N° 1094a

L’OLIPODRIGO DES NOUVELLES (1689 ?-1691 ?)

Titre(s)

L’Olipodrigo des nouvelles. Du …

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Un recueil de 10 feuilles conservé à la K.B. de Stockholm pour l’année 1690: ces feuilles sont numérotées 93, 94, 95, 96, 98, 99, 102, 103, 104, de fin novembre à fin décembre 1690, et 107 pour le 1er janvier 1691 (daté de 1690 par erreur). On doit donc supposer que cette revue a paru durant toute l’année 1690, peut-être même depuis novembre 1689, à raison de deux numéros par semaine.

Description de la collection

Format in folio oblong sur le modèle de la Quintessence et des imprimés en Hollande à la fin du XVIIe siècle. La feuille comporte 80 lignes environ, sur une colonne, et n’est imprimée que sur un seul côté.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Aucune adresse mentionnée, mais cette revue satirique semble sortie de l’atelier de Jean Maximilien Lucas (1646-1697), spécialisé dans les lardons et les satires clandestines entre 1680 et 1694 (voir la notice 531 du Dictionnaire des journalistes). Un pamphlet publié en novembre par un «méchant Français» contre le «vénérable Cuisinier de l’Olipodrigo» précise :

«…sa chère Quintessence a perdu son crédit Aussi bien que sa Muse en bons vers peu fertille. Le Bourreau d’Amsterdam l’a chassé de la Ville Et depuis ce temps là le misérable vit D’un Olipodrigo plein de fiel et de bile» (Cité dans le numéro 102 du 2 décembre).

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Aucun auteur mentionné, mais le pamphlet cité ci-dessus laisse entendre qu’il pourrait bien s’agir de Jean Maximilien LUCAS lui-même, auteur de la Quintessence entre 1689 et 1697, condamné à plusieurs reprises sur intervention de l’ambassadeur d’Avaux, connu par ses «satires infamantes» et sa «fade poésie» (voir la notice 1153 du Dictionnaire des journalistes par A. Sokalski). Dans le n° 104 du 28 décembre, l’auteur se souvient d’avoir entendu à Rouen, au temps de Mazarin, des chansons de Nouvel An («Haguignetes») ; or Lucas est né à Rouen en 1646.

«Olipodrigo» signifie «pot-pourri», d’après l’espagnol olla podrida, donc un mélange de vers et de prose, de nouvelles politiques et littéraires, de sérieux et de comique. Un quatrain donné en épigraphe du numéro 93 du 20 novembre déclare : «Pour faire valoir mon Olipodrigo/ Je veux que les Rois et les Princes,/ Que les Intendants des Provinces/ Rient en le lisant un chacun à Gogo.»

L’unité de la revue provient surtout de ses attaques incessantes et violentes contre Louis XIV, ce roi «très chrétien» qui s’est allié au Grand Turc, Mahomet IV (n°103), qui enrôle de force les bourgeois et les paysans (n°102), qui écrase ses sujets sous les «impôts exorbitans», qui jette ses troupes sur le pays namurois, sur le Piémont (campagne de Catinat), avec des troupes qui volent, violent et incendient. Les cibles favorites de l’auteur sont les jésuites (le P. La Chaise et le P. Peters), Jacques II et Louis XIV (n°99) ; il fait l’apologie de Guillaume d’Orange, son «Achille» selon l’auteur du «Cuisinier de l’Olipodrigo».

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

K.B. Stockholm, Tidn. Nederl. Fol. (CD-ROM à l'UMR LIRE de Lyon).

Bibliographie

Rétat P., RG2, p. 48. Hatin E., Les Gazettes de Hollande et la presse clandestine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Pincebourde, 1865, p. 106-119. Baril C., «Situation politique des lardons hollandais», dans Gazettes et information politique sous l’Ancien Régime, textes réunis par H. Duranton et P. Rétat, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 1999, p. 137-144.

Cette dizaine de numéros d’une gazette satirique très rare a surtout pour intérêt de nous faire connaître un véritable «lardon» : ces «cahiers volants» qui, entre 1680 et 1700, ont doublé les gazettes (Gazette d’Amsterdam, Quintessence) et ont alimenté la polémique anti-absolutiste à l’époque de la Révocation. Bayle les désigne sous le nom de «nouvelles raisonnées» : «Que dirai-je de ces Nouvelles raisonnées qui ne courent que comme des anecdotes, auxquelles vous donnez le nom burlesque de Lardons, et qui nous viennent assassiner par toute la France» (Bayle, Avis aux réfugiés, cité par Hatin, G.H., p. 109). Le terme de «lardon», qui existait déjà au XVIe siècle au sens de «brocard» (sarcasmes dont on larde l’adversaire), désigne à partir de 1684 des feuilles politiques et satiriques de format oblong, comparées à des tranches de lard dont on garnirait les gazettes;  on peut citer ici la définition qu’en donne Littré, avec plusieurs exemples à l’appui : «3° Nom qu’on a donné longtemps à de petites gazettes de Hollande, à cause des lardons ou traits piquants qu’elles contenaient. Sa Majesté nous fit lire le lardon de Hollande, qui était excellent, Dangeau, I, 26 (13 juin 1684). Il se fait applaudir dans tous les lardons et les journaux de la Hollande, Boss. Lett. Quiét. 164. Ces nouvelles raisonnées auxquelles nous avons donné le nom burlesque de lardons, Abaddie, Déf. De la nation britannique, La Haye, 1693, in-12, p. 27». Les semblent avoir d’abord été connus en France comme suppléments à la Gazette d’Amsterdam de La Font, si l’on en croit Bayle (cité par Hatin, p. 108), et comme «nouvelles raisonnées», c’est-à-dire comme suppléments critiques aux nouvelles purement informatives de la gazette. La Gazette d’Amsterdam, étroitement surveillée par l’ambassade de France, n’était plus à même de commenter les événements liés à la Révocation, à la Guerre de Succession d’Espagne, puis à la campagne d’Irlande et au soutien accordé à Jacques II ; les lardons s’en chargèrent. Ces nouvelles critiques, qui s’en prenaient violemment à Louis XIV inquiétèrent assez le pouvoir royal pour que le Mercure galant (de Donneau de Visé) se vît chargé de leur répliquer à partir de janvier 1684. C’est par lui qu’on connaît l’existence de ces lardons anonymes, publiés sous le nom de Cahier secret de la Gazette de Hollande, ou sous la seule date du numéro, ou parfois sous le titre de «nouvelles raisonnées du…» (Hatin, p. 110-112) ; c’est par Donneau encore qu’on peut entrevoir les principaux auteurs de lardons : Gabriel de Ceinglen (ou Ceinglein, ou Saint-Glein), dont la mort, le 24 février 1684 est annoncée par le Mercure ; on pourrait nommer encore Crosnier, Lucas, Chavigny de La Bretonnière, qui fut associé à La Font. Les lardons de la Gazette d’Amsterdam semblent avoir été relativement mesurés ; l’Olipodrigo est nettement plus violent et sort très vraisemblablement de l’officine de Lucas, s’il n’est pas de sa main ; il a le format oblong de la Quintessence, il en a apparemment le style ; on ne peut cependant mener plus loin la comparaison car aucun exemplaire de la Quintessence ne subsiste avant 1697. Le fait que l’Olipodrigo des nouvelles se présente avec un titre complet, porte sur des nouvelles de toutes origines, rédigées par un auteur satirique, donne à croire qu’il ne s’agit plus d’un supplément, comme les premiers lardons, mais d’une publication autonome, certainement clandestine : on peut imaginer, comme le faisait l’auteur du «Cuisinier de l’Olipodrigo» que Lucas, interdit de publication après condamnation de la Quintessence, a lancé un nouveau périodique bi-hebdomadaire, encore plus libre et plus violent. Ce lardon, qui fut peut-être le dernier, n’a sans doute pas dépassé la date de janvier 1691 ; la Gazette d’Amsterdam du 29 janvier 1691 annonce dans ses nouvelles de La Haye : «Messeigneurs les États de Hollande, étant informés que plusieurs personnes malicieuses et sans aveu, débitoient des Libelles diffamatoires, soit par des écrits, soit par des Tailles douces, ont jugé à propos de renouveller les défenses qui avoient déjà été faites par ci-devant à ces sortes de gens, de faire imprimer ou débiter aucunes de ces pièces satiriques contre qui que ce soit, à peine d’en être punis comme il est plus simplement porté par le Placart».

Auteur

Jean SGARD

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