout, du style. Sans doute n'est-il pas toujours aisé de distinguer la part personnelle de Fréron dans cette œuvre collective où les articles ne sont généralement pas signés. La critique interne, les références biographiques, les accusations à la Librairie aident à s'y retrouver. De toute façon, Fréron est le patron, le maître d'œuvre, le responsable. Non seulement il sait affronter la tempête, mais aussi la provoque. Il résiste vaille que vaille à tous les mauvais coups, à la haute surveillance de la censure et des philosophes eux-mêmes. Et de s'en vanter : «  Dès l'instant qu'ils se flattaient d'être délivrés d'un Aristarque incommode, je reparaissais sur l'arène avec l'ardeur d'un athlète dont quelques blessures que des lâches lui ont faites en trahison raniment le courage au lieu de l'abattre » (1772, t. I, p. 4). Les nombreuses lettres qu'il reçoit et qu'il publie l'encouragent. Mais il n'aurait pas tenu s'il n'avait été doué d'un rare talent de polémiste, d'une évidente solidité de jugement. Ce siècle qui déifia l'ironie, c'est également dans le journal de Fréron qu'il se plaisait à la chercher. Tout n'y est certes pas du même rythme : on ne peut avoir de l'esprit à jet continu, il y a tant de matières à traiter et l'ensemble dépasse les 50000 pages où quelque 10000 sujets sont analysés.

N'en restons pas, en effet, au simple titre. Bien que L'Année littéraire soit d'abord, et pour l'essentiel, le domaine de la «  belle et saine littérature » et que l'auteur se croie investi de la mission sacrée d'y défendre les droits d'un goût sans cesse menacé, ce qui ne l'empêche pas de prôner, dès 1750, le drame, et de contribuer à la diffusion de l'art étranger, il est bien obligé de prendre en compte les aspirations les plus variées de son temps. Certes les auteurs, grands et petits, sont passés au crible. Selon la méthode éprouvée : impression générale, résumé, analyse du fond et de la forme, brève conclusion. Mais bientôt c'est toute l'activité du siècle, intellectuelle et scientifique, qui envahit le journal. Les principaux problèmes qui agitent l'opinion sont naturellement débattus. Ainsi, faut-il libéraliser le commerce des grains ? Comment réorganiser la fiscalité ? La noblesse peut-elle travailler ? Pourquoi tant d'obstacles à l'inoculation ? Quelle place doit revenir aux artisans et aux paysans dans la cité ? Comment développer l'économie, améliorer en particulier l'agriculture ? Et l'éducation ? Et l'urbanisme ? ... Thèmes qui voisinent avec toutes sortes de réclames. La publicité, déjà. Notons aussi la part importante réservée aux comptes rendus des séances des Académies de province. C'est pourquoi L'Année littéraire est par sa masse, sa permanence, sa diversité, un document de premier choix. On sera peut-être étonné d'une telle ouverture d'esprit qui permet d'inscrire, à juste titre, Elie Catherine Fréron dans la mouvance des Lumières.

Et c'est aussi pour ces raisons que L'Année littéraire en imposa. S'il est impossible d'en dénombrer les lecteurs, on peut du moins consulter les papiers de la Librairie, les témoignages des contemporains pour s'en faire une idée. Si dès le début Fréron gagnait dans les 20000 livres et l'éditeur le double (B.N., nouv. acq. fr. 3532, f° 90-92), vers la fin, alors que la situation n'était guère brillante, il arrivait encore, d'après La Harpe (Correspondance littéraire, t. I, p. 389), à 7000 livres. Entre la stupeur de Voltaire et l'envie de La Harpe, se situe, en effet, une aventure étonnante. Celle d'un périodique qui réussit parce qu'il illustre son temps tout en combattant sans relâche sa doctrine antireligieuse. Et c'est surtout pour cet aspect polémique qu'il a marqué l'histoire. La haine des philosophes se comprend, qui ne purent jamais user de cette arme qu'était un grand journal. Ce que sut faire Fréron, inaugurant ainsi le redoutable pouvoir de la presse. Voltaire en fut inconsolable, dont «  la main, à ce qu'on dit (Mémoires secrets, 4 déc. 1776), tremblait en la lisant ». Mais par ses réactions automatiques il faisait tout ce qu'il fallait pour le consacrer. Comment, devant le duel entre Fréron et Voltaire, résister à la malignité de L'Année littéraire ? En réalité, aucun philosophe n'était épargné, sauf Montesquieu, Buffon, Mably et Jean-Jacques Rousseau après la conversion de la Nouvelle Héloïse. D'Alembert, Marmontel, La Harpe, étaient particulièrement visés. D'ailleurs ils ne s'en remirent jamais. Mais frapper juste et pour faire rire ne suffisait plus. D'où le désarroi et l'âpreté mordante de Fréron face à Diderot et aux idéologues de la philosophie naturelle. Mais l'ennemi capital restait toujours Voltaire, tout était de sa faute, il incarnait vraiment le mauvais génie du siècle. Un beau et bon siècle, malgré tout.

Le profond intérêt manifesté tout du long par l'opinion pour L'Année littéraire vient peut-être, en définitive, de ceci : que, séduite par le dynamisme et l'esprit des Lumières, mais obscurément inquiète de la réalité révolutionnaire qu'elles portaient, elle y retrouvait son propre dilemme.

Auteur

Jean BALCOU

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