N° 0973

LA NATURE DÉVELOPPÉE (1760)

Titre(s)

La Nature Développée.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

15 juin 1760 – fin octobre 1760, si du moins on s'en tient à la collection étudiée. Cinq volumes.

Périodicité annoncée: bimensuelle (les 15 et 30 de chaque mois). 24 volumes sont ainsi prévus pour une année. La périodicité semble bien avoir été respectée. Volumes datés de 1760.

Description de la collection

Chaque volume comprend 2 tomes. T. I: 153 p. (y compris Dédicace, Avant-Propos, table des matières) + Avis non paginé. Le nombre de pages des autres tomes varie de 141 à 150 (y compris Avis, Errata, et parfois table des matières).

Cahiers de 24 p. in-12, 95 x 165.

Devise: Ab his oriuntur cuncta duobus. Ovid. Metam. L.I.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

«A Paris, chez Sébastien Jorry, Imprimeur-Libraire, ruë et vis-à-vis la Comédie Françoise, au Grand Monarque et aux Cigognes».

Prix du tome: 1 £ 4 s. Abonnement par souscription de 24 £ pour Paris et de 30 £ pour la province (port franc).

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

DUVAL-DESMAILLAITS.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Contenu annoncé: selon le titre même, l'objet du périodique est de «développer la nature» qui, à en croire l'auteur, demeure «inconnue» à son siècle en dépit des «lumières» dont celui-ci se targue. Il s'agit, en observant «la vraie simplicité», de recouvrer des connaissances que «l'art» nous a fait perdre, et ce en dehors de tout penchant à la satire. L'auteur entend écrire à la portée de tout le monde à partir d'extraits d'ouvrages périodiques ou de livres qui traitent des matières relatives à la science de la nature (Avant-Propos).

Contenu réel: à la suite de citations plus ou moins longues, tirées de périodiques (Mercure de France, Journal de commerce, Journal de Verdun, Journal de Trévoux, Journal des savants, Journal étranger, Journal encyclopédique, Annales typographiques, Recueil d'observations de médecine, de chimie et de pharmacie, Mémoires de l'Académie des sciences) ou de traités scientifiques anciens (Questions naturelles de Sénèque) et modernes (Entretiens physiques d'Ariste et d'Eudoxe, Spectacle de la nature, Eléments de la philosophie de Newton, Médecine de l'esprit, Curiosités d'histoire naturelle, Leçons de physique expérimentale...), un commentaire en général très critique qui se fonde sur la croyance en deux principes explicatifs (à partir desquels la science des trois règnes se développe d'elle-même): le principe qui produit et régénère («Esprit universel») et le principe qui corrompt et divise («Protée»). Domaines abordés: physique (problèmes de la matière, du mouvement, du vide, de l'attraction, de la lumière...) chimie, histoire naturelle, botanique, minéralogie, anatomie, chirurgie, médecine.

Centres d'intérêt: le retour aux principes d'explication de la physique des Anciens et la dénonciation des systèmes des Modernes (de Gassendi et Descartes à Locke, Newton, Nollet, Réaumur), jugés chimériques.

Principaux auteurs évoqués: sans reprendre les noms déjà cités et sans énumérer les philosophes anciens, mentionnons: Bernoulli, Gautier, Hill, Hume, Le Camus, Le Cat, Macquer, Maubec, Philippe, Pluche, Rohault, J.J. Rousseau, Scott, Shaw, tous objet d'une réfutation plus ou moins vive.

Table des matières pour chaque tome paginée ou non.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Collection étudiée: Ars., 8° S 7124 (1-5).

Bibliographie

Mentions dans L'Avant- Coureur (23 juin 1760, p. 371-372), Le Censeur hebdomadaire (1760, t. III, p. 127), L'Année littéraire (1760, t. V, p. 67-70), le Mercure de France (juil. 1760, p. 111-115).

Historique

«Cet ouvrage est encore une de ces productions périodiques dont le nombre s'accroît tous les jours»: c'est ainsi que Fréron commence son compte rendu de La Nature développée, dédiée au comte de Saint-Florentin et paraissant avec approbation et privilège. Auteur d'un Traité de mathématiques (1756) (cf. La Nature développée, t. IV, p. 109), connu pour avoir annoncé antérieurement dans les journaux (Mercure de France, La Feuille nécessaire, n° 33, 24 sept. 1759, p. 521 et suiv., n° 36, 15 oct. 1759, p. 567 et suiv.) divers projets, découvertes et spécifiques, établi à Paris, rue d'Orléans, faubourg Saint-Marcel, Duval-Desmaillaits (ainsi le nomme La Feuille nécessaire) adopte, dès son Avant-Propos, une attitude assez provocante puisqu'en ce siècle de physique expérimentale il prétend remettre en honneur la physique des Anciens.

Quand le 23 juin, L'Avant- Coureur signale le lancement du périodique, il refuse d'en juger avant que l'ouvrage ait pris «quelque consistance». Mais, très vite, la presse prend position et ne ménage pas ses critiques, telle L'Année littéraire ironisant sur les «découvertes» et les «miracles» que l'auteur promet et dénonçant l'absence de plan et de raisonnement suivi et progressif. «Amas indigeste de propositions enveloppées encore dans l'embryon»: l'appréciation ne manque pas de blesser Desmaillaits qui insère dans le 2e tome de juillet (t. IV, p. 80 et suiv.) une «Lettre» fictive, «à l'Auteur de la Nature développée pour servir de réponse à M. Fréron» où il repousse les accusations lancées et raille la totale incompétence du journaliste en matière scientifique. Mais les critiques ne désarment pas et, de nouveau, en septembre (t. VII, p. 5 et suiv.), Desmaillaits éprouve le besoin de se justifier. A cette occasion, il juge bon de procéder à un «Exposé général» en corps de doctrine et de reprendre les articles du 1er tome de juin afin d'en développer les vues. Nouvelle justification en octobre (t. IX, p. 142-143), cette fois-ci plus spécialement dirigée contre Le Censeur hebdomadaire selon lequel La Nature développée «n'apprend rien». Et le tome suivant (t. X, le dernier que nous possédions) s'ouvre sur de «Sérieuses réflexions» (p. 5-6) où Desmaillaits affirme, pour rassurer des lecteurs prétendument inquiets, qu'il a «de l'étoffe pour fournir longtemps de ses journaux». Il est possible que la collection de la bibliothèque de l'Arsenal ne soit pas complète. La France littéraire de 1769 parle de «4 parties» (?). Ce périodique ne dura sans doute pas longtemps. «On ne s'élève pas impunément contre un aussi grand homme que Newton...» (Année littéraire). Par ailleurs, en promettant de dévoiler les mystères de la nature, l'auteur reste celui qui, en 1759, dans ses annonces «publicitaires», promettait des «merveilles» que le rédacteur de La Feuille nécessaire était obligé de reconnaître comme fort éloignées de la vraisemblance... Néanmoins l'idée de consacrer un périodique à l'étude de la nature ne sera pas perdue. Que l'on songe aux Lettres de Buchoz et notamment à La Nature considérée sous ses différents aspects (1771-1781).

Auteur

Robert GRANDEROUTE

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