N° 0639

JOURNAL DE BRUXELLES (1766-1767)

Titre(s)

Journal de Bruxelles ou Le Penseur, Dédié à S.A.R. Monseigneur le Duc Charles de Lorraine et de Bar, etc. Par M. de Bastide, Auteur du Nouveau Spectateur.

Continuation du Monde (1760-1761).

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

15 décembre 1766 - août 1767. Quatre tomes. Périodicité annoncée et qui semble avoir été respectée: bimensuelle. Seize livraisons.

T. I: 1766; t. II, III, IV: 1767.

Description de la collection

Il est annoncé que le périodique paraîtra par cahier de 96 p. En fait (et si l'on restitue l'ordre de la pagination «interverti déplorablement» dans les trois premiers tomes «très mal reliés» [note manuscrite] de la collection étudiée), on remarque que chaque tome comprend les livraisons ainsi réparties: t. I: 4 cahiers, le 1er de 84 p. numérotées (+ Epître + Idée de l'ouvrage + Noms des libraires chargés de la souscription), le 2e de 96 p. (85-180), le 3e de 126 p. (183-308), le 4e de 64 p. (309-372). T. II: 3 cahiers (p. 3-112, 193-288, 289-384), le 2e cahier manquant. T. III: 2 cahiers (p. 3-96, 97-192). Manquent les 3e et 4e. T. IV: 4 cahiers (p. 3-96, 97-180, 181-288, 289-384).

Cahiers de 24 p., 95 x 150, in-12.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

A Bruxelles, de l'Imprimerie royale.

La souscription est de 18 £ de France par an (à payer d'avance). On souscrit dans les principales villes de Belgique, de France et des autres pays d'Europe (cf. liste initiale des noms des libraires classés par ordre alphabétique de villes). Sur les projets de souscription, cf. D.P. 2,art. «Bastide».

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Jean-François de BASTIDE.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Contenu annoncé: selon l'Idée de l'ouvrage, le «but» du périodique est de «connaître les hommes, approfondir les choses [...] discerner le vrai et le faux esprit, les vrais et les faux talents, les vraies et les fausses vertus, parvenir à prononcer sans erreur sur l'état actuel de la société [...] considérer sans préjugé les sciences, les lettres, les beaux-arts par rapport à l'effet moral, voir enfin la scène entière de la nature sans illusion et sans humeur». Conformément à la lignée morale de ses périodiques antérieurs, Bastide veut écrire «un livre raisonnable et gai», ibid., un ouvrage «nécessaire au bonheur des hommes» et de la société (t. II, n° 2, p. 145).

Contenu réel: exploitant la même variété de formes que précédemment (car «la morale a droit de prendre toutes les formes et d'emprunter tous les langages pour dire des vérités utiles», t. II, n° 1, p. 3); lettres, dialogues, portraits, discours, visions, histoires «véritables», anecdotes «particulières» ou «historiques», nouvelles, contes orientaux, moraux ou dramatiques, «tragédie bourgeoise», mélanges, bergeries, chansons, vers..., Bastide développe ses thèmes habituels de réflexion (amour, femmes, éducation, satire des mœurs, caractères originaux, lettres et arts...), mais en leur donnant, semble-t-il, une tonalité plus sensible et plus «philosophique».

Principaux centres d'intérêt: institutions et faits particuliers de Bruxelles et de Belgique (théâtre, fêtes, Université de Louvain...); tableau des mœurs anglaises («quel objet [...] plus digne d'un Penseur qu'un peuple appelé par excellence le peuple pensant?», t. IV, n° 1, p. 57); projet d'une société d'éducation pour le jeune homme qui entre dans le monde; réflexions sur la lecture; recherche du bonheur et de la sagesse.

Principaux auteurs évoqués: Descartes, Malebranche, Locke, Leibniz et Buffon (ce qu'ils doivent aux Anciens); Dorat, Voltaire, Rousseau.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Collections étudiées: t. I-III; Ars., 8° H 26646; t. IV: Aargauische Kantonsbibliothek, Aarau, A 88.

Bibliographie

H.P.L.P., t. III, p. 138-139; H.G.P., t. I, p. 253; D.P. 2, art. «Bastide».

Mentions dans Mercure de France (avril 1767, 1er vol., art. 2, p. 95); Journal de Verdun (avril 1767, t. CI, art. 1, p. 281-282); Affiches de Bordeaux, 1er janv. 1767.

Historique

Contraint de quitter la France en 1766 à la suite d'écarts de conduite, Jean-François de Bastide, établi à Bruxelles, après dix mois de séjour en Hollande (t. II, n° 2, p. 193), dédie son nouveau périodique au duc Charles de Lorraine qui lui a alloué un subside sur les instances du comte de Cobenzl (cf. F. Faber, Un libelliste du 18e siècle. Jean-François de Bastide en Belgique, 1766-1769. Publication d'une comédie contemporaine inédite, Bruxelles, Olivier, 1880). A l'éloge du Duc, qui, lancé dès l'Epître et l'Idée de l'ouvrage, est notamment repris dans le 1er cahier du t. II, Bastide joint celui du ministre «éclairé», «né pour honorer tous les arts et tous les savants» (t. II, n° 1, p. 88) et dont l'historien nous rappelle en effet l'esprit largement ouvert aux idées nouvelles et l'action menée en faveur de la renaissance des lettres en Belgique.

A la fin du 1er cahier, Bastide demande à ses lecteurs, auxquels il déclare vouloir «plaire», de ne pas encore juger de son ouvrage sur ce simple «essai» (t. I, p. 84). Dans le 2e cahier, il insère une lettre (sans doute fictive) datée du 18 décembre 1766 où un lecteur de Louvain l'engage à continuer un ouvrage si utile à l'humanité (t. I, p. 144). Dans la première livraison du t. III, il publie une nouvelle lettre, sans doute également fictive, datée de Paris, 30 mars 1767, où le Journal de Bruxelles est jugé «infiniment préférable à ces journaux sans nombre... auxquels président alternativement la flatterie et la satire». «Le vôtre», est censé écrire ce correspondant à Bastide, «est un dépôt précieux de la morale la plus exquise et d'une critique légère et judicieuse». Simplement, il serait souhaitable que le Penseur «se déridât quelquefois» pour mêler un peu de gaieté aux «entiments tendres et profonds» dont il est empreint (t. III, p. 80-81). Ces appréciations sont évidemment trop favorables pour qu'on n'en suspecte pas à bon droit l'authenticité... Faut-il, à l'inverse, en croire la comédie satirique du Journaliste (1768), publiée par F. Faber (op. cit.) et selon laquelle le périodique, tiré d'abord à deux mille exemplaires et distribué gratis dans les cabarets par les receveurs de loterie à titre de lancement publicitaire, n'aurait connu aucun succès? Pourtant, en avril 1767, le Mercure de France déclare ne pouvoir «trop conseiller la lecture» du Journal de Bruxelles et, à la même date, les rédacteurs du Journal de Verdun,après avoir lu «avec plaisir» les premiers cahiers, observent que «ce nouvel ouvrage périodique», qui «n'a rien de commun avec ceux qui existent» (puisqu'il n'a pas pour objet «d'annoncer les livres qui s'impriment journellement»), devrait, par son «langage vertueux», se concilier «l'estime de toutes les personnes honnêtes».

Pour remplir ses cahiers, Bastide, soulignons-le, n'hésite pas à reprendre certaines de ses propres productions Nouveau Spectateur, Contes, Gésoncour et Clémentine, sa tragédie bourgeoise représentée pour la première fois au théâtre de la Monnaie par les comédiens ordinaires du duc Charles de Lorraine, le 4 nov. 1766, jour de la célébration de la fête de ce Prince). D'autre part, il publie des morceaux déjà imprimés ailleurs, par exemple, dans le Journal des dames des mois de février, juin et septembre 1765 (il s'en excuse ensuite, il est vrai, auprès de ses lecteurs et s'en prend à M. Fesquet qui lui a remis ces morceaux), et il est frappant que, dans les livraisons du t. IV, il tende de plus en plus à recourir à des traductions, essentiellement de l'anglais, qu'il s'agisse d'extraits d'ouvrages, de pièces ou de périodiques London Chronicle, The St. Jame's Chronicle. Comme si le journaliste finissait par s'essouffler... Au terme du 4e tome, d'ailleurs, il annonce dans un Avis (p. 384) que les deux volumes nécessaires pour compléter la collection annuelle «ne seront pas distribués par cahier parce qu'ils contiendront des pièces de théâtre dont quelques-unes ont été jouées sur les théâtres de Paris ou dans différentes cours, et d'autres sont restées dans [son] portefeuille quoique reçues, à Paris, par les comédiens». Et, après avoir justifié l'insertion de ces comédies, riches de caractères et de portraits, dans un périodique qui n'est qu'«une galerie de portraits et de caractères», il précise que le 5e tome paraîtra le 1er novembre «sans délai» et le 6e, le 1er de janvier.

Mais ces deux derniers tomes ne semblent pas avoir vu le jour. C'est que, dès septembre au moins (cf. Courrier du Bas-Rhin, mercredi 2 sept. 1767, n° 19, p. 145-146), Bastide a repris le Gazetin de Bruxelles de Maubert de Gouvest et de Chevrier, et qu'accusant le tour satirique dont n'est pas totalement exempt le Journal de Bruxelles (qu'on se reporte au Conte chinois du 4e cahier du t. IV où Voltaire et Rousseau sont peints sous les noms de Chan-Su-U et de Tsé-E), il va s'attirer la réprobation du pouvoir. Le Courrier du Bas-Rhin notamment nous aide à suivre la polémique soulevée par les attaques de l'auteur du Gazetin contre diverses personnalités littéraires: Rousseau, Marmontel, de Belloy... Dans son n° 32 du 17 octobre 1767 (p. 253-254), il publie en particulier une lettre de réprimandes de la Gazette de Clèves «Au Gazetin de Bruxelles, son fils» où l'itinéraire du journaliste est rappelé en ces termes railleurs: «vous avez passé successivement du métier de charlatan, quand vous faisiez Elixir littéraire, à celui de moraliste ennuyeux, quand vous écriviez le Spectateur... Vous avez voulu vous donner ensuite l'air d'un homme qui pense, mais vous avez quitté ce rôle, parce que le public a trouvé que vous ne le joueriez jamais de bonne grâce». Finalement, le Gazetin sera officiellement interdit par un ordre du Gouverneur général, le 24 décembre 1767. Retrait du subside accordé, difficultés pécuniaires, départ mouvementé de Belgique: la carrière journalistique de Bastide à Bruxelles s'achèvera piteusement.

Auteur

Robert GRANDEROUTE

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