N° 0204

LE CENSEUR UNIVERSEL ANGLAIS (1785-1788)

Titre(s)

Le Censeur universel anglais ou revue générale critique et impartiale de toutes les productions anglaises sur les sciences, la littérature, les beaux-arts, les manufactures, le commerce, «ouvrage périodique tiré et traduit de différents Journaux, magasins et autres papiers publics anglais et qui paraît régulièrement le samedi de chaque semaine, dédié et présenté à Madame par M. le Chevalier de Sanseuil et une Société de Gens de Lettres».

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

3 juillet 1785-7 juillet 1787, pour les exemplaires connus. 4 volumes.

Périodicité annoncée : hebdomadaire. En fait, du 3 juillet au 31 décembre 1785, la collection présente un numéro par jour. Ensuite le journal est hebdomadaire.

Description de la collection

T. I, p. 1-729 (n° 1-182), 4 p. par livraison. T. II, p. 1-728 (jusqu'au 1er juillet 1786), 26 livraisons de 28 p., datées, non numérotées, hebdomadaire le samedi. T. III, p. 1-643 (8 juil. – 31 déc. 1786), hebdomadaire. T. IV, p. 1-284 (6 janv. – 3 mars 1787), 48 p. in-8° par numéro. Les 3 premiers vol. : in-4°, 190 x 250, puis in-8° ; le vol. IV : 120 x 190.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Paris, chez l'auteur, rue Pierre Sarrazin, au magasin de M. Windsor, chez Royez, libraire ; à partir de 1786, chez Lagrange au Palais-Royal. «M. Windsor reçoit les abonnements : 30 £ pour Paris, et 33 pour la province».

Imprimeurs : Guillot, rue Saint-Jacques, libraire de Monsieur, frère du Roi, puis veuve Ballard.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Jean-Nicolas JOUIN, chevalier de Sanseuil, jusqu'en décembre 1785, puis Griffet de LA BAUME. L'un et l'autre ajoute à son nom, sur la page de titre : «et une Société de Gens de Lettres». (voir Add. DP2, «Jouin de Sanseuil» 423).

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Le contenu est annoncé dans le sous-titre. Le premier Censeur de Sanseuil publie, outre les extraits des gazettes anglaises (et américaines), des réflexions sur la langue anglaise et sur la méthode de Sanseuil, des anecdotes et des plaisanteries, des lettres de lecteurs, une lettre de Voltaire et une de d'Alembert à Sanseuil sur sa Grammaire, et de longs «feuilletons» anonymes Aspasie, Zirphis, Azakia, histoire canadienne) peut-être traduits par Sanseuil. On ne retrouve rien de tout cela dans Le Censeur du successeur.

Centres d'intérêt : marine, affaires américaines, les Indes, Franklin, les coutumes britanniques ; littérature anglaise. Ossian, faits divers.

A partir du t. III, table à chaque numéro, où on trouve aussi de la publicité, en général pour des portraits, peintures ou gravures.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

B.N., Z 4818-4820 (t. I-III, in-40) et Z 2259 (t. IV, in-8°) ; Ars., 40 H 8896 (1785-1786).

Bibliographie

Sur Griffet de la Baume, voir ses nécrologies in : La Décade, t. 45, p. 182 et Magasin encyclopédique, avril 1805, p. 414.

Historique

Le Censeur universel anglais s'inscrit dans la ligne de nombreux journaux nés et morts au cours du XVIIIe siècle pour répondre à l'anglomanie qui règne dans les milieux cultivés ou contestataires. Le projet s'explique par la personnalité anglophile de J. N. Jouin, chevalier de Sanseuil, né à Paris en 1731, qui passa plusieurs années en Angleterre et est l'auteur de nombreuses traductions et d'ouvrages de méthode (grammaires, manuel pour apprendre le français aux Anglais). A «transmettre en France l'essentiel de la presse anglaise» se consacrent déjà le Journal du Lycée de Londres et surtout Analyse des papiers anglais, voire le Courrier de l'Europe. Par rapport à eux le Censeur se présente avec l'originalité d'être placé sous patronage officiel, et d'être quotidien.

Il est dédié à Madame, c'est-à-dire à la comtesse de Provence, Marie-Joséphine-Louise de Savoie, femme du futur Louis XVIII ; son garant est donc pris dans la famille royale elle-même. Il est quotidien pendant 6 mois : une feuille est datée de chaque jour entre le 3 juillet et le 31 décembre 1785, y compris le dimanche. Mais il n'est pas sûr que les numéros aient vraiment été distribués journellement car le journal s'annonce hebdomadaire, paraissant régulièrement le samedi de chaque semaine, et il coûte le même prix qu'un hebdomadaire.

La présentation du journal par numéros de 4 p. ne dura que six mois. L'introduction du t. II qui paraît au début de janvier 1786 annonce que «M. de Sanseuil n'a plus aucune part au privilège, à la rédaction ou à la composition du Censeur Anglais». Les raisons de ce désistement (ou écartement ?) ne sont pas connues. Son successeur, Griffet de La Baume, qui s'entoure aussi d'une «société de gens de lettres», annonce, dans cette même introduction du t. II, une nouvelle présentation. Il fait état d'un grand succès du premier Censeur : «Tous les journaux ont pillé le Censeur, les extraits ont été réimprimés, ainsi que les poésies, anecdotes et plaisanteries ignorées en France». C'est, dit-il, une «preuve d'estime des Confrères». Et il est vrai que Sanseuil avait trouvé dans la «formule courte» du premier Censeur quotidien, une forme qui convenait bien à son génie. Sa feuille est allègre, intéressante, vivante. Cela ressortira d'autant mieux que son successeur a le don d'alourdir la matière et le ton. Le Censeur est passé des mains d'un vrai journaliste dans celles d'un compilateur. Il propose un ordre méthodologique, avec classement en cinq rubriques : Mélanges (morceaux d'histoire, d'érudition, agriculture, chimie, morale, morceaux choisis de romans) ; Critique (analyse et annonces, extraits de livres anglais et de traductions en français) ; Poésie (traductions, imitations de poèmes) ; Journal de Londres (particularités, curiosités du moment, analyse de pièces, anecdotes, prix des denrées) ; Variétés (anecdotes et humour).

Au t. III, p. 621, un prospectus fait le point du journal : «Les premiers rédacteurs, souvent dépourvus de secours, ont souvent aussi été forcés de présenter au public des choses peu dignes de son attention. Les nouveaux auteurs n'ont rien omis pour se procurer tout ce qui peut faire connaître l'état présent de la littérature anglaise». La rédaction voudrait donner une orientation plus littéraire au journal et changer son format pour le rendre plus portatif : 48 p., in-8°, chaque semaine. Ses rubriques sont réduites à trois : Mélanges (biographie, géographie, histoire, contes, épisodes de romans, poésies) ; Analyse (ouvrages publiés à Londres sur toutes les connaissances humaines) ; Journal de Londres (cours des changes, marine, commerce, nouveautés, gouvernement, usages, théâtres, anecdotes, nécrologie). Ce troisième Censeur semble avoir eu une durée éphémère. La collection de l'Arsenal ne le connaît pas. Celle de la B.N. s'arrête au 3 mars 1787. Il n'a ni tables ni couvertures, son article le plus saillant est illustré d'un dessin de voilier, p. 236, à l'occasion d'un extrait d'article de B. Franklin sur la navigation à voile. Il comporte très peu d'anecdotes et de faits divers. L'aspect humoristique du premier Censeur a complètement disparu. Il dut cependant continuer au-delà de ce volume IV de la B.N., puisqu'on trouve à la B.M. de Rouen deux numéros du Censeur, du 9 juin et du 7 juillet 1787. Le numéro du 9 juin s'arrête à la page 385. Or le numéro du 3 mars dernier de la collection de la B.N. va jusqu'à la page 284. Qu'il n'y ait eu que 100 p. entre le 3 mars et le 9 juin, pendant 3 mois ou 12 semaines (alors que chaque numéro hebdomadaire est censé en avoir 48) prouve qu'il dut être déjà très irrégulier et entré dans son déclin. Le numéro suivant se présente avec un changement de sous-titre : t. IV ( ?) Censeur universel anglais, «ou revue hebdomadaire de tout ce qui paraît à Londres sur : les Arts, les Sciences, les Belles-Lettres, Histoire, Commerce, Economie rurale, Législature, Marine, Analyse des livres nouveaux de la Grande-Bretagne». C'est le dernier numéro connu. Et pourtant les Affiches de l'Orléanais du 5 décembre 1788 annoncent la distribution du Censeur.

Auteur

Madeleine FABRE

Additif

Historique: Le ms. Bnf Fr. 21865 f°124 donne quelques détails sur la naissance difficile du Censeur universel:

«au travail [= lors de la séance] du 13 septembre 1783, cet ouvrage a été approuvé et porté sur la feuille des jugements [des privilèges] du 30 du même mois (priv.) scellé le 29 déc. / m le baron de Marivetz a renoncé totalement à ce journal et M. le chevalier de Sausseuil demande la main levée de l'empêchement qui a été mis au mois de décembre de l’année dernière [ = décembre 1782] pour la distribution de cet ouvrage... / Mgr ne fera connaître ses intentions que lorsqu’il sera assuré que la négociation entre le Ch.er de Sausseuil  et le Journal des savants sera consommée. / [En apostille :] Travail du 24 février 1785. Il faut que le Ch. De Sausseuil observe son privilège / 3 avril 1785 lettre de la comtesse de Vergennes avec un mémoire de Sausseuil qui demande la permission de faire paraître tous les jours cet ouvrage. / travail du 3 juin 1785: néant [=?]».

De ces indications elliptiques, on peut inférer que le baron Étienne de Marivetz, auteur  réputé d’une Physique du monde et collaborateur du Journal des savants, avait  pensé fonder un journal (ou peut-être dissuader un concurrent éventuel du Journal des savants), et s’était heurté à «Sausseuil» en décembre 1783 (C’est à dire le chevalier Jouin de Sausseuil, voir la notice DP1 204 de Madeleine Fabre et l’additif DP2 423). Ce dernier obtient un privilège, qu’il s’efforce de transformer pour faire de son journal un quotidien. Sa demande est repoussée le 24 février, mais grâce à l’appui de Mme de Vergennes, épouse du ministre des affaires étrangères, il y parvient en juin 1785 ; il reviendra au bout d’un an à la périodicité hebdomadaire.

Auteur additif

Jean SGARD, Françoise WEIL

Ce dictionnaire est mis à disposition du public avec l'aimable autorisation de la Voltaire Foundation

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