N° 0389

L'ESPION FRANÇAIS À LONDRES (1778-?)

Titre(s)

L'Espion François à Londres: ou, Observations critiques sur l'Angleterre et sur les Anglois «Par Mr. le Chevalier de Goudar. Ouvrage destiné à servir de Suite à l'Espion Chinois».

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Samedi 27 février–samedi 6 juin 1778, d'après la datation des numéros. Hebdomadaire paraissant le samedi. L'ouvrage a été publié en fascicules séparés, mais aucun exemplaire de l'édition originale n'a été retrouvé. Les rééditions regroupent 15 numéros avec quelques suppléments intercalés. Chaque article est numéroté et daté. Le n° XI du 29 mai est en deux parties.

Description de la collection

La «seconde édition» (1779) comporte deux volumes: vol. I, 312 p. avec suppléments aux n° 2 et 3 intercalés entre les p. 100-101 et 148-149; vol. II, 308 p. avec un supplément de 40 p. au n° XV (Mars, n° 137). La première contrefaçon de 1780 comporte également deux volumes: XII + 286 p., XII + 314 p. (Mars, n° 138). Une seconde contrefaçon datée de la même année comporte 240 et 264 p. (Mars, n° 139).

Format de la seconde édition: cahiers de 8 p. in-8°, 125 x 208. Contrefaçons en format in-12.

Devise: Quid verum atque decens, curo, et rogo, et omnis in hoc sum. Hor. Lib. I. Ep. I, Ver. 11.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

«A Londres, aux dépens de l'Auteur».

«Il y en a deux vol. qui se vendent un Louis», écrit Bachaumont le 20 avril 1780 (M.S., t. XV, p. 143), à propos de l'une des contrefaçons.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Pierre Ange GOUDAR.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Goudar expose, sur le mode ironique ou burlesque, des réflexions personnelles sur la politique, les mœurs, la littérature, le commerce. Il emprunte aux journaux de nombreux développements sur le conflit franco-anglais, sur la querelle entre le chevalier d'Eon et Beaumarchais; il y ajoute un commentaire satirique, donne son avis sur la presse anglaise (n° XIII et XV). Les principaux sujets d'intérêt sont: la politique et les mœurs anglaises, la banque, l'économie, la musique et la danse, les anecdotes.

Principaux auteurs cités: Voltaire et Beaumarchais.

Tables en début du vol. I et en fin du vol. II

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

B.N., 8° Nk 21 (1779), 8° Nk 21-A et B (1780); B.L., 12352 c. 38 et 14130 a. 18 (1780).

Bibliographie

D.P.2, art. «Goudar». M.S., t. XV, p. 143 et 319. C.L.S., t. VII, p. 17-24. t. X, p. 53-56, t. XII, p. 282. – Mars F., «Ange Goudar, cet inconnu (1708-1791). Essai bio-bibliographique sur un aventurier polygraphe du XVIIIe siècle», Casanova gleanings, vol. IX, 1966, p. 52-54.

Historique

L'édition originale de ce périodique reste introuvable. Il fut publié par fascicules et dans un texte plus complet que les rééditions et contrefaçons dont nous disposons. A preuve, les comptes rendus de Mettra du 15 mai et 19 juin 1779 (t. VIII, p. 17-24 et 99-102): «Je vous ai parlé l'année dernière d'un ouvrage imprimé en Angleterre sous le titre: l'Espion français à Londres. Il fut suspendu peu après. Je viens d'en recevoir quelques cahiers qui annoncent que cet ouvrage a été repris et qu'il se continuera». Bachaumont, le 20 avril 1780 (M.S., t. XV, p. 143), annonce une édition en 2 vol. sous le même titre, «qui se vendent un louis». C'est l'édition de 1779 (à Londres, aux dépens de l'auteur). Une autre édition en 2 vol. porte la date de 1780 (c'est sans doute une contrefaçon parisienne). Une lettre de Goudar lui-même (à François G., 4 mars 1780, Mars n° 138, p. 54) dit: «On a commencé d'imprimer mon journal avec permission tacite, mais il sera mauvais, ne contenant que des bagatelles, attendu que M. le Comte de Vergennes m'a ordonné de ne point y mettre de politique; aussi ne l'aurais-je pas entrepris si je n'avais reçu 20.000 livres de souscripteurs étrangers dont il faut que je remplisse l'engagement, au moins pour un an». F. Mars qui cite cette lettre n'est pas absolument sûr que le journal dont parle Goudar soit L'Espion français (il en avait deux autres en projet, d'après Mettra). C'est à coup sûr le plus connu et le plus apprécié, ainsi qu'en témoignent rééditions et contrefaçons. Peu original quant au fond, il a trouvé un ton cocasse et plaisant «qui sacrifie délibérément au burlesque trivial et marque un tournant dans la production de Goudar» (Mars, p. 53).

Ce qu'on peut remarquer c'est que, se plaçant dans la tradition des «spectateurs» (observateurs, mercures et autres espions), famille de journaux à narrateur unique et déguisé, son titre n'est pas seulement une convention littéraire. Goudar a vraiment passé l'hiver 1777-1778 à Londres, et il a vraiment été espion. La pratique du renseignement fut une constante de sa vie aventurière. Aussi la lettre qu'il publie dans L'Espion (t. II, p. 60-66; fiction signée Pierre Mouchard), longue explication sur l'origine et la pratique du métier de la «mouche», pourrait se lire comme une sorte de confession indirecte et ironique. Et Mars voit un autre accent personnel possible dans le choix de la devise latine: Quid verum atque decens curo et rogo et omnis in hoc sum, qu'il traduit ainsi: «Qu'est-ce que le vrai, l'honnête? Voilà ce qui m'inquiète, ce que je cherche, ce qui m'occupe tout entier» (Horace, Epître I, vers 11), qu'il a retrouvée sur le seul portrait authentique de Goudar, en exergue (B.N., Est., 62 B 2276).

Auteur

Madeleine FABRE

Additif

Description de la collection: Madeleine Fabre, dans la notice 389 de D.P.1, constatait qu’aucun exemplaire de l’édition originale de ce journal n’avait été localisée. L'édition originale serait évidemment celle des numéros et non pas de leurs réimpressions. Or il existe deux réimpressions datées de 1780 des premiers numéros avec une pagination continue. Le texte est identique et la numérotation chaotique dans les deux cas. Une de ces réimpressions (Dijon, Toulouse, Bodleian Library) comprend un tome I de 240 pages, numéros 1 à 6 datés du 27 février 1778 au 4 avril 1778 avec des suppléments et un tome II de 264 pages, tables comprises, numéros 7 à 15 (avec des erreurs de numérotation) datés du 11 avril 1778 au 6 juin 1778 et leurs suppléments.

L’autre réimpression (Taylor library à Oxford et Gand) a deux volumes: le tome I a 286 pages, le tome II, XII-314 p.

Historique: Nous ignorons si ces deux volumes ont paru réellement en 1780 et en même temps. La première que nous avons mentionnée a probablement été faite par Nouffer à Genève: elle comporte deux ornements assez courants en Suisse; et lors d’un inventaire du fonds de Nouffer (en fuite pour d’autres raisons) on trouva 526 exemplaires d’une édition de 1780 en 2 volumes1. L’autre édition a peut-être une origine hollandaise.

Il s’agit bien en tout cas des premiers numéros car Goudar précise à la fin du n° 1; «Je ne dirai point de sottises aux gens, encore moins aux Grands. Mes observations ne porteront que sur les vices publics et les défauts généraux…Cette brochure sera périodique et paraîtra le samedi.»

Le n° 6 daté du 4 avril 1778 est consacré à «la chevalière» d’Eon et à sa correspondance, vraie ou imaginaire, avec Beaumarchais. On en trouve des échos dans une lettre du 7 avril 1778 adressée de Londres par Jean-Joseph Janiau de Vignoles à Beaumarchais: «La copie ci-jointe du billet que j’ai cru devoir adresser à l’auteur d’une brochure intitulée L’espion françois à Londres. Je me dispense de vous faire tenir le n° 6 qui m’a révolté parce que j’apprends avec certitude que cet auteur croit pouvoir vous l’envoyer par le courrier de ce jour2…»

Le périodique a-t-il paru entre juin et septembre 1778 ? Nous ne retrouvons sa trace que grâce aux registres de la Douane pour un numéro 1 de septembre 1778: 216 exemplaires de ce numéro et des 3 parties du n° 2 de janvier 1779 ont été saisis le 3 avril 1779 à Torcy (proche de Sedan) comme nouveautés sans permission et transportés à la Chambre syndicale des libraires de Paris.

Le 11 mai 1779 216 exemplaires de deux parties du n° 2 de janvier 1779 ont été saisis comme nouveautés.

Le 4 janvier 1780, 800 exemplaires environ du n° 5, 1779 ont été saisis comme nouveautés3.

Le jugement du 18 mai 1780 enverra tous les exemplaires au pilon et il semble bien qu’ils aient tous disparu, comme les numéros précédents qui avaient, eux, bénéficié de réimpressions en volumes. Le libraire parisien auquel ils étaient destinés était un certain Jean Gauguery, ancien colporteur, collaborateur à l’occasion de la Police. Il devait travailler à l’occasion pour la veuve Duchesne car il signe pour elle un ballot saisi le 21 mai 1779: ce ballot, en provenance de Torcy, contenait les Œuvres de Sara Goudar, la femme d’Ange Goudar. Peut-être tous ces ouvrages provenaient-ils de l’imprimerie de Bouillon.

Notes:

1. Archives d’Etat de Genève, Jur Civ Fc23

2. G. et M. von Proschwitz, Beaumarchais et le «Courier de l’Europe», Oxford, 1990, p. 471. Vignoles était le secrétaire du chevalier d’Eon.

3. BnF, ms. fr. 21934, f° 22

Auteur additif

Françoise WEIL

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