N° 1068

LE NOUVELLISTE SANS FARD (1723-1725)

Titre(s)

Le Nouvelliste sans fard ou la Gazette sans privilège du [...]. Continué par : Le Nouvelliste universel en 1724 (voir notice).

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

9–30 octobre 1723 (n° I-VII) ; puis 1er janvier–27 avril 1725 (n° VIII-XXVII).

La première série est bihebdomadaire, chaque livraison paraissant le mercredi ou le samedi. Lors de la reprise, la périodicité est irrégulière, mais (en gros) hebdomadaire.

Description de la collection

27 livraisons numérotées en chiffres romains. Recueil à pagination continue : 216 p. ; 8 p. par livraison. Cahiers de 8 p., 116 x 187, in-8°.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

N° I à VII : «Cologne, chez la veuve Couraprez» (sic). Le lieu d'impression véritable semble être Utrecht (G.H., p. 168).

N° VIII-XXVII : «A Cléve[s]», lieu d'impression vraisemblable (voir les éloges de la Prusse).

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Fondateur : Michel Guyot de MERVILLE (?) (D.P. 2).

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Contenu annoncé : «Je parlerai de tout» (n° I) ; «Il ne s'agit ici de gazette, mais de littérature qui demande de la méditation pour les choses qu'on y traite et de la disposition pour les exécuter» (n° VIII, p. 64).

Contenu réel : proche des nouvelles à la main satiriques ; 1) politique européenne ; 2) affaires de religion ; 3) scandales ; 4) polémique avec ses confrères ; 5) feuilleton (n° XI à XXIV) ; «Lettre à une demoiselle au sujet d'un songe».

Principaux centres d'intérêt : les affaires françaises, temporelles (Law, Dubois) ou spirituelles (Constitution), sont analysées d'un point de vue réformé (satire violente des jésuites), et, en contrepoint, la Prusse donne l'image d'un état tolérant et moderne. Mais la gazette se guinde souvent dans une critique universelle qui répond un peu trop à son titre et n'exprime pas nécessairement l'opinion du rédacteur. On retiendra malgré tout un éloge équivoque des souverains (n° IV), une explication rationnelle des miracles (n° XII) et un curieux feuilleton allégorique.

Auteurs cités : le R.P. Daniel, le R.P. Hardouin, Mariana (n° XXII), Fontenelle (n° XXVI).

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Collection étudiée : B.N., G. 16506 (I-XXVII, n° XX en «deficit»).

Bibliographie

B.H.C., p. 57 ; G.H., p. 168 ; D.P. 2, art «Merville».

Historique

Cette gazette élégamment écrite mérite quelque attention. Composée à la première personne, elle pratique le paradoxe avec délectation, se vantant sans pudeur de paraître dépourvue de privilège et de «mentir comme un faiseur de gazettes» (n° IV). L'auteur mène de rudes polémiques contre la Gazette d'Utrecht et son directeur François-Michel Janiçon (passim, et n° III), répond au Courrier politique et galant et à La Quintessence (n° V) de Rousset de Missy. Il s'adresse au public sur un ton de vivacité et avec une verdeur de langage qui mettent en valeur son esprit mécontent de tout et sa critique presque universelle. Cette petite gazette, qu'on peut ranger dans la série des Spectateurs, s'offrait avec jubilation à l'interdiction (réflexions sur la censure universelle : n° I) : l'information qu'elle fournit doit être considérée avec prudence. Mais il y a là un excellent style de polémiste.

Auteur

François MOUREAU

Additif

L’histoire de cette petite revue est complexe. W.P. Sautijn Kluit, dans son étude sur les journaux publiés à Utrecht, «Hollandsche en Fransche Utrechtsche couranten» (dans Bijdragen en mededelingen van het Historisch Genootschap te Utrecht, Utrecht, Kemink en zoon, 1877), a extrait des archives de la ville d’Utrecht un  certain nombre de renseignements relatifs à sa naissance ; Le Nouvelliste sans fard, ou la gazette sans privilège, est publié à Utrecht par Janiçon et rédigé par un religieux catholique nommé Des Maisons habitant non loin de chez lui. Le magistrat avait lu les numéros des 13, 16, 20 et 24 octobre 1723 et y avait trouvé beaucoup de remarques critiques surtout sur les gouvernements de Hollande et  Zélande (p. 56-57). Le 8 novembre, les journaux hollandais et français de Janiçon sont interdits pour quelque temps, et le 6 décembre, cette période est prolongée. Michel Gilot  cite, dans sa notice sur Guyot de Merville, deux témoignages qui donnent le Nouvelliste universel  comme une suite du Nouvelliste sans fard, supprimé en 1724 et publié sous un autre nom. Le Nouvelliste universel est publié à La Haye ; «Jeanisson» est cité (en février 1725 ?), mais ce sont Guyot de Merville et Mme Vaucher «auteurs du Nouvelliste universel » qui sont convoqués par le magistrat  (DP2, 382). Difficulté supplémentaire : comme le souligne François Moureau, le Nouvelliste sans fard attaque à plusieurs reprises  Janiçon et la Gazette d’Utrecht (DP1, 1068). On ne peut donc faire, au sujet des auteurs du Nouvelliste sans fard, que des hypothèses : fondé en octobre 1723 par Janiçon, ce petit «spectateur» est confié par lui à Des Maisons, puis à Guyot de Merville ; le magistrat d’Utrecht y repère aussitôt des traits politiques sur la Hollande et le fait interdire en novembre et  décembre. Janiçon, qui nourrit des craintes pour la Gazette d’Utrecht, se serait alors brouillé avec Guyot, qui aurait créé à La Haye le Nouvelliste universel. Cependant, le Nouvelliste sans fard reparaît en 1725 et attaque ironiquement le Nouvelliste universel, qui vient à son tour d’être supprimé : «Heureux Nouvelliste universel,  qui après les douleurs les plus cuisantes de l’enfantement le plus difficile, a pu mettre au jour des avortons (cet ouvrage vient d’être supprimé) tout pétillants d’esprit et d’une figure si élégante» (cité par François Moureau, DP1 1069).

Auteur additif

Jean SGARD

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