NOUVEAU JOURNAL DE LITTÉRATURE ET DE POLITIQUE DE L'EUROPE

Numéro

0979

Titre(s)

Nouveau journal de littérature et de politique de l'Europe, et surtout de la Suisse. «quoique ce Journal [...] n'ait de commun avec l'ancien Journal de Neufchâtel [Journal helvétique] que d'avoir le même Rédacteur, on prendra le même format pour la commodité de ceux qui voudroient le mettre à la suite de l'autre» (Prospectus, p. 6).

1784

Titre indexé

NOUVEAU JOURNAL DE LITTÉRATURE ET DE POLITIQUE DE L'EUROPE

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

15 janvier – 31 décembre 1784. Aucun privilège connu.

Prospectus de 8 p. in-8°, non daté mais datable de fin novembre 17831 intitulé : «Prospectus d'un nouveau journal de littérature et de politique de l'Europe, et sur-tout de la Suisse2».

Périodicité bimensuelle. «Nous donnerons chaque mois cinq feuilles de littérature et deux de politique, distribuées en deux Numéros dont les Souscripteurs recevront le premier au milieu du mois, et le second à la fin du mois» (Prospectus, p. 5-6).

Description de la collection

La collection comprend effectivement 24 numéros datés du 15 et du 29, 30 ou 31 du mois, formant 3 volumes, à savoir 2 vol. de 504 et 480 p. pour la partie littéraire intitulée «Journal de littérature pour la Suisse», et 1 vol. de 384 p. pour les «Nouvelles politiques». Chaque numéro compte donc en principe 40 + 16 p.

120 x 195, in-8°.

Aucune devise, mais sur chacune des pages de titre général l'épigraphe suivante : ... Non fumum ex fulgore, sed ex fumo dare lucem cogitat. Aucune illustration.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Adresse mentionnée et réelle : «A Lausanne, Chez Jean-Pierre Heubach et Comp.3». «Le prix de l'année complette composée de 24 numéros de trois feuilles et demie chacun, est de 12 £ de France, pris à Lausanne, ou remis aux voitures publiques, comme l'étoit celui de Neufchatel ; de 15 £, franc de port par la poste pour la Suisse ; et de 18 £ de France pour la France et l'Allemagne méridionale, ainsi que pour l'Italie jusqu'à Milan et Rome» (Prospectus, p. 7). Les demandes d'abonnement devaient être adressées «à Lausanne chez MM. Heubach et Compagnie» ou encore au professeur Meuron à Neufchatel4. Le Prospectus (p. 7-8) avait publié en outre une liste de 36 adresses réparties dans 32 villes européennes5 où l'on pouvait également souscrire.

Le chiffre du tirage n'est pas connu.

Le journal aurait dû être continué en 1785 sous une forme légèrement remaniée (voir l'Avis aux Souscripteurs inséré aux p. 321-323 du t. II), mais la publication s'arrêta à la fin de la première année.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Le rédacteur principal et quasiment unique du journal est le pasteur neuchâtelois Henri-David de CHAILLET, qui entreprit ce travail non de sa propre initiative, mais sur proposition du publiciste genevois Jean-Pierre Bérenger, collaborateur de la maison Heubach, et qui s'en acquitta «pour le prix de 12 louis6».

Chaillet, qui s'exprime souvent à la première personne, a signé de son initiale C. plus de trente articles7. «Mes collaborateurs, dit-il dans son Prospectus (p. 4), ne seront pas Parisiens. Le nouveau Journal ne contiendra point d'observations sur le jeu des acteurs de la Comédie Françoise et sur les pièces du jour ; nous sommes trop éloignés de Paris pour nous y intéresser8. Quelques extraits des productions de l'Angleterre, si féconde en auteurs originaux ; quelques articles de Littérature allemande conviendront mieux à ce Journal fait pour la Suisse». De fait, Chaillet ne semble avoir eu qu'un seul collaborateur permanent, qui décéda d'ailleurs dans les derniers mois de 1784, après avoir donné au journal quatre notices sur les «Livres nouveaux de la Suisse Allemande9».

En revanche, Chaillet ne se priva pas de collaborations occasionnelles. C'est ainsi que l'on rencontre dans son Nouveau journal plusieurs lettres de lecteurs, dont une seule, malheureusement, est signée d'un nom complet10 ; une douzaine de pièces de vers émanant de [Samuel-Elysée] Bridel, instituteur des princes de Saxe-Gotha, de [Jean-François] Butini, ancien Procureur Général de Genève, de C[harles-François]-P[hilibert] Masson, de [François] Vernes le fils, du professeur [Jacob] Vernet, de l'abbé de Verninac de Malecoste et de quelques anonymes11 ; sans parler de quelques textes en prose signés d'initiales12 et d'un extrait dont Chaillet déclare lui-même en note qu'il lui a été envoyé (t. II, p. 342).

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Dans son Prospectus (p. 3-4), Chaillet s'était engagé à remplir «les deux principaux devoirs du Journaliste [littéraire] : celui d'annoncer les nouveautés aux acheteurs ; et celui de les faire connoitre [...] à ceux qui ne veulent pas les acheter». Mais il avait ajouté aussitôt : «On me permettra de n'être pas toujours simple Journaliste, de mêler comme je l'ai fait de temps en temps, mes propres idées à celles d'autrui ; de faire à mon gré des digressions et des dissertations, tantôt critiques, tantôt morales ; en un mot, d'être quelquefois un Spectateur Suisse, bien foible imitateur du sage Adisson, mais ayant pourtant aussi des pensées à moi, qui demandent à paroitre quand l'occasion s'en présente».

Le contenu du journal répond bien à ce programme. A côté d'annonces plus courtes, une quarantaine d'ouvrages13 font l'objet d'amples recensions, tandis que les variétés littéraires sont toujours liées à l'actualité14. Partout s'affirme la forte personnalité de Chaillet15. Quant au journal politique, il ne contient en principe que des nouvelles de l'étranger.

Aucune table.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Exemplaires localisés : B.P.U. Genève, Rb 158 ; B.C.U. Riponne, Lausanne, B 1561 ; B.P.U. Neuchâtel, AW 9600 (incomplet dans sa partie politique) ; Bibliothèque des Pasteurs, Neuchâtel, P. 59. 11. 2/3312 ; exemplaire de Chaillet, avec annotations autographes : Auvernier (NE), maison de Beaumont.

Bibliographie

Haller G.E. von, Bibliothek der Schweizer-Geschichte, Bern, 1785, t. II, p. 95, n° 310a. – Guyot C, La Vie intellectuelle et religieuse en Suisse française à la fin du XVIIIe siècle, Henri-David de Chaillet, 1751-1823, Neuchâtel, 1946, p. 136 et passim. – Blaser F., Bibliographie der Schweizer Presse, Basel, 1956, t. I, p. 550. – Candaux J.D., «Les Gazettes helvétiques, inventaire provisoire», dans Couperus, p. 161-162.

Date indexée

1784

Notes

1. Un extrait en fut publié dans le Supplément des Nouvelles de divers endroits (ou «Gazette de Berne ») du mercredi 3 décembre 1783.

2. Relié en tête du journal dans l'exemplaire personnel d'Henri-David de Chaillet, conservé dans la famille de Beaumont, à Auvernier (NE). Aucun autre exemplaire de ce Prospectus ne s'est retrouvé jusqu'à présent.

3. Sur cette maison, voir Madeleine Bovard-Schmidt, «Jean-Pierre Heubach, un imprimeur lausannois du XVIIIe siècle », Revue historique vaudoise, 1966, t. LXXIV, p. 1-56.

4. Henri de Meuron (voir F.-A.-M. Jeanneret et J.-H. Bonhôte, Biographie neuchâteloise, Locle, 1863, t. II, p. 80-84).

5.Soit 15 villes suisses  : Bâle, Berne, Fribourg, Genève, Le Locle, Monthey, Morges, Nyon, Orbe, Payerne, Rolle, Vevey, Winterthur, Yverdon, Zurich  ; et 17 villes étrangères  : Avignon, Besançon, Chalon-sur-Saône, Clermont-Ferrand, Colmar, Côme, Francfort sur le Main, Gênes, Grenoble, Lyon, Marseille, Mayence, Milan, Nîmes, Parme, Turin et Valence.

6. Voir Guyot, p. 136, note 1.

7. Nouveau journal, I  : 18, 53, 79, 163, 231, 237, 244, 274, 301, 260, 384, 415, 445, 475  ; II  : 13, 61, 113, 117, 133, 168, 179, 192, 212, 257, 277, 289, 310, 323, 341, 373, 417, 440 et 450. On sait en outre par une annotation de son propre exemplaire que Chaillet est aussi l'auteur de la «Lettre au Journaliste » imprimée en tête du périodique (voir Guyot, p. 137).

8. En clair, cela signifiait que Chaillet renonçait à la collaboration de Grimod de La Reynière, qui avait été le chroniqueur parisien du Journal helvétique en 1781 et 1782.

9. Nouveau journal, t. I, p. 80-85, 124-127, 458-464  ; t. II, p. 23-28. La mort de ce correspondant alémanique, qui reste d'ailleurs à identifier, est annoncée dans le numéro du 15 nov. 1784 (t. II, p. 323).

10. «Mercier » (t. I, p. 416-418). Cette lettre de Louis-Sébastien Mercier est datée du 20 mai 1784. La «Lettre d'un Américain » datée d'Amsterdam, le 10 janvier 1784, et signée «De Fierville » (t. I, p. 192-207) est-elle authentique  ? On peut en douter.

11. Parmi lesquels «un jeune Homme, habitant des bords du Lac de Neuchâtel » (t. I, p. 115-116), «un Rochellois » (t. II, p. 238) et le Chevalier de B. (II, 320).

12. D. de M. (t. I, p. 208-215)  ; M.P.B.D.T. (t. I, p. 476-492)  ; M... fils (t. I, p. 493-502)  ; etc.

13. Dont les auteurs sont, par ordre alphabétique  : Louis-Frédéric Ancillon, Nicolas de Bassville, Arnaud Berquin, Paul-Jérémie Bitaubé, Hugh Blair, Pierre-François de Boaton, Jean-Louis Bridel, Philippe-Sirice Bridel, Joachim Heinrich Campe, Samuel-Henri Catel, Henri-David de Chaillet lui-même, Isabelle de Charrière (pour ses Lettres neuchâteloises), Samuel de Constant, Valentin Jaimerai Duval, Dominique-Joseph Garat, Ewald Friedrich von Hertzberg, Jean-Benjamin de Laborde, Jean-Henri Lambert, La Mettrie, Jean-Charles Thibault de Laveaux, Mably, Kenneth Macaulay, Jean-Louis de Maleteste, Louis-Sébastien Mercier (pour La Mort de Louis XI, Mon Bonnet de nuit, Montesquieu à Marseille, La Brouette du vinaigrier), Montesquieu, Jacques Necker, Louis Philipon de La Madelaine, Antoine Polier de Saint-Germain, Pierre Prévost, Raynal, Grégoire de Razoumowsky, Jean-Jacques Rousseau et Lazzaro Spallanzani.

14. A signaler notamment une nécrologie d'Antoine Court de Gébelin (t. II, p. 311-319).

15. Si bien mise en lumière par Charly Guyot.