N° 1110

LE PATRIOTE FRANÇAIS (1789-1793)

Titre(s)

Le Patriote Français, ou Journal libre, impartial et national, par une Société de Citoyens, et dirigé par J.P. Brissot de Warville.

Le 22 février 1790, le mot «national» est supprimé comme inutile, «ce journal étant bien connu sous le nom de Patriote français»; le 30 juin, on supprimera entièrement le sous-titre et la mention du nom du directeur.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

28 juillet 1789-2 juin 1793. Hatin a signalé le prospectus du 1er avril 1789 qui annonçait la publication du Patriote français pour le 10 avril, dans des termes qui devaient provoquer le pouvoir; Brissot proposait en effet un journal «politique, national, libre, indépendant de la censure et de toute espèce d'influence». L'effet de ce prospectus fut de faire interdire le journal avant sa naissance. Un numéro semble avoir paru le 6 mai d'après Hatin (B.H.C., p. 142-143), peut-être même avant selon les Mémoires de Brissot. La collection ne commence en tout cas que par le nouveau n° 1 daté du 28 juillet 1789. Le journal, prévu pour 4 numéros par semaine, devient quotidien à partir du 1er novembre 1789.

Dates des volumes: I, 28 juil.-31 déc. 1789, n° 1-145, 580 p.; II, 1er janv.-30 juin 1790, n° 146-326, 720 p.; III, 1er juil.-31 déc. 1790, n° 327-513, 748 p.; IV, 1er janv.-30 juin 1791, n° 514-691, 716 p.; V, 1er juil.-31 déc. 1791, n° 692-873, 756 p.; VI, 1er janv.-30 juin 1792, n° 874-1055, 728 p.; VII, 1er juil.-31 déc. 1792, n° 1056-1237, 752 p.; VIII, 1er janv.-2 juin 1793, n° 1238-1388, 610 p.

Description de la collection

Cahiers de 4 p. in-4°, sur deux colonnes, parfois avec suppléments.

Devise: «Une gazette libre est une sentinelle qui veille sans cesse pour le peuple. D. Jebb».

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

A Paris, chez la veuve Hérissant, rue Neuve-Notre-Dame, à la Croix d'Or. A partir du 22 février 1790: de l'imprimerie du Patriote Français, place du Théâtre Italien.

Souscription au Bureau du Patriote Français, et en province dans les bureaux de poste ou chez les libraires, à 24 £ puis 36 £ par an. Tirage estimé à 10 000 par jour dans les meilleurs moments.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Jacques-Pierre BRISSOT DE WARVILLE.

Joseph-Marie Girey-Dupré (1769-1793) remplace à plusieurs reprises Brissot, puis devient le directeur du journal le 9 mars 1793, avec le n° 1308.

Collaborateurs occasionnels: Clavières, Grégoire, Pétion, T. Paine, Blot, Lanthenas, Bosc, Bancal Des Issarts, mais surtout les Roland. Ils connaissaient Brissot depuis longtemps. Dès le début de la Révolution, Mme Roland lui envoie des lettres qu'elle écrit en collaboration avec son mari. Ils étaient en même temps les porte-parole d'un groupe de personnalités politiques. De Lyon, Mme Roland participait au journal. On trouve une longue liste de ses contributions datées «de Lyon» dans l'article de C. Perroud, «Brissot et les Roland. Collaboration des Rolland au Patriote français».

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Le premier prospectus affirme les ambitions de Brissot: il veut remplacer la multitude des brochures par un vrai journal, malgré la censure; il promet de défendre sans concession les droits de tous les peuples. S'adressant de Paris à la province, il se propose de décrire les progrès de la Révolution; il rapportera les faits, les débats, décrets et transactions des assemblées. Dans le 2e prospectus, il se dit prêt à exposer ses recherches sur les constitutions anglaise et américaine. Le journal est partagé en deux rubriques: «Versailles, Assemblée Nationale» et «Paris»; il contient à la fois des informations et des réflexions. La nature des rubriques change assez fréquemment: débats, décrets et discours à l'Assemblée nationale; nouvelles de Paris, des municipalités, des clubs; réflexions politiques (souvent non signées), en particulier sur les Etats-Unis, toujours donnés en exemple; cours des assignats; annonces des livres nouveaux et des estampes. Brissot tient surtout à donner à son journal le caractère d'une tribune d'opinion; il veut éclairer le débat politique, préparer les débats de l'Assemblée, conseiller les municipalités, donner la parole aux clubs, notamment à la Société des Amis des Noirs. Il craint l'anarchie et l'improvisation, la démagogie et les conspirations. Son journal se fait remarquer par la gravité, le sens des responsabilités, la rigueur de l'expression.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

B.N., 8° Lc2 185 (vol. I-VI); Ars., 4° Jo 10161 (vol. V-VIII).

Bibliographie

B.H.C., p. 142-143; H.P.L.P., t. V, p. 7-52; H.G.P., t. I, p. 424-426.

On trouvera de nombreuses mentions du Patriote français dans la Gazette universelle, ou Papiers-Nouvelles ; voir notamment les attaques contre Brissot dans le n° 96 du 6 mars 1790, dans le n° 101 du 11 mars 1790, le n° 104 du 14 mars, le n° 113 du 23 mars, et dans les n° 90, 201, 215, 218, etc. Parmi les journaux hostiles à Brissot, on citera encore les Actes des Apôtres, le Journal de Paris, le Journal général de la Cour et de la Ville. — Ellery E., Brissot de Warville, a study in the history of the French Revolution, New York, Amy Press, 1915. — Perroud C., «Brissot et les Roland. Collaboration de Brissot au Patriote français», La Révolution française, t. XLVII, 1988, p. 402-432. — Gallois L., Histoire des journaux de la Révolution française, Paris, 1845, t. I, p. 183-450.

Historique

Pendant deux ans, Brissot sera à la tête de toutes les grandes initiatives politiques. Il dénonce les ennemis de la liberté, les complots des aristocrates; il parle en faveur du patriotisme, de l'égalité des races et se préoccupe constamment de l'abolition de l'esclavage; il combat le despotisme, l'idolâtrie, la superstition. Dès le n° 43, il s'exprime en faveur de la République. En juillet 1791, il revendique la déchéance du Roi. En 1792, il réclame la guerre et provoque la chute du ministre Delessart; mais lors du procès du Roi, il le défend et tente de le sauver par une sentence de mort avec sursis. Sous la Terreur, le journal combat Marat, Robespierre, Hébert, et dénonce la tyrannie de la Montagne. Radical en 1789, le journal s'était stabilisé dès septembre 1792, pour entrer ensuite dans une phase de réaction contre l'extrême gauche. Il reflète ainsi l'évolution de la bourgeoisie girondine. Premier grand journal politique au sens moderne et capitaliste du mot, géré par son bailleur de fonds Le Page, qui sut en faire une excellente affaire, le Patriote français connut, malgré sa sécheresse, un très grand succès.

Auteur

Henry STAVAN

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