N° 1195

LA REVUE DES FEUILLES * (1756)

Titre(s)

La Revue Des feuilles de Mr. Freron, «Des Académies d'Angers, de Montauban et de Nancy. Lettres à Madame De ***».

Modifié : Analyse de quelques bons ouvrages philosophiques, Précédée de Réflexions sur la critique. Seconde partie de la Revue des feuilles de M. Fréron, «des Académies d'Angers, de Montauban et de Nancy».

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Septembre 1756. Un volume.

Description de la collection

Deux parties (Lettres I-IV, puis V-X, suivies d'une «Lettre de M. le Comte de Tressan à M. d'Alembert», datée de «Commerci le 21 juillet 1754»). VIII + 406 p. numérotées (en fait 422). Cahiers de 24 p., 102 x 165, in-12.

Devise : Quam maledicendo voluntatem cepisti, eam vera audiendo amittas. Sallust.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Londres, lieu mentionné. Supposé : Paris ? Rouen ? Du moins les filigranes des exemplaires examinés, raisin, désignent une provenance française (voir notamment ex. B.M. Grenoble, E 20482, p. 48 : «De Rouen» ; p. 213 : «Dallncon»).

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

François LE PRÉVOST D'EXMES et Alexandre DELEYRE.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Contenu annoncé au début de la seconde partie : «Un homme qui n'est pas auteur [...] a lu les feuilles de M. F., a marqué ses fautes, a porté son jugement sur ses ouvrages [...] ; il a fait plus, il s'est mis à la place du Périodiste pour essayer s'il était possible de tomber dans un aussi grand nombre d'absurdités en rendant compte de quelques bons ouvrages [...]. Les deux parties de cette brochure sont d'un genre bien différent. La première n'est qu'un tissu de critique et d'ironie [...]. La seconde partie n'est que philosophie, politique et raisonnement» (Paradoxe).

Contenu réel : après une lettre d'introduction où une jeune Anglaise charmante sert à «démasquer» Fréron, les lettres de la première partie sont destinées à montrer tour à tour que «le périodiste» méconnaît les trois exigences «essentielles de la critique» : «le goût, le savoir et l'impartialité». D'après la table des matières, le «détail emphatique de sa réception à l'Académie de Nancy» (Lettre III) représente «sans doute ce qu'il y a de plus saillant dans cette partie». La seconde partie qui commence par de nouvelles «Réflexions sur la critique», plus originales, comporte essentiellement de longs «extraits» des «ouvrages qui depuis deux ans ont mérité les éloges et les empressements du public». Ces comptes rendus sont mis brièvement en relations avec les «pitoyables» jugements de Fréron.

Centres d'intérêt : des «extraits» modèles, dont l'un débouche sur un examen philosophique «du système de M. Rousseau» (Lettre VIII) ; des points de vue sur la critique (notamment au début de la Lettre V), des plaisanteries sur Fréron, «le hibou de la critique», dont on raille les humeurs, les foucades, les «petites fureurs».

Auteurs étudiés : les quatre «extraits» de la seconde partie concernent successivement : Diderot, Pensées sur l'interprétation de la nature (Lettre V) ; l'abbé Terrasson, La Philosophie applicable... (Lettre VI) ; Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité (Lettre VII et VIII) ; Condillac, Traité des sensations (Lettres IX et X). Dans un «post-scriptum» apparaît l'Analyse de la philosophie de Bacon, d'Alexandre Deleyre lui-même (p. 386-388). Dans la première partie défilent les auteurs détestés ou méconnus par Fréron : Lefranc de Pompignan, Roy, Mme de Graffigny (Lettre II) ; le peintre Vien, Mme du Boccage (Lettre III) ; Voltaire, Marmontel, les «Encyclopédistes», Rabener, le président Hénault (Lettre IV). Les mentions les plus intéressantes concernent Le Méchant de Gresset (II, p. 31), «les jolis romans de M. Crébillon fils» (II, p. 78), mais surtout le théâtre de Marivaux (IV, p. 134-135) et «M. Rousseau de Genève» (IV, p. 88, 136-137).

Table des matières contenues dans la première partie : p. 399-401 ; table des matières contenues dans la seconde partie : p. 401-404.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Collection étudiée : B.M. Grenoble, P 2171 et E 20482. Notes manuscrites : exemplaire de Grenoble E 20482. Sur la page précédant le faux titre : «Attribué par Laharpe à l'abbé de la Porte, mais dont l'auteur véritable paraît François le Prévost d'Exmes».

Historique

On peut sans doute considérer ce texte comme un journal en raison de sa nature et de son titre, mais aussi parce qu'il semble avoir été publié en deux livraisons au moins. C'est ce que tendent à montrer différentes anomalies des exemplaires examinés :

Les trois premières lettres représentent six cahiers, mais le dernier de ceux-ci (signature F) a été réduit à 20 p., ce qui peut permettre de supposer que ce premier ensemble a été publié séparément. D'autre part, dans un des exemplaires examinés (B.M. Grenoble, E 20482), le faux titre et le titre de la seconde partie sont glissés après la Lettre III, alors qu'ils auraient dû figurer après la quatrième. A la même place, l'autre exemplaire (P 1271) comporte quatre pages blanches. Enfin, au début de la Lettre IV, la numérotation reprend à 125 au lieu de 141, comme le signale une note de la table des matières : «Cette méprise ne saurait nuire dès qu'on est averti : il n'y a rien de double ni de supprimé». Le texte de quatre pages, intitulé «Paradoxe», qui annonce les deux parties, a probablement été ajouté après coup, pour la publication en volume, les signatures ne commençant qu'à la première page de la Lettre I (A III). Il est précédé par un Avertissement dont le rédacteur déclare : «J'apprends qu'on a fait jouer des ressorts honteux pour intercepter nos lettres».

La Revue des feuilles de M. Fréron parut, ou finit de paraître, vers le milieu de septembre 1756 : un compte rendu en figure dans le numéro du 1er octobre du Journal encyclopédique, et dans une lettre du même jour, Grimm soupçonne «M. Deleyre d'en être le commissaire» (C.L., t. III, p. 287, citée par Jean Balcou, Fréron contre les philosophes, p. 115). Cette publication est certainement liée à la bataille qui opposait alors les Encyclopédistes à l'auteur de L'Année littéraire :  le mois précédent, Deleyre venait de supplanter Fréron comme rédacteur du Journal étranger (Leigh 423 ; lettre du 17 août 1756). Le Journal encyclopédique note discrètement cette coïncidence en soulignant que la première partie, «raillerie [...] trop sanglante», vise un homme auquel «on ôte le Journal étranger», et dont on a suspendu les feuilles.

La tradition attribue la Revue des feuilles tantôt à Alexandre Deleyre, tantôt à François Le Prévost d'Exmes, parfois encore à l'abbé de La Porte ; d'après Quérard (t. II, p. 450) elle aurait été composée par Deleyre, «avec Prévost Saint-Lucien et autres». A peu près toute la seconde partie a certainement été rédigée par lui : on reconnaît aisément sa présence aux remarques sur le caractère «nécessairement républicain» du «gouvernement littéraire» (p. 177), «le fanatisme, cruel tyran de la religion» (p. 249) ou les «principes tout admirables» des Lumières (p. 255). Ses «extraits» avaient dû paraître indispensables pour donner du corps à l'ouvrage. Seuls les deux premiers sont annoncés au début de la seconde partie.

En revanche Deleyre, qui avait horreur de la «Satyre» (lettre du 23 septembre 1756 ; Leigh 444), semble étranger à l'esprit d'ironie papillonnante qui anime la première partie. Toute cette partie, comme l'Avertissement piquant qui figure au verso de la page de titre, porte, semble-t-il, la marque de François Le Prévost d'Exmes (transformation de Fréron en personnage comique ; «anecdote» du jeune Parisien de la rue Saint-Honoré face à la Madeleine de Marie Germain...). C'est lui qui a dû lancer La Revue des feuilles de M. Fréron. Quant à celui-ci, cette publication lui a permis de mettre en cause le parti des philosophes : «des gens, dit-il, qui ont répondu aux critiques que j'ai faites de leurs ouvrages par un gros volume d'injures qu'ils ont dictées à un quidam que personne ne connaît» (B.N., nouv. acq. fr. 22191, f° 141 ; texte cité par J. Balcou).

Auteur

Michel GILOT

Additif

Bibliographie: François Moureau a consacré à la Revue des feuilles de M. Fréron un chapitre de La Plume et le plomb («Censurer les censeurs. La polémique de presse», PUPS, 2006, p. 285-303), qui développe les fines analyses de Michel Gilot dans sa notice. F. Moureau rappelle les conditions de la permission tacite et de la tolérance attachée aux «brochures», et montre comment la revue de Le Prévost d’Exmes et de Deleyre attaque obliquement Fréron. La Revue des feuilles de M. Fréron, imprimée à Paris sous adresse de Londres, adopte la forme épistolaire pour suggérer une simple correspondance privée, mais prend la forme de la «dissimulation éclatante» pour accabler Fréron et faire l’éloge des collaborateurs de l’Encyclopédie. Si Le Prévost d’Exmes choisit le ton de la satire, Deleyre adopte celui de la réflexion, habile stratégie qui bénéficie, dans le cas présent, de la tolérance du pouvoir.

Auteur additif

Jean SGARD

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