COURRIER DE L'AMÉRIQUE

0266
1784

Titre(s)

Courier de l'Amérique, avec en dessous, en caractères plus petits, l'indication de la date.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

27 juillet-26 octobre 1784. Bihebdomadaire paraissant le mardi et le vendredi. Le Prospectus est distribué au cours du mois de juin 1784 (Freeman's Journal,16 juin, 1784).

Description de la collection

Le numéro paraît sur 4 p. à deux colonnes. A la livraison du mardi est ajouté régulièrement un supplément de 2 et parfois

4 p. Seuls les deux premiers numéros sont paginés.

Cahiers de 220 x 260, in-4°. Sans devise ni illustrations.

La première semaine, les livraisons sont numérotées en chiffres arabes. A partir de la deuxième semaine, un double système de numérotation est adopté : les deux livraisons hebdomadaires vont porter le même numéro, mais la livraison du mardi sera indiquée en chiffres romains et celle du vendredi en chiffres arabes. Soit : n° I, mardi 27 juil. ; n°  2, vendredi 30 juil. ; n°  II, mardi 3 août ; n° 2, vendredi 6 août ; n° III, mardi 10 août ; n°  3, vendredi 13 août ; ainsi de suite jusqu'au numéro XIV. A l'exception du supplément au n° XIV, les n° 13 (22 oct.) et XIV (26 oct.) ont un contenu identique.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

A Philadelphie, de l'imprimerie de Charles Cist, et se distribue chez Boinod et Gaillard, libraires et éditeurs dans Arch Street, et chez Robert Aitken, imprimeur-libraire dans Market Street. Le montant de l'abonnement annuel était d'une guinée, la moitié payable à la souscription.

Selon Barbé-Marbois, consul général de France à Philadelphie, le Courier de l'Amérique aurait eu «un assez bon nombre de souscripteurs» en Europe Corresp. pol. E.U.vol. 28, f° 174). Pour Philadelphie et le reste de l'Amérique, ses éditeurs n'avaient pu réunir qu'une soixantaine d'abonnés à la fin juillet 1784, mais ceux-ci seront près de cent, fin octobre, au moment où la publication du journal est interrompue. Parmi eux, de nombreux négociants et hommes d'affaires français établis aux Etats-Unis ; le général Mifflin, président du Congrès ; les ambassadeurs de France et de Hollande ; Francis Hopkinson, régent de l'université de Pennsylvanie ; le général von Steuben ; l'avocat et écrivain Peter du Ponceau ; et La Fayette qui, de passage à Philadelphie en août 1784, s'inscrit pour deux abonnements. Le premier numéro fut tiré à 512 exemplaires.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Daniel BOINOD et Alexandre GAILLARD.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Voulant servir de lien entre l'Europe et l'Amérique, le Courier de l'Amérique se fixe, dans son prospectus, deux buts principaux : rendre compte, d'une part, de «l'état politique et littéraire de l'Europe» ; faire connaître, d'autre part, «ce que la politique, les loix, les mœurs et le gouvernement des Etats-Unis fourniront de plus important».

Aux lecteurs résidant en Europe, le Courier de l'Amérique se donne pour tâche de montrer l'Amérique «telle qu'elle est», et notamment de détruire les «fausses idées» que l'on pourrait s'en faire à la lecture d'«auteurs superficiels» et d'«écrivains remplis des préjugés de leur nation ou peu instruits de ce qui concerne ce pays». En Amérique, le Courier s'adresse d'abord aux Français, et plus généralement aux Européens émigrés, s'engageant à les informer de l'actualité politique et littéraire de leurs pays d'origine comme de leur pays d'adoption. La lecture d'une «gazette française» devrait aussi être utile aux «Américains [qui], de leur côté, commencent à sentir la nécessité d'apprendre les langues étrangères, et en particulier la langue Française». La connaissance de cette langue «devenue presque universelle», leur fournira les moyens d'«étendre leurs relations de commerce avec toutes les nations» et de «participer à la lumière» que les savants et écrivains français «cherchent à répandre partout». Ainsi pourront s'établir des «liaisons solides et durables» entre la France et les Etats-Unis.

Compte tenu de la courte période de publication du journal, le contenu réel suit les grandes lignes du contenu annoncé, à l'exception toutefois de la rubrique «Nouvelles littéraires» qui se proposait notamment de rendre compte des «ouvrages qui paraîtront les plus propres à satisfaire la curiosité du Public». Le Courier de l'Amérique insère cependant quelques petits poèmes et reproduit l'«Examen impartial des œuvres de Voltaire» de Linguet.

Comme annoncé dans le Prospectus, la livraison du mardi est consacrée à l'Amérique, celle du vendredi, qui contient également les nouvelles littéraires, à l'Europe. Les avis et annonces publiés sont destinés aux lecteurs américains. Les relations franco-américaines sont au centre des préoccupations du Courier de l'Amérique qui voudrait voir se resserrer les liens économiques et culturels entre les deux pays. Mais ses rédacteurs sont aussi acquis aux «idées philosophiques» et leurs prises de position, la liberté de ton du journal, vont conduire les autorités françaises et américaines à s'entendre pour en faire cesser la publication.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Collections consultées, incomplètes : Library of Congress, Washington, AP21. C57 ; Historical Society of Pennsylvania, Philadelphie (Mss. Dept.). Le Prospectus, qui se trouve aux Archives du ministère des Affaires étrangères à Paris Corresp. pol. E.U.vol. 28, f° 51-52), est reproduit dans Bernard Fay, Bibliographie critique des ouvrages français relatifs aux Etats-Unis, 1770-1800, Paris, 1924, p.  95-97.

Bibliographie

Evans Ch., American Bibliography, New York, 1941-1959, t. VI, n°  18424. — Bringham C.S., History and Bibliography of American Newspapers, 1690-1820, Worcester, 1947, p. 898-899. — Shearer A.H., «Le Courier de l'Amérique, Philadelphia, 1784», Bibliographical Society of America Papers, vol. XIV, ii, 1920, p.  45-55. — Barthold A.J., «Le Courier de l'Amérique», in History of the French Newspaper Press in America, 1780-1790, Yale University, 1931, p.  75-161.

Historique

Daniel Boinod, né en 1756 à Vevey, dans le canton de Vaud, et Alexandre Gaillard, d'une famille de protestants français réfugiés en Hollande, s'étaient connus et liés d'amitié à l'université de Leyde qu'ils fréquentent entre 1776 et 1780. Leurs études terminées, ils tiennent une pension française pour jeunes gens à Haarlem, puis décident, trois ans plus tard, d'émigrer aux Etats-Unis, désireux de vivre «au milieu d'un peuple libre», dans «un pays de lumière et de liberté» («The inducement [...] was not so much the desire of gain as that of living among a Free People» Penns. Journal, 7 janv. 1784 ; Courier de l'Amérique, n°  XII]). A Philadelphie, où ils s'établissent à l'automne 1783, ils ouvrent une librairie dans Second Street, puis s'installent l'année suivante plus près du centre ville, dans Arch Street au coin de Fourth Street. A la même adresse s'établira l'imprimeur Charles Cist avec lequel ils collaboreront.

La librairie de Boinod et Gaillard semble avoir été très vite populaire, non seulement auprès de la relativement importante colonie française et acadienne de la ville, mais aussi auprès de l'élite politique et intellectuelle américaine : George Washington, Thomas Jefferson, James Monroë, James Madison, sont parmi leurs clients. Le catalogue, publié en janvier 1784, compte plus de 1500 ouvrages en français, anglais et latin. A la librairie proprement dite, s'ajouteront par la suite un «magasin de livres de louage» et un «cabinet de lecture» où pouvaient être consultés, outre les livres offerts en location, plus de 500, «toutes les gazettes qui paraissent à Philadelphie», le Journal de Paris et le Journal encyclopédique (Courier de l'Amérique, n°  XIII, Suppl.). Boinod et Gaillard se lancent également dans l'édition, publiant, dès 1784, une édition américaine des Aventures de Télémaque (Evans, n°  18466).

Dès la fin d'avril 1784, Boinod et Gaillard avaient annoncé leur intention de publier prochainement un journal (Freeman's Journal, 28 avril). En fait ce sont trois journaux qu'ils essaient successivement de publier dans les mois qui suivent : The American Herald and General Advertiser, dont cinq numéros seulement paraîtront entre le 21 juin et le 20 juillet ; The United States Journal or Continental Advertiser, annoncé en juillet (Freeman's Journal, 14 juil. 1784), mais qui semble n'avoir jamais paru ; et le Courier de l'Amérique, annoncé dès la mi-juin dans plusieurs journaux de Philadelphie, et publié à partir du 27 juillet 1784.

«Jeunes et nés républicains», comme ils le proclament en tête de leur premier numéro, lecteurs des philosophes, admirateurs de la «glorieuse Révolution» américaine, Boinod et Gaillard voient dans le journalisme un moyen d'action et veulent faire du Courier de l'Amérique un organe d'intervention autant que d'information.

Dans ses colonnes, le Courier de l'Amérique accorde une place importante aux questions commerciales : outre les nombreux articles qui traitent de ces questions, il s'attache à publier les actes, avis ou décrets relatifs au commerce ou pouvant l'affecter, et consacre une rubrique régulière au «bureau naval» et aux différents cours et cotations (cours du change ; «prix courants» des denrées et marchandises à Philadelphie et parfois à Lorient ; taux des droits sur les produits importés ; etc.). Cette attention accordée au commerce s'explique sans doute par le souci des éditeurs de répondre à l'attente d'une clientèle qui se recrute surtout dans les milieux d'affaires et en particulier parmi les négociants et marchands français établis aux Etats-Unis. Le Courier de l'Amérique soutient leur cause en encourageant le développement des relations commerciales entre la France et les Etats-Unis, et fait notamment campagne pour l'établissement de «ports-francs», ouverts au commerce américain, sur le territoire français Courier de l'Amérique, n° II, Suppl. ; 5 ; X ; XI). Mais les éditeurs du Courier de l'Amérique sont aussi convaincus, à la suite du «sublime Raynal» auquel ils se réfèrent souvent, que le développement du commerce est le plus sûr moyen d'accélérer la transformation des mœurs et des gouvernements et d'assurer le progrès politique et social. Car, si le Courier de l'Amérique se donne pour tâche de travailler à resserrer les liens entre l'Amérique et l'Europe continentale, c'est en fait moins par désir de voir se renforcer, au détriment de l'Angleterre, une alliance économique et politique, que dans l'espoir d'inciter les pays européens, et en particulier la France, à entreprendre, en s'inspirant du modèle américain, leur propre révolution intérieure. Comme le souligne un lecteur de Lorient dont le Courier de l'Amérique publie la lettre, on jouit en Amérique «de cette précieuse liberté que tout homme reçoit de la nature mais que le Despotisme étouffe» encore en Europe (n°  X).

C'est à tous les «despotismes» que le Courier de l'Amérique veut finalement s'attaquer, ses éditeurs étant persuadés «qu'en faisant connaître le mal peut-être parviendra-t-on à en trouver le remède» (n°  5). Il reprend ainsi les attaques de Linguet contre la «barbarie» des prisons françaises, ou dénonce les défauts, les abus et les injustices de l'administration royale et notamment de la Ferme, cette «flotte de pataches» qui fait passer son intérêt particulier avant l'intérêt général (n° 2 ; X). Il ouvre ses colonnes à l'empereur d'Autriche qui affirme vouloir bannir de ses états «les préjugés qui résultent des coutumes invétérées», et admoneste le roi du Danemark : «Assurez la propriété de vos sujets, réprimez les abus, empêchez les malversations, établissez un gouvernement légal, faites que la loi soit pour tous, autrement [...] vous ne serez plus qu'un aveugle tyran» (n°  3). Ces prises de position, le parti pris d'intervention du journal, vont assurer son succès mais aussi entraîner sa disparition.

Dès la troisième livraison, un article rendant compte de la présentation d'une collection de livres offerte par Louis XVI à l'Université de Pennsylvanie, provoque l'embarras des autorités américaines et la colère de la représentation diplomatique française. Jugeant la collection de peu de valeur, le Courier de l'Amérique ironise sur le choix des livres qui la composent, choix qui, selon lui, semble plutôt avoir été dicté par la beauté des reliures que par le «goût» ou les «connaissances littéraires» : ce sont des «bagatelles», mais les livres étant «très bien conditionnés, nous ne doutons pas qu'on les conserve longtemps dans cet état» (n° II, Suppl.). Le consul général de France à Philadelphie, Barbé-Marbois, s'étant plaint de cet «article insolent» au président de l'état de Pennsylvanie, Boinod et Gaillard sont convoqués devant un magistrat qui les avertit qu'ils devront dorénavant «s'expliquer touchant la France avec le respect et les égards dus à une Nation aussi amie des Etats-Unis» ; ce à quoi ils auraient répondu que «toutes les Nations et tous les Rois du monde devaient à leur tour et suivant les circonstances être cités à leur Tribunal» (Corr. pol. E.U.vol. 28, f° 176-177).

D'autres escarmouches suivent, plusieurs articles qui, selon un lecteur indigné, tendent toujours à «accréditer des opinions préjudiciables à la bonne union entre la France et les Etats-Unis» (n°  V, Suppl.) ; mais c'est «l'affaire Longchamps», un fait divers grandi jusqu'au point de mettre en danger les relations franco-américaines, qui va finalement provoquer la chute du journal.

Accusé de violences et de voies de fait sur la personne du consul général de France à Philadelphie, un ancien soldat français au passé douteux, Charles Longchamps, avait été arrêté et emprisonné à la fin juin 1784. Prises de court en l'absence d'une législation particulière définissant le statut et les droits des diplomates en poste aux Etats-Unis, les autorités américaines s'interrogent sur la procédure à suivre : le délit est-il du ressort des lois américaines ou de la «loi des nations» comme l'affirment les autorités françaises qui font pression pour que Longchamps soit extradé et jugé en France ? Le président du Conseil exécutif de l'Etat de Pennsylvanie, John Dickinson, incline à l'extradition, ne serait-ce que pour apaiser la colère du corps diplomatique et celle de la «Majesté offensée» en la personne de son ministre. Mais tout en étant soucieux d'éviter un incident diplomatique, il hésite à prendre une décision qui, alors que les élections s'approchent, pourrait nuire à sa propre carrière politique. Embarrassé, il fait comprendre à l'ambassadeur de France «qu'il serait fort soulagé si [celui-ci] pouvai[t] faire [lui]-même enlever» secrètement Longchamps et «le faire embarquer pour la France» (Corr. coins. Phila., vol. 10, f° 41-48). La suggestion ayant été repoussée, l'affaire est portée devant les tribunaux.

Alors que les autres journaux de Philadelphie ne prennent pas parti, se bornant à publier quelques lettres de lecteurs, Boinod et Gaillard obtiennent des avocats de Longchamps qui combattent l'extradition, un précis de l'affaire, et entreprennent de le publier dans les colonnes du Courier de l'Amérique. Pour eux, il s'agit d'une «cause importante», le moyen d'éprouver et d'affirmer la valeur du «droit des gens» par rapport à celui «des nations», et l'occasion de juger de l'indépendance de la justice face aux pressions et aux intérêts des gouvernements. Par souci d'objectivité, ils approchent également Barbé-Marbois pour lui demander «de rectifier les erreurs qui pourraient s'être glissées dans [F] écrit» qu'ils publient, mais celui-ci, ne voulant pas s'engager dans «une guerre de plume dans les gazettes», s'y refuse.

Rendant ainsi l'affaire publique, la présentant comme un exemple de l'éternel «différend des Princes et des Peuples», comme un nouvel épisode de la lutte de la «liberté» contre le «despotisme», le Courier de l'Amérique va réussir à créer un mouvement d'opinion favorable à la cause de Longchamps. Celui-ci, jugé et reconnu coupable par un tribunal américain, est condamné à une amende de 600 £ et à deux ans de prison ; mais dans les attendus du jugement, le tribunal souligne que le coupable «ne peut être légalement livré par le Conseil [exécutif] ainsi que l'a demandé le Ministre de France» Corr. cons. Phila., vol. 10, f° 164-165). L'affaire, conclut le Courier de l'Amérique, «a tourné finalement à la fin plus heureusement que nous n'osions l'espérer» (n°  XII). Irritées par le retentissement donné à l'affaire, les autorités françaises et américaines vont cependant s'employer à trouver un moyen pour réduire le journal au silence.

«Nous avons un moyen assez simple d'en punir les auteurs, écrit Vergennes à Barbé-Marbois, ce sera de supprimer [le journal] lorsqu'il] vous paraîtra répréhensible» (Corr. pol. E.U.vol. 28, f° 439). Barbé-Marbois approche dans ce sens le président du Conseil exécutif, mais celui-ci, soucieux de ne pas paraître porter atteinte au principe de la liberté de presse, hésite : «il me dit, rapporte Barbé-Marbois à Vergennes, que les [éditeurs du Courier de l'Amériquepourraient être attaqués en justice, mais que ce serait les servir selon leur vœu, qu'ils ne désireraient rien tant que d'engager un procès sur la liberté de presse qui les rendrait populaires ou tout du moins contribuerait à donner de la vogue à leur gazette». Il faut donc, selon l'expression de Barbé-Marbois, «faire tomber [le journal] par des moyens indirects» (Corr. pol. E.U., vol. 28, p  173-178). Barbé-Marbois propose de faire retenir les exemplaires du journal envoyés en France : le Courier de l'Amérique se trouverait ainsi «toujours périmé à son arrivée, [...] et personne ne serait tenté d'y souscrire» ; cela donnerait aussi le temps «au rédacteur du Mercure et autres gazetiers» acquis au gouvernement, qui en recevraient des exemplaires à l'avance, de préparer leur contre-attaque. Mais le directeur des Postes américaines, Ebenezer Hazard, trouve un moyen plus expéditif : en imposant au Courier de l'Amérique un tarif postal exorbitant, il oblige ses éditeurs à en cesser la publication avec le numéro XIV du 26 octobre 1784.

Alexandre Gaillard meurt soudainement quelques semaines plus tard (Freeman's Journal, 24 nov. 1784). Daniel Boinod, qui reste en charge de la librairie et de la maison d'édition, essaiera sans succès, au début de l'année suivante, de faire reparaître le Courier de l'Amérique.

Dès le début, remarquait Barbé-Marbois, «on eut lieu de juger que [les éditeurs du Courier de l'Amérique] avaient de mauvais desseins et qu'ils voulaient discréditer l'alliance [franco-américaine]» Corr. pol. E.U., vol. 28, f° 175). Boinod et Gaillard furent aussi accusés, en mettant en danger les relations franco-américaines, de «favoriser les desseins des ennemis de l'Amérique» et de travailler à «détruire en secret les fondements de [sa] tranquillité et des [ses] intérêts politiques» (Penns. Gaz., 11 août 1784). On les a même soupçonnés un temps d'être des agents à la solde de l'Angleterre. Face à ces accusations, ils ont toujours soutenu qu'ils n'avaient pour seul guide que «l'amour de la vérité et de la liberté», et Barbé-Marbois a lui-même reconnu que les rédacteurs du Courier de l'Amérique n'étaient «aux gages d'aucune puissance» (Corr. pol. E.U., vol. 28, f° 176).

Titre indexé

COURRIER DE L'AMÉRIQUE

Date indexée

1784

COURRIER DE BOSTON

0264
1789

Titre(s)

Courier De Boston, Affiches, Annonces, Et Avis.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

23 avril – 15 octobre 1789. Hebdomadaire, il paraissait le jeudi. The Massachusetts Centinel annonce sa publication dans deux articles du 3 janvier et du 11 février 1789, articles en anglais qui reprennent la teneur d'un prospectus non daté, de 8 p., rédigé en français.

Description de la collection

Le numéro paraît sur 8 p. à deux colonnes, 185 x 237, in-4°. Pagination continue (26 numéros: 208 p.).

Devise: «L'Utilité des deux Mondes». Sans illustrations.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

A Boston, de l'imprimerie de Samuel Hall, libraire dans le Cornhill, au n° 53. On pouvait s'abonner à Boston, chez l'imprimeur; à Salem, chez Dabney et Cushing; à New York, chez Thomas Greenleaf et John Fenno; à Philadelphie, chez Mathew Carey; et «chez les principaux imprimeurs des Etats-Unis». Le Courier de Boston aura par la suite des correspondants au Cap, Ile de Saint-Domingue (Perkins et Cie), et à Saint-Pierre de la Martinique (J. Cornerais de Lorme).

Prix au numéro: 5 pence. Abonnement annuel: 15 £ (16 shillings 8 pence) pour Boston et le reste de l'Amérique, 24 £ pour l'étranger, franc de port, la moitié de l'abonnement payable à la réception du neuvième numéro.

Pour se faire une idée du tirage et de la diffusion du journal, on peut noter que dans le dernier numéro, le rédacteur indique qu'il serait prêt à reprendre la publication du Courier de Boston, s'il se présentait un nombre suffisant de souscripteurs, nombre qu'il fixe à 400.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Paul Joseph GUERARD DE NANCRÈDE.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Le Courier de Boston a, selon le prospectus, trois «objets principaux»: 1) «encourager l'étude de la Langue Française en Amérique»; 2) «présenter un tableau de la Politique, des Arts, des Sciences et du Commerce des Etats-Unis, et généralement tout ce qui peut intéresser le Navigateur, le Négociant, le Cultivateur et le Politique, d'une manière directe»; 3) «répandre des lumières sur tout ce qui concerne l'Amérique; rectifier les erreurs des négociants étrangers; faire connaître aux Français les ressources locales de cette vaste et riche contrée [...] [et] les circonstances physiques, morales et politiques qui doivent déterminer les rapports sur lesquels le Commerce des Etats-Unis doit être fondé». C'est surtout «vers ce point que seront dirigés les efforts des Editeurs».

Le contenu réel suit les grandes lignes du contenu annoncé. Principales rubriques: 1) Nouvelles de France et d'Europe. 2) Nouvelles d'Amérique. 3) Actes et travaux du Congrès des Etats-Unis. 4) Nouvelles de Boston. 5) Articles divers, la plupart sur des sujets économiques et commerciaux. 6) Prix courants des marchandises importées et exportées; «état du change entre Boston et les principales villes commerçantes d'Europe»; cours des fonds et effets publics; «bureau naval».

Le Courier de Boston se donne essentiellement pour tâche de mieux faire connaître les Etats-Unis, pour notamment aider au développement de son commerce. Il travaille également à resserrer les liens culturels, politiques et commerciaux entre la France et les Etats-Unis.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Prospectus et collection complète: American Antiquarian Society, Worcester, Mass. (MWA). Principales collections complètes, à l'exception toutefois du Prospectus: Library of Congress, Washington, NC0745931; Hougton Library, Harvard Univ., Cambridge, U.S. 4649. 5; Essex Institute, Salem; N.Y. Hist. Soc, New York; Mass. Hist. Soc, Boston; Boston Public Library.

Bibliographie

Presse du temps: The Massachusetts Centinel, 3 janv., 11 févr. 1789.

Thomas L, The History of Printing in America, New York, 1874, t. I, p. 178. – Belisle A., Histoire de la presse franco-américaine, Worcester, 1911, p. 355-357. – Bringham C.S., History and bibliography of American newspapers: 1690-1820, Worcester, 1947, p. 285. – Winshisp G.P., «Two or three Boston papers», Bibliographical Society of America Papers, vol. XIV, 2 (1920), p. 57-76. – Barthold A.J., «French Journalists in the United States», Franco-American Review, vol. I, 1936, p. 219-221.

Historique

Le prospectus du Courier de Boston, non daté, annonce «l'établissement de cette feuille» pour «l'époque heureuse de la ratification de la nouvelle Constitution». Celle-ci, finalement adoptée par le Congrès américain le 17 septembre 1787, fut aussitôt envoyée pour ratification aux différents Etats: le Delaware la ratifie le 7 décembre, la Pennsylvanie le 12, le New Jersey le 18. Il est donc probable que le prospectus du Courier de Boston a été rédigé et diffusé dès la fin de 1787. Un autre fait vient soutenir cette hypothèse: à une lettre qu'il envoie le 2 janvier 1788 à Thomas Jefferson, alors ambassadeur des Etats-Unis à Paris, Nathaniel Barrett joint un «prospectus» rédigé par «a professor of the French Language at the University [of Cambridge] [...] who will have the best assistants and only need some encouragement abroad» Papers of Th. Jefferson, Princeton, 1954, t. XII, p. 491). Joseph Nancrède, revenu en 1785 en Amérique où il avait combattu de 1779 à 1783 dans le corps expéditionnaire français, s'était installé à Boston et avait obtenu en octobre 1787 le poste d'instructeur de français, à l'université Harvard Corporation Records, III, 229). Il songe donc dès la fin de cette année-là à publier un journal français, mais ce ne sera que plus d'un an plus tard que le Courier de Boston finalement paraîtra. Ce long délai s'explique par les nombreuses difficultés rencontrées, difficultés que Nancrède mentionne dans deux articles publiés au début de 1789 dans le Massachusetts Centinel nécessité de s'assurer d'un nombre suffisant de souscripteurs pour permettre le démarrage, sinon le succès financier, de l'entreprise; délais dans l'établissement des correspondances avec les différents pays européens; retards dus aux problèmes typographiques posés par l'impression d'un journal français en Amérique; et aussi, et peut-être surtout, le temps employé à surmonter les «préjugés nationaux», et plus particulièrement le sentiment anti-français: «Although that blind antipathy against the French is almost done away among the enlightened class, yet there are still some préjudices left [...]; [this] will vanish away when the French nation will be better known among the Americans, it is true; but in the meantime the Frenchman, who, actuated by pure motives, undertakes anything useful, has the shocks of opinion to encounter» (11 févr. 1789).

Pour assurer la publication de son journal, Nancrède recherche des souscripteurs à Boston et dans le reste de l'Amérique, mais aussi au Canada, dans les Antilles et en France. Il est encouragé et soutenu dans son entreprise par la Société gallo-américaine fondée en janvier 1787 à Paris par Brissot. Nancrède, qui travaille alors à une traduction anglaise de De la France et des Etats-Unis (M. Stern, Books and Book People, New York, 1978, p. 61-62), rencontre Brissot lors du séjour de celui-ci à Boston en juillet 1788. Il défendra dans les colonnes du Courier de Boston les idées exposées dans De la France et des Etats-Unis, puis reprises dans le programme de la Société gallo-américaine.

Le premier numéro du Courier de Boston paraît le 23 avril 1789. Quelques changements ont été apportés: annoncé sur «16 à 20 pages octavo», il ne paraît plus que sur 8 p., in-4°: sa date de parution a été reportée du vendredi au jeudi; le sous-titre initial, «Affiches, Nouvelles et Avis», légèrement modifié. Le Courier de Boston s'est également donné une devise, «L'Utilité des deux Mondes», qui se calque sur celle de la Société gallo-américaine, «Le Bien des Deux Mondes» (Brissot, Correspondance, Paris, 1912, p. 123).

Dédaignant le goût du siècle qui demande toujours «plus de satire, plus de choses piquantes», le Courier de Boston se veut une «gazette utile» rédigée dans un «esprit impartial»: «Nous dirons tout ce qui nous paraîtra bon, utile, instructif, sans consulter si nous flattons l'un ou l'autre parti, tout ce qui pourra tendre à diminuer la force, la folie des préjugés nationaux, religieux; à faire connaître l'influence du cosmopolitisme et de ses effets bienfaisants». Ses lecteurs seront «des négociants, des étrangers, des personnes éclairées, à qui la Chronique scandaleuse qui fait l'ornement des papiers de Boston, n'offrirait que peu d'intérêt» Courier, p. 1-3).

Le Courier de Boston fait profession d'impartialité, mais cela ne doit pas tromper: journal d'opinion, il défend une politique précise. Il s'agit de contrebalancer l'influence de l'Angleterre, de lutter contre «l'esprit de parti» qui se déploie dans les journaux dévoués aux intérêts d'une «nation rivale», d'aider à «affranchir les Américains confédérés de l'espèce d'esclavage moral dans lequel ils gémissent encore, aux moyens des papiers publics anglais, source unique à laquelle ils puisent tous leurs avis» (Prospectus, p. 6; Courier, p. 3, 85). Le Courier de Boston voudrait voir se rompre les liens culturels et commerciaux qui rattachent encore l'Amérique à l'Angleterre, et fait campagne pour une politique de rapprochement et d'alliance entre la France et les Etats-Unis, une alliance qui est dans la «nature des choses» en raison de l'aide apportée par la France aux insurgés américains lors de la guerre d'Indépendance Courier, p. 54, 78, 85).

Nancrède défend notamment dans les colonnes du Courier de Boston, l'idée chère à Brissot d'une association commerciale privilégiée entre la France et les Etats-Unis, entre une France «manufacturière» et une Amérique «cultivatrice», le maintien de la vocation agricole de cette dernière étant le plus sûr garant de la préservation de ses «mœurs républicaines» Courier, nota, p. 73-74, 88, 90, 108; De la France, passim). Plusieurs articles sont plus particulièrement consacrés à la question des «pêches américaines» et de leurs débouchés possibles sur le marché français, une question qui intéresse directement plusieurs marchands de Boston qui, comme Nathaniel Barrett, sont engagés à ce sujet dans des pourparlers avec le gouvernement français Courier, p. 55, 88, 92, 112; Papers of Th. J., t. IX, p. 74; t. XIII, p. 523). Cela conduit d'ailleurs Nancrède à critiquer les droits et règlements français qui entravent la libre circulation des denrées, comme il attaque, en d'autres endroits, la politique protectionniste de l'Angleterre ou le projet d'impôt sur les marchandises importées qui sera finalement voté par le Congrès américain Courier, p. 15, 37. 85, 96).

Par les articles et nouvelles qu'il publie, le Courier de Boston veut aussi servir de lien entre la France et les Etats-Unis et mettre ces deux pays à portée de mieux se connaître l'un l'autre. Nancrède s'astreint ainsi à traduire et publier le compte rendu des travaux du Congrès et le texte des principales résolutions adoptées. Il se donnait pour but, dans le premier numéro, de présenter le «tableau des Américains fait par eux-mêmes», mais la «crise du jour en France» va lui faire accorder une place de plus en plus importante, dans les colonnes du Courier de Boston, aux nouvelles de France. Acquis aux idées philosophiques, admirateur de Jean-Jacques Rousseau, Nancrède accueille favorablement les débuts de la Révolution et de «la régénération de la France». Il s'engage à publier «tout ce qui lui tombera sous la main» à ce sujet, s'attachant cependant à dénoncer les «menées des agioteurs et des gazetiers anglais» et toutes les fausses-nouvelles «fabriqué[es] en Angleterre» (p. 15, 47, 135, 143).

Le Courier de Boston s'engage également dans les débats de politique intérieure américaine. Il prend ainsi le parti des «anti-dignitaires» qui, au nom de la pureté républicaine, refusent d'accorder titres ou distinctions aux élus de la nation; ou celui des «fédéralistes», en attaquant vigoureusement l'état de Rhode Island qui refuse de se rallier à la Confédération (p. 68, 132, 150, 167). La rubrique des nouvelles de Boston fournit l'occasion à Nancrède de défendre à nouveau sa politique de rapprochement avec la France, rendant compte des fêtes anniversaires de l'Indépendance, de la réunion de la Société de Cincinnatus ou de l'arrivée de la flotte française en rade de Boston (p. 94, 183, 191). A propos d'un article sur l'Université de Cambridge, il plaide en faveur de l'enseignement de la langue française, une campagne qu'il avait déjà engagée dans différents journaux de Boston (Mass. Cent., 17 sept. 1788) et qu'il continue par la publication même du Courier de Boston dont l'un des buts était «d'encourager l'étude de la langue française en Amérique». La connaissance de la langue française sera pour les Américains le moyen, le «signe de communication», qui leur permettra de trouver de nouveaux débouchés commerciaux: «Elle se parle dans toutes les parties de l'Europe, et partout où les Américains confédérés peuvent porter leur Commerce» (Prospectus, p. 4).

En raison sans doute de l'importance des nouvelles politiques pendant ses quelques mois d'existence (réunion du premier Congrès américain, élection à la présidence de Georges Washington, débuts de la Révolution française), le Courier de Boston n'accorde qu'une place réduite à la littérature et aux arts. Nancrède rend cependant compte des séances de l'Académie américaine des sciences et des arts, et publie un «Parallèle de Sterne avec le Curé de Meudon» (p. 39, 71, 152).

La publication du Courier de Boston, qui cesse avec le numéro 26 du 15 octobre 1789, semble avoir été un désastre financier, mais Nancrède aura tenu à la prolonger jusqu'au sixième mois afin de satisfaire aux engagements pris vis-à-vis de ses abonnés (p. 207). Dès juin, il avoue s'être laissé emporter par son zèle et avoir «méprisé toutes autres considérations», notamment financières (p. 65). Il comptait pouvoir augmenter le nombre des souscripteurs et aussi attirer des annonceurs, mais une seule annonce sera publiée au cours des six mois (p. 167). Les difficultés de communication et de circulation auxquelles il fait allusion à plusieurs reprises (p. 15, 183), ont aussi sans doute joué un rôle dans sa décision de suspendre la publication du Courier de Boston. Dans le dernier numéro, il annonce que celle-ci «pourrait être reprise au printemps prochain, s'il se présentait un nombre [suffisant] de souscripteurs», mais le soutien espéré ne se concrétisera pas. Nancrède continuera par la suite à travailler à la diffusion de la langue et de la pensée françaises en Amérique, notamment à partir de la librairie et maison d'édition qu'il ouvre en 1795 à Boston.

Titre indexé

COURRIER DE BOSTON

Date indexée

1789

LE COURRIER. NEW ORLEANS

0252
1785
1786

Historique

Ce journal a été signalé par W. Nelson dans ses Notes toward a history of the American newspapers (cf. The Papers of the Bibliographical Society of America, vol. 14, p.  56). Nelson semble avoir eu en main un  Courrier du Vendredi, n°  62, New Orléans, 4 août, 1786», de format gazette in-4° sur deux colonnes ; mais cette découverte est mise en doute dans la Bibliography of American Newspapers de Bringham (t. I, p. 189), et aucun exemplaire n'a été retrouvé depuis. A ce jour, on considère le Moniteur de la Louisiane, qui a paru à partir de 1794, comme le premier journal de langue française publié en Louisiane. La mention du Courrier a cependant été conservée dans le catalogue de la bibliothèque du Congrès.

Titre indexé

COURRIER. NEW ORLEANS

Date indexée

1785
1786

AFFICHES DES ÎLES DE FRANCE ET DE BOURBON

0030
1773
1790

Titre(s)

Annonces, Affiches et Avis Divers pour les Colonies des Isles de France et de Bourbon.

Devient en 1783, Annonces, Affiches et Avis Divers pour les Isles de France et de Bourbon.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Un «Avis au Public» annonçant la publication prochaine du journal, est diffusé au cours du mois de décembre 1772. Les «lettres de privilèges», datées du 12 janvier 1773, sont signées du gouverneur de Ternay et de l'intendant Maillar-Dumesle qui nomment également le même jour un censeur chargé de surveiller «l'impression, la vente et le débit» du journal, Charles de Saint-Mihiel.

Hebdomadaires, les Annonces sont publiées le mercredi à partir du 13 janvier 1773. Elles auraient continué à paraître jusqu'à la fin de 1790. On n'en connaît cependant des exemplaires que pour les années 1773, 1774, 1775 et 1783. Un volume par an.

Description de la collection

Cahier de 4 p. sur deux colonnes. Pour les trois premières années on ne trouve que deux suppléments de deux pages chacun (Suppléments aux n° 1 et 6 de l'année 1773) – et deux numéros paraissent, l'un sur huit pages (n° 30, 1773). l'autre sur six pages (n° 3, 1774). Pagination continue pour chaque volume (1773: 51 numéros, 212 p.; 1774: 52 numéros, 210 p.; 1775: 52 numéros, 208 p.).

Dimensions, 188 x 223, in-4°.

Sans devise ni illustration pour la collection existante.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

A Port-Louis, Ile de France, de l'Imprimerie du Roi, «située entre la Citadelle et le ruisseau des Pucelles». Imprimeurs: Pierre Nicolas Lambert (1773-1783); François Nicolas Bolle (1784-1790).

Le prix de l'abonnement, fixé la première année à 24 £ pour Port-Louis, 36 £ pour le reste de l'île de France, et 30 £ pour l'île Bourbon, passe dès l'année suivante à 30 £ pour Port-Louis, 42 £ pour l'intérieur de l'île, et 36 £ pour l'île Bourbon. Coût d'insertion des annonces: 20 s. Les «Avis, Mémoires, Observations, etc., tendant à l'utilité générale seront reçus gratis».

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Pierre Nicolas LAMBERT (1773-1783); Joseph Anne GESTAT DE GAREMBE (1783-1784); François Nicolas BOLLE (1784-1790). Collaborations occasionnelles de lecteurs.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Nicolas Lambert se propose de publier une «feuille imprimée» qui sera «assez semblable aux petites affiches de Paris par l'annonce des biens de Campagne, Maisons, Noirs, Bestiaux, Effets à vendre ou à louer, des Entreprises pour le Roi ou pour le particulier, des Ordonnances et Règlements», etc. Mais il veut aussi «embrasse[r] un plan beaucoup plus étendu», ayant dessein de «faire entrer [dans sa feuille] tous les événements particuliers» aux îles de France et de Bourbon, et tout «ce qu'on pourra recueillir des nouvelles étrangères dans les différents établissements fréquentés par les Vaisseaux de la Nation, les recherches et observations faites sur l'agriculture des deux Isles, sur le commerce qui peut leur être le plus avantageux, sur les accroissements dont il est susceptible, sur les moyens d'en multiplier les branches» (Avis au public). Les Annonces donneront également des «nouvelles de la Métropole» extraites de différents journaux, et «rapporteront]» plus particulièrement «les articles les plus intéressants» pour les deux îles (Avant-Propos, n° 1, 13 janv. 1773).

Le contenu réel suit les grandes lignes du contenu annoncé, du moins pour les trois premières années. Principales rubriques dans leur ordre de publication: 1) Biens à vendre; 2) Avis divers (avis, ordonnances, lettres circulaires des administrateurs; offres et demandes; esclaves marrons; annonces de particuliers; objets perdus et trouvés; etc.); 3) Départ des particuliers; 4) Agriculture et Arts (articles, mémoires traitant de sujets économiques, et plus particulièrement de l'agriculture et du commerce dans la colonie et des moyens de les améliorer); 5) Nouvelles particulières (nouvelles locales; annonces et comptes rendus des réunions des différents corps constitués; nouvelles apportées par les vaisseaux qui abordent au Port-Louis); 6) Nouvelles extraites des gazettes d'Europe; 7) Arrivée et départ des vaisseaux du Port-Louis; 8) Extrait du registre de la geôle de Port-Louis (liste hebdomadaire des esclaves marrons arrêtés et emprisonnés). Les Annonces, affiches et avis divers se veulent avant tout un journal au service des îles de France et de Bourbon, un organe d'information et de liaison entre les différents quartiers de la colonie comme un lien entre celle-ci et l'extérieur.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Coll. consultée, incomplète: B.L., P.P. 3801.ba (Prospectus, années 1773, 1774 et 1775, complètes); A.N., C4 63. 2, f° 162-163 (n° 38 de l'année 1783); Mauritius Institute Library, Port-Louis, le n° 43 de 1783.

Bibliographie

Toussaint A., Early printing in the Mascarene Islands. 1767-1818, Londres, 1951, p. 59-76. – Toussaint A., Bibliography of Mauritius (1502-1954), Port-Louis, 1956, p. 169 et suiv.

Historique

Administrées depuis 1721 par la Compagnie française des Indes Orientales, les Mascareignes passent en 1764 sous le contrôle direct du ministère de la Marine, mais ce n'est que trois ans plus tard, en juillet 1767, que débarquent à l'île de France les premiers administrateurs royaux. Dès la fin de l'année 1767, l'intendant Pierre Poivre établit une imprimerie à Port-Louis, la première des îles. Pierre Saunois, un «ingénieur-mécanicien» originaire de Saint-Julien près de Langres, en assure la direction jusqu'au début de 1770, date à laquelle il est remplacé à ce poste par Pierre Nicolas Lambert, né à Paris en 1741 et arrivé à l'île de France en 1767. C'est à l'initiative de ce dernier que vont être publiées les Annonces, «une entreprise qui étant ici la première de son genre, laisse tout à créer» (1773, p. 1).

Le problème que Nicolas Lambert doit d'abord résoudre, est celui de la distribution. Aussi la société qu'il forme au cours de l'année 1772 se donne-t-elle pour but, outre la publication d'«une feuille imprimée», l'établissement d'un «Bureau» qui assurera la distribution du journal et la «correspondance générale» des îles. Le «Bureau général des Postes et Gazettes» de l'île de France est constitué en décembre 1772. Des «Noirs facteurs» seront chargés de distribuer les «lettres et feuilles hebdomadaires» dans les différents quartiers de l'île une fois par semaine, et, exceptionnellement, dans le cas de l'arrivée d'un bateau au Port-Louis, «six ou huit heures après» (Avis au public). Le service de la poste est étendu à l'île Bourbon au cours de l'année 1773, le sieur Détaché étant chargé à Saint-Denis de la distribution des «lettres, feuilles de Gazettes et autres papiers publics» («Avis à Mrs les Habitans de Bourbon», 1773). Par l'établissement de ce service de poste, Nicolas Lambert résout non seulement le problème matériel de la distribution du journal, mais trouve aussi le moyen d'en promouvoir la vente: pour les abonnés du journal, les lettres seront «délivrées franches de port».

Un autre obstacle, plus difficile à surmonter, est celui des sources d'informations. Dès le premier numéro, Nicolas Lambert s'excuse auprès de ses lecteurs: «les premières Feuilles ne seront peut-être pas aussi complètes que Mrs les Abonnés avaient droit de l'attendre et que nous l'aurions désiré en notre particulier, mais nous espérons que les difficultés que nous avons trouvé à rassembler nos Matériaux ne subsisteront pas par la suite» (1773, p. 2).

Pour les nouvelles de l'extérieur, Nicolas Lambert est à la merci de l'arrivée des bateaux. Ceux venant de France mettent en moyenne quatre mois pour faire la traversée, mais, selon les saisons et les armements, le délai peut être plus long: ce n'est, par exemple, que dans les derniers jours de décembre 1774 que L'Actif apporte à la colonie la nouvelle de la mort de Louis XV survenue à Versailles le 10 mai, nouvelle que les Annonces publient dans leur numéro du 4 janvier 1775. Les nouvelles apportées par les différents bateaux qui abordent au Port-Louis sur la route de France ou des Indes, entrent dans la rubrique «Nouvelles particulières» qui contient également les nouvelles locales. Celles-ci sont fonction de l'actualité: la célébration de la Saint-Louis au siège du gouvernement; les crimes du soldat Desperou dit «Sans Quartier»; le terrible ouragan du 10 avril 1773 qui détruisit toutes les récoltes, plus de trois cents maisons à Port-Louis et une trentaine de navires amarrés dans la rade (1773, p. 142, et 1775, p. 138; 1774, p. 36 et suiv.; 1773, p. 58, 62). Mais leur part est souvent réduite. Pour suppléer au manque de nouvelles, Nicolas Lambert a recours aux correspondances privées et aussi aux journaux de bord tenus par certains officiers de marine: le chevalier de Clesmeur et le capitaine Crozet rendent compte du voyage de Marion-Dufresne à Tahiti; le capitaine Lanoue, du voyage d'exploration de la Sauterelle à l'Ile-aux-Sables; La Pérouse, commandant de la flûte La Seine, des opérations navales au large des côtes de l'Inde (1773, p. 54-56, 58-59; 1775, p. 87-88, 186-187). Le défaut de «matériaux» avait cependant contraint Nicolas Lambert, dès le n° 13 de la première année, à puiser dans les collections de journaux européens de l'année précédente: «Nous avons été obligé, par la stérilité des nouvelles du pays, d'avoir recours à ce fonds de matières» (1773, p. 56). Il promet d'abréger «le plus qu'il sera possible» cette rubrique des «Nouvelles d'Europe extraites des Gazettes», espérant avoir accès à des informations plus récentes, mais la rubrique deviendra régulière et occupera souvent, par la suite, plus de la moitié du journal.

Lien avec l'extérieur, journal d'information locale, le premier journal des Mascareignes est aussi, et avant tout, comme son titre l'indique, un journal commercial d'avis et d'annonces. Il renseigne les habitants qui commencent à s'établir dans les différents quartiers des îles de France et de Bourbon, sur les règlements en vigueur, le mouvement du port, les ventes aux enchères, les arrivées de marchandises, etc. Nicolas Lambert voudrait aussi faire des Annonces un instrument pour aider au progrès de la colonie. Dans ce but, il publie plusieurs articles et mémoires qui soutiennent notamment les efforts de l'administration pour développer les cultures vivrières, et invite les «habitants zélés et instruits» à faire part au public de leurs «observations et expériences» (1773, p. 35). Quelques-uns répondent, comme Fortin, habitant de la Montagne Longue, qui donne son «remède» pour guérir plusieurs maladies qui affectent les animaux d'élevage (1773, p. 9-10); mais les contributions viendront surtout d'officiers et d'administrateurs en poste dans la colonie: Beauvais, médecin-vétérinaire, Bourdier, «premier médecin des Hôpitaux du Roi aux Isles de France», de Montvert, major des Milices nationales, qui indique «le meilleur moyen de faire des Pépinières de Caffeyers» (1773, p. 24-25). La source se tarit cependant rapidement et l'absence de contributions conduira Nicolas Lambert à recourir de plus en plus fréquemment, pour sa rubrique «Agriculture et Arts», à des extraits de la Gazette du commerce, choisissant, dans la mesure du possible, des articles qui traitent de découvertes et d'expériences qui pourraient avoir des applications locales.

De même que l'éloignement et l'isolement, la faible population de la colonie limite les sources d'informations et les «matériaux» disponibles (il n'y avait en 1767 que 1990 blancs et «libres» à l'île de France, 5300 à l'île Bourbon). L'absence d'établissements d'enseignement se fait aussi sentir. Nicolas Lambert s'était engagé à publier toutes «les pièces» qui lui seraient adressées «sans hasarder [son] opinion»; mais dès le n° 6, ayant reçu «plusieurs pièces dont le style exige de grandes corrections», il se voit obligé de prévenir ses lecteurs que «quand les écrits qu'on [lui] enverra ne seront pas assez châtiés pour souffrir l'impression, [il se dispensera] d'en parler» (1773, p. 28). La vie culturelle se développe pourtant peu à peu à l'île de France, comme le montrent les annonces de ventes de bibliothèques et les avis de recherche de livres qui sont insérés dans le journal. Celui-ci publie aussi régulièrement, à partir de novembre 1775, le programme de la «Société de spectacle» qui donne des représentations théâtrales deux fois par semaine: on joue le Misanthrope le 5 novembre, Turcaret le 12, L'Ecole des femmes le 16. Durant les trois premières années, les Annonces ne publient cependant ni articles de nature littéraire, ni comptes rendus de livres ou de spectacles, à l'exception toutefois d'une «Anecdote», l'histoire d'«un mariage par lettre de change», reproduite des «papiers anglais» (1773, p. 42).

Le fait que les Annonces soient un journal «semi-officiel», contrôlé étroitement par le gouverneur et l'intendant, a pu aussi décourager certaines collaborations et limiter les initiatives de son éditeur. Nicolas Lambert semble y faire allusion à plusieurs reprises, demandant l'autorisation de l'administration avant de publier la liste des chirurgiens accrédités, liste que lui a demandé un lecteur dans une «lettre circonstanciée» (1773, p. 34); ou rassurant plusieurs abonnés qui s'inquiètent du fait que les «Mémoires d'agriculture» et les «Bulletins de nouvelles» doivent être envoyés signés au journal: «Plusieurs personnes [...] nous ayant fait part de leur répugnance à cet égard, nous croyons devoir avertir que nous ne nous permettrons jamais de compromettre dans notre Gazette, le nom d'aucun auteur sans son consentement expresse: nous voulons seulement nous munir de pièces authentiques que nous puissions représenter au Censeur Royal, en cas de besoin» (1773, p. 116).

Nicolas Lambert assure la publication des Annonces, affiches et avis divers jusqu'en 1783, avec l'aide, à partir de 1775. de Grezis de Julliat qui, nommé en mars de cette année-là directeur des Postes, est chargé «de la correspondance générale de l'Ile et de recevoir les divers avis et annonces qu'on jugera à propos de faire insérer dans la Gazette» (1775, p. 56). Pour les années 1773 et 1774, Détaché, commis au greffe, est le correspondant du journal à l'île Bourbon. Il est remplacé en 1775 par Légier, inspecteur de police à Saint-Denis.

Au début de 1783, Nicolas Lambert cède la rédaction du journal à Joseph Gestat de Garembé, et, à la fin de la même année, la direction de l'imprimerie à François Bolle. C'est ce dernier qui, après la mort de Gestat de Garembé survenue en septembre 1784, va être en charge des Annonces, affiches et avis divers dont la publication aurait été suspendue en décembre 1790 par un décret de l'Assemblée coloniale (Toussaint, p. 59). A partir du 5 janvier 1792, François Bolle publiera la Gazette de l'Isle de France, qui se modèle sur les «anciennes Affiches», et le Journal des Assemblées coloniale, administrative et du directoire, journal officiel de la colonie. Nicolas Lambert, qui est de nouveau en charge de l'imprimerie en 1795, continuera à publier ces deux périodiques jusqu'en 1801.

Ce n'est qu'à la fin de 1792 que la première imprimerie de l'île Bourbon avait été établie. Son directeur, Louis Delsuc, un ancien prêtre, publie en 1794 le premier journal de l'île Bourbon, devenue l'île de la Réunion l'année précédente, le Vrai Républicain ou Journal politique et littéraire de l'Isle de la Réunion qui n'eut qu'une existence éphémère.

Additif

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares: Journal des Assemblées coloniale, administrative et du Directoire de l'Isle de France : 9 livraisons aux Archives Nationales d'Outre Mer (Aix-en-Provence), C/4/146: 15 octobre et 31 décembre 1793 ; 7 janvier, 6 mars et 12 juin 1794; 1er février 1796 (12 pluviôse an IV) ; 11 janvier 1797 (22 nivôse an V) ; 2 novembre 1798 (12 brumaire an VII) ; 11 avril 1799 (22 germinal an VII).

Auteur additif

Titre indexé

AFFICHES DES ÎLES DE FRANCE ET DE BOURBON

Date indexée

1773
1774
1775
1776
1777
1778
1779
1780
1781
1782
1783
1784
1785
1786
1787
1788
1789
1790

AFFICHES DE LA GUADELOUPE

0028
1789
1790

Titre(s)

Affiches de la Guadeloupe.

Devient, à partir du n° IV du 24 sept. 1789: Affiches, Annonces et Avis divers de l'Ile Guadeloupe.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Hebdomadaire, les Affiches sont publiées le jeudi à partir du 3 septembre 1789.

Description de la collection

Cahiers de 4 p. in-4°, 150 x 200 (n° I-III), puis 185 x 292 (à partir du n° IV); pagination continue.

Sans devise ni illustration.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

A la Basse-Terre, Guadeloupe, chez la veuve Bénard, imprimeur du roi.

On pouvait s'abonner à Basse-Terre, chez l'imprimeur, à Pointe-à-Pitre, chez le sieur Viel, directeur principal de la poste aux lettres, et auprès des directeurs de poste des différents quartiers de la colonie.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Principales rubriques, dans leur ordre de publication: 1) «Police du pain» (règlement hebdomadaire fixant le poids du pain d'un escalin dans les différents quartiers de la colonie); 2) Prix des denrées coloniales à Basse-Terre et à Pointe-à-Pitre; 3) «Commerce d'Europe» (cours des denrées européennes dans la colonie); 4) «Marchandises américaines»; 5) Tarif du fret; 6) Arrivées et départs des bateaux; 7) Avis divers (avis du gouvernement de la Guadeloupe; avis judiciaires; ventes publiques et privées; annonces de marchands et de particuliers; offres de services; avis de départ et de solde de comptes; successions; objet perdus et trouvés; etc.); 8) «Maronages» (esclaves marrons recherchés ou arrêtés).

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Coll. consultées: A.N., Recueil Colonies 2e série 30 / Bibliothèque Moreau de Saint-Méry 32 (n° I-XVI, 3 sept. 1789-17 déc. 1790), p. 1-64; B.N., Fol. Lc 12 14 (n° XVII -XLVIII, 24 déc. 1789 – 5 août 1790), p. 65-175 (manque n° XIX).

Bibliographie

Ragatz L.J., A Guide for the Study of British Caribbean History, Washington, 1932, Part XVI, p. 401. – Blanche L., Contribution à l'histoire de la presse à la Guadeloupe, Basse-Terre, 1935, p. 24.

Historique

Le brevet exclusif d'imprimeur concédé à Jean Bénard en 1764, avait été transmis à son fils en 1778, puis à la veuve de ce dernier qui en est propriétaire en 1789 (Blanche, p. 2, 23). Les affaires de la veuve Bénard semblent prospères. A l'imprimerie de Basse-Terre, est joint un commerce de livres et de papeterie, et en avril 1790, est annoncée l'ouverture prochaine d'une seconde imprimerie à Pointe-à-Pitre Affiches, p. 90, 114, 148). La veuve Bénard est également associée dans l'entreprise de Jean-Baptiste Thounens, imprimeur à Castries, qui crée en octobre 1789 un service hebdomadaire de «paquebot» afin de relier de façon régulière les îles de Sainte-Lucie, la Martinique, la Dominique et la Guadeloupe. Chez la veuve Bénard, sont établis les «bureaux d'entrepôt» pour la Guadeloupe et ses dépendances (Affiches, p. 23). A cela s'ajoutent la publication de la Gazette de la Guadeloupe, qui paraît depuis au moins 1784, et la direction générale de la poste de la colonie qui avait été concédée à Jean Bénard en 1765.

Publiées à partir du 3 septembre 1789, les Affiches de la Guadeloupe ont peut-être remplacé la Gazette de la Guadeloupe (comme cette dernière, elles sont hebdomadaires et paraissent le jeudi). Les Affiches ne se veulent cependant qu'un journal d'avis, d'annonces et d'informations pratiques, et elles s'en tiennent strictement à la lettre de leur titre. On ne relève dans la collection de la première année aucun article, compte rendu d'ouvrage, critique de spectacle, «nouvelle», anecdote ou fait divers. Plus de deux pages sont consacrées chaque semaine à différents renseignements d'ordre commercial (cours, prix, tarifs, mouvements des navires, etc.), le reste étant rempli par les annonces et avis divers. Ceux-ci sont donnés tels quels, le commentaire que risque parfois l'éditeur, tout en s'en refusant aussitôt le droit («Les bornes de cette feuille ne nous permettent pas...»), n'étant surtout qu'un moyen de renforcement du message publicitaire.

Pour lancer sa nouvelle publication, la veuve Bénard en envoie le premier numéro aux principaux habitants de la colonie: «Cet ouvrage étant d'une utilité essentielle, nous l'envoyons à toutes les personnes à qui nous présumons qu'il doit être nécessaire: si elles l'acceptent, elles voudront bien remettre le prix de leur abonnement es-mains des directeurs de poste de leur quartier; au cas contraire, elles nous feront le plaisir de le renvoyer». L'éditeur s'engage à insérer «tous les avis quelconques», ceux «adressés par MM. les abonnés sont imprimés gratis, 4 escalins pour les autres, ou 8 et même 12 escalins» suivant la longueur et le nombre d'insertions Affiches, p. 4, 20). Les Affiches semblent avoir eu du succès, du moins au début, puisque dès le n° IV un format plus grand est adopté afin d'accommoder les demandes d'insertion d'avis et d'annonces Affiches, p. 16).

Titre indexé

AFFICHES DE LA GUADELOUPE

Date indexée

1789

AFFICHES DU CAP

0018
1764
1790

Titre(s)

Avis divers et Petites affiches américaines.

Devient, à partir du 1er janvier 1766: Affiches américaines.

Un supplément régulier est publié sous les titres d'Avis du Cap (28 sept. 1768-27 mars 1769), d'Avis du Cap ou Supplément aux Affiches américaines (3 avril-26 juin 1769), de Supplément aux Affiches américaines (10 juil. 1769 – 18 mars 1786), puis, à partir du n° 13 du 25 mars 1786, de Feuille du Cap-Français. Supplément aux Affiches américaines.

Les Affiches américaines succèdent à la Gazette de Saint-Domingue dont la publication avait été interrompue avec le n° 28 du mercredi 8 août 1764. Au début de 1791, Théodore Mozard abandonne leur rédaction pour lancer un nouveau journal, la Gazette de Saint-Domingue, politique, civile, économique et littéraire et Affiches américaines, journal bihebdomadaire publié au Port-au-Prince à partir du samedi 1er janvier 1791. Le supplément régulier des Affiches américaines, la Feuille du Cap-Français, devient alors un journal indépendant publié au Cap deux fois par semaine sous le titre Affiches américaines. Feuille du Cap-Français.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Hebdomadaire, les Affiches américaines sont publiées à partir du 29 août 1764 et ont continué à paraître au moins jusqu'à la fin de 1790. A partir du 28 mars 1768, elles ont un supplément régulier, lui aussi hebdomadaire. A l'origine, le journal et son supplément sont publiés respectivement le mercredi et le lundi, mais par la suite, les jours de publication changent à plusieurs reprises (voir Menier et Debien). Publiés séparément au Port-au-Prince et au Cap, les Affiches américaines et le Supplément aux Affiches américaines, ont eux-mêmes, à l'occasion, leurs propres suppléments locaux.

A partir du n° 45 du 9 novembre 1786, les Affiches américaines deviennent bihebdomadaires et paraissent le jeudi et le samedi. Pendant une partie de 1789 et de 1790, la deuxième livraison hebdomadaire des Affiches américaines est publiée sous le titre Nouvelles diverses (4 janv.-22 mars 1789; 21 nov.-7 août 1790); mais du 25 mars au 11 novembre 1789, ces Nouvelles diverses sont publiées en supplément des deux numéros hebdomadaires. Quant à la Feuille du Cap-Français. Supplément aux Affiches américaines, qui continue à être publiée régulièrement, elle devient à son tour bihebdomadaire à partir du n° 14 du 28 mars 1789. Le 19 septembre 1789, sous le titre Etats-Généraux, est publié un numéro spécial de six pages donnant les premiers «détails sur les mouvements qui ont eu lieu dans quelques parties du Royaume au milieu du mois de juillet»; la veille, un navire parti de Nantes le 30 juillet avait abordé au Port-au-Prince, apportant dans la colonie la nouvelle de la prise de la Bastille. Une semaine plus tard, le 26 septembre, sous le titre Nouvelles, est publié un second numéro spécial de huit pages consacré à cet événement.

Description de la collection

Le numéro, de 4 à 8 p., est publié sur une puis deux colonnes (27 mars 1765), avec un supplément régulier de 4 à 8 p. (28 mars 1768) et des suppléments occasionnels de 2 à 4 p.

Dimensions 170 x 220, in-4°; 200 x 300, petit in-folio (1785-1786), puis grand in-4°. Pagination continue pour chaque volume, sauf pour les années 1779 à 1786, et 1790, non paginées. Sans devise ni illustration.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Les Affiches américaines sont d'abord imprimées au Cap, où Antoine Marie, détenteur d'un brevet exclusif d'imprimeur-libraire pour toute la colonie, avait établi une imprimerie au début de 1764. Mais en 1768, afin de mieux en surveiller la publication, les administrateurs de la colonie «exigent que la Gazette s'imprimât sous leurs yeux», dans la ville où ils résident, Port-au-Prince Description, p. 352, 493). Marie, qui a ouvert une seconde imprimerie au Port-au-Prince, imprime donc les Affiches américaines dans cette ville à partir du 23 mars 1768. A partir de cette date il publie également une «feuille [d'avis] particulière pour [la] ville [du Cap] et celle du Fort-Dauphin et leurs dépendances», cela afin de ne pas porter préjudice au «grand commerce» qui se fait dans cette partie de la colonie. Cette «feuille», imprimée au Cap, servira de supplément aux Affiches américaines et «sera jointe gratis à celle qu'on recevra du Port-au-Prince»; elle «contiendra l'arrivée des Navires au Cap, leur expédition et leur départ, et les avis qu'on y désirera y faire insérer» Affiches, 1768, p. 90).

Les administrateurs de la colonie résidant au Port-au-Prince en temps de paix et au Cap en temps de guerre, les lieux de publication sont inversés en périodes de conflit; ainsi, pendant la guerre d'Amérique, les Affiches américaines sont publiées au Cap (3 oct. 1778 – 3 juil. 1784) et le Supplément au Port-au-Prince. Les Affiches américaines sont aussi imprimées au Cap du 18 juillet 1770 au 16 mars 1771, le tremblement de terre du 30 juin 1770 ayant en partie détruit l'imprimerie du Port-au-Prince.

Imprimeurs: Marie, père et fille, au Cap et au Port-au-Prince (1764-1768); Thomin et Leblanc, au Port-au-Prince (4 janv. - 8 mars 1769); Louis Guillot, au Port-au-Prince (15 mars 1769-juin 1770; 23 mars 1771-19 janv. 1774) et au Cap (18 juil. 1770-16 mars 1771); Donnet, au Port-au-Prince (janv.-juil. 1774); Bourdon, au Port-au-Prince (17 août 1774-26 sept. 1778); Dufour de Rians, au Cap (3 oct. 1778-27 juin 1784); Bourdon et Mozard, au Port-au-Prince (3 juil. 1784-29 déc. 1790).

De 1765 à 1790, le prix de l'abonnement annuel aux Affiches américaines reste fixé à 66 £, et cela bien que le «volume [du journal] ait presque triplé» en 25 ans de publication. Cela s'explique aussi bien par l'augmentation constante du nombre d'abonnés que par l'importance des revenus dus aux annonces et avis «dont l'on paye l'impression, ce qui donne un produit indépendant des souscriptions» Description, p. 494). Les Affiches américaines sont en effet une entreprise très prospère. En 1788, par exemple, le nombre des abonnés s'élève à 1500, ce qui rapporte 90 000 £, auxquelles s'ajoutent 15 000 £ provenant des annonces publiées dans le journal imprimé au Port-au-Prince, et «pour au moins 25 000 livres d'avis» publiés dans le supplément du Cap. Moreau de Saint-Méry estime le bénéfice, cette année-là, à 50 000 livres, les recettes s'élevant à 139 000 livres et les dépenses, parmi lesquelles sont comptées les 12 000 livres allouées au rédacteur, à 89 000 livres environ.

On pouvait s'abonner aux imprimeries du Port-au-Prince et du Cap, auprès de «MM. les directeurs de postes des divers quartiers de la colonie», comme auprès de certains négociants qui agissaient comme correspondants des Affiches à Saint-Domingue et dans les îles avoisinantes.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

MONCEAUX, avocat auprès du Conseil du Cap (1764-1768); Henri DUCHEMIN-DESPALETZ, ancien lieutenant au régiment de Quercy (1768-1771); Bernard-Philippe RODIER, secrétaire du gouverneur général, avocat en Parlement (1780); LEBLANC (1782); Théodore-Charles MOZARD (1783-1790).

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Quand la nouvelle de la publication de la Gazette de Saint-Domingue, le premier journal publié dans une colonie française, «parvint à Versailles [...] [elle] y sema l'alarme dans les bureaux de la marine. On crut déjà voir la transformation de cette feuille en un ouvrage polémique où le gouvernement serait frondé, et le ministre en ordonna la suppression par une lettre du 13 mai 1764» Description, p. 493). Cependant, «pour concilier l'obéissance avec l'utilité», sont créées, quelques mois plus tard, les Affiches américaines dont le titre est révélateur de ce que devait être pour la métropole un journal publié aux colonies.

Les Affiches américaines se conforment à leur titre, et se veulent essentiellement un journal d'avis, d'annonces et d'informations pratiques. La plus grande partie de chaque livraison est consacrée aux textes officiels et aux avis légaux, comme la publication obligatoire des notifications de départ de la colonie, à différents renseignements d'ordre commercial («Tarif du poids du pain»; cours du fret; prix des denrées et marchandises de France et de la colonie; arrivées et départs des navires; etc.), et aux annonces et avis divers («Nègres marrons»; «Animaux épaves»; «Spectacle»; biens et effets à vendre; annonces publicitaires; etc.). Ces avis et annonces sont publiés aussi bien en première page qu'en fin de journal.

Ils encadrent la rubrique «Nouvelles politiques» ou «Nouvelles diverses» dont l'importance varie en fonction de la place comme de l'actualité et de la disponibilité de l'information. Les nouvelles contenues dans cette rubrique sont extraites des journaux européens et américains. A la sous-rubrique «Amérique» sont données les nouvelles locales ainsi que les nouvelles provenant de sources particulières, correspondances commerciales et privées, ou «relations» des officiers et passagers des navires abordant dans les ports de la colonie. A partir de 1778, une large place est accordée aux nouvelles de la rébellion des colonies d'Amérique, et de la guerre qu'elle provoque; ces nouvelles ont le plus souvent pour source les «insurgés» eux-mêmes. Par la suite, une place importante sera accordée aux «nouvelles de France», à l'évolution de la situation politique en métropole et aux tentatives de réforme de Louis XVI.

A l'occasion, sont publiées des lettres de lecteurs, le plus souvent sous forme d'«observations», de «remarques», de «mémoires», destinés à aider au développement économique et culturel de la colonie; c'est le désir de voir se répandre «les lumières», le «zèle» pour la colonie et le «bien public», qui animent la plupart de ces lecteurs (1765, p. 189; 1767, p. 67; Avis à MM. les Abonnés, 1785). Avec Théodore Mozard, qui assure la rédaction des Affiches américaines à partir de 1783, une place de plus en plus importante, du moins relativement, est consacrée aux «essais de Littérature», «observations sur l'Agriculture, les Manufactures, le Commerce, l'Histoire civile, politique et naturelle de la Colonie en particulier et des Antilles en général», et aux «variétés». A la rubrique «belles-lettres», qui apparaît de plus en plus régulièrement, sont publiés des anecdotes, petits-vers, pièces de circonstance, énigmes, charades, etc., ainsi que quelques comptes rendus de livres, la plupart publiés à Saint-Domingue. Ce qui permet parfois, sans y paraître, malgré la nature du journal et la censure étroite à laquelle il est soumis, d'avancer certaines opinions. Ainsi, signalant la publication d'un Mémoire sur le commerce étranger avec les colonies françaises présenté à la Chambre d'agriculture du Cap, le rédacteur prend soin d'affirmer qu'il est «très éloigné de penser à adopter un sentiment dans cette importante discussion» et qu'il ne se permettra «aucune réflexion sur cet ouvrage»; mais le résumant en quelques lignes, il exprime publiquement et donne «les raisons» d'une des revendications les plus constantes des colons de Saint-Domingue: la suppression des «lois prohibitives» imposées par la métropole afin de permettre «la liberté de commerce avec les Etrangers» (1785, n° 102, Supplément).

L'administration coloniale se réservait en fait le droit de nommer le rédacteur des Affiches américaines, et surveillait étroitement la publication de ce journal Description, p. 493, 495). Ainsi il est probable que le second numéro spécial consacré à la prise de la Bastille a été publié «sur ordres», pour corriger l'effet qu'avait produit le premier. En tête de ce second numéro spécial, le rédacteur indique qu'il a eu accès à d'autres sources d'informations, à des «feuilles imprimées dans la capitale et dans les provinces», à des «bulletins de Paris faits à la main» aussi bien qu'à des «lettres particulières», mais qui, cette fois-ci, souligne-t-il, sont écrites «sans prévention», ce qui va lui permettre de mieux rendre compte de la véritable nature de l'événement: «les premiers rapports ont été exagérés [...], la feuille donnée au Public samedi dernier a été répandue avec tant de célérité, qu'on n'a pu vérifier aucun des faits qu'elle contient», et «le défaut de connaissance des événements qui avaient précédé les mouvements de Paris [...] [pouvait faire] interpréter bien des faits d'une manière contraire à la vérité» (Nouvelles, numéro spécial des Affiches du 26 sept. 1789). Sous la pression des événements, le «journal de service», se transforme ainsi en journal d'information, sinon d'intervention, politique.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Coll. consultée: B.N., 4° Lc12 17 à 22, vol. I-XXVII (1764-1790). Une description détaillée de cette collection est donnée dans l'article de M. A. Menier et G. Debien.

Bibliographie

B.H.C., p. 69. – Cabon A., «Un siècle et demi de journalisme en Haïti», Proceedings of the American antiquarian society, n° XLIX (1939), p. 121-205 (p. 125-138). – Menier M. A. et Debien G., «Journaux de Saint-Domingue», Revue d'histoire des colonies, n° XXXVI, 127-128 (1949), p. 424-475 (p. 427-435). – Moreau de Saint-Méry M., Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l'isle Saint-Domingue, Philadelphie, 1797, rééd. Paris, 1958, p. 493-496.

Titre indexé

AFFICHES DU CAP

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