N° 0457

FEUILLE DU BUREAU D'ADRESSE (1633-1651)

Titre(s)

Feuille du Bureau d'Adresse (1633), Cahier des commoditez présentes du Bureau d'Adresse (1651, titre supposé).

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Théophraste Renaudot publia irrégulièrement cette feuille d'avis pour donner quelque publicité aux opérations du Bureau d'Adresse qu'il avait fondé au printemps de 1630. Edouard Fournier (1859) a découvert la Quinziesme Feuille du Bureau d'Adresse, du 1er septembre 1633, imprimée à la suite d'un occasionnel publié par le gazetier. Eugène Hatin (1866) indique qu'il a également eu en mains la Dix-septième Feuille, datée du 21 septembre 1633. Un recueil de la Bibliothèque Mazarine conserve en outre la Dixiesme Feuille du Bureau d'Adresse, du 1er juillet 1633. Paraissant à peu près tous les dix jours, cette feuille aurait donc eu son premier numéro vers le 1er avril de cette même année 1633.

Quelque vingt ans plus tard, se querellant avec les colporteurs parisiens qui contrefont sa Gazette et refusent d'en distribuer l'édition originale, Renaudot annonce qu'il a repris la publication de ces mêmes avis périodiques. Le 8 avril 1651, il indique : «L'espérance que mes faussaires s'amanderont me faisant différer de faire vendre en mes Bureaux et autres lieux des divers quartiers de cette ville mes Gazettes et Extraordinaires, et ne voulant néantmoins priver les curieux des commoditez qui se présentent en mondit Bureau, où ils n'ont pas le temps de les venir chercher, pour satisfaire à leur prière vous serez avertis que vous trouverez un cahier desdites commoditez (cependant que les colporteurs refuseront, comme ils font, de vous l'apporter) tant en mondit Bureau qu'en celui des conditions serviles du Marché-Neuf, devant la porte de S. Louis, rue S. Antoine, et devant celle de S. Jacques de l'Hospital, rue S. Denis, chez un lunettier» (Nouvelles ordinaires, 8 avril 1651). Le 24 juin, il nous informe qu'il s'agit d'un «cahier» hebdomadaire : «Outre le cahier des commoditez qui se sont rencontrées dans ce Bureau et [que] l'on trouve toutes les semaines aux lieux désignés à la fin de chacun desdits cahiers, vous avez eu cette-ci [...]». Le 1er juillet est publié le «treizième cahier des commoditez présentes de ce Bureau que vous trouverez au prix et aux lieux ordinaires». Le 9 septembre, Renaudot est toujours en conflit avec ses colporteurs : «Duquel avis vous apprendrez la nécessité par l'expérience que vous avez eue cette semaine de la malice des colporteurs, lesquels ne crient que fort tard, ou point du tout, mes dits Extraordinaires, afin d'en pouvoir frustrer les personnes avec qui ils ont fait marché pour leur fournir toutes mes impressions le long de l'année, dont ils leur donneroyent la connaissance en les criant : qui est aussi la raison pour laquelle ils ne veulent pas publier les cahiers contenant les grandes et agréables utilitez qui se trouvent tous les jours en ce Bureau : de quoi je vous avertis pareillement, afin que ceux qui ne seront pas moins curieux de l'utile que de l'agréable, les puissent envoyer quérir céans, tant que ces gens de bien persisteront en leur opiniastreté» Nouvelles ordinaires, 9 sept. 1651). Publiés chaque semaine, ces Cahiers des commoditez ont bien débuté le 8 avril 1651 puisqu'ils en sont à leur n°  13 le 1er juillet suivant. Ont-ils duré fort au-delà de leur n°  23 du 9 septembre 1651 ?

Les Cahiers des commoditez sont vendus 3 «blancs» pièce, c'est-à-dire 15 deniers, ainsi que l'indique Renaudot : «Ce cahier ne coustera qu'une pièce de trois blancs, et on y trouvera des terres, offices à vendre, maisons et terres à affermer, et toutes autres adresses à donner et recevoir» Nouvelles ordinaires, 8 avril 1651).

Description de la collection

Les deux Feuilles du Bureau d'Adresse actuellement connues ont toutes deux en commun d'être imprimées à la suite d'occasionnels. Renaudot avait fort bien compris que ces récits, très appréciés de ses contemporains, assuraient à sa feuille une plus large audience que la simple liste des avis de son Bureau d'adresse. En revanche, les deux Feuilles ont des formats bien différents.

Conservée à la Bibliothèque Mazarine (10332 D), une pièce in-folio de 4 p. (format rogné : 164 x 296 mm) présente successivement deux récits occasionnels, puis la Dixiesme Feuille du Bureau d'Adresse. Toute la première page est occupée par La Réception du Roy d'Angleterre en Escosse, relation précédée d'une frise de palmettes et ornée d'une lettrine de début de texte. La deuxième page présente un autre récit, Le Tombeau du Roy de Suéde. Memoriae Sacrum. En bas de page et après un long filet horizontal, débute la Dixiesme Feuille du Bureau d'Adresse du 1. Juillet, 1633. Alors que les deux récits précédents sont imprimés sur toute la largeur de la page, les avis de la Dixiesme Feuille sont présentés sur deux colonnes séparées par un filet vertical. En p. 4, succède aux avis une longue publicité imprimée en italiques. Dans ce texte inédit, Renaudot s'efforce de susciter en province la fondation de Bureaux d'Adresse, promettant à ses éventuels correspondants la primeur des gazettes pour prix de leurs avis, une offre refusée par Peiresc cette même année 1633 (Feyel, p. 7) : «Pource qu'il se trouve plusieurs personnes de toutes les provinces de ce Royaume, qui voyans la commodité que reçoit le public de l'establissement du Bureau d'Addresse en cette ville de Paris et en quelques autres, en souhaittent autant chacun en son pais. L'Intendant Général desdits Bureaux d'Addresse a donné ordre que ceux qui désireront d'y estre employez et pourveuz de la charge de Maistres et Intendants provinciaux ou particuliers de chacune ville, selon le pouvoir qu'il a de Sa Majesté, recevront icy ample instruction des moyens d'exercer lesdites charges avec honneur et profit. A l'exercice desquelles seront propres toutes les personnes de bonne vie et mœurs, moyennant qu'ils sçachent lire et escrire. Mais sur tout les Notaires et autres personnes qui sont desja obligez à se tenir en quelque estude ou Bureau, n'ayant besoing de s'engager à aucune nouvelle despence. Leur exercice consistera à addresser les choses contenues en la table des matières dudit Bureau : et (outre les correspondances qu'ils auront pour les choses cy-dessus) le Bureau de cette ville leur fera tenir des premiers les Gazettes, Nouvelles, Relations et autres choses qui s'y impriment, dont on leur fera une honneste composition». Vient à la suite une annonce en faveur des Conférences du Bureau d'Adressetout juste fondées : «Le premier des deux points desquels il se traittera, ceans en la première heure de la Conférence du lundi 11 du présent mois de juillet, à sçavoir à deux heures après midi sera D'où vient la diversité du raisonnement des hommes. Le second pour la seconde heure, sera De la pierre philosophale. La troisiesme heure sera employée à l'ordinaire, en la proposition, rapport et examen des secrets, curiositez et inventions des arts et sciences licites». La pièce s'achève sur l'adresse : «A Paris, Du Bureau d'Adresse au grand Coq, ruë de la Calendre, le I juillet 1633. Avec Privilege».

Retrouvée par Edouard Fournier qui se garde bien d'en donner les références de conservation, la Quinziesme Feuille du Bureau d'Adresse se trouve à la Bibliothèque nationale, cote 8º Or 95. Il s'agit d'une pièce petit in-8º de 16 pages (format rogné : 104 mm x 159 mm). La page de titre présente le récit occasionnel qui occupe les pages 3 à 9 : Le Duel signalé d'un Portugais, et d'un Espagnol. Extraict d'une lettre escritte de Lisbonne à Paris, au Prince de Portugal. Après un cul de lampe à grotesque, s'étend le colophon : «Du Bureau d'Adresse, au grand Coq, ruë de la Calandre, près le Palais, à Paris, le 31 Aoust 1633. Avec Privilège». En page 10, sous une frise de palmettes, débute la Quinziesme Feuille du Bureau d'Adresse, du premier Septembre 1633, qui s'étend jusqu'à la page 15. Non paginée, la seizième page est occupée par une annonce en faveur des Conférences du Bureau d'Adresse : «Le premier des deux points desquels il se traitera ceans en la première heure de la Conférence du lundi cinquiesme du courant, à sçavoir à deux heures après midi, sera Des causes. En la seconde heure. On recherchera particulièrement pourquoy chacun désire qu'on suive son avis, n'y eust-il aucun interest. La troisiesme heure sera employée à l'ordinaire, en la proposition, rapport et examen des secrets, curiositez et inventions des arts et sciences licites».

Nul doute que les autres Feuilles du Bureau d'Adresse n'aient été elles aussi imprimées à la suite de ces occasionnels de petit ou grand format que Renaudot a publiés en dehors de la Gazette en 1632 et 1633, avant d'en faire ses Extraordinaires à partir de 1634. Nous n'avons pas réussi à retrouver la dix-septième Feuille signalée par Eugène Hatin.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Théophraste RENAUDOT (1586-1653).

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

La Dixiesme Feuille du Bureau d'Adresse présente 41 avis, numérotés 1 à 41, répartis en 11 rubriques : Terres seigneuriales à vendre. Maisons et héritages aux champs en roture à vendre. Maisons aux champs qu'on demande à acheter. Maisons à Paris à vendre. Bénéfices à permuter. Offices à vendre. Offices qu'on demande à acheter. Rentes à vendre. Meubles à vendre. Meubles qu'on veut acheter. Affaires meslées. La Quinziesme Feuille offre 35 avis, eux aussi numérotés (1 à 35) et distribués en 10 rubriques, pour la plupart identiques aux précédentes : Terres seigneuriales à vendre. Maisons et héritages aux champs en roture à vendre. Maisons à Paris à vendre. Maisons à Paris à donner à loyer. Maisons à Paris qu'on demande à prendre à loyer. Rentes à vendre. Bénéfice à permuter. Offices à vendre. Meubles à vendre. Affaires meslées. Sur les deux feuilles, chaque avis est suivi de sa référence dans le registre du Bureau d'Adresse. Depuis sa création, le Bureau d'Adresse en est à son troisième registre. Voici par exemple, la Quinziesme Feuille. L'une de ces mentions : «V. 3. f. 250. a. 1. v», signifie «Volume 3, folio 250, article 1, verso». En dehors de trois articles qui n'ont point trouvé preneur, enregistrés depuis assez longtemps (fo 33, 44 et 199 : une cure au diocèse de Troyes, une terre à vendre à Saclay, un office de trésorier du régiment de Limousin), tous les avis ont été enregistrés plus récemment, entre fº 249 et 256 : 6 avis pour chacun des fº 249 à 253, un avis chacun pour fº 254 et 256. Quelques-uns d'entre eux suffiront à prouver que Renaudot est bien à l'origine de la publicité de presse. A les lire, ne croirait-on pas feuilleter l'une des Affiches, annonces et avis divers de Paris ou de province, 150 ans plus tard ? Voici une terre à vendre : «Une terre seigneuriale en chastelenie, avec toute justice, à quatre lieues au deçà d'Orléans, dans la forest, consistant en beau chasteau bien logeable, terres labourables, vignes, prez, droit de pesche et de chasse, bourg qui en dépend, plusieurs mestairies, rentes, droits de patron-nage et autres droits seigneuriaux. Elle est de deux mille livres de revenu, le prix de soixante mille livres. V. 3. f. 252. a. 3. v». Ou bien cette maison parisienne : «On veut transporter le bail d'une maison, qui n'expirera que dans deux ans, vers la montagne Sainte-Geneviève, consistante en petite porte, escurie pour trois chevaux, court dans laquelle y a un beau cabinet, cuisine, puits, salle, six grandes chambres et trois petites, greniers et caves. Le prix de quatre cens vingt-cinq livres. Il faut que celuy qui prendra ce logis veuille tenir des pensionnaires, afin d'acheter vingt lits et autres meubles qui y sont, et on luy laissera douze pensionnaires qui sont dans ledit logis. V. 3. f. 252. a. 2. v». Et puis voici la publicité d'un «donneur d'avis» : «On donnera l'invention d'arrester le gibier et l'empescher de sortir du bois et d'y rentrer, quand il en sera sorti, par d'autres lieux que ceux qu'on voudra. V. 3. f. 253. a. 9. v». Enfin, l'une de ces demandes de compagnie de voyage, très fréquentes jusqu'à la fin du XVIIIe siècle : «On demande compagnie pour aller en Italie dans quinze jours. V. 3. f. 249. a. 3. v».

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Dixiesme Feuille du Bureau d'Adresse du 1. Juillet 1633, Bibliothèque Mazarine, 10332 D, 32e p.

Quinziesme Feuille du Bureau d'Adresse, du 1er septembre 1633, B.N., 8º Or 95.

Inventaire des addresses du Bureau de Rencontre... avec les trois placards annexes, B.N., Vp 3411 ; Maz., A. 16815 Rés., A.11111 30e p ; B.M. Rouen, Fonds Leber, recueil 4316.

Le Renouvellement des Bureaux d'Adresse, B.N., ms. f. fr. 18600, f° 461 ; B.M. Aix, Rec. D 3, pièce 924.

Bibliographie

H.P.L.P., t. II ; B.H.C., p. 18. – Fournier E., Variétés historiques et littéraires : recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers, t. IX, Paris, 1859, p. 51-61. – Gilles de la Tourette G., Théophraste Renaudot d'après des documents inédits, Paris, 1884. – Grand-Mesnil M.-N., Mazarin, la Fronde et la presse, 1647-1649, Paris, 1967. – Gutton J.-P., La Société et les pauvres : l'exemple de la généralité de Lyon, 1534-1789, Paris, 1971, p. 321-323. – Solomon H.M., Public welfare, science, and propaganda in seventeenth century France. The innovations of Théophraste Renaudot, Princeton, 1972. – Feyel. – «Théophraste Renaudot, l'homme, le médecin, le journaliste, 1586-1986». Colloque du 29 novembre 1986, Cahiers de l'Institut français de Presse, n°  1, sept. 1987, 118 p.

Historique

Médecin de Montpellier, Théophraste RENAUDOT (1586-1653) exerce son art à Loudun, sa ville natale, jusqu'en 1625. Il s'y fait apprécier de Scévole de Sainte-Marthe, du père Joseph, de Richelieu, alors jeune évêque de Luçon. Grâce à ces patronages, il va s'efforcer pendant dix-huit ans, de réaliser la grande idée philanthropique qui lui tient à cœur, le Bureau d'Adresse. Médecin ordinaire du roi, il en obtient dès 1612 «la permission et privilège, exclusivement à tous autres de faire tenir Bureaux et Registres d'addresses de toutes les commoditez réciproques de ses sujets, en tous les lieux de son royaume et terres de son obéissance qu'il verra bon estre. Ensemble de mettre en pratique et establir toutes les autres inventions et moyens par luy recouverts pour l'employ des pauvres valides et traittement des invalides et malades, et généralement tout ce qui sera utile et convenable au règlement desdits pauvres» (Brevet du 14 oct. 1612). L'affaire traîne ensuite dans les bureaux du Conseil d'Etat (avis favorable du 30 oct. 1617, arrêts des 3 févr. 1618, 28 févr. et 22 mars 1624), malgré les efforts du tout nouveau «Commissaire général des pauvres du royaume» (titre obtenu en févr. 1618). Jean-Pierre Gutton a retrouvé quelques interventions de cet infatigable «donneur d'avis» : le voici proposant en 1617 un «Factum du règlement des pauvres mandians de ce royaume», puis soumettant à l'Assemblée des notables réunie par Richelieu en 1626 une «Requête au roi en faveur des pauvres». Il s'agit d'un plan complet d'assistance. Après avoir débuté sur les maux provenant de l'oisiveté et de la mendicité, Renaudot estime que les hôpitaux, s'ils sont multipliés - un par bailliage ou sénéchaussée – et bien administrés, suffiront à recueillir les pauvres invalides. Restent les mendiants valides qu'il est urgent d'assister et pour lesquels il propose vingt moyens de les remettre au travail. Les Bureaux d'Adresse seraient en quelque sorte des offices de placement qui réduiraient le nombre des jeunes ruraux vagabondant ou mendiant en ville, dans l'attente d'un emploi hypothétique. Les pauvres non placés seraient employés à défricher les «terres vaines» et les marais ou bien à des travaux de voirie. Ceux qui refuseraient de travailler pourraient être châtiés et emprisonnés.

Renaudot doit attendre encore plusieurs mois avant de donner une forme concrète à ces idées. C'est l'objet de la déclaration royale du 31 mars 1628 établissant les Bureaux d'Adresse. Il s'agit toujours de permettre aux pauvres de «rencontrer les addresses de leurs nécessitez», mais il n'est plus question de contraindre qui que ce soit à en utiliser les services. Leur fonctionnement est si minutieusement précisé – les registres d'inscription, les frais d'enregistrement pour les éventuels employeurs, la gratuité pour les pauvres, l'information qu'il est nécessaire de donner en cas de placement ou de changement d'avis –, que Renaudot et ses successeurs reprendront souvent les termes de la déclaration, lorsque plus tard ils vanteront l'utilité de ces Bureaux ou voudront les relancer : «Nous avons dit et déclaré, disons, déclarons, voulons et nous plait que ledit Renaudot et ceux qui auront droit de luy puissent, conformément à nostredit Brevet (de 1612), establir des Bureaux et tables de rencontres en tous les lieux de nostre obéissance qu'ils verront bon estre ; ausquels Bureaux il pourra mettre des commis, dont il demeurera civilement responsable, qui tiendront livres et registres dans lesquels il sera permis à un chacun de faire inscrire et enregistrer, par chapitres distincts et séparez, tout ce dont il pourra donner addresse sur lesdites nécessitez, et semblablement d'y venir apprendre et recevoir lesdites addresses par extraits desdits registres. Sans qu'il soit payé plus de trois sous pour chacun enregistrement ou extrait desdits registres, et gratuitement pour les pauvres ; et sans qu'aucun soit contraint se servir desdits Bureaux, tables et registres, si bon ne luy semble. A la charge que ceux qui se seront fait enregistrer seront tenus venir faire descharger le registre dans vingt-quatre heures après qu'ils auront rencontré la chose pour laquelle ils s'estoient fait inscrire, et à l'instant mesme qu'ils auront changé d'avis, en cas qu'ils en vinssent à changer, sous les peines ausquelles ils se soumettront lors dudit enregistrement ; et ce pour obvier à l'incommodité qui adviendrait en addressant des personnes aux lieux où ils ne trouveroient plus ceux qui se seroient inscrits : ce qui priverait lesdits Bureaux de l'utilité que le public en attend ; et pour laquelle descharge il ne sera rien payé».

S'il ne s'agit toujours ici que de soulager les pauvres valides en leur offrant du travail, Renaudot ne va pas en rester là. Avant même son ouverture, il va élargir les compétences du Bureau d'Adresse, soit parce qu'un simple Bureau de placement n'était pas suffisamment rentable, soit plus certainement parce qu'il se heurte à l'opposition des «recommanderesses», «proxénètes» et autres intermédiaires traditionnels. Encore lui faut-il protéger d'éventuels concurrents ses nouveaux projets. C'est là tout l'intérêt du privilège du 8 juin 1629, dont à notre connaissance, personne n'a jusqu'à présent mesuré toute l'importance. Il s'agit tout bonnement d'un privilège de librairie, protégeant de toute contrefaçon un ouvrage à venir intitulé Inventaire des Addresses du Bureau de Rencontre, livre où notre médecin pourra exposer ses nouvelles idées sans risquer la contrefaçon. Du même coup, l'habile homme force quelque peu la main du pouvoir, qui lui donne une sorte de blanc-seing : «Nostre bien amé Théophraste Renaudot [...] nous a très humblement fait remontrer que pour l'effet et exécution du Brevet que nous luy avons concédé, contenant la permission et privilège, exclusivement à tous autres de faire tenir Bureaux et Registres d'addresses ou tables de rencontre de toutes les commoditez de nos sujets [...], il serait nécessaire, pour mieux faire comprendre et gouster au public l'utilité qui s'en peut tirer, de mettre au jour un livre par luy composé sur ce sujet, intitulé L'Inventaire des Addresses du Bureau de Rencontre, qu'il désirerait faire imprimer ; mais il craint que l'ayant fait, et exposé qu'il sera en vente, d'autres libraires et imprimeurs que ceux qu'il aura choisis ne le fassent imprimer, et, par ce moyen, qu'il fût frustré du fruict et effet de son œuvre et labeur, ce qui ne serait raisonnable. A ces causes, luy avons permis et octroyé, permettons et octroyons par ces présentes, ou à ceux qui auront de luy charge et pouvoir, d'imprimer ou faire imprimer, vendre et distribuer partout nostre Royaume ledit livre, avec défense à tous autres, s'ils n'ont charge et pouvoir de luy de le faire imprimer, vendre et distribuer, durant le temps et terme de six ans, à compter du jour et date de l'impression dudit livre, sous peine de confiscation de tous les exemplaires qui en seront trouvez, et d'amende arbitraire, etc.» Au début de l'été 1629, les intérêts lésés par les initiatives de Renaudot - les intermédiaires traditionnels, les six corps des marchands de Paris ou bien les imprimeurs-libraires ? - tentent sans y parvenir d'empêcher la fondation du Bureau d'Adresse. L'affaire remonte jusqu'au Parlement qui déboute les opposants et ordonne que Renaudot jouira «desdits Brevets, Arrests du Conseil, Déclaration et Privilège», «sans qu'aucun autre se puisse immiscer, sinon par son censentement de faire les impressions et adresses y mentionnées» (arrêt du 9 août 1629). Le roi tranche enfin l'affaire le 13 février 1630, dans ses «Lettres de confirmation du don desdits Bureaux d'addresses», entérinées le 5 mars suivant par le Prévôt de Paris. Alors semble-t-il, Renaudot établit son Bureau d'Adresse et publie Inventaire des addresses du Bureau de Rencontre.

Cette mince plaquette de 32 p. in-8º, 162 x 217, est titrée Inventaire des addresses du Bureau de Rencontre, ou chacun peut donner et recevoir avis de toutes les nécessitez, et commoditez de la vie et société humaine. Par permission du Roy, contenue en ses Brevet, Arrest de son Conseil d'Estat, Déclaration, Privilège, Arrest de sa Cour de Parlement, Sentence et jugement donnez en conséquence. Dédié à Monseigneur le Commandeur de La Porte, par T. Renaudot, Médecin du Roy. Après la vignette aux armes royales s'étend le colophon, «A Paris, A l'enseigne du Coq ruë de la Calandre sortant au Marché neuf, ou ledit Bureau d'adresse est estably. 1630». Ce prospectus dont il a un peu honte – ne l'achève-t-il pas sur une excuse : «Lecteur, reçoy par avance ces premières feuilles, que l'impatience de plusieurs a tiré des mains de l'Autheur plus tost qu'il ne pensait» ? – lui est cependant tout à fait suffisant pour donner aux activités de son Bureau toute l'ampleur qu'il leur souhaite désormais. Ce livre manqué débute sur une dédicace à Amador de La Porte, un puissant personnage puisqu'il s'agit de l'oncle de Richelieu (p. 2-8). Après un quatrain de son fils Isaac, et les pompeux éloges d'Amador de La Porte, du Cardinal et du Roi, Renaudot cherche à se justifier de «la diversité de ses emplois» auprès de ses confrères médecins, ses censeurs : «la médecine est le centre de mon repos, c'est la masse de mon édifice». Il s'engage à abandonner son Bureau à des commis, une fois celui-ci bien établi : «Joygnez à cela que ce mien dessein, une fois estably comme il est, n'a plus que faire de mon industrie, et me laisse assez content d'en avoir esté le premier mobile : car de trouver mauvais en moy seul ce que l'usage approuve en tant d'autres, qui font exercer leurs greffes et offices par des commis, ce serait le fait d'une injustice trop ouvertement passionnée». Puis vient une préface (p. 9-13) où Renaudot utilise l'autorité de Montaigne pour légitimer son projet, un «lieu public» où chacun pourrait «rencontrer à point nommé ses nécessités, qui plus, qui moins, selon ses facultés et connaissances, petites ou grandes» : «Feu mon père, écrivait Montaigne Essais, livre I, chap. 34), home pour n'estre aydé que de l'expérience et du naturel, d'un jugement bien net, m'a dit autrefois qu'il avoit désiré mettre en train qu'il y eust ez villes certain lieu désigné auquel ceux qui auroyent besoin de quelque chose se pourroyent addresser et faire enregistrer leur affaire à un officier estably pour cet effect. Comme je cherche des perles à vendre, je cherche des perles à achepter ; tel veut compagnie pour aller à Paris ; tel s'enquiert d'un serviteur de telle qualité, tel d'un maistre ; tel demande un ouvrier, qui cecy, qui cela, chacun selon son besoin. Et semble que ce moyen de nous entr'advertir apporterait une légère commodité au commerce public». Voici donc les Bureaux d'Adresse légitimés non plus seulement par la charité, mais aussi par l'économie, l'argument mercantiliste. Les pages suivantes (p. 14-20) présentent la longue suite des actes royaux qui de 1612 à 1630 furent nécessaires à leur établissement. Le sujet même de l'ouvrage s'étend sur à peine le tiers de la brochure (p. 21-32). Au vrai, il s'agit seulement d'un plan détaillé, un Sommaire des chapitres de l'Inventaire des Addresses du Bureau ou table de rencontre, où sont contenues les matières desquelles on y peut donner et recevoir avis, fort artificiellement divisé en trois livres, de chacun vingt-et-un chapitres. Bien sûr, le Bureau est d'abord au service des pauvres (livre I). Il enregistrera toute idée nouvelle concernant leur soulagement, donnera l'adresse de ceux qu'il faut «ausmoner», des médecins, chirurgiens et apothicaires voulant bien dispenser gratuitement leurs soins, consignera «toutes les expériences qu'on aura et qu'on voudra donner au public des effets admirables des simples et autres remèdes» – voilà les débuts de la publicité pharmaceutique, si riche d'avenir ! –, recevra les factums «bien circonstanciés» et anonymes pour les «maladies secrettes» et «se chargera de leur faire donner promptement avis et consultation ample». Au-delà du service des pauvres, le Bureau révèle ses compétences universelles, lorsqu'il se tourne vers une clientèle plus aisée (livre II). C'est bien sûr un Bureau de placement où l'on pourra trouver des apprentis et des compagnons, mais aussi tous les domestiques, depuis le chapelain et le «gentilhomme suivant» jusqu'aux plus petits «vadepieds et laquais». Il indiquera les adresses des meilleures académies pour les exercices de la noblesse, les collèges, les petites écoles, pensions, etc. Et puis le voici s'occupant des bénéfices ecclésiastiques à permuter, des offices à vendre ou acheter, des maisons et chambres à louer, des terres à affermer, de l'achat ou de la vente des meubles (ameublements de maisons, carrosses, litières, navires et bateaux, bois sur pied et abattu, fruits, provisions, etc.). La publicité faite à tous ces échanges protégera l'intérêt des parties : «Les mémoires qu'on en laissera au Bureau, estant exposez aux yeux de ceux qui les voudront voir avec leurs conditions, donneront aux locataires et fermiers le choix des conditions plus advantageuses, et feront cesser les cabales desdits fermiers par l'enchère que d'autres y pourront mettre». Le Bureau offre aussi ses services aux négociants et autres gens d'affaires : «Associations pour négoce et trafic par mer et par terre. Les commoditez de faire tenir et recevoir promptement nouvelles des lieux où on aura affaire, et y donner correspondance sans y aller. Sçavoir le prix courant des marchandises ez lieux de trafic. Peuplades d'isles et terres nouvellement découvertes». Il donnera «addresse de ceux qui ont 1º argent à prester et emprunter, 2º ou bien à employer en achapt d'héritages, 3º rentes seigneuriales, 4º foncières, 5º et constituées sur le Roy, 6º la maison de ville, 7º corps et communautez, 8º et particuliers. Donnant moyen, tant aux créanciers et acquéreurs qu'aux débiteurs et vendeurs de choisir les meilleures et plus justes conditions qui s'offriront à eux». Dans son livre III, Renaudot donne des garanties à tous ceux dont le Bureau pourrait froisser les intérêts : il «ne fera de tort à personne, sera commode à chacun, mesme aux entremetteurs et proxénètes». Il facilitera même leurs opérations, contribuant à l'assainissement de la profession, en donnant «moyen de choisir les plus fidelles de ces entremetteurs, au lieu qu'on estoit contraint de fier des choses de conséquences à des femmelettes et gens sans adveu, qui trompent ordinairement les deux parties». Assurant sa clientèle du secret le plus absolu si elle le désire, garantissant l'honnêteté de ses commis, Renaudot achève en donnant le mode d'emploi de son Bureau – rédaction d'un «mémoire exact de ce dont on veut donner et recevoir avis, et à quelle condition», formalités d'enregistrement au Bureau, etc.

Ce livre manqué est accompagné de deux placards de petit format qui furent certainement distribués aussi bien qu'affichés sur les murs de Paris. Le premier, un Advertissement au lecteur, permet à Renaudot de rassurer les six corps des marchands parisiens puisqu'il s'y engage à ne faire aucun commerce : «le Bureau ne fournira d'aucune autre chose que d'addresses et mémoires pour faire rencontrer à chacun ses nécessitez et commoditez, en leur donnant plus prompte et facile cognoissance des personnes et lieux où ils les trouveront : affin qu'on n'y vienne chercher autre chose, et qu'aucun ne prenne sujet de se plaindre, comme s'il fournissoit et administrait les choses pour l'exercice, manufacture et débit desquelles sont establies les diverses professions, arts et mes-tiers, dont la société humaine est composée». Surmonté des armes royales, le second placard est plus proprement publicitaire : «De par le Roy. On fait assavoir à toutes personnes qui voudront vendre, acheter, louer, permuter, prester, emprunter, apprendre, enseigner ; aux maistres qui veulent prendre des serviteurs, et à ceux qui cherchent condition pour servir, en quelque qualité que ce soit ; à ceux qui auront les lieux, commoditez et industries propres pour estre employez à quelques-unes des choses mentionnées en ce présent livre, ou qui auront d'autres avis à donner ou recevoir pour toutes sortes d'affaires, négoces et commoditez quelconques, qu'ils y seront reçus indifféremment, sans qu'on y préfère ou favorize aucun autre que celuy qui fera la condition du public meilleure ; et qu'ils se pourront addresser au Bureau estably à cet effet par Sa Majesté pour la commodité publique, qui est ouvert depuis huict heures du matin jusques à midy, et depuis deux jusques à six de relevée, ausquelles heures chacun sera receu à y venir, ou envoyer donner et rencontrer l'addresse qu'il désirera. Ledit Bureau d'addresse se tient près le Palais, rue de la Calandre, et au Marché-Neuf, à l'enseigne du Coq  . Accompagnant parfois ces deux derniers, un troisième placard, de format petit folio celui-ci, très probablement publié l'année suivante (1631) – Renaudot y indique : «Trois mille personnes, placées en diverses conditions, et quatre fois autant qui, depuis son establissement, ont trouvé dans nostre Bureau, I'addresse des commoditez contenuës en ceste Table, luy serviront [mon Lecteur] de recommandation envers vous : s'il en faut encor à ceste institution, après tant de titres, et la possession qu'elle a de la voix du peuple» – et titré Table des choses dont on peut donner et recevoir advis au Bureau d'addresseprésente sur trois colonnes leur liste alphabétique, depuis «l'Abbregé des sciences, et briesves méthodes de les apprendre» jusqu'à «l'Ypecras, malvoisie, vins excellentz, etc.».

Se limitant à son seul Bureau d'Adresse, Renaudot aurait déjà beaucoup fait pour promouvoir la publicité. Il alla plus loin, accumulant autour de cette première fondation de nouvelles initiatives, certaines porteuses d'avenir, comme la Gazette (1631) puis les Conférences du Bureau d'Adresse (1633), d'autres fort dangereuses car elles vont soulever contre lui la double et irréductible opposition de la Faculté de médecine et des six corps des marchands.

Oubliant ses premiers engagements, Renaudot va assez rapidement s'évader des «adresses» ou simples indications pour faire un véritable commerce des objets déposés dans son Bureau. Il a bien sûr pour cela de si excellentes raisons qu'il obtient les 27 mars et 1er avril 1637 un Arrêt du Conseil et un Brevet du roi y autorisant les troques ou échanges, de même que les «ventes à grâce, et pures et simples». En ces temps difficiles de guerre et de misère, il s'agit de secourir les «gentilshommes et autres sujets» du roi, en leur prêtant les deux-tiers de la valeur de l'objet déposé en gage au Bureau ; au bout de deux mois, l'emprunteur peut «racheter» le gage en restituant la somme prêtée, ou bien l'objet est vendu aux enchères. Pour ces «ventes à grâce avec faculté de rachat», de même que pour les ventes «pures et simples» ou les échanges, le Bureau d'Adresse touche du vendeur un droit de 2,5 % (6 deniers par livre). Inutile de le dire ! Cette ébauche de mont-de-piété souleva contre elle l'opposition violente des usuriers, et surtout celle des six corps de marchands qui y voyaient une concurrence déloyale.

Autre promesse non tenue, la liberté de fréquenter ou non le Bureau d'Adresse. Les maîtres se plaignant de ne plus trouver de compagnons, le lieutenant civil de Paris, Isaac de Laffemas, ordonne le 9 décembre 1639 à «tous ceux qui chercheront maistre, de se faire inscrire audit Bureau dans les vingt-quatre heures de leur arrivée en cette ville, et de prendre les conditions qui leur seront indiquées audit Bureau, à peine des galères, comme vagabonds et gens sans adveu». Cette contrainte est encore renforcée par une nouvelle ordonnance en mars suivant (1640).

Depuis 1634 ou 1635, un petit groupe de médecins avaient pris l'habitude de se réunir autour des Conférences du Bureau d'Adresse. Favorables à une médecine clinique et aux remèdes chimiques, ces médecins offraient souvent des consultations gratuites aux pauvres qui fréquentaient le Bureau, ce qui ne pouvait que déplaire à la Faculté de médecine de Paris, adepte fervente de la vieille scholastique. Toujours désireux d'aller au bout de ses initiatives, Renaudot fonda coup sur coup en 1640 un laboratoire où les remèdes chimiques seraient préparés gratuitement par les apothicaires parisiens qui le désireraient, et les «Consultations charitables pour les malades», où les pauvres étaient soignés gratuitement par une équipe de médecins, docteurs de Montpellier (Lettres patentes du 2 sept. 1640). Frappée de plein fouet par le succès immédiat de ce «dispensaire», en grand péril de voir disparaître et ses étudiants et ses malades, la Faculté entra dès l'automne 1640 dans une longue suite de procès qui s'acheva le 1er mars 1644, devant le Parlement de Paris, sur la défaite du philanthrope trop entreprenant. Le coup était rude. Sous l'influence de l'avocat général Orner Talon qui avait amalgamé dans la même réprobation toutes les activités du Bureau d'Adresse, Renaudot se voyait interdire l'exercice de la médecine et ses «ventes à grâce» étaient suspendues jusqu'à plus ample examen.

Suspension on ne peut plus mal venue ! Quelques mois plus tôt, Renaudot avait dû réaffirmer ses droits contre un protégé du duc d'Orléans et du prince de Condé, Balthazar Gerbier. Ce dernier avait reçu des Lettres patentes et un Brevet (3 septembre 1643) pour l'établissement de monts-de-piété à Paris et dans de nombreuses autres villes de France. A son tour, pour se débarrasser de ce rival inattendu, il avait dû obtenir le mois suivant (oct. 1643), des Lettres patentes pour conforter le privilège de ses «ventes à grâce». Pour montrer sa bonne volonté, il se soumet au Parlement et suspend provisoirement toutes les activités de son Bureau d'Adresse, s'efforçant de négocier la réouverture des «ventes à grâce». Mais les six corps des marchands, saisissant immédiatement l'opportunité qui s'offre, bataillent pour la fermeture du Bureau. En 1650 encore, Renaudot est toujours en procès avec eux, et ne parvient pas à faire «vérifier» par le Parlement les Lettres patentes d'octobre 1643. Il a rouvert le Bureau d'Adresse en janvier 1647, un Bureau désormais cantonné dans la seule indication des «commoditez». Les six corps des marchands ne désarmeront jamais par la suite. Voilà l'une des causes de l'échec du Bureau d'Adresse à la fin du XVIIe siècle. Dès qu'il sera soupçonné, à tort ou à raison, de recevoir des objets pour en assurer la vente, il se verra interdire sous la pression des marchands. D'où cette succession de créations avortées ou peu durables entre 1669 et la fin des années 1710 (voir la notice Liste des avis du Bureau d'Adresse

Lorsqu'en 1647, Renaudot relance son Bureau d'Adresse, il publie une brochure de 54 p. petit in-8º, 115 x 177, Le Renouvellement des Bureaux d'Adresse, a ce nouvel an MDCXLVII. Avec une ample explication de leurs utilitez et commoditez. Par Théophraste Renaudot Conseiller et Médecin du Roy, Historiographe de Sa Majesté, Maistre et Intendant général des Bureaux d'Adresse de France.éditée «A Paris, Du Bureau d'Adresse, qui se tient au Marché-neuf, MDCXVII. Avec privilège». Après une longue introduction (p. 3-29), viennent une liste alphabétique des commodités présentes au Bureau d'Adresse, en partie reprise du placard de 1631 (p. 29-52), puis une pièce de vers où sont vantés les bienfaits du Bureau, «conceu par Aristote, enfanté par Montagne, produit par Renaudot, dessous un juste Roy» (p. 53). Renaudot y explique les difficultés que le Bureau a vécues pendant ses quatorze années d'existence (1630-1644). Ne pouvant s'y trouver constamment, il en a confié la gestion à des commis qui n'ont pas toujours su mériter la confiance du public. Ces derniers se sont montrés infidèles, gardant pour eux les affaires les plus rentables qu'ils évitaient d'enregistrer afin de les traiter personnellement et d'en enlever le profit au Bureau. Ou bien, cas moins répréhensible, ils ont été parfois négligents, oubliant les enregistrements nécessaires. De son côté, le public n'a pas toujours correctement rédigé les «mémoires» à enregistrer. Se méfiant trop souvent de la publicité des affaires, préférant le secret, il a souvent encouragé l'infidélité des commis. Pour y remédier, l'Intendant général des Bureaux d'Adresse décide d'instituer désormais un double enregistrement. Tous les avis ou adresses seront d'abord insérés, moyennant le droit habituel de 3 sous, sur un «registre secret», où les feuillets seront cotés, les articles cotés et datés à la suite, avec la mention des noms et domiciles des intervenants. Ils seront immédiatement reportés dans les «registres publics», sans les noms des parties. Chacun de ces derniers registres, servi par un commis spécialisé, sera consacré à un type d'adresses : offices, terres ou meubles à vendre ou à louer, prêts d'argent, rentes constituées, nantissements, etc. Ainsi sera conservé le secret. Lorsqu'un particulier choisira librement dans l'un des registres publics tel ou tel avis qui lui conviendra, il paiera le droit de 3 sous pour s'en faire délivrer un extrait du registre secret, «afin de vuider par là sa curiosité, laquelle autrement se pourrait porter à sçavoir témérairement les affaires d'autrui, ce qu'on ne fait pas si volontiers quand il en doit couster quelque chose». Tout commis coupable de négligence dans l'enregistrement sera pénalisé d'une amende de 12 sous.

Malgré ses difficultés de gestion, le Bureau d'Adresse paraît avoir eu beaucoup de succès, s'il faut en croire les chiffres de fréquentation publiés par son fondateur : plus de 80 000 personnes «de plusieurs conditions» auraient été placées pendant quatorze ans – soit plus ou moins 5700 par an. En sept ans, les «ventes à grâce» auraient fait encore beaucoup mieux: 120 000 personnes, dont 20 000 marchands, y auraient emprunté sur gage – c'est-à-dire plus de 17 000 chaque année ! (Chiffres présentés par le Renouvellement et les quelques factums conservés à la B.N., recueil Thoisy 148).

Auteur

Gilles FEYEL

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