N° 0709

JOURNAL DES ROMANS * ()

Bibliographie

Les Mémoires secrets annoncent, à la date du 9 décembre 1765, un Journal des romans. S'agirait-il d'un avant-projet de la Bibliothèque universelle des romans ? Non retrouvé.

Auteur

Anonyme

Additif

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s): Addition des Mémoires secrets sous la date du 19 décembre 1765: «Il s’élève un nouvel ouvrage périodique, intitulé Journal des romans. Il ne s’agit pas seulement de dessiner la notice de ces sortes de livres qui paraissent tous les jours; les auteurs embrassent une carrière plus vaste, ils veulent remonter jusqu’aux plus anciens des romans, et descendre successivement jusqu’à nos jours. Ils divisent leur ouvrage en trois parties. Ce projet promet beaucoup» (éd. Champion, dir. C. Cave et S. Cornand, t. 1, 2009, p. 546). La notice des Mémoires secrets est précise, comme pour tout ce qui concerne la presse; ce Journal des romans ne figure pourtant nulle part ailleurs. Quoiqu’il annonce de près la Bibliothèque universelle des romans, qui ne paraîtra que dix ans plus tard, il s’en distingue par la classification en trois parties: la Bibliothèque universelle en comptera huit.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares: Paris, BnF, ms. fr. 22000, n° 779 (Registre des privilèges et permissions simples de la librairie, 1763-1768). L’identité du demandeur est confirmée par une note du Mercure de France (février 1766, p. 162, n. I).

Journal des romans, ou Abbrégé des meilleurs Romans, depuis le premier qui a paru en France, jusqu’à ceux qui paraissent aujourd’hui. Prospectus de cet Ouvrage, [à Paris], de l’Imprimerie de la Veuve Ballard, Imprimeur du Roi pour la musique, rue des Noyers, 1765. Un exemplaire de cette brochure est dans la Collection Annisson: BnF, ms. fr. 22085, n° 25; « Xbre 1765 » ms. sur le frontispice).

Bibliographie: Gossman, Lionel, Medievalism and the Ideologies of the Enlightenment, Johns Hopkins Press, 1968

Jouglard, Madeleine, « La connaissance de l’ancienne littérature française au XVIIIe siècle », dans Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave Lanson, Genève, Slatkine Reprints, 1972 (Paris, Hachette, 1922)

Marinai, Fabio, « La Bibliothèque universelle des romans (1775-1789). Genesi e sviluppo di un’idea », Rivista di Letterature moderne e comparate, LXVIII (1/2015), p. 11-22

Martin, Henry, Histoire de la Bibliothèque de l’Arsenal, Paris, Plon, 1900, p. 37, 55, 64-70)

Todd, Charles, Political Bias, Censorship and the Dissolution of the "Official” Press in Eighteenth-Century France, Lewiston, The Edwin Mellen Press, 1991

Historique: 

Dix ans avant la Bibliothèque universelle des romans, ce projet représente la première tentative importante de créer un périodique spécialisé en récits abrégés.

Le 21 novembre 1765, le marquis Louis Henry d’Aubigné (?-1770), fait enregistrer sous son propre nom, auprès de la Chambre Syndicale de la Librairie et Imprimerie de Paris, une demande d’autorisation pour la publication d’un Journal des Romans ou abrégé de tous les Romans François depuis leurs origines jusqu’à présent. Un privilège est accordé « pour 12 ans du 21. 9.bre 1765 ». Étranger au monde académique et aux salons de la capitale, d’Aubigné à ce moment-là doit faire face, probablement, à des problèmes financiers (voir notice dans Dictionnaire des journalistes). Lors de l’inscription, il remet un prospectus du nouveau périodique (in-12, 12 p.), une brochure imprimée par la veuve Ballard et distribuée par l’Esclapart le jeune, libraire également chargé de la collecte des souscriptions (Jouglard, p. 274, n 1 ; Todd, p. 106). Le prix d’abonnement du nouveau journal – d’un format (in-12) et nombre de pages (224) identiques à ceux de la Bibliothèque universelle des romans – sera de dix-huit livres par an pour Paris et de vingt-quatre  livres pour la province. Les Mémoires secrets l’annoncent le 19 décembre 1765, et l’Année littéraire, dans les mêmes jours, republie presque entièrement le prospectus ([septembre/novembre] 1765, vol. 7, p. 321-329 ; voir aussi la Gazette littéraire de l’Europe, février 1766, p. 319-328). Le Journal des romans contiendra « une collection choisie des Romans Français » allégés de tout « fatras inutile » et « des descriptions qui révoltent par leur excessive longueur » :

Nous entreprenons de donner au Public un abbrégé des meilleurs Romans qui ont paru en France jusqu’à présent […], sans y rien changer quant à la forme & au style. Nous conserverons même le langage & les expressions. Notre travail consistera principalement à abbréger ce qui était trop étendu, […] un grand nombre de Romans […] ont besoin de cette abbréviation pour ne pas ennuyer les Lecteurs sensés. (Journal des romans, […] Prospectus de cet Ouvrage, p. 4-5)

Les textes les plus difficiles seront accompagnés de traductions littérales:

de peur de tomber dans l’inconvénient de présenter au Lecteur des ouvrages inintelligibles, ou dans celui de défigurer ces mêmes Ouvrages, nous en donnerons une traduction qui sera placée vis-à-vis le texte à droite; c’est-à-dire, que le texte sera toujours au verso du feuillet, & la traduction à la page qui le regarde. […] On doit s’attendre à voir le texte rendu mot-à-mot, les tours anciens conservés, autant que notre langage moderne pourra le permettre. Plus nous nous rapprocherons du style original, sans blesser la langue, plus nous croirons avor réussi. […]

Ce n’est point ici un Ouvrage de pur agreement, & nous osons assurer qu’il est beaucoup moins frivole qu’on ne le penserait à l’inspection du titre. En faisant passer nos Romans en revûe, nous aurons occasion de les faire server quelquefois à l’éclaircissement de l’Histoire. Notre Journal, envisagé de ce point de vûe, devient important & philosophique.

Nous verrons si chaque Roman ne peut point nous aider à connoître, du moins en quelque chose, les mœurs, les usages, le Génie & la Littérature du siècle, où il a été écrit. Voici l’ordre & la marche de ce  Journal qui ne ressemble à aucun de ceux que nous connaissons. (Ibidem, p. 5-7)

Tout le matériel sera disposé et organisé chronologiquement, suivant un critère d’exhaustivité :

La première Partie, qui commencera au premier Roman, sera executée dans la forme qui suit ; & par elle on peut juger des autres :

I°. Avant de rien dire du premier Roman imprimé en France, nous donnerons la vie abbrégée de son Auteur […] ;

2°. Nous ferons suivre l’Abbrégé de ce même Roman, en lui laissant, comme on l’a dit, sa forme, ses divisions & son style, & on mettra à côté la Traduction de cet Abbrégé.

3°. L’Ouvrage sera examiné ensuite, & on tachera de l’apprécier. Supposé que le même Écrivain ait composé d’autres Romans, on en donnera pareillement l’abbrégé […].

4°. Quand tous les Romans sortis de la même plume seront exécutés de cette sorte, le genie de l’Auteur deviendra l’objet de notre critique.

5°. De ce Romancier, nous passerons à celui qui lui a succédé  immédiatement, & ainsi de suite, jusqu’à la seconde époque, à laquelle commencera la seconde Partie.

6°. Avant de terminer la première, nous la couronnerons de courtes refléxions sur l’Histoire de ces tems; nous verrons si dans les Romans de cette division, les mœurs des personnages, les usages, les fêtes, &c, n’appartiennent point au siècle de l’Auteur. Nous chercherons la cause du changement que subit le genie Romancier au tems de notre seconde époque […]; car les mœurs influent souvent sur la Littérature, ou la Littérature sur les mœurs.

La seconde Partie, & les suivantes, seront traitées avec la même méthode. (Ibidem, p. 8-10)

Finalement, les auteurs concluent : « Nous aimons mieux différer, que de nous exposer, par trop de précipitation, à manquer à nos engagemens. On peut être sûr que nous aurons un bon nombre de volumes tous prêts lorsque nous publierons le premier » (Ibidem, p. 11).

Publié en décembre 1765, le prospectus n’a aucune suite dans les mois suivants. Dans ces mêmes semaines, cependant, commence la vente  d’un Dictionnaire du vieux langage françois, de l’éditeur et linguiste François Lacombe, l’un des collaborateurs du médiéviste et lexicographe La Curne de Sainte-Palais; un dictionnaire portatif que Fréron présente à ses lecteurs en citant explicitement le Journal des romans, et soulignant la présence décisive, derrière les deux publications – l’une déjà en vente, la seconde annoncée comme imminente – d’un superviseur unique et important : « Le même esprit, Monsieur, qui a produit le plan si estimable & si judicieux du Journal des Romans François, semble avoir inspiré un ouvrage très-intéressant pour cette entreprise Littéraire; il est intitulé Dictionnaire du Vieux Langage François, […], par M. la Combe » (L’Année littéraire, [nov.-déc.] 1765, vol. 8, p. 321-329; voir aussi la Gazette littéraire, mai 1766, p. 134-141). Le personnage auquel Fréron fait allusion est, bien entendu, La Curne de Sainte-Palais, dont François Lacombe est un collaborateur et qui représente alors, suivant Lionel Gosmann, « the man to whom anyone working on Old French or Provençal literature naturally turned » (Gossman, p. 328, n. 6) ; et en effet, dans son Dictionnaire Lacombe affirme, à plusieurs reprises, en avoir reçu et en recevoir encore des textes et des traductions. Le modèle conçu pour les extraits du Journal des romans (transcription textuelle avec traduction en regard) est typique du modus operandi de La Curne de Sainte-Palais, et c’est celui que Lacombe utilisera dans un Supplément de son dictionnaire publié en 1767. L’ordre chronologique du projet mais, surtout, des données biographiques presque inconciliables, rendent improbable la participation de Jean-François de Bastide, fondateur et propriétaire de la Bibliothèque universelle des romans en 1775, à cette tentative de 1765. Tout autre est le cas du marquis de Paulmy, son futur directeur, à l’égard duquel il convient de souligner, au contraire, l’existence de quelques informations biographiques compatibles : les Voyer d’Argenson Paulmy sont originaires de Touraine, comme les d’Aubigné, et un lien entre les deux familles et, plus précisément, entre les deux marquis en question, nous semble donc plausible, confirmé par le fait qu’il y avait certainement des relations assidues entre les d’Argenson et les Boufflers, une famille picarde à laquelle même le marquis d’Aubigné s’était attaché après son mariage (1744) avec Marie-Cécile de Boufflers. Autre élément biographique significatif : la présence de Paulmy à Paris entre 1764 et mars-avril 1766, exactement à l’époque qui correspond à la tentative du Journal des romans. En été 1764 le marquis, qui réside à Varsovie depuis 1759 comme ambassadeur, quitte sa mission diplomatique et rentre dans la capitale française (Gazette de France, 6 juillet 1764, p. 215-216) ; l’appartenance au même milieu académique, un partage d’intérêts culturels et un rapport d’amitié consolidé le lient, depuis plusieurs années, à La Curne de Sainte-Palais. En 1765, Paulmy s’installe à l’Arsenal, avec sa famille (et avec ses livres) ; il y restera jusqu’à ce que, nommé ambassadeur à Venise, il parte pour l’Italie, au début de l’année 1766 (Mercure historique et politique, mars 1766, p. 196).

 

 

Auteur additif

Jean SGARD, Fabio MARINAI

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