N° 1138

LE POUR ET CONTRE (1733-1740)

Titre(s)

Le Pour et Contre, ouvrage périodique d'un goût nouveau. «Dans lequel on s'explique librement sur tout ce qui peut intéresser la curiosité du Public, en matière de Sciences, d'Arts, de Livres, d'Auteurs, etc. sans prendre aucun parti, et sans offenser personne. Par l'Auteur des Mémoires d'un homme de Qualité».

La mention «Par l'Auteur des Mémoires d'un homme de Qualité»  disparaît à partir du t. XVIII ; l'auteur est alors désigné par les lettres «M.D.S.M.» [M. de Saint Marc] et la mention «sans prendre aucun parti» est supprimée.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Juin 1733-15 octobre 1740. 296 numéros rassemblés en 20 volumes. Privilège du 17 juin 1733 (en fin du t. I) ; approbations du 17 septembre 1733 pour le n° 11, du 22 septembre pour le n° 12, du 15 octobre pour le t. I.

Périodicité hebdomadaire : «Je commencerai par donner une Feuille tous les quinze jours, pour pressentir le goût du Public ; et si je suis assez heureux pour obtenir son approbation, j'en donnerai dans la suite une par semaine» (n° 1, t. I, p. 12) ; la revue devient effectivement hebdomadaire à partir du n° 4 et paraît chaque lundi (Avis, n° 3, t. I, p. 72). La publication semble avoir été assez irrégulière, même si Prévost arrive le plus souvent à rattraper ses retards. On compte en moyenne par an 40 livraisons en 3 volumes datés comme suit : t. I-II, 1733 ; t. III-V, 1734 ; t. VI-VII, 1735 ; t. VIII-X, 1736 ; t. XI-XIII, 1737 ; t. XIV-XVI, 1738 ; t. XVII-XVIII, 1739 ; t. XIX-XX, 1740.

Description de la collection

Chaque volume de 360 p. contient en principe 15 livraisons ou «nombres» (traduction des «numbers» anglais) ; les «nombres» sont numérotés de I à CCXCVI. Le t. X (approuvé le 21 janvier 1737) ne compte que 288 p., complétées par les tables des dix premiers volumes ; le t. XX compte 336 p. de texte, complétées par les tables des dix derniers volumes (p. 337-392). Cahiers ou «feuilles»de 24 p. in-12, 95 x 163. Devise des volumes, jusqu'au t. XVII inclus : ... Incedo per ignes / Suppositos cineri doloso. Horat.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Paris. «Chez Didot, Quai des Augustins, près du Pont Saint Michel, à la Bible d'Or». Imprimeur : J.B. Lamesle, rue de la Vieille Bouclerie, à la Minerve.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Antoine François PRÉVOST, de juin à novembre 1733 (du t. I au t. II jusqu'à la p. 83) puis des remplaçants temporaires (Desfontaines, Granet, Saint-Hyacinthe ?) jusqu'au t. III, p. 49 (voir la mise au point de Prévost, t. V, p. 24) ; de nouveau Prévost, de mars 1734 à juin 1739 (t. III à XVII, jusqu'à la p. 48) ; Lefebvre de SAINT-MARC pour les t. XVII-XVIII, et Prévost enfin pour les t. XIX-XX, de février à octobre 1740.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Le titre développé du périodique ainsi que le n° 1 annoncent bien le projet de l'auteur : publier une grande revue culturelle (sciences, arts et lettres), sur le modèle des bibliothèques savantes, en se gardant des dangers de la critique ; juger de tous les livres «avec le même poids», traiter les sujets comme des «problèmes» dont le critique abandonnera toujours la décision au lecteur (t. I, p. 9). Prévost propose en même temps un certain nombre de rubriques régulières : 1) l'état des sciences et des arts ; 2) les ouvrages nouveaux ; 3) les journaux ; 4) les mœurs et les usages ; 5) les préjugés vulgaires ; 6) le caractère des hommes illustres ; 7) la comparaison des grands hommes ; 8) «le caractère des dames distinguées par le mérite» ; 9) les nouveaux établissements ; 10) les médailles nouvelles ; 11) les faits avérés ; 12) les inventions extraordinaires. Ce programme ne sera suivi qu'en partie : l'éloge des grands hommes tient peu de place dans la revue, celui des «dames distinguées», encore moins (exception faite de Mme de Lambert, t. I, n° 7) ; il est rarement question des médailles ; les notices sur les journaux sont peu nombreuses. Mais fidèle au «goût nouveau» qu'il annonçait dans son titre, et qui désigne certainement le goût anglais, Prévost accorde une grande place aux lettres et aux sciences anglaises, aux mœurs et usages d'Angleterre, aux faits de civilisation (inventions, établissements, mode de vie en Angleterre) ; la rubrique des «faits avérés» se révélera riche de toutes sortes de faits divers, souvent empruntés à l'actualité londonienne. Cet intérêt de Prévost pour l'Angleterre se maintient après son retour en France en 1734, alors que ses remplaçants l'ignorent à peu près totalement. Lefebvre de Saint-Marc, qui prétendra donner au journal une nouvelle orientation (t. XVII-XVIII) se tournera délibérément vers l'Italie. La revue culturelle de Prévost s'est voulue largement cosmopolite et encyclopédique, et il aborde tous les domaines des sciences appliquées. La plus grande partie du journal reste cependant occupée par les belles-lettres (comptes rendus de pièces de théâtre, de romans, publication de poésies), par l'histoire, la religion, la réflexion sur les mœurs. Les anecdotes, nouvelles, faits extraordinaires et contes y tiennent une place exceptionnelle, qui a certainement contribué, à partir de 1734, à la popularité du fait divers dans la presse (voir R. Favre, J. Sgard et F. Weil, «Le fait divers», dans Presse et histoire au XVIIIe siècle. L'année 1734, C.N.R.S., 1978, p. 199-225).

Tables partielles à la fin des t. I, II, X (pour les t. I-X) et XX (pour les t. XI-XX). Tables des comptes rendus et index des noms cités dans J. Sgard, Le Pour et Contre  de Prévost. Introduction, tables et index.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Collections dans toutes les grandes bibliothèques : B.N., Z 12827-12846 ; Ars. (3 coll.) ; Maz. ; Opéra ; Ste G. ; B.M. Bordeaux, Grenoble, Lyon, Toulouse, etc. . Exemplaires rares : B.M. Lyon, Rés. 303579 (notes ms., sans doute autographes, pour les t. I-IV) ; Maz., 34166 (premier tirage et cartons du 2e tirage, p. 71-72, 191-192, 263-264) ; quelques numéros séparés à la Réserve de Ste G.

Bibliographie

Contrefaçon augmentée chez Van der Klotten à La Haye, 1733-1738, 10 vol. in-8° (398 art. au lieu de 296).

Réimpression, Genève, Slatkine, 1967, 4 vol.

Mentions dans le Mercure d'août 1733, dans la Bibliothèque française (t. XVIII, 2, p. 360), la Bibliothèque raisonnée (t. XVII, 1, p. 232). – Robertson M., «Quelques notes sur la contrefaçon hollandaise du Pour et contre» R.L.C., vol. XV, 1935, p. 111-118. – Labriolle M.R. de, «Les sources du Pour et contre (1733-1734)», R.L.C., vol. XXXIII, 1959, p. 239-257.

– Noack R., Prévost als Journalist und Kritiker, thèse de Leipzig, 1962. – Labriolle M.R. de, Le Pour et contre et son temps, Studies on Voltaire, t. XXXIV-XXXV, 1965.

– Mattauch H., Die literarische Kritik der frühen französischen Zeitschriften (1665-1748), München, Hueber, 1968.

– Sgard J., Le Pour et Contre de Prévost. Introduction, tables et index, Paris, Nizet, 1969. – Weil F., «La bibliographie matérielle, pour quoi faire ? L'exemple du Pour et Contre», Etudes et recherches sur le XVIIIe siècle. Université de Provence, 1980, p. 209-220. – Sermain J.P., éd. de la critique du roman tirée du Pour et Contre, dans les Œuvres de Prévost,Grenoble, P.U.G., t. VII, 1985, p. 471-525. – Berthiaume P., éd. des nouvelles et contes tirés du Pour et Contre dans les Œuvres de Prévost, t. VII, p. 103-280, et notes dans le t. VIII, 1986, p. 528-578.

Historique

Au cours de son premier séjour en Angleterre, de novembre 1728 à octobre 1730, Prévost avait découvert la richesse de la presse anglaise ; le t. V des Mémoires d'un homme de qualité était déjà, d'une certaine façon, une chronique journalière de la vie anglaise ; mais c'est lors de son second séjour, en 1733, qu'il lança, sans doute pour se procurer quelques ressources à la suite de sa faillite en Hollande, Le Pour et Contre. L'approbation de la première feuille, par Souchay, est datée du 24 mars ; Didot obtient un privilège le 17 juin, au moment où les quatre premières feuilles se répandent à Paris. A partir de septembre, la publication commence à devenir régulière : le n° 11 est approuvé le 17 septembre, le n° 12 le 22 septembre, le t. I (n° 15) le 15 octobre. Mais à la fin de l'année, Prévost est menacé par la ruine, arrêté pour usage de faux et libéré sous promesse de rentrer en France ; de décembre 1733 à mars 1734, le P.C. est rédigé par des remplaçants (Desfontaines, Granet, Saint-Hyacinthe), ou complété par des articles tirés des Lettres sérieuses et badines (cf. Labriolle-Rutherford, Le Pour et contre et son temps, I, p. 36-39). Revenu à Paris en avril 1734, Prévost garde des relations étroites avec l'Angleterre, et les t. I-IV de son journal font une grande place à l'actualité anglaise. Sans doute a-t-il projeté à cette époque de donner de son journal la version autorisée et une version non censurée, sous le titre : Le Critique français, Ouvrage périodique d'un goût nouveau «orné de réflexions, de citations des auteurs anciens et modernes et de tout ce qui peut rendre une lecture utile et agréable». Le nouvelliste Gastellier écrit en 1738 : «Lorsqu'il entreprit cette carrière il était à Londres, d'où il envoyait son manuscrit à Paris. On en retranchait souvent des phrases et des articles entiers à l'examen. Je voyais ces premiers manuscrits et comme les retranchements n'étaient pas ce qu'il y avait de moins curieux, j'ai eu soin de les recueillir» («Lettres sur les affaires du temps», fragments édités dans Cahiers Prévost d'Exiles, n° I, 1984, p. 105). Ce projet, annoncé dans la Bibliothèque raisonnée (t. XII, I, janv.-mars 1734, p. 232-233) n'a pas eu de suite et l'on n'a pas gardé de trace des feuilles recueillies par Gastellier, si ce n'est peut-être les feuillets manuscrits insérés dans l'exemplaire de la B.M. de Lyon. Prévost, qui est redevenu le directeur officiel du journal depuis le n° 33 (t. III, p. 49), redouble de prudence. Il subit encore de vives attaques des autorités religieuses, aussi bien jésuites que bénédictines, qui parviennent à lui imposer silence au cours de l'été 1735 (cf. Sgard, Le Pour et Contre  de Prévost, p. 13-15) ; mais de juin 1736 à avril 1739 (t. IX -XVI), il publie assez régulièrement sa revue. A partir de cette date, menacé de faillite et de prise de corps, il doit renoncer à la direction de son journal, que Didot confie à Lefebvre de Saint-Marc. Celui-ci annonce, dans le n° 239 (t. XVII, p. 49-51), son intention de donner plus de place à la littérature ; mais pressé par le temps, il se contente, à partir du n° 255, de traduire les Osservazioni letterarie de Vérone. Prévost, après avoir évité de justesse la ruine et la prise de corps grâce à un travail forcené, refait surface en février 1740 et annonce discrètement le retour à l'ancienne forme du Pour et Contre dans le n° 268 (en tête du t. XIX). Dans les deux derniers tomes, il revient à sa manière habituelle, à vrai dire inimitable.

Dans Le Pour et Contre, Prévost essaie de donner un ton nouveau, plus personnel, plus vivant, aux bibliothèques littéraires, ces grandes revues culturelles que Bayle, Leclerc, Basnage avaient mises à la mode. Comme ses illustres devanciers, il donne une grande part à l'histoire, à la religion, à l'évolution des idées ; sa vaste culture lui permet effectivement de donner un tableau assez complet de la pensée anglaise ou française de son temps, d'engager à l'occasion un dialogue avec Voltaire (t. I), d'intervenir dans la querelle des Anciens et des Modernes au sujet des rapports entre la poésie et la prose (t. X), de faire connaître à un public réticent le génie de Swift ou de Dryden. Nul doute que si la censure ne s'y était opposée, il n'eût réussi à donner accueil aux grands débats intellectuels de son temps. Contraint à marcher, comme le dit sa devise, sur des cendres mal refroidies, il lui arrive souvent de se cantonner dans l'anecdote ou dans la variété un peu bavarde des «spectateurs». Mais il y fait valoir alors ses dons de romancier : on a lu Le Pour et Contre pour y trouver des «nouvelles anglaises», des «contes singuliers», des détails curieux sur les mœurs anglaises, de brefs récits tirés des vieilles chroniques anglaises ou françaises. On l'a lu aussi parce qu'on y trouvait l'expression d'une personnalité originale, au destin bizarre. Les pages qu'il consacre à sa vie aventureuse (t. IV, p. 32-48), à ses voyages en Angleterre (t. VI, p. 241-243) ou à la défense de ses romans (voir les textes recueillis par J.P. Sermain dans le t. VII des Œuvres de Prévost) donnent à sa revue un ton qu'on ne trouve dans aucun des journaux savants de ce temps-là. Après Marivaux, dont il a admiré le talent, Desfontaines, son rival détesté et complice à la fois, avec d'Argens ou La Barre de Beaumarchais, Prévost fait partie de ces écrivains qui ont trouvé dans le journal un nouveau moyen d'expression, qui ont su donner à la presse le style personnel qui lui manquait encore.

Prévost abandonne Le Pour et Contre en octobre 1740, pour les mêmes raisons sans doute qu'un an plus tôt. Couvert de dettes, lancé dès octobre dans une affaire de gazettes clandestines, il a sans doute abandonné son journal pour courir à des activités plus lucratives mais plus dangereuses, qui le précipitent en exil en janvier 1741. Ce n'est pas qu'il ait renoncé pour autant au journalisme. Gastellier affirme en décembre qu'il est prêt à écrire un Espion turc à Francfort (en réalité de Francheville) ; Bonardy le dit prêt, en avril 1745, à relancer Le Pour et Contre sous le titre d'Année littéraire (lettre du 12 avril 1745, dans la Correspondance littéraire du président Bouhier, éd. H. Duranton, Université de Saint-Etienne, n° 5, 1977, p. 119) ; mais c'est seulement en 1755 que Prévost reviendra au journalisme, avec la prise en charge du Journal étranger. Encore n'assume-t-il cette tâche que pendant huit mois ; en septembre 1755, il confie le journal à Fréron, en qui il avait reconnu sans doute son plus digne successeur.

Auteur

Jean SGARD

Additif

Bibliographie: Une anthologie du Pour et Contre (Contes singuliers tirés du Pour et Contre, éd. J. Sgard, Classiques Garnier, 2010) donne 70 nouvelles de Prévost et analyse leur caractère original en fonction des modèles anglais. Une chronologie du Pour et Contre présente les quatre époques du journal : période anglaise (1733-1734) – en fait composée pour la plus grande part en France, mais de façon clandestine – ; période de turbulence (péripéties du retour, 1734-1735) ; période «Conti» (1736-1739) ; période finale (1738-1740). Une liste des rééditions partielles de ces contes, en particulier dans le Mercure suisse et dans le Nouveau Choix des anciens Mercures, permet de mieux saisir la notoriété des nouvelles du P.C. au XVIIIe siècle.


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