N° 0509

GAZETTE DE LA GRENADE (1779-1782  ?)

Titre(s)

Gazette Royale de la Grenade, en encadré, avec en-dessous, en caractères plus fins, indication de la date («Du Samedi...»).

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

24 juillet 1779 – mai 1782 (?). Hebdomadaire paraissant le samedi. Les suppléments, de périodicité irrégulière, sont publiés le lundi suivant.

Description de la collection

Cahiers de 4 p. à 2 colonnes avec des suppléments occasionnels de 2 p., 230 x 325, in-folio.

Pagination continue. Sans devise ni illustrations.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Au Fort-Royal de la Grenade, chez Jean Cassan, imprimeur du Roi.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Le journal est probablement composé par l'imprimeur Jean CASSAN. Celui-ci sera par la suite en charge du service de poste de l'île.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Principales rubriques : 1) Nouvelles de Londres et de Paris. 2) Nouvelles maritimes ; mouvements et combats des flottes anglaises et françaises. 3) Nouvelles de la Grenade et des îles avoisinantes. 4) Proclamations, ordonnances, décrets, émanant du Gouverneur général et de l'Intendant ; comptes rendus des délibérations du Conseil souverain de l'île. 5) Annonces et avis divers (adjudications et appels d'offre ; ventes de biens et de marchandises ; nègres marrons ; offres de service ; passage sur les bateaux ; fret ; annonces publicitaires, etc.).

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

La collection consultée a été retrouvée à la William L. Cléments Library, University of Michigan, Ann Arbor. Incomplète, elle ne comprend que les numéros suivants : I (24 juil. 1779) ; II (31 juil.) ; III (7 août) ; IV (14 août) ; V (21 août + Suppl.) ; VI (28 août + Suppl.) ; VII (4 sept. + Suppl.) ; VIII (11 nov.) ; IX (18 août + Suppl.).

Bibliographie

Aucune mention dans les histoires de la presse.

Historique

Le 2 juillet 1779, vingt-cinq vaisseaux de l'escadre d'Amérique sous le commandement du comte d'Estaing, quittent Fort-Royal de la Martinique. Leur but : reconquérir la Grenade devenue anglaise par le traité de Paris de 1763. La petite garnison anglaise de l'île, surprise, se rend «à discrétion» dès le 4 juillet. Deux jours plus tard, l'escadre de l'amiral Byron tente de se porter au secours de l'île, mais, après de violents et sanglants combats, la contre-attaque sera repoussée par d'Estaing et Suffren. Après dix-sept ans d'occupation anglaise, la Grenade, où des colons français s'étaient établis dès le milieu du XVIIIe siècle, redevient française.

La Gazette royale de la Grenade, dont le premier numéro date du 24 juillet 1779, trois semaines après la reddition de l'île, prend en fait la suite de la Royal Granada Gazette qui paraissait chaque samedi à Saint-George's depuis 1765. Les annonces officielles et les avis divers seront d'ailleurs pour la plupart publiés à la fois en anglais et en français afin de rejoindre les deux communautés.

Publiée sous les auspices du gouvernement, la Gazette de la Grenade joue un rôle essentiel dans la période de transition entre l'ancien et le nouveau régime. Diffusant les ordonnances, décrets, avis, du gouverneur, le comte de Durat, et de l'intendant Lequoy de Mongiraud, elle sert d'organe d'information et de liaison entre l'administration qui s'installe et la population de l'île. On peut suivre, à travers ces textes, le processus d'établissement du nouveau gouvernement et se rendre compte des problèmes auxquels il doit faire face : remise en vigueur des «Lois, Coutumes, Usages et Jurisprudences qui sont en force et gouvernent les Isles Françaises du Vent de l'Amérique» ; réorganisation de l'administration de la justice et installation de «Cours de justice» pour les affaires civiles et criminelles ; établissement du «Siège Royal et Sénéchaussée» et d'un «Conseil Souverain» de l'île ; fixation du cours des monnaies et détermination des formes et taux d'imposition pour l'île ; expulsion des fonctionnaires et employés britanniques aussi bien que des «gens sans aveu ou sans propriété» ; nomination de «conservateurs» pour les «biens des Anglais absents» ; réquisitions et institutions de «corvées» afin notamment de fortifier les différents points stratégiques de l'île ; appels d'offre pour l'adjudication de «l'entreprise» des hôpitaux, la «boucherie du Roi», les diverses «fournitures» à l'armée et aux services publics ; organisation de la Poste, etc. Toute une série de mesures sont également prises pour empêcher le vol, le pillage et les «excès» auxquels pourrait se livrer la troupe, et interdire le marché noir entre les soldats et les habitants de l'île.

Aux avis officiels et informations pratiques, s'ajoutent, suivant leur disponibilité, des nouvelles qui, pour la plupart, se rapportent à la guerre franco-anglaise et plus particulièrement aux mouvements et opérations des escadres des deux pays. Une relation des combats qui ont conduit à la prise de la Grenade est incluse dans les n° I et II. Le n° IX contient un «précis du journal de l'expédition du chevalier de Pontevez sur la côte d'Afrique», expédition qui suit la reconquête du Sénégal par Vaudreuil et Lauzun en janvier 1779.

Les annonces et avis divers montrent que l'activité économique reprend peu à peu. Plusieurs commerçants anglais liquident leurs biens avant de quitter l'île, mais d'autres choisissent de rester comme le tapissier John Platt qui «fait avertir ses amis et le public en général qu'il se propose de continuer l'exercice de son métier». Et artisans et commerçants français, venant pour la plupart de Martinique, arrivent pour s'installer dans l'île. Renusson établit un commerce de «drogues tant simples que composées» et de «liqueurs fines» ; Dumont, venant de Saint-Pierre, ouvre un hôtel garni avec table d'hôte «à l'enseigne des Armes De France». Quant au «sieur Gady, ci-devant pâtissier du comte d'Estaing et maître d'hôtel du Gouverneur», il quitte le service pour s'établir traiteur et donner des leçons de cuisine et de pâtisserie.

La publication de la Gazette de la Grenade semble avoir continué au moins jusqu'en mai 1782 ; son existence est signalée à cette époque par Claude Blanchard dans son Journal de campagne de la guerre d'Amérique. La Grenade redeviendra anglaise en 1783, à la suite du Traité de Versailles.

A la lecture des premiers numéros de la Gazette de la Grenade, on peut se figurer le sort de ces îles de la mer des Antilles, et de leurs habitants qui, au cours du XVIIIe siècle, passent tour à tour sous domination française et anglaise au hasard des combats et des traités.

Auteur

Alain NABARRA

Ce dictionnaire est mis à disposition du public avec l'aimable autorisation de la Voltaire Foundation

Site mis en ligne par le IHRIM UMR 5317 et l'ISH USR 3385 - Mentions légales - Remerciements - Contacts - Se connecter - Créér un compte

IHRIM   ISH