N° 0224

CONSIDÉRATIONS POLITIQUES (1688-1690)

Titre(s)

Considérations politiques sur l'état présent des affaires de l'Europe.

Devient dès mai 1688: Considérations politiques et historiques sur l'état présent des affaires de l'Europe.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

1er avril 1688 – 16 mars 1690. Quatre volumes. T. I: 1er avril – 16 sept. 1688; t. II: 16 oct. 1688 – 16 mars 1688; t. III: 16 avril – 16 sept. 1689; t. IV: 16 oct. 1689 – 16 mars 1690. Périodicité annoncée: bimensuelle, 1er et 16 du mois (t. I, p. 3-4). Périodicité réelle: bimensuelle (avril 1688 – 16 juin 1688), puis mensuelle (16 juil. 1688 – 16 mars 1690). Il paraît alors le 16 du mois. Explication: c'est «pour éviter un double port par mois» aux abonnés (t. I, p. 352). 24 livraisons par an, 2 volumes par an.

Description de la collection

Nombre de pages par vol.: t. I, 700 p.; t. II, 725 p.; t. III, 675 p.; t. IV, 698 p.

Nombre de pages par cahier: Période bi-mensuelle, de 56 à 63 p.; période mensuelle, de 109 à 177 p.; 74 x 135, in-12.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

1er avril – 16 juin 1688: La Haye, Jean Alberts et Gérard Rammazeyn, «demeurans proche de la Cour». 16 juil. – 16 mars 1690: Villefranche, Jean Du Moulin.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Auteur anonyme. Hollandais? Français réfugié?

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Projet du journaliste: «Comme présentement une bonne partie des Nouvelles qui se débitent dans le monde ne sont souvent que des ouï-dire, ou quelques-unes d'inventées par les Nouvellistes, pour remplir leur papier [...], je me suis laissé persuader de mettre au jour les Considérations politiques . Pour ce faire j'ai été obligé de prier une personne intelligente dans les affaires pour m'en dresser le plan. L'ayant obtenu et communiqué le manuscrit à des personnes de considération et d'emploi, ces Considérations politiques ont si fort plû qu'ils m'ont obligé de les mettre sous la presse, m'assurant que le public en serait satisfait» (t. I, p. 4). L'auteur assure enfin qu'il n'épargnera «ni ses soins, ni sa bourse, pour avoir des bons avis des pays étrangers» ibid..

Principaux centres d'intérêt: politique, politique internationale, politique étrangère des pays suivants: Suède, France, Angleterre, Allemagne (Cologne), Hongrie, Provinces-Unies, Cantons suisses, Italie (Rome, Venise, Florence), Espagne. Guerre de Louis XIV. Armée et marine françaises. Marquis de Seignelay. Histoire du protestantisme.

Principal auteur étudié: Furetière (cf. t. I, p. 271-272, sa mort).

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Un seul exemplaire connu: Ste G., AE j 8° 15 Rés. (ancienne cote: AE j 8° 1723), ex. relié aux armes des Le Tellier; ex-libris cardinal Maurice Le Tellier.

Bibliographie

Périodique peu connu, non répertorié par les bibliographies de la presse.

Historique

Les Considérations politiques peuvent être considérées comme un périodique qui traite de politique internationale. C'est une véritable machine de guerre contre la France de Louis XIV, appelé ironiquement «sa majesté très-chrétienne». Les difficultés économiques et financières de la France sont complaisamment mises en évidence. Ainsi, à cause du départ des protestants et des guerres continuelles, l'état du pays est «déplorable», le peuple est «épuisé» (t. IV, 384) et sa «bouche» est «continuellement ouverte aux plaintes» (t. IV, p. 43). Suit une description des effets de la politique économique de Louis XIV: «La privation du commerce fait de la France un Hôpital général et les villes regorgent d'ouvriers qui étant réduits à la besace sont obligés de dérober pour vivre, ne pouvant dans le grand nombre qu'il s'en rencontre recevoir des aumônes suffisamment pour subsister» (t. IV, p. 515). La situation financière est catastrophique (t. IV, p. 273 et suiv.). On a recours aux emprunts (t. IV, p. 516) et surtout le gouvernement fait fondre l'argenterie (t. IV, p. 384-385). Les Considérations politiques ne manquent pas d'ironiser sur «ce monarque [qui] a la vertu de convertir tout en or»; c'est à cet égard «le plus grand alchimiste qui ait jamais été» (t. III, p. 603). La noblesse française (qui doit le service militaire) est en fait rendue «esclave» par les guerres (t. IV, p. 42) et le rédacteur se demande «si le moindre paysan des pays étrangers ne [serait] pas plus heureux qu'un gentilhomme de France». Cette situation, selon le périodique, est due autant à la personnalité propre de Louis XIV qui entend «donner les lois à toute la Terre» (t. III, p. 495) qu'à son entourage, car «à la Cour tout le monde flatte et personne n'ose dire la vérité à sa Majesté» (t. I, p. 211). Mais plus encore, c'est le sort réservé aux protestants en France qui semble irriter le rédacteur anonyme des Considérations. Au passage, il ne manque pas d'égratigner les jésuites «ennemis de la gloire de Dieu» (le père de La Chaise, confesseur de Louis XIV, serait «une chouette»; t. I, p. 211), et de critiquer les religieux: des «misérables» «qui ne vivent que de la sueur du pauvre peuple» (t. I, p. 212). Les persécutions religieuses qui font «horreur aux bons catholiques» (t. III, p. 39) et qui font «couler le sang de tant de pauvres sujets innocents» (t. I, p. 160), révulsent l'auteur des Considérations politiques, pour lequel «l'Eglise gallicane aujourd'hui n'a plus de meilleure raison, ni de plus forte persuasion que la dragonnade» (t. I, p. 208). La France n'est donc qu'«une ingrate Patrie, une terre de fer et une cruelle marâtre» (t. I, p. 69).

Auteur

Hervé GUÉNOT

Additif

Bayle s'intéressait beaucoup aux journaux politiques et une note manuscrite dans son exemplaire de la réédition par Almeloveen du De scriptis adespotis de Deckherr en 1686* identifie (p.406) l'auteur des Considérations politiques : « Le 10 juillet 1690 un libraire de La Haye m'a dit que l'auteur des Considera[ti]ons politiques qui ont eté imprimées pend[an]t 2 ou 3 ans tous les mois à La Haye datées du 16 de chaque mois, et dont l'interruption a commencé au mois de juin dernier e[st] un refugié provencal nommé Hus de Mimet**, qu'on croit que Mr Fagel et depuis Mr Heinsius les pensionnaires lui ont donné cent ecus par an pour savoir de lui ce qui se dit dans les conversa[ti]ons etc. Il est auteur de La Veritable Campagne des Allemans de 1690. Mr Boyer passe pour celui q[ui] a fait La Campagne des Allemans où il les accuse de trahison.» Le livre qui lui est ici attribué, resté également anonyme, s'intitule Relation veritable de la campagne des Allemans de l'année 1690. Avec des réflexions servant de réponse à un petit livre qui a paru depuis peu, sous le titre de «Campagne des Allemans de l'an 1690 etc.» (Liège, Jean Le Blanc 1691, 12°); il répondait au livre anonyme, attribué à Abel Boyer, La Campagne des Allemans de l'année 1690. Opposée à leur interêt particulier, et à celuy des alliez (Cologne, Jeremie Plaignant, à l'enseigne de la verité 1691, 12°).

* Johann Deckherr, De scriptis adespotis, pseudepigraphis, et supposititiis conjecturæ : cum additionibus variorum. Editio tertia altera parte auctior (Amstelædami 1686, 12o), p. 367-411. Voir l'exemplaire conservé à la bibliothèque de l'Arsenal sous la cote 8-H-24639: dans le Catalogue manuscrit de la bibliothèque de M. de Paulmy, ms. 6.297, fo 207, il est signalé que « Tout ce qu'il y a de ma[nu]s[crit] est de la main du fameux Bayle à qui ce livre a appartenu. » Dans cet exemplaire, dont nous devons la découverte à Christian Albertan, comporte en effet beaucoup d'annotations de la main de Bayle, le philosophe a collé une lettre – inédite – datée de Maastricht du 22 juillet 1686 de la part de N. Niset, comportant des suggestions et des commentaires sur le livre de Deckherr.

** Mimet est une commune française située dans le département des Bouches-du-Rhône.

Auteur additif

Antony McKENNA

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