N° 0889

MÉMOIRES DE TRÉVOUX 1 (1701-1767)

Titre(s)

Mémoires pour l'Histoire des Sciences et des Beaux Arts. Recueillis par l'ordre de Son Altesse Serenissime Monseigneur Prince souverain de Dombes.

Modification du titre: Mémoires pour l'Histoire des Sciences et des Beaux Arts «Commencés d'imprimer l'an 1701 à Trévoux, et dédiés à son Altesse Sérénissime, Monseigneur le Duc du Maine» (avril 1731-juin 1736; Mémoires pour l'Histoire des Sciences et des Beaux Arts «Commencés d'imprimer l'an 1701 à Trévoux, et dédiés à son Altesse Sérénissime, le Prince Souverain de Dombes» (juil. 1736-déc. 1765); Mémoires pour l'Histoire des Sciences et des Beaux Arts «Commencés en 1701 et connus sous le nom de Journal de Trevoux» (juil. 1766-déc. 1767).

Continué par: Journal des Beaux Arts et des Sciences «dédié à Monseigneur le Comte de Saint Florentin ministre et secrétaire d'état commandeur des ordres du Roi, etc.» (1768-1773); Journal des Beaux Arts et des Sciences «dédié à son Altesse Royale Monseigneur le Comte d'Artois» (1774-1775); Journal des Sciences et Beaux Arts «dédié à Monseigneur le Comte d'Artois» (1777-1778); Journal de Littérature des Sciences et des Arts «Au profit de la Maison d'Institution des jeunes orphelins Militaires. Sous les Auspices du Roi et de la Reine Protecteurs de cet Etablissement» (1779-1783).

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Janvier 1701-décembre 1767. Nombre total de volumes: «878 volumes, qui doivent être reliés en 265 tomes» (M. de T., déc. 1767).

Privilège du 29 juin 1699, en faveur de Jean Boudot, cédé le 11 août à Etienne Ganeau et enregistré à Trévoux le 1er septembre. Approbation de Pocquelin et Tournely, docteurs de Sorbonne du 1er mars 1701 et permission d'imprimer du 8 mars 1701 (M. de T., 1er févr. 1701).

Périodicité: bimensuelle jusqu'en décembre 1701, ensuite mensuelle (1 seul volume pour nov.-déc. 1701 mais le mois d'août a une suite qui fait un volume. Mis à part 1701 et 1720 qui comptent respectivement 9 et 5 vol., la collection comporte pour 1701-1734, 12 vol. en moyenne; pour 1735-1740, 13 vol. en moyenne; pour 1741-1745, 12 vol. en moyenne; pour 1746-1752, 14 vol. en moyenne; pour 1753-1765, 16 vol. très régulièrement. En 1766, 14 vol.; en 1767, 12 vol.

Chaque volume est daté du mois et de l'année.

Description de la collection

Jusqu'en 1734, chaque année comprend 12 vol. (sauf 1701, 1720 et 1726 qui en comptent respectivement 9, 5 et 13). Entre 1735 et 1740, un ou deux vol. (quelques fois trois) paraissent en supplément chaque année. Ces volumes sont très rarement annoncés dans le premier tome du mois et se composent d'un nombre restreint d'articles, ils semblent résulter plus de la nécessité de rétablir périodiquement l'équilibre d'une composition mal maîtrisée de la matière du journal que d'une politique délibérée destinée à lui donner plus d'ampleur (cf. Avertissement, août 1735, p. 1535). Après avoir rétabli la publication dans ses bornes initiales pendant cinq ans, les journalistes semblent se déterminer, entre 1746 et 1752, à donner chaque année deux ou trois volumes supplémentaires qui sont régulièrement annoncés dans le premier tome du mois (avec la date de parution prévue dès 1748); ils comptent autant d'articles que le premier volume et, le plus souvent, la suite des nouvelles littéraires. Il reste malgré tout impossible de fixer la périodicité de ces mois doubles. A partir de 1753, et jusqu'en 1765, chaque année des M. de T. se compose de 16 volumes, les mois supplémentaires sont régulièrement adjoints aux mois de janvier, avril, juillet et octobre à partir de 1755 (une petite irrégularité en 1756: novembre au lieu d'octobre). L'avertissement de janvier 1757, qui paraît en tête de plusieurs volumes suivants, consacre cette régularité de composition. En 1766, les volumes doubles de janvier et avril paraissent normalement mais un nouveau plan d'abonnement, au début de la livraison de juillet, avertit que P. Fr. Didot le jeune, «désire remettre [le] journal sur l'ancien pied» et ne donnera désormais que douze volumes par année.

Pas de tomaison, pour les mois doubles; mention vol. 1, vol. 2. Chaque volume compte un peu moins de 200 p. en moyenne jusqu'en 1734, ensuite une moyenne de 200 p. (M. de T., déc. 1755, p. 3029).

Cahiers de 24 p. in-12, 80 x 145 (B.U. Lyon) ou 80 x 155 pour d'autres collections.

Nombreuses illustrations, particulièrement dans les premières années. Les M. de T. indiquent que la «Note détaillée de toutes les figures, additions et feuilles volantes qui doivent se trouver dans les Mémoires de Trévoux jusques et compris 1749 [...] remplit quatre grandes pages in-4° à deux colonnes» (juin 1750, p. 29). Nous n'avons pas trouvé trace de ce document.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Lieux de publication mentionnés: janv. 1701-mars 1731, à Trévoux; avril 1731-mai 1733, aucune mention du lieu de publication, on indique simplement que l'ouvrage est vendu à Lyon, chez Claude Plaignard, allié quelquefois à un libraire parisien; juin 1733, à Paris; juil. 1733-déc. 1733, même phénomène qu'avant juin; janv. 1734-déc. 1767, à Paris.

Editeurs: – Janv. 1701-mars 1702, seule mention: «se vendent à Paris, Chez Jean Boudot». Avril 1702-déc. 1719, «Etienne Ganeau Directeur de l'Imprimerie de S.A.S. [...]» sauf pour avril 1703, avril 1705, oct. 1705: même mention qu'en 1701; oct. 1707, mars 1708, août 1710, seule mention: «se vendent à Paris Chez Jacques Etienne» juil. 1710, sept. 1710-mai 1711, Louis Ganeau.

Après l'établissement de Ganeau à Paris en 1710 (il laisse un homme de confiance pour surveiller l'imprimerie de Trévoux, cf. ms. A.N., E 2788 pièce 20), entre juin 1711 et août 1719, la première adresse alterne irrégulièrement avec «se vendent à Paris, Chez Etienne Ganeau». – Janv. 1720-déc. 1728: le nom de Ganeau n'apparaît plus que sous cette dernière forme, sauf pour juin 1722- mars 1724, juil. 1724 -sept. 1724, janv. 1725-juin 1726, août 1726-mars 1728: «se vendent à Lyon / Chez les frères Bruyset»; avril-nov. 1728: «se vendent à Lyon / Chez Claude Plaignard». – Janv. 1729-déc. 1733: le nom de Plaignard apparaît constamment, sous la même forme qu'en 1728, même à l'époque où lui sont confiés les M. de T. (avril 1731-déc. 1733) sauf pour juin 1733 qui, très curieusement, a une page de titre identique à celles de 1734. – Janv. 1734 -janv. 1766: Chaubert, sauf pour juin 1734 à juin 1735 où réapparaît la mention «se vendent à Lyon / Chez Claude Plaignard»; mars et avril, vol. 1, 1761: «Chez Valleyre»; avril, vol. 2, 1761 à oct., vol. 1, 1761: «Chez Herissant». – Févr.-juin 1766: seuls apparaissent les noms des distributeurs d'Houry et Le Breton. – Juil. 1766-déc. 1767: père Fr. Didot le jeune.

Rue, enseigne: – «Etienne Ganeau, ruë Saint Jacques, vis à vis la Fontaine St. Severin, aux Armes de Dombes» (1711-1726);«ruë S. Jacques, aux Armes de Dombes, près la ruë du Plâtre». – «Claude Plaignard, ruë Mercière, au Grand Hercule». – «Chaubert, à l'entrée du Quay des Augustins, du côté du Pont S. Michel, à la Renommée et à la Prudence» (1733-1746); «à l'entrée du Quay des Augustins, à la Renommée, et à la Prudence» (1746-1749); «Quai des Augustins, à la Renommée» (1750-1754). – «P. Fr. Didot, Quai des Augustins, près du Pont S. Michel, à S. Augustin».

Libraires associés: «Jean Boudot, Ruë S. Jacques, au Soleil d'Or, près S. Severin» (1701-1705). «Jacques Estienne, au bas de la ruë S. Jacques, vis à vis la Fontaine S. Severin à la Vertu» (1707-1710). «Les Frères Bruyset, ruë Mercière au Soleil [à Lyon]» (1722-1726). «Barthélémy Alix, ruë S. Jacques, proche la Fontaine S. Severin, au Griffon» (1731). «Veuve Pissot, sur le Quai des Augustins, à la Croix d'Or» (1732-1733). «Briasson, rue S. Jacques, à la Science» (1750-1754). «Hérissant, rue Neuve Notre-Dame à la Croix d'or» (1755-1761). «Valleyre pere, rue Saint Severin, vis à vis le Portail de l'Eglise, à l'Annonciation» (1761). «Le Breton, rue de la Harpe» (1763-1766). «D'Houry, rue Vieille Bouclerie» (1766).

N. B. ces libraires ne sont pas constamment mentionnés pour les périodes indiquées.

Imprimeurs: de l'imprimerie de S.A.S. (1701-mars 1731); Claude Perrot [à Lyon] (avril 1731-déc. 1733); pas d'imprimeur cité de janv. 1734 à mars 1735; seule indication: «Imprimé à Paris»; Claude Robustel (avril 1735-juin, vol. 1, 1740); veuve Robustel (juin, vol. 2, 1740-oct. 1741); Jean-François Robustel (nov. 1741-juil. 1742); Robustel (août 1742-mai 1747); pas d'imprimeur cité pour juin 1747; Jorry (juil. 1747-nov. 1753); pas d'imprimeur cité pour déc. 1753; Augustin-Martin Lottin (1754); Cl. Hérissant (janv. 1755-févr. 1761 et avril, vol. 2, 1761-déc. 1761); Valeyre (mars 1761-avril, vol. 1, 1761); Le Breton (janv. 1762-janv. 1763); Houry (févr. 1763 -juin 1766); Didot (juil. 1766-déc. 1767).

Tirage: sans doute pas plus de 1000 abonnés (cf. J. Ehrard et J. Roger, p. 37). Chaubert et Briasson proposent une réimpression des M. de T. dont la souscription est en cours, dans le vol. de déc. 1749 (p. 2598-2602) et juin 1750 (p. 1527-1528).

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Fondateurs: Les pères LALLEMANT et LE TELLIER (Faux, p. 146). Bien que l'on sache que la plupart des rédacteurs du journal appartiennent à la Société de Jésus et, plus particulièrement, au groupe de ceux qui résident à Louis-le-Grand, il reste malaisé de connaître avec exactitude la composition des équipes de rédaction successives, les extraits n'étant à peu près jamais signés. D'autre part, jusqu'à l'arrivée du père Berthier, les agents successifs des M. de T. ne peuvent manifestement pas être tenus pour de véritables directeurs.

Agents ou directeurs successifs: – En 1701, le père Jacques-Philippe Lallemant «fut presque chargé seul» des M. de T. (Faux, p. 146). Fin 1701, le père René-Joseph TOURNEMINE «fut placé [...] à la tête de ceux à qui l'on avait confié» la composition du journal (Faux, p. 146). il semble l'avoir dirigé de fait jusqu'en 1719. – 1712, le père Joseph de BLAINVILLE (Faux, p. 148). – Fin 1719, le père Claude-Joachim THOUBEAU (M. de T., janv. 1720, p. 18). – 1724, le père Claude-René HONGNANT (Sgard, Dix-huitième siècle, n° 8, p. 190). – Décembre 1733, le père Pierre-Julien ROUILLÉ (M. de T., févr. 1741, p. 313). – Février 1737, le père Jean SOUCIET (ibid., et Sgard, p. 191). – Juillet 1744, début de la «période d'intérim peut-être sous la direction du père Bernard ROUTH» (Sgard, p. 191). – Janvier 1745, le père Guillaume-François BERTHIER prend la direction des M. de T. et se maintient à la tête du journal jusqu'à l'expulsion des jésuites en avril 1762. – 1763, au début de l'année, Jean-Louis JOLIVET prend la direction du journal (Pappas, p. 32-33), qu'il conserve jusqu'à sa mort (18 juin 1764). – Octobre 1764, l'abbé Barthélémy MERCIER DE SAINT-LÉGER succède à Jolivet. – Juillet 1766, Jean-Louis AUBERT reprend les M. de T. qu'il continue jusqu'en décembre 1767. A partir de janvier 1768 les M. de T. sont continués sous le titre de Journal des Sciences et des beaux arts.

Collaborateurs réguliers: – Claude Buffier travaille au journal presque dès l'origine (M. de T., août 1737, p. 1510) jusqu'à sa mort en 1737, mais collabore assez épisodiquement après 1710 (D.P. 2, art. «Buffier»). – François Catrou, fin 1701-1712, et 1715-1737 (Faux, p. 149 et M. de T., avril 1738, p. 655). – Antoine Despineul, janv. 1701-1704, ou 1705 (Sommervogel, p. XX), mais a collaboré à l'équipe formée autour du père Berthier (Sgard, p. 191). – Jean Hardouin, 1701-1729 (Sommervogel, p. L). – René-Joseph Tournemine: outre ses fonctions de directeur, officiel ou occulte, du journal, il collabore jusqu'à sa mort en 1739 (Faux, p. 148). – Louis Marquer travaille «autour de l'an 1714» (Faux, p. 149) et fut «pendant plusieurs années l'auteur d'une part considérable de ces Mémoires» (M. de T., juin 1726, p. 1144), sans doute jusqu'à sa mort en 1726. – Jean-Antoine Du Cerceau, 1719-1730 (Faux, p. 149). – Joseph de Courbeville, 1720-1733 au moins (Sommervogel, p. XLII et les Tables) mais continue certainement un travail plus effacé jusqu'à sa mort en 1746 puisqu'on le cite au sein de l'équipe du père Berthier (Sgard, p. 191). – Jean-François Baltus, 1721-?, n'apparaît pas dans l'équipe de 1734 dans l'état actuel de nos recherches, nous ignorons l'exacte part qu'il prit au journal en dehors du renouvellement de l'équipe de 1720 (Sgard, p. 190). – Louis-Bertrand Castel, 1721-1745, 1720 selon Sommervogel (M. de T., avril 1757, p. 1100 et Pappas, p. 25). – Pierre-Claude Fontenai, 1721-1736 (Tables de Sommervogel et Sgard, p. 190). – Jean-Marin de Kervillars, 1721-?; travaille «quelque temps» aux M. de T. (D.P. 2 et Sgard, p. 190). – Pierre Brumoy, 1722-1739; surtout après 1734 (Faux, p. 150). – Guillaume-Hyacinthe Bougeant, 1722-?; fait partie de l'équipe de 1734, collabore peut-être jusqu'à sa mort en 1743. – François Charlevoix, 1723-1744 (Sgard, p. 191). – Pierre-Nicolas Rouillé, 1726-1737, avant son agence il collabore au journal (Tables de Sommervogel). – Le père de La Tour appartient à l'équipe de 1734. – Jean Souciet, 1734-1744; peut-être depuis 1730, date à laquelle il est «scriptor» à Louis-le-Grand, Sommervogel pense qu'il ne fut peut-être jamais rédacteur titulaire (cf. p. LV). – Charles Merlin, 1735-?; il appartient encore à l'équipe de 1745, il a donc peut-être travaillé au journal jusqu'à sa mort en 1747 (Sgard, p. 191). – Bernard Routh, 1739-?; il appartient encore à l'équipe du père Berthier (Sgard, p. 191). – Jean-François Fleuriau, 1745-1762 (D.P. 2). – Guillaume-Germain Guyot, sept. 1764-oct. 1765 (Sommervogel, p. XCVII).

Collaborateurs occasionnels: – Barthélémy Germon, 1701-1718 certainement (Sommervogel, p. XLI), mais collabore encore en 1745 (Sgard, p. 191). – Jacques-Philippe Lallemant, 1701-?; «il semble que sa collaboration active ne dura guère» (Faux, p. 147). – Michel Le Tellier, 1701-1708 (Tables de Sommervogel).

Pour 1701, Sommervogel cite également (p. XXII): MM. Galland, Saurin, Miron de Cordemay, Leibniz (qui correspond épisodiquement avec les journalistes jusqu'en mai 1715), de L'Isle (qui selon les Tables de Sommervogel reprend cette collaboration occasionnelle entre 1751 et 1761); les pères Daniel jusqu'en février 1726, Commine, Bouhours, de Colonia jusqu'en septembre 1717).

Il cite encore (p. XXVI): M. Le Pelletier (1702-1705), les pères Etienne Chamillard (1702-1726), Ménétrier (1703-1705), Grainville (1703-1718), La Maugeraye (1704-1730), Oudin (1710-1725), Aubert (1710-1728), Bonin (1710-1749), Vitry (1711-1729), Spiridon Poupart (1712-1728), MM. Parent (1712-1716) et Laisné (1715-1738); les dates sont celles des textes originaux de ces auteurs répertoriés par Sommervogel dans ses Tables. – Joseph de Blainville, de 1712 à 1720 (Faux, p. 148). – Les pères Michel Languedoc, et Joseph Sanadon appartiennent à l'équipe de 1721 (Sgard, p. 190). – Jean-Jacques Du Chatelard, de 1728 à 1753 (Tables de Sommervogel). – Nicolas Sarrabat, de 1729 à 1735 (Tables de Sommervogel). – Joseph Privat de Molières, de 1732 à 1739 (très épisodiquement selon les Tables de Sommervogel). – Simon de La Tour «travaille vraisemblablement autour de 1746» (Sommervogel, p. LXXVI). – Jean Goulin, de 1760 à 1762 (D.P. 2).

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

L'objet du journal est défini dans l'Epître dédicatoire (1er févr. 1701): «donner au public un état fidelle de tout ce qui paraît de curieux tous les jours dans le monde, en quelque genre de science que ce soit [...] favoriser les beaux-arts, entretenir l'émulation parmi les sçavans, et [...] conserver à la postérité le souvenir de leurs ouvrages». Voir aussi l'historique.

Les M. de T. rendent compte dans le domaine des lettres latines, françaises et étrangères (surtout italiennes et anglaises), comme dans celui des sciences et des beaux-arts, des ouvrages d'auteurs illustres comme de ceux de minores. Ils abordent tous les domaines de la connaissance grammaire, rhétorique, philologie sacrée ou profane, histoire des religions, histoire ancienne, moderne et littéraire, liturgie, patrologie, écriture sainte, théologie morale, parénétique, polémique et, dans une moindre mesure ascétique, droit (surtout français et ecclésiastique), philosophie, économie politique, physique, mathématiques, histoire-naturelle, médecine, astronomie, arts utiles, beaux-arts et, avec une moindre fréquence, poésie et art dramatique.

Centres d'intérêt: l'érudition, particulièrement théologique et historique, a une place prépondérante dans les premières années du journal; après 1715, les M. de T. conservent une place importante à l'étude de l'Ecriture sainte malgré le recul de la théologie dans la production littéraire. La Théologie apologétique, surtout orientée dans la lutte anti-protestante et anti-janséniste dans les premières années, se déplace progressivement vers la lutte contre le déisme de sorte que la riposte à l'agitation janséniste autour des années 1750 est nettement moins importante qu'elle ne l'était au début du journal. La morale tend à tenir dans les M. de T. la place qu'y occupait la métaphysique au début. L'attention portée aux arts utiles, lettres et arts progresse nettement à partir des années 1730-1740 (cf. J. Ehrard et J. Roger).

Auteurs étudiés: au vu des Tables de Sommervogel, se distinguent, par le nombre de titres cités: Bayle, Boerhaave, Buffier, Cicéron, Clément XI, Diderot, le père de Colonia, Drouet de Maupertuy, Duhamel du Monceau, Eidous, Fénelon, Goujet, Guyot Desfontaines, d'Holbach, Houdard de La Motte, La Chétardie, La Condamine, J.Fr. Lacroix, La Harpe, J.J. de Lalande, l'abbé de La Porte, Le Cat, J. Leclerc, Le Franc de Pompignan, Leibniz, Lenglet Dufresnoy, Cl. Le Pelletier, J.N. de Lisle, Ant. Louis, Maffei, Dortous de Mairan, Marmontel, Maupertuis, Montesquieu, l'abbé d'Olivet, Rousseau et Voltaire.

Tables intégrées à la collection: tables annuelles à partir de 1703, à la fin du volume de décembre (celles de 1701 et 1702 sont généralement reliées avec celle de 1703).

De janvier 1731 à juin 1733: table des auteurs et table des matières par ordre alphabétique, en plus de la table des articles qui paraît ordinairement à la fin de chaque mois de 1701 à 1767, ces tables reviennent tous les trimestres.

Les M. de T. de décembre 1749 annoncent, avec la réimpression du journal de 1701 à 1750, «une table des Matières des 206 Volumes qui sera imprimée par les mêmes libraires», Chaubert et Briasson (p. 2600). Les M. de T. de décembre 1755 nous apprennent que cette entreprise échoua dès sa naissance et que «ce n'est que sur la fin de 1753 qu'on imagina la composition d'une Table sur un plan absolument nouveau» (p. 3028); selon les journalistes, elle est presque finie à cette époque et ils en donnent un plan très complet (cf. p. 3028-3036); nous n'avons, pour l'instant, pu trouver aucune trace de cette table analytique.

Tables séparées: Tables méthodiques des Mémoires de Trévoux (1701-1775), par le père C. de Sommervogel, Paris, Auguste Durand, 1864. Cette table prend en compte la suite des M. de T. dirigée par Aubert puis par les frères Castilhon (cf. BN, Z 22909-22911).

Tables manuscrites: Classification des articles du Journal de Trévoux, par L.N.P. Maille chanoine honoraire de Rouen, rédigé en 1807, BM Rouen 894 (mss. m 227), 1701-1763. Dans une lettre au père Souciet, Charles Beaunier note qu'il prépare une table des M. de T. (BN, nouv. acq. fr. 674, f° 2, lettre du 22 avril 1730), nous n'en avons pas trouvé trace. Table manuscrite 1701-1763, BN, Z 22906-22907 (vraisemblablement copiée de Maille).

Les mss. BN, f. fr. 25692-25694 et 15312 que nous avons consultés ne sont qu'une copie des tables annuelles du journal (25692: 1701-1715; 15312: 1716-1730; 25693: 1731-1740; 15694: 1741-1750), 653, 492, 513, 436 p. de la même main, format 105 x 165.

Le document BN, f. fr. 15313 n'est pas une table originale mais un recueil des tables annuelles imprimées des M. de T. de 1751 à 1760, 188 feuillets, 82 x 141.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Collection étudiée: BU Lyon, 34 079; BM Lyon, 808 217 et 811 582. Collections complètes: Ars, 8° H 26 311; BU Besançon, Pér. 394; Ste G., AEJ 8° 2620-2885.

Bibliographie

Rééditions: 1750, réimpression des M. de T. de 1701-1750, 206 vol. in-12 par Chaubert et Briasson (cf. M. de T., déc. 1749, p. 2598-2602 et juin 1750, vol. 2, p. 1527-1529). 1968-1969: Genève, Slatkine, 67 vol., 230 x 310.

Contrefaçons: de janvier 1701 à juin 1705, édition «augmentée de remarques et de plusieurs articles nouveaux», à Amsterdam, chez Jean-Louis de Lorme. Avec privilège des Etats de Hollande et de West-Frise. De 1754 à 1763, Journal des savants combiné avec celui de Trévoux, Amsterdam, M. Rey. Selon Sommervogel, une compilation analogue avait été entreprise par les libraires hollandais en 1713 (note 4, p. LXXVIII).

Traductions: Memorie per la storia delle scienze, e buoni Arti comminciate ad impremersi l'anno 1701 a Trévoux, e l'anno 1743 in Pesaro [...] Nella Stamperia di Niccola Gavelli (cf. annonce in M. de T., déc. 1742, p. 2249-2253); selon Sommervogel cette traduction est encore continuée en 1752 (p. LXXVIII). Sommervogel signale encore une traduction vénitienne, imprimée par Antoine Groppo, commencée en 1748 (p. LXXVIII).

Articles et monographies: – Alletz P.-A., L'Esprit des journalistes de Trévoux, 1701-1762, Paris, Hansy, 1771, 4 vol. – Grosier J.-B., S.J., Mémoires d'une société célèbre, Paris, Defer, 1790, 3 vol. – Montjoye F.L., Eloge historique du père G.-F. Berthier, Paris, 1817. – Brumoy P., Lettres, éditées par J.M. Prat, Paris, 1857. – Smith V. et Guigue M.-C., Bibliotheca Dombensis, Trévoux, 1854-1885. – Sommervogel P.C., S.J., Table méthodique des Mémoires de Trévoux (1701-1775) précédée d'une notice historique, Paris, Auguste Durand, 1864-1865, 3 vol. (I, 198 p.; II, 452 p.; III, 471 p.). – Dumas G., Histoire du Journal de Trévoux depuis 1701 jusqu'en 1762, Paris, Boivin, 1936, in-8°, 210 p. – Schier D., Louis B. Castel, anti-Newtonian scientist, Cedar Rapids, 1941. – Daoust (R.P.J.), «Les jésuites de Trévoux et Diderot (1751-1752)», Visages de l'Ain, juil. 1952, n° 19, p. 12-18. – Faux J.-M., S.J., «La fondation et les premiers rédacteurs des Mémoires de Trévoux (1701-1739) d'après quelques documents inédits», Archivum historicum Societatis Jesu, Rome, janv-juin 1954, t. XXIII, 1954, p. 131-151. – Desautels A.R., Les «Mémoires de Trévoux» et le mouvement des idées au XVIIIe siècle, 1701-1734, Rome, Institutum historicum Societatis Jesu, 1856. – Pappas J.N., Berthier's «Journal de Trévoux» and the philosophes, Studies on Voltaire, t. III, 1957. – Trénard L., «Les Mémoires de Trévoux», Visages de l'Ain, 1962, n° 62, p. 37-47. – Ehrard J. et Roger J., «Deux périodiques français du XVIIIe siècle: le Journal des savants et les Mémoires de Trévoux», Livre et société dans la France du XVIIIe siècle, sous la direction de F. Furet, Paris et La Haye, Mouton, 1965, 3 vol. – Etudes sur la presse au XVIIIe siècle: les «Mémoires de Trévoux», sous la direction de P. Rétat, Lyon, P.U.L., 1973 (n° 1), 1975 (n° 2). – Dix-huitième siècle,n° 8, Paris, Garnier, 1976. – Rétat P., «Rhétorique de l'article de journal: les Mémoires de Trévoux 1734», Etudes sur la presse au XVIIIe siècle, n° 3, Lyon, P.U.L., 1978. – Favre R., «La doctrine meurtrière», L'Attentat de Damiens, discours sur l'événement au XVIIIe siècle, sous la direction de P. Rétat, Lyon, C.N.R.S. et P.U.L., 1979, p. 267-294.

Si l'on en croit l'épître dédicatoire parue en tête des Mémoires de Trévoux (1er févr. 1701), le duc du Maine, prince de Dombes, entend, par la création de ce journal littéraire «favoriser les beaux-arts [...] entretenir l'émulation entre les sçavans, et [...] conserver à la postérité le souvenir de leurs ouvrages» (cf. aussi Préface, 1er févr. 1701). Selon les M. de T. de 1712, c'est «le grand concours de journaux hérétiques qui fit naître à Monseigneur le duc du Maine l'idée d'un journal où l'on eût principalement en vue la défense de la religion» (févr., p. 222). Le père Blainville, repris par Moreri et Hatin, affirme, lui, que le journal fut fondé à l'instigation des pères Lallemant et Le Tellier qui sollicitèrent la protection du prince de Dombes (lettre du 30 déc. 1739, Faux, p. 146), tandis que, pour Montjoye, c'est pour alimenter les presses de Trévoux et donner une certaine prospérité à la ville que les jésuites proposèrent de faire imprimer leur journal dans la principauté (Eloge historique, p. 26). S'il est aisé d'apercevoir que les journalistes laissent poliment au duc du Maine l'initiative d'une entreprise à laquelle il s'est borné à prêter sa protection, il importe de souligner que rien ne nous permet réellement d'infirmer l'un ou l'autre des témoignages que nous possédons sur la fondation des M. de T. qui, manifestement, répond avant tout à l'heureuse convergence d'intérêts divers (cf. Faux, p. 137-138 et Rétat, Dix-huitième siècle, n° 8, p. 167-187).

D'une part les journalistes jésuites, comme en témoigne la lettre qu'ils adressent aux provinciaux de l'ordre en mars 1701 (Faux, p. 137), destinaient les M. de T. à combattre l'hérésie par le truchement d'un journal littéraire qui pourrait s'opposer à l'influence janséniste et quiétiste sur le public cultivé qu'ils cherchaient à atteindre. D'autre part, faisant imprimer à Trévoux, capitale d'un état indépendant du royaume de France, les jésuites tournaient habilement le privilège du Journal des savants, avec la protection du duc du Maine qui trouvait dans cette entreprise de quoi satisfaire sa piété tout en alimentant son imprimerie, à peu près tombée sous la direction de Pierre Le Rouge et confiée, en 1699, à Jean Boudot pour qu'il la relève (cf. ms. AN., 2785, pièce 6 v°). Au surplus, les M. de T. apparaissaient à une époque tout à fait propice à la création d'un journal (Rétat, p. 174-188), où ils pouvaient «entrer à la fois dans la politique culturelle dont Bignon mettait alors en place les autres organes et dans la politique religieuse dont Bossuet dans ses Instructions contre les hérétiques qui paraissent alors, comme dans sa lutte contre les <faux mystiques >, était le principal héraut» (p. 178).

Dans la préface de leur première livraison, donnée au public en mars 1701 (cf. Approbation, 1er févr. 1701, p. 231), les rédacteurs des M. de T. ne laissent nullement paraître la volonté polémique qu'ils affirment par ailleurs sans fard dans un texte plus confidentiel où ils font appel, à la même époque, à la collaboration des provinces jésuites (Faux, p. 135 et suiv.). Ils se soucient avant tout d'exposer le plan très complet de leur bibliothèque savante et mettent l'accent sur leur volonté de faire paraître des extraits de tous les livres de science imprimés en France comme à l'étranger, «des pièces manuscrites de Critique; des explications de Médailles curieuses; de nouveaux éclaircissements sur des passages de l'Ecriture Ste.; des découvertes qui regardent la Physique, la Médecine et les Mathématiques; quelques nouveaux Phénomènes; quelque Machine nouvellement inventée etc.». Ils promettent de se faire l'écho de toutes les nouvelles des lettres, soulignant qu'ils sont en état de correspondre avec un grand nombre de savants «dans toutes les parties du monde où l'on cultive les lettres». A cette volonté d'universalité du journal s'ajoute une volonté de s'inscrire dans l'actualité de la République des Lettres dont les auteurs n'entendent retenir que les ouvrages imprimés dans le siècle (cf. encore à ce propos févr. 1710, p. 189 et oct. 1711, p. 1081).

Le soin avec lequel les journalistes de Louis-le-Grand s'attachent à présenter leur entreprise comme exclusivement littéraire paraît avoir déterminé la discrétion avec laquelle ils se présentent au lecteur des M. de T. simplement comme «ceux qui ont entrepris de travailler cet ouvrage» sous les auspices du duc du Maine sans marquer leur appartenance à la Société de Jésus (Epître dédicatoire, 1er févr. 1701). Ils ne songent nullement à dissimuler leur état (cf. lettre envoyée à divers savants de l'Europe en 1701, citée par Dumas, p. 183 et M. de T., Avertissement de 1703) mais manifestent d'emblée la volonté, qu'ils réaffirmeront sans cesse, d'entrer en contact avec le public en qualité d'érudits et d'hommes de lettres avant toute chose.

Par souci de neutralité, les journalistes demandent aux auteurs de rédiger eux-mêmes les extraits de leurs livres et, surenchérissant sur ce désir d'impartialité, promettent de ne donner ces extraits qu'après qu'ils auront été comparés avec les ouvrages originaux; dans cette même perspective ils soulignent leur ferme résolution de ne prendre aucun parti dans les matières de science et «dans tout le reste excepté quand il s'agira de la Religion, des bonnes mœurs ou de l'Etat en quoi il n'est jamais permis d'être neutre». Ils rappelleront volontiers, cet égard, qu'il n'est nullement question pour eux de faire quelque discrimination que ce soit des ouvrages des savants hérétiques, tant que ceux-ci ne les obligeront pas les condamner en mêlant à leur érudition des propositions hasardées dans le domaine religieux (cf. Avertissement du 5 juin 1701 et janv. 1708, adjonction au paragraphe V de la préface de 1701 reprise en 1720 et l'Eloge de B. de Beauval, nov. 1710, p. 1925 et suiv.).

Attachés à souligner le rôle d'intermédiaire des M. de T. entre le public et les savants de l'Europe, comme entre ces savants eux-mêmes, les auteurs engagent les gens de lettres à recourir au journal pour proposer leurs difficultés sur des points de doctrine ou pour soumettre au jugement du public les projets de leurs ouvrages.

Malgré les protestations de neutralité réitérées dans la Préface, la matière même de la première livraison des M. de T. laisse paraître une évidente volonté polémique (Rétat, p. 178 et suiv.). En témoigne, par exemple, l'article initial consacré à Instruction pastorale sur les promesses de l'Eglise de Bossuet, une critique de Harmonia Evangelica de Jean Leclerc qui amorce une querelle ouverte, soutenue avec cet auteur jusqu'en 1704 par le père Despineul, ou encore un article sur le Dictionnaire universel de Furetière corrigé et augmenté par Basnage de Beauval et Huet, suivi d'un avis (p. 227) annonçant une édition trévolsienne «entièrement purgée de tout ce qu'on y a introduit de contraire à la Religion Catholique» et infiniment plus complète et parfaite, selon les journalistes, que l'édition de Hollande. La polémique autour de ce dictionnaire se poursuit en juillet (2e supplément, juil-août 1701, p. 1), entraînant un réponse de Basnage dans le Journal des savants et une autre de Huet dans la contrefaçon hollandaise des M. de T. (Sommervogel, p. XVIII-XX et Rétat, p. 184) qui, en cette occasion comme en bien d'autres, ouvre ses pages à ceux qui se jugent maltraités par les critiques jésuites (cf. Avertissement mai-juin 1701).

Outre ces polémiques qui, tout en laissant planer quelque doute sur la volonté de neutralité des M. de T., touchent des sujets «en quoi il n'est jamais permis d'être neutre», le journal amorce, dès les premières années, des disputes d'ordre littéraire. L'une des plus acerbes, envenimée certes par des auteurs étrangers à la rédaction du périodique, commence en septembre 1703 avec l'abbé Boileau que son frère soutient vigoureusement (Sommervogel, p. XXV-XXX). Les visées polémiques des auteurs de Trévoux s'affirment d'ailleurs à tel point au fil des années que, tout naturellement, dans la préface de 1708, les journalistes signifient sans autre précaution: «dans le dessein où nous sommes d'attaquer sans ménagement les énemis déclarez de la Religion et de démasquer ses énemis cachez, nous devons nous attendre à tous les effets de leur ressentiment: mais rien ne nous détournera de nôtre dessein» puis, pour ce qui concerne les auteurs profanes: «nous négligerons les plaintes injustes de ceux que nous n'aurons pas assez loués à leur gré». En 1712, les M. de T. reviennent sur leurs intentions de 1701 et avertissent dans leur préface que nulle considération ne leur fera insérer des extraits faits par l'auteur lui-même; ils allèguent judicieusement leur goût marqué pour une critique didactique et leur souci de ne pas se fier aux parties en cause par respect du lecteur (p. 5).

La vocation érudite des M. de T., elle, ne sera pas trahie par la suite des livraisons. Dès les premiers volumes, les journalistes satisfont surabondamment l'attente du public d'hommes de lettres et d'érudits qu'ils cherchent à atteindre. L'histoire tient le premier rang dans le périodique (Ehrard et Roger, p. 41), tout particulièrement l'histoire profane et la numismatique à laquelle sont consacrés de nombreux articles, accompagnés fréquemment de belles médailles gravées; ils sont particulièrement abondants durant l'agence du père Tournemine qui, avec le père Hardouin, consacre une part importante de son temps à cette étude (les extraits d'archéologie sont eux aussi nombreux et très généreusement illustrés à cette époque). Les médailles, quoique présentées, le plus souvent, comme preuves de la bonne foi des historiens (cf. par ex. mai 1702, p. 166-167 et sept. 1710, p. 997) sont fréquemment l'occasion pour les journalistes de donner libre cours à leur goût marqué pour les beaux-arts et la belle antiquité. Sans abandonner le domaine des sciences chrétiennes et de la philosophie, les M. de T. se montrent empressés à satisfaire l'intérêt de leur public pour les sciences et techniques, tout particulièrement la physique (Ehrard et Roger, p. 44). Ils manifestent ainsi leur volonté de se placer à la fois sur le terrain de la culture traditionnelle et des orientations modernes de la recherche savante (Rétat, p. 180-187) où ils concurrencent habilement les journaux de Hollande et leur rival le plus immédiat, le Journal des savants.

S'il apparaît que les jésuites de Trévoux ont moins bénéficié qu'ils ne l'escomptaient de la collaboration de leurs confrères d'autres pays (Faux, p. 134-135), leur appel à la correspondance semble avoir été entendu par un grand nombre de savants et d'hommes de lettres qui répondirent, sans retard et sans se lasser, à l'invitation des M. de T. (Sommervogel, p. XXV et LXXV). Dès le mois de mai/juin 1701 apparaissent des nouvelles littéraires qui, selon les auteurs, «doivent faire une part considérable de ces Mémoires» (p. 208) et qui, en effet, sont d'une qualité et d'une richesse exceptionnelles dans la presse du temps, tout particulièrement dans le domaine des éditions étrangères (cf. Préface, janv. 1712, p. 4). Outre leur commerce épistolaire avec les savants et publicistes de l'Europe, les rédacteurs de Louis-le-Grand bénéficient d'une riche bibliothèque où sont conservés tous les périodiques du temps (Faux, p. 135) et un grand nombre de catalogues de libraires (cf. Nouvelles littéraires de Paris, déc. 1710, p. 2176). Les nouvelles littéraires paraissent très régulièrement, chaque mois à partir de septembre 1702, leur abondance paraît même dépasser un peu l'attente des auteurs qui s'excusent à maintes reprises de devoir en reporter un certain nombre à la livraison suivante (cf. par ex. juil. 1702, p. 174 et juil. 1711, p. 1310) et font paraître, en tête du volume de février 1703, une «petite instruction qu'on avait envoyée en divers endroits lorsqu'on entreprit ces Mémoires»; ils y précisent ce qu'ils attendent de ceux qui contribuent aux nouvelles littéraires et insistent sur la nécessité d'envoyer des notes brèves sans préjudice néanmoins de la précision des renseignements.

Le succès des M. de T., devenus mensuels en 1702, la volonté surtout d'en préserver les orientations initiales en respectant les goûts de leur public, paraissent avoir engagé les journalistes à rappeler périodiquement ce qui est propre à constituer la matière de leur journal littéraire. Dans cette perspective, ils se démarquent très nettement des gazettes (cf. juil-août 1701, p. 231) et, par exemple, ne font ouvertement mention de l'affaire de succession d'Espagne qu'après avoir souligné qu'elle «est du ressort de la République des Lettres, puisqu'elle roule sur plusieurs points d'Histoire et de Jurisprudence» (mars 1701, p. 46). Cette précision donnée, les journalistes anticipent en confiance sur l'avidité des lecteurs cultivés: «persuadez que ces extraits ne peuvent manquer d'être bien reçus du public, nous en donnerons la suite à mesure qu'ils viendront» (mars 1701, p. 99; cf. aussi janv-févr. 1701, p. 131; mai-juin 1701, p. 152; Nouv. litt. de Madrid, déc. 1702, p. 193). Les conflits entre puissances, lorsqu'ils ne sont pas du ressort de l'histoire, apparaissent furtivement dans les M. de T. lorsqu'ils conditionnent la circulation ou la production des livres (cf. Nouv. litt. de Rome, sept. 1702, p. 162; Nouv. litt. de Modène, janv. 1706, p. 169, etc.). De même, ce qui relève plus généralement de l'information d'actualité n'affleure dans le périodique que médiatisé par les lettres ou les arts. La peste de Pologne ne peut, par exemple, y «être mieux décrite qu'en adoptant l'admirable description qu'Ovide a faite de celle qui ravagea l'Isle d'Egine [...] et qui a donné au fameux Mignard l'idée d'un des plus beaux tableaux qui soit au monde» (mars 1712, p. 533). Très conscients des attentes spécifiques du public qui est le leur, les M. de T. excluent aussi les ouvrages d'imagination et les œuvres de piété qui font pourtant une part considérable des livres du siècle. Quoiqu'ils «ne soient guère du ressort d'un journal où l'on ne veut voir que les extraits des Livres de Sciences» (avril 1711, p. 785), certains ouvrages de dévotion trouvent place dans le périodique, pour autant que la piété s'y intègre à un projet savant ou à un discours qui la présente comme l'un des aspects d'un ouvrage retenu pour ses qualités érudites, littéraires ou, plus rarement, nous semble-t-il, apologétiques (cf. par ex. mars 1706, p. 405). Il en va de même pour les œuvres poétiques qui sont retenues surtout lorsque «la Question agitée appartient à la Philosophie et à l'Histoire plus qu'à la Poésie» (juin 1710, p. 974) ou lorsqu'elles ont un intérêt didactique dans le domaine de la rhétorique par exemple (cf. mai 1711, p. 890).

On comprend dès lors que les rédacteurs des M. de T. réfutent fermement la thèse qui leur attribue la rédaction du Mercure de Trévoux qu'ils présentent comme l'œuvre de personnes qui «croyent que les livres amusans méprisez par les journalistes sont de leur compétence, et promettent une critique sincère de toutes les pièces de théâtre», des nouvelles politiques et des énigmes (mai 1708, p. 898-899; (cf. aussi mars 1711, p. 553). Ce mercure, comme le Dictionnaire universel français et latin, connu sous le nom de Dictionnaire de Trévoux, leur avait été indûment attribué parce qu'il était imprimé chez Ganeau dans la principauté de Dombes (cf. janv-févr. 1701, p. 227; mars 1705, p. 555; juil. 1724, p. 1286-1288 et nov. 1753, p. 2675).

Si les M. de T. sont rapidement parvenus à s'attacher le public cultivé qu'ils avaient entrepris d'atteindre (cf. Avertissement, janv. 1708) et se sont inlassablement employés à satisfaire son empressement, ils n'en ont pas moins rencontré, presque dès l'origine, nombre de difficultés dont témoignent les avertissements de 1708, 1712 et 1720.

Tout d'abord le nombre même et la diversité de leurs correspondants ne les mettaient pas à l'abri des manœuvres ou des négligences de leurs savants informateurs et le journal annonce, par exemple, le décès de Magliabechi qui non seulement n'est pas mort mais se trouve blessé de certains détails de sa notice nécrologique (Sommervogel, p. XXX-XXXI); l'année suivante les journalistes doivent convenir de nouveau qu'ils ont été trompés par une personne qui leur a remis une lettre sur l'Assemblée des Apothicaires de Paris où l'on fait dire à M. Biet l'inverse de sa pensée (cf. oct. 1704, addition, p. 12). Peut-être doit-on encore mettre au compte des correspondants du journal l'orthographe barbare des noms de lieux et de savants qu'on a souvent reprochée aux M. de T. avant 1734 (cf. sept. 1701, p. 353 et Bibliothèque germanique, 1731, t. XXI, p. 227).

Surpris par leurs correspondants, les M. de T. le sont encore par l'un des leurs, le père Hardouin, qui émet les hypothèses les plus étranges sur les chefs d'œuvre de la littérature antique et dont la savante manie fait grand bruit. Ils publient en janvier 1709 une Déclaration du Provincial des jésuites et des supérieurs de leurs maisons de Paris (p. 367-371) qui rejette sans équivoque le système de la supposition des anciens auteurs (cf. aussi déc. 1708, fin du vol. sept. 1733, p. 1677-1678 et déc. 1761, p. 3012-3037). On n'hésite pas en effet, dès cette époque, à accuser d'hardouinisme la rédaction tout entière, comme on reprochera au journal son «style de collège» alors que ce sont surtout les pères Catrou, Du Cerceau et Courbeville qui se distinguent par la nouveauté de leur style et un fréquent recours au néologisme (Sommervogel, p. LIII-LIV et Avertissement, 1708, p. 4).

La distance qui sépare les rédacteurs de Louis-le-Grand de l'imprimerie de Trévoux constitue pourtant, selon eux, le principal écueil rencontré par le périodique. Elle entraîne des retards de publication et une extrême irrégularité de distribution qui lasse la patience du public comme celle des auteurs. Les journalistes, manifestement impuissants à enrayer ce phénomène, se contentent de répondre à ces plaintes: «Comment les satisfaire? Nous imprimons à cent lieues de Paris, et nous envoyons la copie de nos Mémoires deux mois avant qu'elle paraisse» (Avertissement, janv. 1708). Par la suite les choses ne semblent guère s'arranger puisque en 1712 les journalistes disent envoyer leur copie trois mois avant parution ce qui, au mieux, reporte quatre mois après son apparition l'extrait d'un livre nouveau (Avertissement, janv. 1712).

En 1720, retards et irrégularités en sont au point où, de l'aveu même des journalistes, quelques personnes ont cru qu'on prétendait par là disposer le public à le voir tout abandonner (Préface, janv. 1720). Il semble, en effet, que les M. de T., liés au privilège d'imprimerie qui avait permis leur naissance, aient eu à souffrir d'une certaine incurie d'E. Ganeau et des libertés qu'il prenait avec le journal tout autant que des tensions internes de la rédaction qui perturbent l'entreprise et se font jour dès la fin de l'agence du père Tournemine. On peut relever quelques traits manifestes des libertés que prend le libraire avec les M. de T.: en décembre 1703, il fait paraître une réponse à Boileau, en feuille séparée, jointe au journal, lors même que les jésuites sont résolus à cesser la querelle avec cet auteur (Sommervogel, p. XXVIII-XXIX); de février à avril 1705, il insère un avis demandant aux correspondants du journal d'affranchir leurs envois contre la volonté des auteurs et du libraire de Paris qui confirment la gratuité du port des pièces à insérer dans les M. de T. (mai 1705, p. 912) et semblent vouloir restreindre la marge d'initiative de Ganeau en demandant qu'on leur adresse directement les manuscrits.

Malgré l'évidente volonté des rédacteurs de poursuivre la publication du journal, dont ils font reparaître la préface de 1701 et réaffirment les orientations initiales dans la courte préface de 1720, malgré l'annonce de nouvelles mesures prises pour «remettre les M. de T. en meilleur état qu'ils ayent jamais été» et la promesse du libraire de donner «tous les deux mois deux volumes des M. de T. jusqu'à ce que les Mémoires de chaque mois paraissent aux premiers jours du mois suivant» (Préface, janv. 1720), le journal paraît six mois après la date du volume en 1720 (cf. ms. BN 11364 publié par J. Sgard et F. Weil in Dix-huitième siècle, n° 8, p. 195) et les sept derniers volumes de l'année ne voient jamais le jour. Selon l'annonce parue au début du volume de janvier 1721, «de l'interruption [...] des sept derniers mois de l'année 1720, l'on doit s'en prendre au dérangement général de la librairie». Il semble cependant que les journalistes exagèrent l'importance de ces problèmes matériels et leurs confrères de 1749 sont nettement moins catégoriques. Selon eux, «c'était apparemment un tems de calamité littéraire, ou bien le zèle s'étant refroidi, et les journalistes se trouvant en arrière, il fut conclu par eux qu'il falloit supprimer une partie de cette année» (avril 1749, p. 629-630).

La nature exacte des mesures prises en 1720 nous est inconnue mais il semble qu'elles touchent à la composition de l'équipe de rédaction puisqu'elles sont prises au moment où prend fin l'agence du père Tournemine (fin 1719). Manifestement insuffisantes, elles sont complétées ou peut-être concrétisées, début 1721, par la réunion à Louis-le-Grand d'une assemblée de 28 notables qui remanie cette équipe et décide de la faire travailler sous la direction du père Thoubeau nommé en remplacement du père Tournemine (cf. ms. BN 11364, op. cit., p. 197). A partir de 1721, cette équipe reprend en main les M. de T. avec le concours de collaborateurs aussi féconds que les pères Bougeant et Castel qui traitent avec une égale facilité de physique, d'histoire naturelle, de théologie que de philosophie, sans négliger les beaux-arts et l'histoire. L'esprit de controverse n'abandonne cependant pas les journalistes: le père Du Cerceau s'engage par exemple dans une querelle avec l'abbé d'Olivet au sujet du Traité de la faiblesse de l'esprit humain (cf. juin 1725, p. 989 et suiv.; déc. 1727, p. 197 et suiv.; juin 1729, p. 965 et suiv.), le père Castel passe fréquemment «la ligne que lui traçait la géométrie, tant pour le fond des choses que pour la manière de les dire» (avril 1757, p. 1102) et s'oppose avec vigueur aux théories de Newton, Leibniz, Réaumur et Maupertuis. Les M. de T. sont en retour l'objet de nombreuses attaques; l'une des plus vives, de la part de Ch. Pfaff, accuse les journalistes «d'ignorance, [...] de pédanterie ridicule, de partialité [...]» et, plus grave, affirme que «les principes des jésuites de Paris conduisent au déisme et renversement de la religion» (juil. 1723, p. 1161). Dans le même temps on stigmatise volontiers le goût du néologisme qui envahit le périodique (Nouvelle Bibliothèque d'un homme de goût, t. 5, p. 117) et l'imperfection des éditions (cf. par ex. Bibliothèque germanique, 1731, t. XXI, p. 227). Il est de fait que les volumes des M. de T. s'augmentent d'un nombre impressionnant de pages d'errata, huit par exemple pour décembre 1730. Il convient cependant de ne pas accorder une importance excessive aux problèmes de librairie dans les difficultés qu'éprouvent les M. de T. autour des années 1730.

En effet, c'est à cause «des plaintes qu'on lui faisait sans cesse contre cet ouvrage» que le duc du Maine refusa un nouveau privilège aux M. de T. (Tables du Journal des savants, t. X, p. 670) et, selon D. Schier, plus particulièrement à la suite de plaintes récentes de l'Académie royale des sciences contre Castel (p. 18). Contraints de changer d'éditeur, les journalistes confient leur périodique à Claude Plaignard qui le fait imprimer à Lyon chez Claude Perrot. La disparition des armes du duc du Maine de la page de titre suit immédiatement. La qualité technique du journal s'améliore sensiblement, on y remarque, par exemple, tous les trois mois une table alphabétique des auteurs et une table alphabétique des matières; les volumes paraissent régulièrement le mois suivant la date mentionnée.

Loin de rompre avec l'esprit de controverse qui leur avait ôté la protection du duc du Maine, les journalistes se lancent, en juin 1731, dans une dangereuse polémique autour des Elévations sur les mystères. Ils publient une lettre de Michel Fichant, prêtre du diocèse de Quimper, qui s'attache à démontrer que l'ouvrage édité en 1727 par les soins de l'évêque de Troyes «contredit les sçavans écrits que l'illustre prélat a lui même publiés contre les calvinistes» et nie même l'authenticité de l'ouvrage de Bossuet (juin 1731, p. 946 et suiv., p. 963 et suiv.). On a quelquefois supposé que cette lettre a pu être insérée directement par l'imprimeur sans la participation des jésuites il nous semble plus probable que les journalistes aient partagé, à tout le moins toléré, les opinions hasardeuses de Fichant puisqu'ils n'hésitent pas à publier l'année suivante une autre lettre de cet auteur concernant les Méditations sur l'Evangile (févr. 1732, p. 314) qu'il regarde comme n'étant pas l'ouvrage exclusif de Bossuet. A la suite d'une requête déposée par l'évêque de Troyes, en mars 1733, les jésuites sont condamnés, le 7 septembre, par un arrêt du Parlement qui met en cause le Supérieur de la Maison professe, le Recteur de leur noviciat et le Recteur du collège de la rue Saint-Jacques (texte reproduit in Dumas, p. 186-191). Cet arrêt sera publié en 1733 chez B. Alix, à la suite d'une Instruction pastorale au sujet des calomnies lancées dans le Journal de Trévoux, du mois de juin 1731 [...].

Conséquence particulièrement grave du laxisme qui règne au sein de la rédaction du journal, cette affaire semble avoir sinon suscité, du moins largement déterminé les changements qui interviennent en décembre 1733 dans la direction des M. de T.

Ayant obtenu, le 11 décembre 1733, un privilège de six ans pour imprimer à Paris chez Chaubert, et reconquis la protection du duc de Maine (cf. Avertissement, janv. 1734), les supérieurs des jésuites mettent en place une nouvelle équipe elle travaillera sous le contrôle direct et sous l'autorité du père Rouillé qui dirige le travail des journalistes et reçoit les manuscrits à insérer dans les M. de T. (cf. Préface, janv. 1734).

M. Gilot et J. Sgard ont mis en pleine lumière l'effort de réorganisation et de reprise en main que constitue cette réforme (Dix-huitième siècle, n° 8, p. 205 et suiv.) engagée par les pères Lavaud et Frogerais à un moment où les M. de T. se doivent de reconquérir un public qui leur échappe, de redéfinir leur rapport à la culture du temps et leur place dans la production périodique.

La préface du volume de janvier 1734 met très nettement l'accent sur les changements intervenus dans le journal: «l'ouvrage ne sera plus comme auparavant, abandonné à la discrétion d'un libraire de province», mais surtout, la nouvelle équipe met implicitement en cause l'ancienne rédaction dont elle se démarque en affirmant: «l'esprit de partialité est un écueil dangereux où bien des journalistes ont échoué [...] on nous saura gré sans doute des précautions que nous sommes résolus de prendre pour ménager la délicatesse des auteurs [...]». Les premières livraisons de 1734 ne trahissent pas ces promesses et le public reconnaît volontiers, comme Desfontaines, que «la sçavante troupe des auteurs» de 1734 écrit avec plus de soin et de goût que ses prédécesseurs et ne s'écarte plus «des règles de la bienséance et de la politesse» (Observations sur les écrits modernes, t. I, p. 140 (cf. aussi Sommervogel, p. LXIII-LXX).

Attentifs à éviter les polémiques, les journalistes s'engagent à exclure de la sphère de leur ouvrage et à ignorer les «imprimés, qui paraissent sous forme de brochure ou de feuilles volantes» et «dérangeraient la symétrie d'un ouvrage consacré à l'histoire des sciences et des beaux-arts» (Préface, janv. 1734). Ils donnent aux M. de T. les orientations qui s'affirmeront dans la suite sous la direction du père Berthier et s'ouvrent à la modernité sans céder, pour autant, sur le terrain des valeurs fondamentales qu'ils n'ont cessé de défendre. L'attitude qu'ils adoptent à cette époque à l'égard de Voltaire témoigne de ce souci d'ouverture et de vigilance. Après la publication des Lettres philosophiques, qu'ils se contentent d'ignorer jusqu'en 1735 et n'abordent que par le biais d'une critique de la réponse injurieuse qu'y fait un anonyme (janv. 1735, p. 96 et suiv.), ils font en février une dernière mention de l'ouvrage regrettant «qu'un des plus beaux esprits» du siècle «s'avilisse ainsi à dire lui-même en parlant de lui-même, je suis corps, etc.» pour n'y plus revenir par la suite et s'empresser de saluer, en 1738, dans les Eléments de la philosophie de Newton «le louable projet de M. de Voltaire, de se rendre philosophe, et de rendre, s'il est possible, tout l'Univers newtonien» (août 1738, p. 1674); trop heureux de «son goût tout à fait décidé désormais pour les matières de Philosophie et de Raisonnement» (ibid., p. 1867), ils mettent volontiers sur le compte d'un «petit reste d'humeur poétique, théâtrale et satyrique, dont la philosophie achèvera [...] de lui faire sentir l'abus, et pour le moins l'inutilité» la façon cavalière avec laquelle il traite Descartes et Malebranche ainsi que son goût un peu vif pour Grimaldi (ibid., p. 2676-2677).

Le souci des M. de T. de s'adapter à l'évolution du goût de leur public les conduit encore à consacrer de plus nombreux extraits à la poésie et à l'art dramatique et à ignorer moins systématiquement les romans que dans les premières années (cf. Cl. Labrosse, Etudes sur la presse au XVIIIe siècle, n° 2, p. 3. Ils ont soin d'autre part de réfréner leur goût traditionnel pour les longues dissertations érudites et s'attachent à donner des articles courts sans s'étendre sur des détails d'érudition qu'ils savent éloignés du goût des lecteurs du temps (cf. P. Rétat, Etudes sur la presse au XVIIIe siècle, n° 3, p. 81-100).

Le succès de la nouvelle formule des M. de T. semble attesté par le soin que prend Niccolo Gavelli d'imprimer à Pesaro une traduction italienne du périodique en 1742. Cette entreprise est soutenue au moins jusqu'en 1752 selon Sommervogel (p. LXXVII-LXXVIII).

L'effort de reprise en main de la rédaction des M. de T., entrepris en 1734 par le père La vaud, se poursuit au-delà de la réorganisation de l'équipe journalistique et l'engage, en 1737, à réaffirmer son autorité en supprimant l'usage des présents que les journalistes avaient accoutumé de faire à quelques amis distingués (cf. Sgard et Weil, p. 193, note 2). Le père Rouillé est démis de ses fonctions à cette même époque (BN, f. fr. 9355, f° 300; (cf. aussi Eloge du père Rouillé, M. de T., févr. 1741, p. 312). L'agence est alors confiée au père Jean Souciet dont la direction semble avoir été moins ferme que celle de son prédécesseur puisque, selon Castel, cette agence fut proprement le règne occulte du père Charlevoix (Sgard et Weil, p. 202). L'absence de direction ferme paraît alors replonger la rédaction dans une crise interne dont témoigne le rapport préparé fin 1743 par le père Castel pour ses supérieurs (ms. BN 11364 publié par J. Sgard et F. Weil, p. 193 et suiv.). En juillet 1744, les pères Souciet et Charlevoix quittent les M. de T. qui sont, selon Moreri, confiés au père Bernard Routh (cf. aussi la lettre du père Brumoy citée in J.M. Prat, p. 23).

Les remèdes que propose le père Castel pour remettre le journal en état autorisent à penser que la volonté des supérieurs d'instaurer une direction ferme et une rédaction collégiale n'a pas été aussi bien observée qu'ils l'espéraient. Il insiste sur la nécessité d'avoir un agent unique à la tête de la rédaction qui «devrait représenter à l'assemblée toutes les pièces du dehors qui viennent pour le Journal» et demande que tout ce qui s'imprime soit «revu dans l'assemblée et les nouvelles littéraires et les extraits de l'agent comme ceux des autres» (Sgard et Weil, p. 202), soulignant en outre que «l'état actuel de l'impression devrait être connu des journalistes dans chaque assemblée».

Loin de favoriser l'amélioration de la rédaction collégiale des M. de T. que le père Castel appelle de ses vœux, les supérieurs de Louis-le-Grand nomment en janvier 1745, un directeur puissant en la personne du père Berthier. Il rétablit certes un ordre parfait au sein de la direction mais, loin de rendre des comptes aux journalistes, il exerce ses fonctions de «praefectus diarii», titre dont il est le premier et le seul à avoir été honoré (Faux, p. 151) avec une telle rectitude qu'on a souvent regardé les M. de T. rédigés sous sa direction comme son œuvre personnelle (cf. Pappas, p. 1378). Les qualités de sérieux, les capacités de travail exceptionnelles qu'avait montrées ce père dans la continuation de l'Histoire de l'Eglise gallicane, pour lesquelles sans doute on l'avait choisi, jointes à une forte personnalité, lui donnent un tel poids dans la nouvelle équipe de rédaction qu'on le soupçonne même de répugner à recevoir le concours de collaborateurs qui, tel le père Plesse, lui sont adjoints pour le seconder dans sa tâche (cf. Pappas, p. 22). En tout état de cause, il instaure rapidement dans les M. de T. une unité de ton et d'esprit que n'avait jamais connue ce périodique et à laquelle nombre de contemporains applaudirent (cf. par exemple Nouvelle Bibliothèque d'un homme de goût, t. V, p. 177).

Soulignons pourtant qu'au moment où le journal atteint une remarquable homogénéité et parvient à échapper au démon de la controverse, qu'avaient largement favorisé l'expression d'opinions contradictoires et les «spirituelles excentricités» de quelques collaborateurs, il nous paraît perdre en fraîcheur ce qu'il gagne en sérieux. On ne trouvera plus dans le journal du père Berthier la légèreté, la séduisante fantaisie et le goût des pointes spirituelles si caractéristiques des premières années des M. de T.

A cette époque, le brillant inventeur du clavecin oculaire cesse d'ailleurs de faire partie du journal et l'on s'explique parfaitement ce qui pouvait rendre inconciliables des personnalités aussi fortes et aussi opposées que celles des pères Castel et Berthier.

A partir de 1745, les M. de T. s'installent dans une parfaite régularité, chaque numéro paraît dans les premiers jours du mois, les volumes supplémentaires sont scrupuleusement annoncés dans la livraison précédente (cf. janv. 1746, p. 187) et peu à peu paraissent très régulièrement quatre fois par an. Le mouvement amorcé, autour des années 1734, pour donner aux M. de T. un caractère plus littéraire et plus artistique, suivant le goût du public, se poursuit de sorte que, pour la période 1750-1754 étudiée par J. Roger et J. Ehrard, les articles consacrés aux beaux-arts et à la poésie ont à peu près autant d'importance que ceux qui traitent des sciences et techniques (p. 53).

Soucieux d'affirmer le sérieux de son entreprise, le père Berthier, dans l'Avis au lecteur de janvier 1746, met l'accent sur les principes qu'il entend faire respecter et qui le seront de fait jusqu'à ce qu'il soit contraint d'abandonner les M. de T. Il insiste tout particulièrement sur sa volonté d'instaurer une critique «saine, modérée, honnête et instructive». Il présentera d'ailleurs volontiers les M. de T., tout au long de son agence, «plutôt comme un lieu d'entrevue que comme un champ de bataille», «comme un congrès littéraire [...] où ceux qui tiennent la plume se renferment dans la qualité de médiateurs» (juin 1746, p. 1252) et s'attachera sans cesse à renouveler les témoignages de son impartialité (cf. par ex. août 1750, p. 2151; avril 1751, p. 954).

Dans la controverse qui oppose les tenants de Descartes et de Newton, il se montre par exemple très ouvert aux idées nouvelles en matière de physique mais, adoptant une attitude conciliante, rappelle volontiers aux physiciens modernes que «Descartes a précédé, et a ouvert le chemin de la véritable physique» à ses successeurs (déc. 1747, p. 2472). L'ouverture des journalistes de Louis-le-Grand ne se cantonne d'ailleurs pas au terrain relativement confortable des sciences physiques. Pour ce qui concerne la loi naturelle, ils n'hésitent pas à affronter les remontrances outrées de ceux qui n'y voient qu'un système impie et les accusent de favoriser l'incrédulité en partageant ces vues (cf. Nouvelles ecclésiastiques, 9 oct. 1749, p. 261). C'est ainsi qu'ils s'opposent ouvertement à l'auteur de l'Examen du voltéranisme, considérant que le poème de la Religion naturelle eût été «une entreprise louable si elle n'avoit eu pour objet que de rappeler ce bel Esprit à la Religion révélée». La Nature n'est certes pas la loi suprême pour les M. de T. mais les journalistes refusent de «nier que la Loi Naturelle soit une loi émanée du Créateur même» (août 1750, p. 2096). Attachés à rendre justice aux talents des savants de leur époque, au sein même des plus vives controverses, ils recevront sans difficulté le Traité des sensations parce que Condillac n'y utilise pas les idées qu'il emprunte à Locke contre la religion révélée et leur paraît appartenir avant tout à un courant de recherche qui dévoile à l'homme la source de ses goûts, de ses sentiments et de ses pensées en étendant son intelligence du monde (cf. déc. 1746, p. 2285).

Les M. de T. ne sont certes pas l'œuvre du directeur ignorant, superstitieux, opposé aux Lumières que décrit Votaire dans la Relation de la maladie, de la confession, de la mort et de l'apparition du Jésuite Berthier, l'Ode sur la mort de la markgrave de Bareith, la Relation du voyage du frère Garassise, continuateur du Journal de Trévoux, le Dialogue d'un Parisien et d'un Russe, La Pucelle... mais ils restent, au sein de la controverse philosophique, l'instrument de lutte et de propagande chrétienne contre les hérétiques qu'ils étaient dans l'esprit de leurs fondateurs. Si les attaques contre les protestants et les jansénistes perdent manifestement de leur virulence sous l'agence du père Berthier, c'est qu'il est urgent de répondre à un ennemi autrement dangereux et la critique qui, dans les dernières années du périodique, se cantonne véritablement aux ouvrages «contraires à la Religion, et aux bonnes mœurs» (nov. 1753, p. 2677) n'est pas moins vive que dans le début. Nous renonçons à donner le détail des controverses entre les M. de T. et ceux dont ils stigmatisent le matérialisme on en trouvera le détail dans l'ouvrage de J. Pappas, Berthiers's «Journal de Trévoux» and the Philosophes ; mais il importe de souligner que les jésuites s'y montrent aussi attachés à reconnaître le bien au milieu même de ce qui constitue pour eux le mal absolu (cf. oct. 1759, p. 2565) qu'à s'opposer avec une violence sans faille aux «faux savants» qui concourent à leurs yeux au renversement de la religion, des mœurs et de l'Etat (cf. par ex. avril 1755, vol. II, p. 1085-1088 et déc. 1754, p. 2981). Sur ce dernier point, le père Berthier et ses collaborateurs continuent la tradition des M. de T. qui se sont toujours montrés scrupuleusement attachés à la cause monarchique. Bien qu'ils ne fassent aucune réponse dans leur journal aux attaques incessantes contre la Société de Jésus et aucune mention de la doctrine meurtrière qu'on leur impute, surtout après l'attentat de Damiens (cf. R. Favre, dans L'Attentat de Damiens, discours sur l'événement au XVIIIe siècle, p. 267-294), les M. de T. ne manquent pas de lier la défense de la religion et celle de la cause monarchique. Constatant que «les Philosophes incrédules, pour pallier la fureur qui les anime contre toute Religion, transportent aux souverains et au législateur les droits dont ils dépouillent la Divinité», ils se montrent persuadés que les souverains seraient bientôt dupes et victimes de cette autorité qu'on leur accorde et que leurs «droits, même les plus légitimes ne sont en sûreté que sous la garde de Dieu qui les confère, les confirme, les protège et les venge» (juil. 1759, p. 1806). En définitive, les journalistes de Trévoux nous paraissent partager en plus d'un point les vues des philosophes leurs contemporains ils ont comme eux une foi inébranlable dans le progrès des arts et des sciences mais ils s'alarment, avec une force qui croît au fil des années, des progrès de l'incrédulité de sorte que leur attitude nous paraît pouvoir se résumer à cette interrogation de l'un d'entre eux «La lumière qui nous manque, doit-elle éteindre le flambeau qui nous éclaire?» (déc. 1755, p. 2948).

Si l'expulsion des jésuites ne marque pas à proprement parler la fin des M. de T. qui sont continués jusqu'en décembre 1767, elle marque très certainement celle de l'entreprise originale qu'a constituée, pendant plus d'un demi-siècle, le seul périodique du XVIIIe émané d'un ordre religieux distingué par son érudition, et sa volonté d'intervenir dans l'actualité de la République des Lettres; Bachaumont, comme nombre de ses contemporains, pourra constater en 1779 que «le Journal de Trévoux, depuis la destruction des jésuites [...] n'a fait que se détériorer» (M.S., t. XIV, p. 61).

Après la fermeture du collège Louis-le-Grand, en avril 1762, le père Berthier semble encore avoir préparé le numéro de mai, en revanche il n'a manifestement eu aucune part à celui de juin (cf. juin 1762, p. 1505), date à laquelle il a cessé toute contribution au journal repoussant même l'offre du chancelier Lamoignon qui voulait lui conserver le privilège des M. de T. et lui proposait, pour continuer cet ouvrage, une pension de 1500 £ et un logement à la Bibliothèque royale (cf. Sommervogel, p. XCIV). La direction des M. de T., pour laquelle on avait d'abord pressenti l'abbé de La Porte, qui refusa cette charge, fut confiée à Jean-Louis Jolivet, auteur du Secret du gouvernement jésuitique ou Abrégé des constitutions de la Société de Jésus, s.l., 1761. Il discrédita peu à peu le journal par la sécheresse et l'insipidité de ses articles (M.S., t. I, p. 121 et 123); à sa mort, en juin 1764, le journal fut confié au père Mercier, plus connu sous le nom d'abbé de Saint-Léger (M.S., t. II, p. 52). Il semble que malgré les bruits de suppression du journal qui courent alors, on ait mis beaucoup d'espoir dans ce génovéfain et dans les secours qu'il pourrait recevoir de son ordre. Les pères de Sainte-Geneviève semblent cependant n'avoir pas répondu à l'attente du public et avoir laissé travailler le père Mercier comme un simple particulier (cf. Sommervogel, p. XCVII), aussi, en juin 1766, au moment où P. Fr. Didot le jeune devient propriétaire du privilège des M. de T., abandonne-t-il le journal qui est désormais confié à l'abbé Jean-Louis Aubert. Outre les bruits de suppression des M. de T. qui courent de nouveau, la désaffection du public nous paraît attestée par le nombre extrêmement restreint des abonnés pour l'année 1766: 17 selon Didot lui-même (BN, f. fr. 22085, p. 40). Les volumes rédigés par l'abbé Aubert à partir de juillet paraissent sans la dédicace au prince de Dombes et sans ses armes, le prix du volume qui était resté de 15 s. en feuilles et 16 broché depuis 1701, passe à 19 s. en feuilles et 20 broché. Aubert et Didot semblent vouloir rompre avec leurs prédécesseurs immédiats et s'engagent «à remettre ce journal sur l'ancien pied» (juil. 1766, p. 5); avec le volume de juillet commence, très significativement, une nouvelle pagination qui sera trimestrielle alors qu'elle était jusqu'ici annuelle. Ces changements, l'amélioration de la qualité typographique du journal, l'application de l'abbé Aubert (cf. Journal des beaux-arts et des sciences, janv. 1768, p. 9) semblent avoir peu à peu sorti les M. de T. de la défaveur où ils s'enlisaient. Fin 1767, l'auteur et l'éditeur choisissent pourtant d'abandonner le titre et d'entreprendre une «nouvelle suite de volumes que les personnes qui ont les 878 volumes précédents pourront toujours regarder comme faisant la suite de cette nombreuse collection [...]; et que celles à qui ces 878 volumes manquent ou qui ne les ont pas complets, classe infiniment plus nombreuse que l'autre, pourront toujours se procurer comme un ouvrage nouveau, sous le titre Journal des beaux-arts et des sciences» (cf. ce titre, janv. 1768, p. 8). Le nouveau journal affirmera l'orientation déjà perceptible dans les derniers volumes des M. de T., les beaux-arts et surtout les lettres y tenant une place nettement plus importante que les sciences qui sont le plus souvent l'objet de rapides annonces dans les nouvelles littéraires.

Auteur

Pascale FERRAND

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