N° 0162

BIBLIOTHÈQUE FRANÇAISE (1723-1746)

Titre(s)

Bibliothèque Françoise, ou Histoire Littéraire de la France.

Titre modifié pour la première partie du t. VIII (mai-juin 1726) en : La France savante. Ou Histoire littéraire de la France ; mais le titre traditionnel reparaît dans la livraison suivante. Le second titre, en tête de chaque livraison, est d'abord Bibliothèque françoise, puis à partir du t. VI, Histoire littéraire de la France;  retour à l'ancien titre au t. XIV.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

42 tomes, publiés du début de 1723 à 1746. La préface du t. I annonce : «nous donnerons exactement un volume de dix feuilles de deux mois en deux mois» ; par «volume», il faut entendre une livraison ou «partie» de 160 p. environ. Il paraît effectivement 12 livraisons en 1723, mais 2 seulement en 1724 et en 1725. En 1726 (t. VI-VIII), la périodicité est plus régulière et les mois sont mentionnés sur la page de titre ; de 1727 à 1729 (t. IX-XIII), on observe plusieurs interruptions. Le journal devient trimestriel à partir du t. XIV : «Cette partie sera bientôt suivie d'une seconde, et il en donnera quatre dans le cours de cette année. Il paroîtra régulièrement tous les trois mois» (Avertissement de Du Sauzet). Toutefois, la périodicité trimestrielle ne sera respectée qu'à partir de 1735 (t. XX et suiv.).

Description de la collection

Composition de la collection (tomaison, date, parties ou mois, nombre de pages chiffrées), J.F. Bernard : t. I, 1723, 1-2, 309 p. ; t. II, 1723, 1-2, 220 p. ; t. III, 1724, 1-2, 326 p. ; t. IV, 1724, 1-2, 188 + 174 p. ; t. V, 1725, 1-2, 345 p. ; t. VI, 1726, janv.-févr.-mars-avril, 324 p. ; t. VII, 1726, sept.-oct.-nov.-déc, 340 p. ; t. VIII, 1726, mai-juin-juil.-août, 324 p. ; t. IX, 1727, 1-2, 341 p. ; t. X, 1727-1728, 1-2, 312 p. ; t. XI, 1728, 1-2, 348 p. ; t. XII, 1728-1729, 1-2, 342 p. ; t. XIII, 1729, 1-2, 334 p.

Du Sauzet : t. XIV, 1730, 1-2, 364 p. ; t. XV, 1731, 1-2, 368 p. ; t. XVI, 1731-1732, 1-2, 355 p. ; t. XVII, 1732-1733, 1-2, 390 p. ; t. XVIII, 1733, 1-2, 385 p. ; t. XIX, 1734, 1-2, 367 p. ; t. XX, 1735, 1-2, 380 p. ; t. XXI, 1735, 1-2, 372 p. ; t. XXII, 1736, 1-2, 382 p. ; t. XXIII, 1736, 1-2, 369 p. ; t. XXIV, 1736-1737, 1-2, 382 p. ; t. XXV, 1737, 1-2, 385 p. ; t. XXVI, 1738, 1-2, 383 p. ; t. XXVII, 1738, 1-2, 372 p. ; t. XXVIII, 1739, 1-2, 409 p. ; t. XXIX, 1739, 1-2, 382 p. ; t. XXX, 1740, 1-2, 394 p. ; t. XXXI, 1740, 1-2, 367 p. ; t. XXXII, 1741, 1-2, 367 p. ; t. XXXIII, 1741, 1-2, 376 p. ; t. XXXIV, 1742, 1-2, 360 p. ; t. XXXV, 1742, 1-2, 363 p. ; t. XXXVI, 1743, 1-2, 367p. ; t. XXXVII, 1743, 1-2, 360 p. ; t. XXXVIII, 1744, 1-2, 360 p. ; t. XXXIX, 1744, 1-2, 358 p. ; t. XL, 1745, 1-2, 367 p. ; t. XLI, 1745, 1-2, 369 p. ; t. XLII, 1746, 1-2, 370 p.

Chaque livraison est accompagnée d'une table des articles ; chaque tome se termine par un index des matières, d'une dizaine de pages non chiffrées ; t. IX, XI, XIII ne comportent pas d'index des matières.

Cahiers de 16 p., format apparent in-12, 92 x 153, format réel in-8°.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

A Amsterdam, chez Jean-Fr. Bernard (t. I-XIII). A Amsterdam, chez H. Du Sauzet (t. XIV-XLII). Se débite chez Briasson à partir du t. XIV.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Denis-François CAMUSAT, Jean-Jacques BEL, François GRANET, Claude-Pierre GOUJET, Henri DU SAUZET.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

La conception du journal est due à Camusat, qui rédigeait alors son Histoire des journaux («sous presse», d'après lui, à la fin de 1723 ; cf. Bibliothèque française, t. III, I, p. 178), et c'est à lui qu'on doit la définition du périodique savant donnée dans la préface du tome I : «Cette Bibliothèque Françoise n'a rien de commun avec quelques autres Livres qui portent le même titre ; et l'on ne doit point la regarder comme un Catalogue Alphabétique ou Raisonné des Auteurs qui ont écrit en nôtre Langue, tels qu'en ont donné autrefois du Verdier, la Croix du Maine et Sorel : c'est proprement un Journal entrepris à l'imitation de la Bibliotheque Angloise, de la Bibliotheque Germanique & des Actes litteraires de la Suede [...]. Nous y parlerons de tous les Livres qui s'imprimeront en France ou en François dans les Païs Etrangers. Nous donnerons de longs Extraits de ceux que nous croirons en valoir la peine ; Pour les autres qui nous paroîtront moins interessans, nous nous contenterons de les annoncer et d'indiquer l'usage que l'on peut en faire : les Extraits seront entrelacés de Dissertations curieuses et de Pièces fugitives...». Camusat se proposait donc de donner un choix des bons ouvrages, d'une façon très directive, avec impartialité mais sans flatterie. Son intérêt se porte d'abord sur l'érudition (histoire, théologie, lettres anciennes), avec une préférence pour les controverses religieuses, dans lesquelles «les Constitutionnaires et les Jésuites ne sont pas trop bien traités» (Préface). Toutefois, les nouvelles littéraires remplissent le dernier article de chaque livraison, avec de nombreuses indications sur les ouvrages nouveaux et les souscriptions.

A partir du t. IV, II, la théologie laisse la place à la littérature (essais, romans) ; la préface du tome VI manifeste de nouvelles intentions : «Le Public demande qu'on l'instruise agréablement : Une sèche analise l'ennuie ; Il veut être égayé ; Une ironie judicieusement placée lui fait lire l'extrait d'un mauvais Ouvrage» (t. VI, janv.-févr. 1726, Préface, s.p.). Le nouvel auteur de la Bibliothèque française renonce à la théologie et donnera plus de place aux correspondances académiques et aux pièces fugitives. On trouve en particulier dans les t. VI et VIII d'importants comptes rendus des séances de l'Académie de Bordeaux, avec des extraits des communications de Montesquieu (t. VI, p. 238-243 ; t. VIII, p. 58-66). A la suite de protestations des lecteurs, qui regrettent l'ancienne variété du journal, l'auteur promet, dans la préface du t. IX, plus de philosophie, de métaphysique et de sciences. La promesse ne sera tenue qu'en partie. Les t. X-XIII sont surtout constitués de dissertations et d'extraits déjà publiés dans d'autres journaux, comme le constatera l'auteur du t. XIV dans une nouvelle préface. L'Avertissement de Du Sauzet en tête du t. XIV exprime moins un nouveau programme que des garanties de sérieux et de régularité : «Pour rendre cette Bibliothèque plus intéressante, deux hommes de mérite se sont engagés à y travailler ; l'un est à Paris et fournira des Extraits des Livres de France ; l'autre est en Hollande et travaillera sur les ouvrages qu'on imprime dans ce païs». La partie bibliographique du journal est renforcée ; on évite désormais les «traits satiriques» et les «excès».

Les différentes parties de la Bibliothèque française valent donc par des qualités très différentes ; les tomes dûs à Camusat sont remarquables par l'engagement idéologique de l'auteur, janséniste et gallican de longue date, par l'intérêt porté aux hérésies, aux controverses, aux ouvrages les plus audacieux en matière de théologie (Le Courayer, Hardouin, etc.) ; les tomes dûs à J.-J. Bel manifestent surtout de nouvelles préoccupations esthétiques, un goût résolument moderne pour la raison, l'analyse, la recherche des «Principes des Arts» ; Bel reproche à Camusat un «discours général» sur les livres et préfère donner des raisons de juger (Préface, t. IX). La série publiée par Du Sauzet vaut surtout par l'exactitude et la régularité de l'information littéraire.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Quoique la Bibliothèque française soit représentée dans toutes les grandes bibliothèques, les collections complètes en sont rares. Nous avons étudié la collection de la B.M. Lyon, 802221, et la collection de l'Ars, 8° H 26293, qui donnent l'état complet (sauf pour les deux derniers tomes à Lyon) de l'édition originale.

Bibliographie

Du Sauzet a entrepris, en 1730, de réimprimer tous les tomes épuisés : «Les Personnes qui souhaitteront des exemplaires complets de la Bibliothèque Françoise, ou des Volumes séparés, pourront les trouver chez H. du Sauzet, qui a réimprimé les parties qui lui manquaient entièrement. Ce libraire aura soin de renouveler les autres Volumes, à mesure qu'ils viendraient à lui manquer» (Avertissement, t. XIV). On trouve donc des t. I et II de Du Sauzet en 1735, un t. IV en 1737 ; mais il n'y a pas eu réellement de 2e édition de la collection.

Mentions dans : Critique désintéressée (t. I, art. IV ; t. II, art. X), Nouvelles littéraires de Desmolets (15 févr. 1724), Nouvelliste du Parnasse (t. I, lettre 11e). – Mattauch H., Die Literarische Kritik der frühen Französischen Zeitschriften (1665-1748), Munich, Max Hueber, 1968. – Weil F., L'Interdiction du roman et la librairie, 1728-1750,Paris, Aux Amateurs de Livres, 1986.

Historique

Camusat fut certainement le maître d'œuvre de la Bibliothèque française pendant toute l'année 1723. La Bibliothèque germanique le nomme expressément (t. IV, p. 14) et la B.F. ne le dément pas : «... il [Camusat] ne désavoue pas qu'il a quelque part à ce journal, mais il s'en faut beaucoup qu'il soit tout entier de lui, et quand cela seroit [...] M. Lenfant [...] auroit pu faire attention qu'il n'est pas permis de démasquer un homme qui peut avoir des raisons pour se cacher» (t. II, p. 319). Dans une lettre à Desmaizeaux du 1er févr. 1724 (B.L., add. mss. 4282), Camusat écrit : «quoique je ne sois pas tout à fait le père de cet enfant, j'y ai cependant assez de part pour être en droit d'en faire les honneurs». Il est fort probable que le projet d'un périodique savant consacré à la production française venait de Jean-Frédéric Bernard ; mais les contemporains ont reconnu dans les prises de position de l'auteur, dans son agressivité et sa verve, la personnalité de Camusat. A la fin de 1723, perdu de dettes, il songe de nouveau à rentrer en France ; La Motte écrit à Desmaizeaux, le 18 avril 1724 : «[Camusat] a laissé des dettes qui montent environ à 4000 florins ; Peut-être les paiera-t-il, mais en attendant, ceux à qui il doit sont bien inquiets [...] Je ne sais si la Bibliothèque française continuera, mais le libraire n'a point de copie, jusqu'ici ; la IIe partie du t. III, qui devoit paraître à la fin de l'année passée, ne paraît que depuis peu» (add. mss. 4286). Cette 2e partie est sortie en février, comme le notent les Nouvelles littéraires du 14 févr. 1724 ; et Desmolets remarque que l'auteur s'exprime «avec liberté mais sans passion», tout en restant «vif sur les démêlés théologiques» (p. 198). Cela laisse entendre que dans cette fin du t. III, il reste quelque chose de Camusat.

Jean-Jacques Bel, qui peut avoir compté, dès 1724, parmi les collaborateurs recrutés par J.F. Bernard, prend le journal en main à la fin du printemps 1727 (t. IX, I), pour se retirer définitivement un an plus tard ; dans t. XII, II, il n'y a plus rien de lui. Michel Gilot a montré pour quelles raisons les t. VI-XII, I, pouvaient lui être attribués (D.P. 2, art. «Bel»). La préface du t. VI exprime avec vigueur ses opinions littéraires et celle du t. IX évoque les réactions qu'elles ont suscitées. Toutefois, Bel résidait à Bordeaux, et il est probable que J.F. Bernard conserva, de 1725 à 1727, la direction du journal. A partir de 1728, il fit appel à divers collaborateurs (l'abbé de Saint-Pierre, Rémond de Saint-Mard) et notamment à l'abbé Granet. Moreri note d'ailleurs que les comptes rendus de Bel passaient par Granet : «Avant que M. Bel fût membre de l'Académie de Bordeaux [17 juin 1736], il faisoit souvent des extraits raisonnes des ouvrages lus dans cette Académie ; et l'abbé Granet, à qui il les envoyoit, les insérait dans la Bibliothèque Françoise, ou Histoire littéraire de la France, auquel cet abbé a eu part quelque temps» (art. «Bel»). On peut supposer que les contributions de Bel, à partir du t. X, s'espacèrent progressivement ; on note que dans les t. XI et XII, les articles sont moins nombreux et plus longs, et qu'ils constituent parfois de véritables rééditions de textes connus, comme la «Lettre critique sur la Henriade»  de Faget, parue en 1728 (t. XII, ).

L'entrée de François Granet dans la Bibliothèque française est signalée par de Vèze dans une lettre à Seigneux de Correvon datée du 16 sept. 1728 : «depuis quelque temps, l'abbé Granet a la principale part à la Bibliothèque française»  (B.P.U. Genève, ms du fonds Correvon). La collaboration de Granet commencerait donc avec le t. XI, II, et se termine, selon Moreri, avec le t. XIX : «Il a eu part, jusqu'au tome XIX inclusivement, à la Bibliothèque Françoise ou Histoire littéraire de la France, journal fort connu, qui se continue encore en Hollande, où il a toujours été imprimé» (D.P. 2, art. «Granet»). Granet aurait donc travaillé successivement pour Bernard et Du Sauzet. On notera pourtant que Desfontaines, ennemi juré de Camusat et de Bel, n'apprécie la Bibliothèque française qu'à partir du changement d'éditeur au t. XIV ; c'est seulement alors qu'il en approuve la critique «polie et modérée» (Nouvelliste du Parnasse I, lettre 11e, 3 avril 1731, p. 253). Jusqu'en 1730, la Bibliothèque française est restée un journal suspect ; de Vèze remarque qu'elle est «entièrement proscrite en ce pays» (lettre à Correvon, oct. 1725) ; de même en février 1727 : «Vous ne sauriez croire combien l'on est attentif à ne pas laisser entrer ce journal en France». Desfontaines n'a sans doute pas voulu démasquer son fidèle collaborateur, Granet.

Sous la direction de Du Sauzet, le journal devient moins ouvertement janséniste et agressif. Si Du Sauzet recourt à un écrivain janséniste comme Goujet, c'est du moins sans renoncer à contrôler de près son journal. La collaboration de Goujet nous est signalée par un passage de ses Mémoires  «je profitai de l'offre que me fit le sr. Du Sauzet, alors libraire en Hollande, d'insérer les petits écrits que je voudrais mettre au jour dans le Journal intitulé Bibliothèque française ou Histoire littéraire de la France dont on a plus de quarante volumes. Le libraire ex-Jésuite était lui-même auteur de ce bon ouvrage périodique. Mais il recevait aussi de plusieurs endroits des extraits de livres et des pièces fugitives» D.P. 2, art. «Goujet»). Il s'agit visiblement d'une collaboration occasionnelle, et Moreri ne mentionne que quelques dissertations de lui parues dans la Bibliothèque française. La correspondance de Goujet pour 1737-1745, éditée par H. Duranton Correspondance littéraire du président Bouhier, n°  2, Lettres de l'abbé Claude-Pierre Goujet, Université de Saint-Etienne, 1976) ne fait d'ailleurs presque pas allusion à la Bibliothèque française  à partir de 1738, Goujet est entièrement absorbé par sa propre Bibliothèque française. De 1730 à 1746, Du Sauzet fut donc le responsable effectif du journal ; comme J.F. Bernard, il rédige sans doute lui-même les extraits d'ouvrages non littéraires, et recourt à des correspondants parisiens (Granet puis Goujet) pour la partie littéraire. Le contrôle qu'il exerce sur le journal est très strict et se remarque dans la présentation, extrêmement claire et précise, des rubriques et des sommaires, et dans la rédaction des nouvelles littéraires. Grâce à Du Sauzet, la B.F. a réellement rempli son programme ; elle reste aujourd'hui l'un des meilleurs guides bibliographiques de l'époque.

Auteur

Jean SGARD

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