GAZETTE DES DEUX-PONTS

Numéro

0507

Titre(s)

Gazette Universelle de littérature, aux Deux-Ponts.

Un tel titre explicitait sans ambiguïté la mission du journal. C'était d'autant plus nécessaire que le duc régnant des Deux-Ponts, le prince Maximilien-Joseph de Bavière, avait encouragé le lancement d'une gazette des événements politiques dite «Gazette des Deux-Ponts». Parfois, pour améliorer le repérage, elle fut désignée sous le titre de Gazette Universelle des Deux-Ponts.

Devient en 1778: Gazette ou Journal universel de littérature.

Continué par: Journal de littérature française et étrangère (1785-1786).

 

1770
1777

Titre indexé

GAZETTE DES DEUX-PONTS

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

1770-1777. 8 volumes. Chacun rassemblait tous les numéros annuels qui paraissaient deux fois par semaine, le lundi et le jeudi.

Description de la collection

Chaque numéro était composé d'un cahier de 8 p., soit une feuille d'impression, 155 x 205, petit in-4°, paginé en continu et imprimé sur deux colonnes.

Le nombre de pages varie de 588 (vol. I, 1770) à 840 (vol. III, 1772). La périodicité réelle en est la raison: les livraisons bihebdomadaires n'atteignent pas toujours le nombre prévisible (104): 71 livraisons en 1770, parfois davantage (81).

A la fin de chaque volume annuel: une table alphabétique des titres recensés au cours de l'année sur 20 p. en 1770.

Le haut de la première page de chaque cahier est orné d'un étroit frontispice qui s'étend sur toute la largeur. Les autres pages ne comportent ni gravures, ni planches, ni dessins, ni musique. Aucune devise n'a été retenue.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Le premier numéro parut avant le 3 mai 1770 (date du n° 2) mais sans autre précision, aux Deux-Ponts. Le responsable pour le duché était Dubois-Fontanelle à Paris, Lacombe était chargé, en tant que conseiller et imprimeur du Duc, de recueillir envois et abonnements (Préface, n° I, 1770, p. 3).

Ceux-ci coûtaient 18 £ par an. En 1777, la collection complète de la Gazette en 8 volumes valait 104 £ et 16 s. (ou 13 £ et 2 s. par volume) (1777, p. 824). A la fin de l'année 1777, il était possible de souscrire dans 40 librairies en France pour 36 villes de diffusion.

La Gazette a été publiée avec privilège mais celui-ci ne figure pas dans la collection. Seul, le prospectus a été présenté: il occupe la totalité du premier cahier de 1770.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

DUBOIS-FONTANELLE s'est chargé presque seul de la rédaction jusqu'à la fin de l'année 1776 n° 49, p. 392. Ensuite, la Gazette fut prise en charge par une Société de gens de lettres. On peut compter, parmi les collaborateurs réguliers, J.J. Oberlin, à qui appartenait la collection déposée à la B.N. Aucun autre nom ne peut être avancé à part quelques poètes mineurs, comme Pech de Toulouse ou Madame Verdier qui y publient quelques pauvres vers.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Le contenu annoncé répond au «projet d'un catalogue général et raisonné des productions nouvelles» (Préface, n° I, 1770, p. 1) paraissant tant en France qu'à l'étranger. La Gazette souhaitait devenir «en quelque sorte, le dépôt commun de l'Europe savante [et] réunir les membres de la République des Lettres en réunissant leurs travaux» (p. 2).

Le catalogue devait se présenter sous une forme raisonnée: les annonces des nouveautés furent, en effet, divisées «par le nom des diverses classes ou facultés adoptées dans les catalogues de grandes bibliothèques»: Théologie, Philosophie, Histoire, Sciences, Belles-Lettres, Poésie.

Le contenu réel correspond fidèlement au projet d'un catalogue général et raisonné. Trois rubriques principales organisent chaque cahier. Les «Sciences» rassemblent les ouvrages de théologie, de jurisprudence, d'économie politique, d'histoire naturelle, de mathématiques, de philosophie, de morale, de médecine, de physique, de botanique et de droit les «Belles-Lettres» regroupent l'histoire, la poésie, le théâtre, le roman les «Arts», la chirurgie, le commerce, l'art épistolaire, et divers autres branches des techniques.

A partir de 1771, chaque numéro est partagé en deux grandes parties: l'une sur trois pages recense les livres nouveaux la seconde, sur la dernière page, rassemble quelques nouvelles relatives aux Académies ou quelques annonces et avis divers projet d'édition, par exemple, ou information sur un personnage quelconque. Parfois, les annonces concernent des gravures.

Le grand auteur de la Gazette est Voltaire. On le découvre partout. Des compliments qu'il fait (1770, p. 216) ou qu'il reçoit (1770, p. 525); des lettres qu'il adresse (1770, p. 264; 1771, p. 295; 1776, p. 119-120, 359; 1777, p. 244) se multiplient; les rédacteurs le défendent contre certaines critiques (1776, p. 525; 1777, p. 258, 360).

Le grand ouvrage est l'Encyclopédie:les Suppléments prévus par M.M. Rey sont longuement présentés (1776, p. 191), le Prospectus de la table analytique dressée pour Encyclopédie occupe trois numéros successifs (1776, n° 25 à 27), la nouvelle édition de la «Description des Arts et Métiers», à Neuchâtel, est annoncée par insertion du prospectus sur quatre numéros (1776, p. 350 à 375). Deux mois après, c'est l'avis de souscription pour l'édition de Genève qui prend la place du catalogue (1776, p. 487-488), accompagné d'un aveu d'admiration sans bornes: «On ne peut sans doute donner trop de publicité à un ouvrage aussi utile à l'avancement de l'esprit humain, au progrès de la raison, à la propagation des lumières et au développement de l'industrie que l'est celui de l'Encyclopédie» (1776, n° 61, p. 487).

Ici et là, apparaissent les silhouettes de d'Alembert (1776, p. 256), de Diderot (1776, p. 231, 342), d'Helvétius (1777, p. 98). Quelques poètes sont convoqués: Lemierre (1777, p. 375), Neufchâteau (1777, p. 134 et 592), Dorat (p. 86, 639).

La description du contenu et des principaux centres d'intérêt indique assez la valeur de ce périodique. Et pourtant, il éprouva des difficultés à se maintenir. Dès la fin du second trimestre 1776, Dubois-Fontanelle décidait de quitter les Deux-Ponts (1776, p. 391). Il était remplacé par une société de gens de lettres.

Le changement de rédaction s'accompagne d'un changement de contenu. La comparaison permet d'avancer quelques raisons pour expliquer les difficultés du périodique.

A partir de 1777 sont introduits des textes originaux de poètes qui apportent un peu de variété, de légèreté, de respiration à un ouvrage très austère. Les rédacteurs vont jusqu'à traduire une ode allemande dédiée à l'Empereur sur son passage à Strasbourg. A la poésie, ils veulent allier les beaux-arts: ils envisagent (p. 6) d'améliorer l'ordinaire par une critique des Salons du Louvre; ils réalisent leur projet (p. 647 et 663), ils s'intéressent aussi à la musique (p. 655).

Malgré ces efforts de rénovation, les rédacteurs constatent dès le mois d'avril 1777 que les abonnements ne se renouvellent pas spontanément. Ils sont obligés de rédiger un avis de relance (1777, n° 29) qu'ils renouvellent une semaine plus tard (n° 31, p. 247).

A la fin de l'année, les difficultés s'accroissant, ils annoncent, en ultime recours, des transformations matérielles dans la présentation qui atténueront l'austérité de la revue: le format sera augmenté (grand in-4° et non plus petit in-4°). Pour permettre l'usage d'un «beau caractère» d'imprimerie; le papier sera «beau» lui aussi; des améliorations de rubriques sont prévues: les avis qui remplissaient parfois une page entière et se répétaient à chaque feuille disparaîtront; enfin, tous les quinze jours, 26 feuilles de supplément paraîtront (1777, p. 784) qui feront du périodique un ouvrage plus intéressant, proche enfin d'un journal puisqu'il contiendra «les productions des Beaux-Arts, les nouvelles découvertes, les spectacles et des anecdotes littéraires, mais aussi les jugements et opinions des différents journalistes» (1777, p. 782).

L'orientation «bibliographique», «savante» de Dubois-Fontanelle ne correspondait plus au goût du public. Le périodique, avant de l'abandonner, la complète par un aspect plus journalistique.

En 1778, il prendra le titre de Gazette ou Journal Universel; en 1783, la référence à la forme savante du catalogue aura disparu: le périodique sera devenu, à part entière, un journal de littérature.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

B.N., G 4489-4496; Opéra, pi 729.

Additif

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables: La Gazette universelle de littérature a fait l’objet d’une thèse de doctorat de Silvia Eichhorn-Jung, Aufklärung und Universalitätsanspruch in der Zweibrücker ‘Gazette universelle de littérature’ (1770-1780), Francfort sur le Main et Berlin, Peter Lang, 2000. Cette thèse a été résumée par l’auteure elle-même dans une contribution aux mélanges Schlobach, L’Allemagne et la France des Lumières. Deutsche und Französische Aufklärung, dir. M. Delon et J. Mondot (Champion, 2003): «La Gazette universelle de littérature des deux-Ponts, journal des Lumières» (p. 305-314). Silvia Eichhorn montre comment le journal diffère de la première période (1770-1776) à la seconde (1776-1780). Dubois-Fontanelle, premier rédacteur de la Gazette, reste attaché à une présentation prudente, impersonnelle et assez conformiste des ouvrages de littérature; il se méfie des Lumières «radicales», de l’athéisme et du matérialisme; il considère que le progrès découle de la foi, alliée à la raison. En 1776, Le Tellier, devenu directeur de la Gazette, choisit Jean-Louis Castilhon comme rédacteur. Partisan déclaré des Lumières, Castilhon défend les philosophes, fait l’éloge du baron d’Holbach, sépare la morale de la religion et considère que la raison est la seule source du progrès. Sur Le Tellier, on ne manquera pas de consulter la notice de J. Schlobach dans D.P. 2.

Dans les mêmes mélanges Schlobach, une contribution de Jean Sgard porte sur «Dubois-Fontanelle, professeur de Belles-Lettres» (p. 293-304). La critique de Dubois-Fontanelle y est définie essentiellement à partir du Cours de Belles-Lettres, mais en relation avec sa participation à la Gazette des Deux-Ponts.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares: La bibliothèque de Zweibrück possède des numéros de la Gazette des Deux-Ponts, de 1770 (n° 1, 1er mai), 1777, 1783, 1798; elle possède également le microfilm de la Gazette ou Journal politique des Deux-Ponts de 1778 à 1782, suivi du Journal politique de l’Europe. La Bibliothèque de la ville de Dijon, possède les années 1778, 1779 et 1780 de la Gazette ou Journal de littérature (3 vol. in-4°, 25206 CGA).

Auteur additif

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