N° 0315

COURRIER POLITIQUE DE FRANCFORT (1760 ?-1761 ?)

Bibliographie

Complément du Courrier littéraire de Francfort  non retrouvé. Kirchner 1969, n°  4438.

Auteur

Anonyme

Additif

Titre(s): Courier politique de Francfort. Avec privilège de Sa Majesté Impériale.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s): 1760-1764 ?

Seule est connue l’année 1761 de cette gazette, conservée aux Archives départementales de l’Ardèche. Elle a probablement débuté en juin 1760 : le rédacteur fait allusion à son Avertissement initial du mois de juin 1760 (31 mars 1761) et offre gratis aux abonnés toutes les relations du maréchal de Broglie «à commencer du mois de juin dernier» (10 mars 1761). Elle a continué de paraître jusqu’en 1764 au moins : Pierre Rétat en a retrouvé quelques numéros à l’Archivio di stato Napoli (31 mars, 3-7 avril 1764) et à la Bibliothèque vaticane (Les Gazettes européennes de langue française. Répertoire, BnF, p. 27). Le numéro du Courier politique extraordinaire du 12 juillet 1760 (DP 1, n° 317) est probablement un supplément exceptionnel de notre Courrier. Le Courrier politique se double d’un Courrier littéraire dont aucune feuille n’a été retrouvée.

Comme beaucoup de gazettes, celle-ci est bi-hebdomadaire ; elle paraît le mardi et le samedi ; l’année entière comporte 104 numéros. A la fin de l’année, le directeur annonce qu’il publiera désormais des suppléments de deux pages (annonces du 5, 12, 15 décembre 1761).

Description de la collection: Chaque feuille comporte 4 pages in-4° non chiffrées. Le bandeau de chaque feuille représente un courrier à cheval au galop, entre une effigie de la guerre à droite et une effigie de la justice à gauche.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s): «A Francfort au Chef-Bureau de la Poste, ou à M. Montclair à Francfort. A Paris au Bureau général des Gazettes et dans tous les bureaux des postes de l’Europe».

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s): M. de MONTCLAIR du début jusqu’au 5 septembre 1761 ; à cette date, il est remplacé par M. de Lacombe. Montclair se nomme lui-même «l’Auteur de la Gazette» (10 mars 1761). L’un et l’autre sont également inconnus.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables: «L’Auteur du Courier politique et littéraire de Francfort avertit de nouveau le Public qu’il n’insérera point dans sa feuille périodique, entièrement consacrée au récit des événements, les annonces des ventes, achats, loyers, pertes, et autres semblables, et il prie ceux qui lui ont écrit pour cela de ne plus lui en adresser. En même temps, il invite les savants, les littérateurs et les artistes à lui faire part de leurs productions et de leurs découvertes, il les recevra avec reconnaissance et les rendra publiques dans sa Feuille littéraire, qui paraît comme la Politique les mardi et samedi de chaque semaine» (3 janvier 1761). Comme toutes les gazettes, le C.P.F. publie des bulletins envoyés des différentes villes d’Europe, mais plus particulièrement d’Allemagne, dans l’ordre chronologique des arrivées, par exemple : Madrid, Londres, La Haye, Cassel, Göttingen, Francfort. Il publie surtout, de façon régulière, les bulletins de campagne de l’armée française, qui constituent près de la moitié du contenu.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares: A.D. Ardèche. P. Rétat P., dans Les Gazettes européennes de langue française, B.N.F., p. 27. signale quelques numéros de cette gazette pour l’année 1764 : 31 mars, 3-7 avril à l’Archivio di Stato Napoli (XXXIX D 106) et à la Bibliothèque Vaticane (ASV, Segr.St., Avvisi, vol. 158).

Bibliographie: L’Avant-coureur du 5 janvier 1761 publie la notice suivante : «On imprime à Francfort sur le Mein deux feuilles périodiques qui paraissent à Paris les mercredi et samedi. La première est intitulée : Courrier politique de Francfort ; on y trouve les bulletins des armées françaises et allemandes. Pour se la procurer, à Paris, il faut s’adresser au Bureau général des gazettes étrangères, rue de Mathurins, d’où l’on envoie régulièrement cette gazette dans tout le royaume pour 36 livres par an, franche de port. La seconde feuille a pour titre : Courrier littéraire de Francfort . On donne dans cette feuille des notices des ouvrages français et étrangers qui paraissent journellement. Si cette feuille s’attachait principalement à nous faire connaître la littérature étrangère, elle pourrait avoir du succès ; mais on ne peut lui en promettre un bien grand, si elle n’offre que des nouveautés françaises. Lorsqu’elle arrivera à Paris, ces nouveautés ne seront plus nouvelles, et quand on ne parle que le dernier, on court risque d’avoir peu de lecteurs...». Diffusé en France par Lambert, le C.P.F. se trouve visiblement en concurrence avec l’auteur de l’Avant-Coureur.

Historique: Le Courrier politique de Francfort a été créé en pleine Guerre de Sept Ans, à la veille de la campagne de 1760-1761. La France, alliée à l’Empire, à la Russie et à la Suède, affronte l’armée de Frédéric II et sur mer, la flotte anglaise. Après les défaites de Rossbach et de Minden, l’armée du maréchal de Broglie parvient à stabiliser le front ;  Broglie a été nommé maréchal le 1er juillet 1760 et installe son quartier général à Francfort. La publication régulière de ses bulletins de campagne et le stock de relations mis à la disposition du public à Francfort laissent penser que le C.P.F. est l’organe de propagande de l’armée  française. On note toutefois que ces bulletins sont très détaillés, qu’ils donnent souvent l’image réaliste d’une guerre d’usure, et que le rédacteur exprime les réactions d’un public las de la guerre. En janvier, on prépare la campagne : «si Dieu n’y met la main, nous verrons peut-être encore une campagne meurtrière» (10 janvier 1761) ; en février, «on presse les contributions, les chemins sont couverts de chariots, les magasins se remplissent, on fait des recrues» (7 février) ; en mars, on espère que «la Bonté Divine éloignera bientôt de nous le théâtre de la guerre» (7 mars) . Mais la campagne commence en mai et durera jusqu’en octobre. «Placés au centre de l’Europe et au milieu du théâtre de la guerre», les journalistes ont l’avantage d’être directement informés ; c’est ce qu’ils font valoir auprès de la Gazette de Bruxelles, qui les a violemment critiqués (31 mars). Ils donnent aussi des nouvelles de la Cour de Vienne et de la famille impériale : «jamais la Cour n’a été plus brillante que cet hiver» (10 janvier) ; ou du quartier général de Broglie, où les Comédiens du Roi jouent L’Écossaise de Voltaire devant 3000 spectateurs (1er septembre). Un encart publicitaire nous apprend que le Sieur Neuilly «tient un magasin de vin de Champagne rouge» à Francfort (30 mai)... On saura également que «l’immortel M. de Voltaire» publie un commentaire sur Corneille, que les jésuites ont commis une nouvelle escroquerie (10 novembre) ou que le P. Malagrida a été jugé et exécuté à Lisbonne au cours d’un auto-da-fé (31 octobre). Malgré la monotonie des bulletins, le C.P.F. présente donc une assez grande variété d’informations. Sa faible diffusion s’explique sans doute par les difficultés de communication en temps de guerre : Montclair se plaint que les paquets de journaux expédiés en France aient été interceptés (24 janvier1761). Né de la guerre, le C.P.F. disparaîtra une fois la paix rétablie, vraisemblablement un an après le traité de Paris (février 1763).

 

Auteur additif

Jean SGARD

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