LE SPECTATEUR SUISSE

1226
1723

Titre(s)

Le Spectateur Suisse, traduit en français.

 

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Deux numéros, en un volume; privilège du 19 septembre 1723; périodicité mensuelle annoncée. Premier mois, p. 1-43, approbation du 7 août 1723; deuxième mois, p. 45-87, approbation du 4 novembre 1723. 

Description de la collection

Deux «suites»; 87 p., 90 x 155, in-8°. 

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Paris, André Morin, Grande Salle du Palais au Saint-Esprit, et François Flahault, quai des Augustins, au coin de la rue Pavée, au Roy du Portugal. Prix: 12 s.   

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

DES FOURNEAUX.     

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Dans le premier numéro, p. 1-42, en gros caractères, l'auteur s'explique à la première personne sur son caractère et ses opinions, raconte son arrivée à Paris, ses fréquentations. Il veut être spectateur. Dans un avis, il demande la participation des lecteurs, ne veut pas de satire, mais cherche des amis. Dans le deuxième numéro, il raconte encore des rencontres de salon et donne ses idées sur la musique. Il critique la vie de société galante et superficielle, en se faisant passer pour un naïf qui veut en faire apparaître les préjugés et les ridicules. Goût pour la musique ancienne et la simplicité de l'habit et de la nourriture. Idéal féministe. Eloge de la campagne et de la solitude.       Centres d'intérêt: mœurs de salon, raffinements de la cuisine, et de la mode, coquetterie, petits-maîtres, perruques, musique.       Pas de table, mais une sorte de sommaire sur la première page du second mois: «Où il est parlé: Des petits-maîtres, D'une sorte de musique appelée italienne et de la belle musique. Caractères, rencontres, conversations et commerce de deux misanthropes, etc. 

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Ars., 8° H 26300.

Bibliographie

D.P.2, art. «Desfourneaux».

Le Spectateur inconnu, le Mercure et les Nouvelles littéraires mentionnent le Spectateur suisse.

Historique

Le personnage que revêt l'auteur de ce Spectateur, un naïf, suisse, campagnard et quelque peu misanthrope, cadre mal avec ce que l'on sait de Des Fourneaux, abbé mondain et courtisan. Est-ce chez lui affectation ironique? Sans doute, et ce journal est satirique. Le camouflage est si complet qu'il se prétend «traduit» en français, mais il ne dit pas de quelle langue (ni de quelle Suisse). Le souffle et les fonds durent manquer très vite.

Titre indexé

SPECTATEUR SUISSE

Date indexée

1723

LE SPECTATEUR INCONNU

1221
1723
1724

Titre(s)

Le Spectateur inconnu.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Octobre 1723 – juillet 1724. Un volume. Privilège du 27 novembre 1723. Annoncé bimensuel. On trouve dix feuilles, non datées, dont deux doubles. Les feuilles portent leurs approbations, datées. Première feuille: approbation du 28 octobre 1723, dernière: approbation du 4 juillet 1724. Le journal ne fut donc pas bimensuel, mais à peu près mensuel. 

Description de la collection

Dix feuilles, dont les deux dernières sont doubles (51 et 42 p.), alors que les autres feuilles, de 1 à 6, ont 24 p. chacune.24 p. par cahier, total: 239 p.; 90 x 160, in-12. 

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

A Paris, chez Jean Musier, à l'entrée du quai des Augustins, du côté du pont Saint-Michel, à l'Olivier.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Abbé François GRANET; mais Hérissant l'attribue au père Buffier.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Ni préface ni prospectus. Un avis du libraire qui dit qu'il tient le texte d'un «inconnu». Au début de la première feuille, l'auteur se compare à trois autres Spectateurs:anglais (celui d'Addison), français (Marivaux, 1721-1724) et suisse (Des Fourneaux, 1723).

Le journal contient d'abord un badinage mondain sur la conversation et les femmes (dont certaines «valent les hommes les plus estimés pour leurs qualités intellectuelles»). L'auteur parle à la première personne et utilise le procédé des «lettres du lecteur». Sa critique littéraire est très conventionnelle, fondée sur Aristote et Terrasson. Il réclame la soumission aux règles du genre, à la vraisemblance, au respect de la morale et de la religion catholique.

Centres d'intérêt: le genre littéraire, spécialement l'épopée, et la tragédie. 4 feuilles sur 10 sont consacrées à La Henriade.

Auteurs étudiés: Voltaire, La Motte (Inès de Castro), Fontenelle, Pope, Addison, Horace, Mme de La Fayette.

Pas de table.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Ars., 8° H 26360.

Bibliographie

D.P. 2, art. «Granet». – Gilot M., Les Journaux de Marivaux, Paris, Champion, 1975.

Historique

L'attribution du Spectateur inconnu à l'abbé Granet est généralement admise (Cior 18, B.H.C., D.P. 2). A cette époque, Granet, s'il n'est pas tout à fait «inconnu», n'a encore rien publié, il a commencé à travailler à la Bibliothèque française, mais c'est seulement à la fin des années 20 qu'il va collaborer avec Desfontaines aux périodiques littéraires pour lesquels il fournira un si important travail de lecteur et de commentateur (Nouvelliste du Parnasse, Observations sur les écrits modernes). Le Spectateur inconnu est donc la première œuvre journalistique de Granet, et il en est le seul auteur. Le ton qu'il adopte (de moraliste, observateur de la société et reflet de ses engouements) fait partie du genre du Spectateur inauguré par Addison. il est intéressant dans la mesure où Granet dit Je et semble se livrer plus que par la suite. En fait, cette forme, si appropriée à la personne d'un Marivaux, ne convenait guère au caractère convenu, discret et réservé qui a toujours été le sien, et très vite, après les premières feuilles assez mondaines et moralisantes, il en arrive au ton plus sérieux du critique littéraire qui le fit tant apprécier de Desfontaines. Dès la troisième feuille, il précise, à propos des Nouvelles littéraires de Desmolets, les quelques principes qui resteront les siens, dans toute sa carrière de journaliste, jusqu'à ces Réflexions sur les ouvrages de littérature, qu'il publie seul, de 1736 à 1740, alors qu'il collabore encore avec Desfontaines à la même époque aux Observations sur les écrits modernes et avec Desmolets au Recueil de pièces. Les notes manuscrites que l'on trouve en marge de l'édition du Nouvelliste du Parnasse qu'il possédait et qui est conservée à la B.N. (Rés. 2982-2983), laissent entrevoir qu'il n'était pas toujours d'accord avec son collaborateur Desfontaines, ni avec sa façon de concevoir et de pratiquer la critique. Ces principes, les voici: «Ne pas prendre la résolution de louer plus que de blâmer. Ne pas parler des ouvrages qu'on n'a pas lus. Ne pas faire de publicité pour des ouvrages non parus. Lire les ouvrages d'un auteur avec réflexion».

Sa critique de La Henriade, développée sur 93 p. est certainement un morceau intéressant à ranger dans une bibliographie de la critique de Voltaire au moment où paraît La Henriade.

Quant aux circonstances qui ont amené la cessation du périodique, elles ne nous sont pas connues.

Titre indexé

SPECTATEUR INCONNU

Date indexée

1723
1724

LES SOTTISES DU TEMPS

1214
1754

Titre(s)

Les Sotises du tems ou Mémoires pour servir à l'histoire générale et particulière du genre humain, ouvrage critique et moral, badin et sérieux, amusant et instructif, «contenant les sotises qui se font journellement dans le monde ainsi que les nouveautés curieuses et amusantes qui y paraissent».

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

8 janvier–10 mai 1754. 33 numéros réunis en un volume. La périodicité est annoncée comme hebdomadaire dans un avertissement qu'on ne trouve pas dans les 4 premiers numéros, mais qui figure ensuite au verso de la page de titre : «ce journal continuera à paraître tous les jeudis...». En fait chaque numéro se compose d'une lettre. Le volume contient deux tomes, le premier contient 18 lettres, datées du 8 janvier au 8 mars, et le second 15 lettres du 12 mars au 10 mai, et elles sont datées de trois jours en trois jours, environ. On en sortait donc plusieurs par semaine, mais vendues peut-être en même temps, le jeudi. Elles sont paginées en suivant, et de longueur inégale, mais les deux tomes ont chacun 168 p.

Description de la collection

Les lettres sont datées de Paris et numérotées en suivant, de I à XXXIII. Leur longueur varie de 6 à 12 p., et parfois quand la matière est longue, la typographie se serre dans les dernières pages. Format in-8°, 93 x 150.

Devise : «Le Monde est plein de fous et qui n'en veut point voir / Doit chez soi s'enfermer et briser son miroir». On trouve 5 chansons, paroles et musique.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

L'adresse de l'éditeur est : «A La Haye, chez Nicolas Van Daalen, Librairie dans le Hoogstraat». Libraires associés : Amsterdam, Pierre Mortier, M.M. Rey, C. Potgrieten et Cie ; Haarlem, J. Bosch ; Leyden, E. Luzac junior et D. Haak ; Rotterdam, J.D. Beman ; Utrecht, Spruyt ; Breda, Van den Kieboom ; Leuwarde, Ferrewerda ; Groningue, Barlinckhoff ; Arnhem, Nyhoff ; Dort, héritiers Van Braem ; Middleburgh, Gillesse ; Cologne, Kreyer, expéditeur en chef du Bureau de Postes ; Berlin, J. Néaulme, J. Jasperd, libraires, et dans les autres Bureaux de Postes chez les distributeurs de Gazettes et chez tous les libraires dans les différentes villes de l'Europe.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Ce périodique a été attribué à Pierre Clément par Barbier (IV, p. 533) sur la foi d'Alexandre Savérien (1777). Cette attribution apparaît aussi dans une note manuscrite à la première page de l'ex. de la bibliothèque de l'Opéra : «Par Clément de Genève...». Mais J.-D. Candaux, dans la notice consacrée à Clément dans D.P. 2, la conteste, pour des raisons qui paraissent fort sérieuses, mais ne tranchent pas définitivement la question ; il ne propose pas d'autre attribution.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

La note manuscrite citée développe le contenu de l'ouvrage en ces termes : «On trouve dans cet ouvrage plusieurs anecdotes littéraires sur les auteurs du tems : Voltaire, J.J. Rousseau, Piron, Boissy, l'abbé Mascries, Diderot, un abbé Favart, docteur de Sorbonne peu connu (t. I, p. 119), le père Simplicius, l'abbé du Vernet (p. 73), Lekain, la Clairon (t. II, p. 28), M. De Boze (p. 84). Ce journal en forme de lettres n'a pas été continué davantage. Il est plaisant, rempli d'anecdotes littéraires, de traits de mœurs, propre à faire connaître l'époque à laquelle il a été écrit, quoique ses traits touchent parfois à la caricature». Il est centré sur la vie littéraire parisienne, écrivains à la mode, spectacles. Le ton est persifleur et anticlérical.

T. II, p. 155-159, la «Table des matières contenues dans les deux tomes des Sotises du Tems».

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Opéra, Pi 190.

Bibliographie

D.P. 2, art. «Clément, Pierre» (par J.-D. Candaux).

Historique

Malgré la liste importante de ses libraires associés et la fière affirmation que le journal se trouve dans les «Bureaux de Postes, ches les distributeurs des Gazettes et tous les libraires dans les différentes villes d'Europe», ce journal eut une courte durée et nous ne l'avons retrouvé qu'à la seule bibliothèque de l'Opéra. Est-il ou non de Pierre Clément de Genève ? Il est évident que celui-ci reste avant tout le fin journaliste, connu dans toute l'Europe lettrée, des Cinq Années littéraires et que le parallèle avec ce périodique sur lequel s'appuie l'argumentation de Jean-Daniel Candaux pour lui «retirer la paternité» des Sottises du Temps, est troublant. Il trouve peu vraisemblable que l'auteur ait pu publier aux mêmes dates deux périodiques littéraires chez des libraires différents, même si l'édition de 1755 des Cinq Années porte rétrospectivement sur les nouvelles littéraires de 1748 à 1752. Le rythme de parution n'est pas le même, la présence de Clément à Paris, d'où le correspondant des Sottises est censé s'exprimer, n'est pas attestée par sa correspondance. Enfin le ton et les jugements critiques sur les livres et les auteurs sont souvent fort différents. Ces objections sont d'importance et nous ne pouvons pas trancher. Mais il ne nous paraîtrait pas impossible qu'un certain goût de Clément pour la mystification ait pu trouver son compte à changer de ton et de public, en s'essayant dans le genre léger, satirique et mondain.

En tout cas ce périodique, où se manifestent un vrai don d'écrivain, une ironie intelligente, un métier certain et un amusement évident, mérite d'être sauvé de l'oubli. L'imposant éventail de libraires associés qu'il présente, atteste – avec ou sans forfanterie ? – un auteur bien introduit sur le marché européen du livre.

Titre indexé

SOTTISES DU TEMPS

Date indexée

1754

LE PORTEFEUILLE HEBDOMADAIRE

1129
1769
1771

Titre(s)

Le Portefeuille hebdomadaire, ouvrage périodique qui paraît toutes les semaines par M. d'Açarq.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

1erjuillet 1769-29 juin 1771. 4 volumes. Hebdomadaire, 52 livraisons par an, plus un Supplément, annoncé en 1770, de 4 feuilles chaque trimestre.T. 1, 1erjuil.-30 déc. 1769; t. 2, 6 janv.-23 juin 1770; t. 3, 7 juil.-22 déc. 1770; t. 4, 5 janv.-29 juin 1771.

Description de la collection

Chaque tome est composé de numéros: t. 1, 27 numéros, 422 p., numérotés 1 à 27; t. 2, 25 numéros, 420 p., numérotés 1 à 25; t. 3, 27 numéros, 416 p., numérotés 1, puis 27 à 52; t. 4, 26 numéros, 414 p., numérotés 1 à 26.

Cahiers de 16 p. in-8°, 114 x 187.

Fleuron sur le titre. Une ariette ou chanson, paroles et musique sur dépliant à la fin de chacun des 27 numéros du t. 1 (1769).

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Bruxelles, J.L. de Boubers, au Marché aux Herbes. Paris, Valade, rue Saint-Jacques, vis-à-vis la rue de la Parcheminerie. A partir du Supplément de 1770, en tête: La Haye, Frédéric Staatman.

Souscription chez les libraires cités et chez M. d'Açarq, butte Saint-Roch, rue des Moineaux, maison de Mme Nicard. A partir du 13 avril 1771, Valade est remplacé par Dessaint junior, quai des Augustins.

Abonnement: 15 £ à Paris, 18 £ ailleurs.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Jean-Pierre d'AÇARQ (cf. D.P. 2) des Académies d'Arras et de La Rochelle. Collaborateur: abbé Jean-Joseph Rive (B. Un., t. XXXVI, p. 78).

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Prospectus de 1769: histoire, géographie, formes de gouvernement, politique, philosophie, littérature, musique.

Avertissement de 1770: «différentes pièces en vers et en prose [...] petites productions littéraires que les particuliers négligent d'imprimer».

Contenu réel: articles d'information d'histoire et de géographie, nouvelles politiques, livres nouveaux, comptes rendus littéraires et dramatiques, nombreux extraits, surtout de pièces de théâtre, pièces fugitives, réfutation d'ouvrages favorables à l'athéisme.

Centres d'intérêt: littérature ancienne et moderne, opéra, poésie, pédagogie, histoire, géographie, combat philosophique, polémique religieuse, sciences, droit, commerce, agriculture.

Auteurs étudiés: poètes: Sticotti, Delille, de Rosay, La Monnoye, La Pérouze, Catulle, Tibulle, Homère, Lucrèce, Juvénal; auteurs dramatiques: Anseaume, Marmontel, Baculard, La Harpe, Ducis; philosophes: Dumarsais, Voltaire, Toland, Sénèque, Dom Pernetty, Burnet, Dupont de Nemours, d'Holbach; musiciens: Grétry, Gossec, Gavinies; divers: abbé Aubert, Mérard de Saint-Just, Suétone, Maupin, Viard, Linguet, De la Croix, Prévost d'Exmes, Le Beau.

Le Supplément rassemble les «Observations sur Boileau, sur Racine, sur Crébillon, sur M. de Voltaire et sur la langue française en général» (2, p. 9-240), suivies de poésies diverses d'Açarq.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

B.M. Aix, C 7449 (seule collection complète); B.N., Z 28970 (6 janv. – 24 mars 1770); Ars., 8° H 26572 (6 janv. – 29 déc. 1770, Supplément de 1770; 5 janv. – 25 mai 1771; 4 vol.).

L'exemplaire de l'Arsenal provient de la bibliothèque La Vallière (cat. de Nyon, n° 11212). Nombreuses corrections manuscrites d'auteur dans les «Lettres philosophiques» contre l'athéisme; l'abbé Rive, bibliothécaire de La Vallière, a corrigé le texte pour une réédition. L'exemplaire d'Aix, t. 3, p. 314, à côté du début de la série d'articles intitulés: «Lettres philosophiques» présente une note manuscrite: «par l'abbé Rive».

Bibliographie

H.P.G., p. 321.

Presse du temps: Affiches, annonces, juin 1770, n° 23, p. 91; Journal historique de Verdun, nov. 1770, t. 108, p. 349; Bibliographie parisienne, 1770, t. 1, p. 6-7; F.L., Supplément, 1778, 2e partie, p. 173. – B.Un., t. 1, p. 102, notice «d'Açarq» citant La Chronique littéraire de l'abbé Rive, et L'Année littéraire.

Historique

Nous sommes peu renseignés sur l'histoire de ce périodique, dont les Affiches, annonces disent qu'il avait le projet de réaliser le plan du Pour et Contre. Mais ce qui frappe est son évolution, sa transformation interne, qui, beaucoup plus que son contenu, le rendent énigmatique. Le prospectus du n° 1 du premier tome (1er juil. 1769) annonce des intentions nettement politiques et européennes. L'auteur veut publier des articles sur l'histoire et la géographie des principaux Etats avec des réflexions sur la forme des gouvernements, sur le commerce, les voyages, la politique, la littérature et la philosophie. Il veut annoncer les livres nouveaux, donner des ariettes et des chansons. Il s'engage «à fournir une table des matières pour chaque volume, de sorte qu'on pourra compter, à la fin de chaque année, sur une description historique et géographique des différents Etats, Royaumes et Républiques du monde, sur des éléments de commerce, d'histoire de voyages, de littérature et de philosophie. On la recevra franc de port par la poste à 9 florins courant d'Hollande». Cette table détaillée, sans doute alphabétique, prévue en supplément hors abonnement, ne semble pas avoir été imprimée, du moins telle qu'annoncée. Seul le premier volume offre une table incorporée longue et précise des matières selon leur ordre. Mais les deux volumes suivants en sont dépourvus et le quatrième en présente une extrêmement sommaire.

L'auteur invoque comme références à son entreprise la Gazette littéraire de l'Europe «dont la discontinuation a excité de vifs regrets», et les petites Affiches des provinces «qui honorent l'empire de la saine littérature».

Le premier volume, par son contenu, répond bien aux intentions déclarées. Il offre une série d'articles suivis, sur l'Espagne, le Portugal, l'Italie, qui sont des exposés didactiques centrés sur l'histoire et la géographie des dits pays. Une série intitulée «Voyages aux Indes Orientales», et une autre sur l'histoire des Marates.

Chaque numéro se termine par une rubrique «Livres nouveaux», une chanson ou ariette avec musique et deux ou trois pages en petits caractères intitulées «Nouvelles politiques» (principalement d'Allemagne et d'Italie). Les Nouvelles se poursuivent seulement jusqu'au n° 6, remplacées par la rubrique «Livres nouveaux»; mais elles ne sont pas mentionnées dans la table des matières. Le journal est varié, bien composé, vivant.

En 1770, le ton et la présentation changent. Plus de musique ni de politique. Le t. 2 est encore assez «européen». Il débute par l'histoire de Jeanne II de Naples, donne des poèmes de Prior, commente la traduction d'Hamlet, imprime des tables généalogiques des principales maisons régnantes (Autriche, Lorraine, France). Mais l'avertissement paru au début de 1770, et réimprimé par la suite, a abandonné la visée historique et politique; désormais Le Portefeuille semble se vouloir avant tout littéraire, développant surtout les «pièces fugitives», les extraits de poésie et de théâtre et les comptes rendus de livres. On note un goût assez vif pour les spectacles lyriques et la belle poésie renouant avec les grâces antiques (Delille). Le pédagogue transparaît pourtant sous l'amateur: d'Açarq défend les sains principes d'éducation (réflexions sur la grammaire latine, les «humanités») et les grands de la littérature de l'Antiquité, et son Supplément offre un panorama des noms illustres de notre Panthéon moderne. Ce ton néo-classique est sa plus grande originalité dans le domaine esthétique. Un long «feuilleton» de l'abbé Rive, intitulé «Lettres philosophiques» et réparti sur de nombreux numéros de l'hiver 1770-1771, forme un pamphlet assez inattendu contre le matérialisme athée, et particulièrement le Système de la nature de d'Holbach. Cet intérêt pour la polémique foi-raison s'était déjà manifesté par des comptes rendus d'autres ouvrages hétérodoxes: n° 35-37 de 1770, mais sans condamnation, et ce fait est peut-être un autre signe d'une tension interne dans la rédaction.

Dans le dernier tome, les numéros ne sont plus variés, mais chacun est consacré à un seul sujet. La rubrique «Livres nouveaux» a disparu depuis longtemps.

Il est permis de conjecturer que Le Portefeuille hebdomadaire qu'on a vu perdre progressivement son originalité première en renonçant à ses visées initiales, ne réussit plus à survivre sur un marché déjà encombré de périodiques littéraires.

Titre indexé

PORTEFEUILLE HEBDOMADAIRE

Date indexée

1769
1770
1771

PAPIERS ANGLAIS

1102
1760

Titre(s)

Papiers anglais.

Continuation de Etat politique actuel de l'Angleterre (1757-1760).

Continué par Etat actuel et politique de l'Angleterre (1760), puis Gazettes et Papiers Anglais (1760-1762).

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Trois numéros de cet hebdomadaire: 3 janvier, 15 janvier et 21 janvier 1760, ont paru. Puis il est suspendu.

Description de la collection

8 p., sur deux colonnes. Bilingue in-4°.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Au Bureau des Gazettes étrangères, rue des Mathurins.

Avis au premier numéro: «Ceux qui désireront connaître les Papiers Anglais pourront les avoir gratuitement pendant le mois de janvier. L'année d'abonnement sera de 36 livres qui seront payées d'avance elle ne commencera qu'en février et l'on devra se faire inscrire avant le 20 janvier. Le journal sera rendu à Paris chez les particuliers».

Avis au n° 3: «Les personnes qui se sont abonnées sont priées de renvoyer la quittance et l'argent leur sera rendu».

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

E.J. GENET, chargé de contrôler un projet de Palissot et de David (qui a le privilège de la distribution des gazettes anglaises).

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Contenu annoncé: feuille dans les deux langues, anglais et français. Tirée des gazettes anglaises, «pour entretenir la passion de s'instruire et la curiosité pour les mœurs et les usages particuliers de l'autre nation». On donnera «ce qui est utile ou même simplement agréable». On «prêtera une attention particulière aux différents détails dont les commerçants de toute l'Europe peuvent désirer être instruits, de même qu'aux observations que l'on croira propres à répandre quelques lumières sur la population, l'astronomie ou la médecine».

«La connaissance mutuelle est une nécessité, même en temps de guerre. Le fait de donner la parole aux ennemis est une pratique de sagesse et de fermeté, et les Français sont assez forts pour supporter de connaître même les critiques voire les injures de l'adversaire. Ils réagiront d'eux-mêmes en s'indignant des excès. On joindra un supplément d'une ou deux feuilles de temps à autre».

Contenu réel: extraits de gazettes juxtaposés sans commentaire.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Ars., 4° H 8939. Les trois numéros sont reliés avec ceux de Gazettes et papiers anglais, qui leur succèdent.

Bibliographie

D.P. 2, art. «Genet». – Fabre M., «Réflexions sur l'usage des traductions des journaux anglais», dans La Diffusion, p. 181-188. – Samoyault J.P., Les Bureaux du secrétariat des Affaires étrangères sous Louis XV,Paris, 1971.

Historique

Genet, chef du Bureau des Interprètes au ministère des Affaires étrangères, qui édite un périodique consacré à l'Angleterre, Etat politique actuel de l'Angleterre, prévient Choiseul que les gazettes anglaises qu'il dépouille sont «farcies de paroles abominables contre la personne du Roi et pleines d'un esprit de rébellion et d'indocilité». Le ministre lui propose d'abandonner ce périodique pour contrôler un nouveau journal bilingue, sur deux colonnes, entièrement tiré des gazettes anglaises, dont Palissot et David ont obtenu le privilège. Genet est d'avis de pratiquer une sorte de pédagogie par l'ironie en publiant aussi les injures, dont l'outrance devrait faire choc sur le public français. Mais les lecteurs n'ont pas compris, pas aimé, et il doit changer de formule. Il renonce au bout du troisième numéro, à la présentation bilingue, et reprend le titre un peu modifié de son Etat de l'Angleterre, puisant toujours aux mêmes gazettes anglaises qu'il reçoit en son bureau des Affaires étrangères (près de 25 périodiques). Devenu en novembre Gazettes et Papiers anglais, ce périodique se maintiendra pendant deux ans, jusqu'à la fin des hostilités.

 

Titre indexé

PAPIERS ANGLAIS

Date indexée

1760

L'OBSERVATEUR FRANÇAIS À LONDRES

1076
1769
1773

Titre(s)

L'Observateur français à Londres ou Lettres sur l'Etat présent de l'Angleterre relativement à ses forces, à son commerce et à ses mœurs, «avec des notes et des remarques historiques, critiques et politiques de l'auteur».

Devient à partir de 1773: Observateur français à Londres ou Lettres sur l'Angleterre et les autres pays de l'Europe relativement à leur politique, leurs forces, leur commerce, leur littérature et leurs mœurs.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

1769–1773. 28 volumes (coll. de l'Ars.), plus 20 livraisons de 144 p. pour la cinquième année (coll. B.N.). Périodicité bimensuelle, 24 numéros par an. Ils sont numérotés dans l'année mais non datés.

Description de la collection

Chaque volume comporte 3 livraisons de 144 p., c'est-à-dire environ 430 p. Il y a huit volumes pour la première année, la deuxième et la quatrième, mais seulement quatre pour la troisième. Chaque volume comporte un nombre inégal de lettres (285 pour le premier) car une livraison est formée de lettres de longueur variable.

Dimensions: 100 x 165, in-8° et 150 x 180 pour la 5e année.

Devise: Felix qui potuit rerum cognoscere causas. Virgile. Quelques dépliants, donnant des tableaux de prix de denrées ou des airs de musique.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Lieu de publication: à Londres, et se trouve à Paris chez Merlin, rue de la Harpe, puis Gueffier, rue de la Harpe. Nantes, chez Brun et Bordeaux, Labottière et Chapuis. A partir de 1771, Lacombe, rue Christine et Didot l'aîné, rue Pavée (voir Avis, t. XVIII, lettre 31 bis). Enfin en 1773, le format change et le journal s'imprime à l'Imprimerie ducale des Deux-Ponts, mais on souscrit chez Lacombe.

30 £ pour Paris par année. Le Journal de la librairie de 1769, n° 34, annonce L'Observateur:«il en paraîtra tous les 15 jours un cahier à Londres et à Paris».

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

DAMIENS DE GOMICOURT. Associé à Dubois-Fontanelle pour la 5e année quand le journal est transféré à Deux-Ponts.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Le journal annonce qu'il contiendra les lettres d'un Français qui «depuis plusieurs années réside en Angleterre. Il est impartial, il observe en philosophe, critique sans humeur et loue sans engouement». Le journal traitera de politique, de littérature, de commerce, de mœurs et de philosophie. Il donnera des extraits de journaux anglais (Evening Post, London Chronicle, Morning Chronicle, Universal Gazette, London Magazine)et quelques-uns de la Gazette of Virginia. Le contenu concerne le gouvernement et les lois britanniques, la société anglaise (faits divers, anecdotes) les Lettres (analyses de livres), le théâtre (spectacles, extraits de pièces). A partir du t. IX l'auteur suit plus l'actualité. Il s'intéresse aux colonies, aux Antilles et à la Jamaïque, aux nègres, à l'agriculture, à la marine et au commerce, aux diverses confessions, aux Juifs. Il suit l'affaire Wilkes. A partir du t. XVII, il s'intéresse de plus en plus aux pays du Nord de l'Europe, à la Russie, mais surtout à la Pologne où il doit avoir un correspondant qualifié car il publie de longues et fréquentes nouvelles de ce pays.

Les auteurs cités sont Blackstone, Goldsmith, Ben Johnson, Hobbes, Dryden, Foote, Lillo, pour les Anglais et Montesquieu et Rousseau pour les Français.

Première table à la fin du t. VIII, puis une table à la fin de chaque volume.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Ars., 8° H 2675-2676 (28 vol. de 1769 à 1772); B.N., Nd 84, 1769 à 1773 (pour la 5e année, manquent 7 et 18).

Bibliographie

D.P. 2, art. «Damiens de Gomicourt» et «Dubois-Fontanelle».

Dans la presse du temps: Année littéraire, 1770, t. II, p. 73 et suiv.; Avant-Coureur, 9 sept. 1771, p. 514-516. Daire, Histoire littéraire de la ville d'Amiens, 1782.

Historique

L'historique de ce périodique et des trois suivants du même auteur, L'Observateur français à Amsterdam (1779), Lettres hollandaises (1779) et Nouvelles Lettres hollandaises (1781-1783), restera mystérieux tant que ne seront pas éclaircis certains points encore obscurs de la biographie de Damiens de Gomicourt. Comment et pourquoi cet avocat de province, qui semble avoir mené à Amiens une vie fort sédentaire jusqu'à 45 ans, est-il devenu journaliste en 1769, commençant une seconde carrière? La lecture de ses journaux révèle qu'il devait disposer d'un important réseau d'informateurs et avoir accès à des nouvelles diplomatiques nombreuses, régulières et précises. Il s'est mis à écrire en spécialiste, en «observateur», de l'Angleterre et de la Hollande, alors qu'il semble vraiment qu'il n'y ait jamais mis les pieds et qu'il n'ait exercé aucun office, ni dans les ministères, ni aux Affaires étrangères.

Ce que nous savons déjà, c'est que Gomicourt doit quitter la France en 1769, et qu'on le trouve en Belgique, à Bruxelles, travaillant pour le libraire Boubers. C'est précisément à cette date qu'il commence L'Observateur français à Londres qui s'annonce imprimé à Londres, mais donne aux souscripteurs une adresse à Paris.

On trouve à la B.N., ms. f. fr. 22165 en date du 24 août 1769, la mention du privilège du journal de Gomicourt, annoncé aussi par le Journal de la librairie. L'auteur, quoique semblant proscrit, a donc un soutien officiel du gouvernement français. Plus tard, on trouvera dans la Correspondance des ministres de France accrédités à Bruxelles de 1780 à 1790, une lettre de Garnier à Vergennes qui parle de Gomicourt comme d'un «agent français», ce que souligne aussi, à la même date (1782), un journal édité à Amsterdam, la Correspondance politique sur les affaires présentes. Il est donc fort possible que dès 1769, et pour se faire pardonner, Gomicourt ait été recruté par le secrétariat des Affaires étrangères pour éditer un périodique.

Le titre, ou sous-titre, et le contenu ne sont pas sans rappeler les journaux de Genet: Etat politique actuel de l'Angleterre, etc., de 1757 à 1782, et sa manière, on peut même dire son système (voir D.P. 2, art. «Genet»): citer abondamment la presse anglaise, se proclamer impartial, mais, à petites touches légères, insister sur les contradictions politiques du gouvernement britannique, ses erreurs et ses faiblesses, et ne jamais manquer l'occasion de souligner, en contraste, la cohérence et la forte organisation de la politique française. Mais Gomicourt est un écrivain et un homme de grande culture, tandis que Genet est un fonctionnaire modèle du secrétariat des Affaires étrangères, et les périodiques qui émanent de son bureau, particulièrement les Affaires de l'Angleterre et de l'Amérique, qu'il va commencer à lancer en 1776, sont moins bien composés et rédigés que les textes de Gomicourt qui sait, lui, écrire et intéresser. Mais ce seul talent aurait été insuffisant à donner à l'Observateur son intérêt et son poids qui sont indéniables, s'il n'avait pas bénéficié d'un accès aux nouvelles et d'un réseau européen d'informations, et ceci dès son arrivée à Bruxelles.

Il resterait à expliquer pourquoi le journal, dans sa dernière année, s'édita à l'Imprimerie ducale de Deux-Ponts, et comment s'établit la collaboration de Gomicourt avec Dubois, puis la suspension du périodique, semble-t-il, avant la fin de l'année 1773. On se demande où Gomicourt a pu rencontrer Dubois. Celui-ci avait eu en 1767, lui aussi, de graves ennuis avec la censure, pour sa pièce Ericie qui fut condamnée et lui-même fut obligé de se réfugier auprès du duc de Deux-Ponts. Donc de 1769 à 1772, les deux journalistes sont tous deux en disgrâce et à l'étranger, Gomicourt à Bruxelles et Dubois à Deux-Ponts. Leur collaboration ne semble concerner que L'Observateur français à Londres de l'année 1773, la dernière de son existence. Or, depuis l'année précédente, 1772, Gomicourt est revenu en France et s'est installé à Paris comme avocat. La rencontre entre les deux hommes reste donc aussi à éclaircir.

D'après ce que dit le journal, elle coïncide avec un déplacement des intérêts de l'Observateur. Depuis plus d'une année, chaque livraison comporte une ou plutôt deux lettres sur la Pologne (l'auteur dit qu'il tient ses nouvelles d'un Polonais).

Les «royaumes du Nord» (Russie, Prusse, Suède) font aussi souvent le sujet d'un développement. L'Avis qui paraît dans le premier numéro de la cinquième année déclare: «L'accueil favorable du public, surtout aux lettres sur la Pologne, la Russie et quelques parties de l'Allemagne et d'Italie a confirmé l'auteur dans l'intention où il était de traiter tout ce qui avait rapport au gouvernement et à la politique, commerce, agriculture, arts et sciences des différents pays d'Europe, sans pour cela perdre de vue l'Angleterre. En 1773, il s'efforcera de faire connaître à ses lecteurs l'Allemagne et les pays du Nord. Mais pas la France, car elle dispose de toutes sortes de bons journaux: Année littéraire, Mercure Français, Journal encyclopédique, Journal des Savants, Journal ecclésiastique, Ephémérides du citoyen».

Le privilège de Christian, Prince Palatin, paraît dans ce numéro en français et en allemand, suivi d'une lettre à Mgr le Prince Palatin signée Fontanelle et Gomicourt. Vingt numéros vont paraître, avec une table tous les trois numéros. Mais le n° 20 est le dernier et il ne comporte pas de table, donc le 21 était prévu et même les trois suivants, pour terminer l'année et honorer la souscription. Au n° 10 on trouve un avis disant que «la cinquième année de l'Observateur commencée le 1 janvier 1773 a été interrompue quelque temps. Les 8 numéros parus seront suivis de 16 autres pour compléter les 24 numéros qui composent les 8 tomes de l'année. Ces 16 numéros seront mis en vente et envoyés aux souscripteurs d'ici janvier où commencera la sixième année». Mais il n'y eut pas de sixième année.

Additif

108 numéros en 36 volumes (Bayerische Staatsbibliothek et National Library of the Netherlands). Les 3 premières années commencent en juillet. La 3e année ne compte que 4 tomes afin de permettre que la 4e année commence en janvier. [DR]

Titre indexé

OBSERVATEUR FRANÇAIS À LONDRES

Date indexée

1769
1770
1771
1772
1773

L'OBSERVATEUR FRANÇAIS A AMSTERDAM *

1075
1779

Titre(s)

Observateur français à Amsterdam ou Lettres sur l'état présent de la République des Provinces Unies relativement à sa constitution, à ses forces, à son commerce et à ses mœurs. «Avec des notes et des remarques historiques, critiques et politiques de l'éditeur. Orné de cartes géographiques, de plans et de figures».

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Mai 1779; un volume; 432 p.

Description de la collection

Pas de livraisons. Pagination continue. Divisé en lettres d'inégale longueur. Format in-8°, 100 x 165.

Devise: Felix qui potuit rerum conoscere causas. Virgile. Portraits et médailles.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

«A Amsterdam et se trouve chez tous les libraires principaux de l'Europe».

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

DAMIENS DE GOMICOURT.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Le contenu annoncé est contenu dans le sous-titre: «lettres sur la République des Provinces-Unies». Le correspondant présente la Hollande: gouvernement, histoire, lois. Il en tire une discussion sur la tolérance, la république, la morale, la neutralité.

Table p. 421 à 432 qui donne le contenu, lettre par lettre.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

B.N., M 20175.

Bibliographie

D.P. 2, art. «Damiens de Gomicourt».

Historique

Après six ans d'interruption, Damiens de Gomicourt a-t-il vraiment essayé de relancer un périodique analogue à L'Observateur français à Londres,mais cette fois consacré à la Hollande? Il garde la forme des lettres, mais ne se présente plus par livraisons. Le volume indique sur la première page: tome premier, ce qui laisserait prévoir une suite. S'il n'était pas encastré chronologiquement dans une série de périodiques du même auteur, reprenant le titre du précédent: L'Observateur français on pourrait dire que cet ouvrage, d'un seul tenant, n'est pas un vrai périodique, et ne se rapporte pas à l'actualité, suivie dans son déroulement. Le correspondant rappelle le temps, où, prétend-il, il était l'observateur de Londres: il établit souvent des parallèles entre les Hollandais et les Anglais, et garde la même devise.

Titre indexé

OBSERVATEUR FRANÇAIS A AMSTERDAM *

Date indexée

1779

LE NOUVELLISTE IMPARTIAL 1

1065
1757

Titre(s)

Le Nouvelliste Impartial ou le parfait neutre pour le mois de juin 1757.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

16 juin-15 juillet 1757. Quelques numéros: n° 1, 2, 5, 6, 16. Périodicité annoncée: hebdomadaire. Mais, en fait, elle est plus fréquente puisque 16 numéros durent paraître en un mois. Les numéros 1 à 6 sont paginés en suivant: 1: p. 5 à 8; 2: p. 9 à 16. Les numéros 3 et 4 manquent, mais le numéro 5 dit qu'ils paraîtront «la semaine prochaine». 5: p. 33 à 44; 6: p. 45 à 52; 16: p. 33 à 38 (nouvelle pagination).

Description de la collection

In-8°.   

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

A La Haye, chez Pierre Gosse junior, libraire de S.A.R. On ne se bornera pas à une seule feuille par semaine; on en donnera trois ou quatre à la fois. Chaque numéro ou demi-feuille: 1 sol de Hollande, 6 florins par année, 10 s. par mois. On trouvera l'ouvrage chez les principaux libraires de l'Europe et aux bureaux de poste.    

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Une note manuscrite sur l'exemplaire de la B.L., p. 45, dit: «These letters are published by authority, written by Henry Colley (?), the late Chancellors's son».        

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

«Les circonstances donnent lieu à cette nouvelle feuille périodique. Les matières intéressantes ne manqueront pas pour la continuation une fois par semaine». Impartialité garantie. On donnera tous les manifestes, mémoires, lettres circulaires et autres pièces authentiques publiées par les diverses cours d'Europe. Que les ministres en envoient. Les ouvrages anonymes, raisonnements ou réflexions politiques sont exclus.Contenu réel: nouvelles politiques. Les six numéros conservés concernent la bataille de Prague. D'abord discours-sermon de Formey à propos de la victoire, qui est une homélie sur la parole et sur la responsabilité des princes. Cela occupe les deux premiers numéros et devait se terminer dans le troisième qui manque. Les numéros 5, 6 et 16 sont des lettres d'un officier prussien sur l'expédition de Bohême. Il raconte longuement la bataille de Prague avec toutes sortes de détails sur les forces prussiennes et autrichiennes aux prises, les actions, les noms des officiers, les pertes, les blessés.                

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

B.L., PP 3554 ek.                               

Titre indexé

NOUVELLISTE IMPARTIAL 1

Date indexée

1757

LE NOUVELLISTE ÉCONOMIQUE

1063
1754
1761

Titre(s)

Le Nouvelliste économique et littéraire, ou Choix de ce qui se trouve de plus curieux et de plus intéressant dans les journaux et ouvrages périodiques et autres livres qui paraissent en France et ailleurs.

Puis, ajout à la fin du titre précédent: principalement en ce qui concerne l'agriculture, l'économie des champs, l'histoire naturelle et la mécanique pour la perfection des arts et des fabriques.

Continuation de: La Nouvelle Bigarrure.

Juillet 1754–septembre 1761. 38 tomes. Périodicité annoncée: bimestrielle; périodicité réelle: 4 ou 6 livraisons par an, réunies en 2 volumes.

Description de la collection

38 tomes divisés en une douzaine de volumes, où les tomes sont reliés ensemble par deux ou trois. Nombre de pages par volume: 170 à 200, format in-8°, 170 x 200.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

A La Haye, chez Pierre Gosse junior. Enseigne: libraire de SAS le Prince Stadhouder des Provinces-Unies.

Prix: un sol et demi de Hollande pour chaque demi-feuille pour ceux qui le reçoivent chaque quinzaine par feuilles, et d'un florin de Hollande par volume de 20 feuilles pour ceux qui les prennent par volume complet au bout de deux mois, ce qui fait 6 florins par an.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Contenu annoncé dans la Préface: suite de La Nouvelle Bigarrure, terminée au t. XVI, «qui a eu le bonheur d'être approuvée du public». Dans le même goût et la même forme en sorte que «le lecteur ne s'apercevra que du changement de titre». On devrait donc trouver la même variété qui faisait le charme de la Bigarrure.

Principaux centres d'intérêt: agriculture, histoire naturelle, mécanique, médecine, opéra, théâtre, élections à l'Académie.

Principaux auteurs étudiés: Boileau, La Beaumelle, Marivaux, Marmontel, Rousseau, Mme de Sévigné, Voltaire. Chaque tome a une table des matières. Le dernier est pourvu d'une table générale des 38 tomes. En outre, chaque volume se termine par un long catalogue des livres qu'on peut trouver chez Gosse.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

B.N., Z 5677-5682 jusqu'au t. 21 (1757); Ars., 8° H 2335-2336 (jusqu'en juin 1759). Collections incomplètes à la B.L. et à Wolfenbüttel.

Historique

Un authentique pot-pourri, où un article sur la manière d'élever les porcs suit la présentation d'une comédie. On y parle littéralement de tout dans le plus total désordre. Le choix d'un très petit caractère, le peu d'espace laissé entre deux articles permet d'offrir le maximum de texte dans le minimum de place. Le compilateur n'indique jamais ses sources par référence au périodique d'origine, se contentant de loin en loin de la mention d'un envoi à lui fait par des correspondants qui restent, sauf exceptions, eux-mêmes anonymes.

Titre indexé

NOUVELLISTE ÉCONOMIQUE

Date indexée

1754
1755
1756
1757
1758
1759
1760
1761

NOUVELLES ORDINAIRES DE LONDRES

1053
1650
1663 ?

Titre(s)

Nouvelles ordinaires de Londres, du jeudi... au jeudi... nouveau stile.

Ce périodique est parfois donné à tort comme la continuation du Mercure anglois (une note manuscrite dans l'exemplaire du Mercure anglois de la B.L. t. I, p. 1, indique sous le titre du journal: «from the 7 june 1646 untill the 20 jan. stilo novo 1661»; comme le Mercure se termine fin 1648 il ne peut s'agir, pour la suite, que des N.O.L).

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

21 juillet 1650 – 12 août 1660. 3 volumes (coll. de B.M. Grenoble), et un numéro de 1663, n° 567 (Public Record Office, Londres). Hebdomadaire, 52 livraisons par an, un volume tous les 3 ou 4 ans.

Description de la collection

Trois tomes paginés de suite, en tout 2132 p. et 529 numéros. T. 1: p. 1-768, n°1-196 (jusqu'au 2 avril 1654); t. 2: p. 769-1422 (644 p.), n° 197-354 (jusqu'au 15 mars 1657); t. 3: p. 1423-2131 (710 p.) (jusqu'au 12 août 1660), n° 354-529.

Cahiers de 4 p. in-8°, 140 x 200.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

«Londres, par Guillaume du Gard. Par authorité. Et se vendent par Nicolas Bourne à la Porte méridionale de la Vieille Bourse. Par François Tryton, à l'enseigne des 3 poignards proche de la porte du Temple, et par Marie Constable à l'enseigne de la clé dans la salle de Westminster». A partir du n° 526, ce n'est plus Guillaume du Gard, mais J. Macock et Jeanne Bourne. Correspondant à La Haye dès le n° 44 (1651); Jean Veely, libraire à La Haye, à l'enseigne des Chroniques de Hollande. N° 567, de 1663, imprimeur indiqué: J. Brown à La Haye.

Une contrefaçon est signalée p. 176, faite par un libraire de La Haye. Le rédacteur proteste et indique que la vraie édition se distribue à La Haye chez J. Veely.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

L'imprimeur est Guillaume DU GARD (ou William Dugard) (1605-1662), qui semble avoir été aussi le rédacteur. C'est un descendant de huguenots, mais né en Angleterre, diplômé de Cambridge et directeur d'école. Il a le titre de «printer of the Council of State», pendant la durée des N.O.L. Son amitié avec Milton amène la plupart des historiens (Ascoli, Bastide, Williams, Frank) à attribuer à Milton une part importante dans ce journal, et, à travers lui, aux visées et au contrôle du Conseil d'Etat. Le numéro 526 est le dernier de Du Gard, mais le successeur, sans doute un réfugié français car il se dit «né au delà de la mer», ne semble pas avoir été longtemps rédacteur. Macock est seulement l'imprimeur. Williams qui, seul, a consulté le numéro de 1663, parle d'une interruption de deux ans, ce qui est vraisemblable puisqu'en 1660 on en est au n° 529 et que trois ans plus tard, en 1663, ne sont parus que 40 numéros d'un hebdomadaire. Il pense que le journal s'est interrompu pour raisons politiques: «l'imprimeur de ce n° 567 est Brown, le fameux «imprimeur royaliste de La Haye, revenu à Londres avec son partenaire français Jean de l'Ecluse» (op. cit., p. 137).

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Intentions: «Les belles actions» fournies par la guerre d'Ecosse, d'Irlande, du Portugal, en Angleterre. «J'ai cru, dit le rédacteur au n° 1, que je ne ferais pas chose désagréable aux Nations étrangères de leur faire part en une langue qui s'étend et s'entend par toute l'Europe de ce qui se passerait de signalé et de remarquable». Bulletins de nouvelles d'Angleterre et des pays avec lesquels elle est en relation: Hollande, France, Amérique, Portugal, Suède, Italie.

Contenu: nouvelles de la République, résolutions, ordonnances du Parlement, nouvelles religieuses; prédicateurs, sermons, délibérations des commissions religieuses, les Quakers, nouvelles des protestants à l'étranger, les persécutions en France (p. 1057), Eglises françaises de Londres (p. 668 et 728); nouvelles commerciales, traités avec les puissances étrangères, mouvements des navires, les pirates. Le centre d'intérêt est la politique de la nouvelle République d'Angleterre, le personnage de Cromwell, et les relations avec les autres pays, ainsi que la politique religieuse. Milton apparaît mais uniquement à travers ses livres et dans la controverse avec Saumaise. On trouve un peu de publicité pour des livres à prendre chez Bourne.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

B.M. Grenoble, F 18913 Rés.; B.N., Nd 83; B.L., PP 3398 (l'année 1654).

Bibliographie

Hatin, B.H.C. – Alger J.G., «A French Newspaper in London 1650-1658», Notes and Queries, 8 avril 1896. – Ascoli, La Grande-Bretagne devant l'opinion française au XVIIe siècle,Paris, 1927. – Bastide Ch., Anglais et Français du XVIIe siècle, Alcan, 1912. – Frank J., The Beginning of the English newspapers 1620-1660, Harvard University Press, 1961. – Fraser P., The Intelligence of the secretaries of State and their monopoly of licensed news (1660-1688), 1956. – Handover P.M., History of the «London Gazette», 1965. – Knatchel A., The Impact of the English Civil War and Revolution in France, 1967. – Williams J.B., History of English journalism to the foundation of the «Gazette», London, 1908.

Historique

A la fin de 1648 le Mercure anglais,première gazette française de Londres, disparaît. Dans l'intervalle confus où s'installe le gouvernement de la République, peu de journaux ont persisté. Mais en juin 1650 un nouvel hebdomadaire en français, Nouvelles ordinaires de Londres, paraît avec le même format, la même présentation (du jeudi... au jeudi...), la même typographie (fort inégale et déficiente), le même imprimeur: Robert White, le même distributeur: Nicholas Bourne, la même adresse. Le journal apparaît donc comme la continuation ou, du moins, la renaissance d'une entreprise semblable et il bénéficiera d'un public toujours en place et d'une expérience antérieure, qui lui assureront une meilleure réussite, qu'attestent sa durée et sa régularité, pendant dix ans, et le fait que, alors que le Mercure anglais est inconnu en France, on trouve deux importantes collections des Nouvelles ordinaires de Londres à la B.N. et à la B.M. de Grenoble. Si l'on n'en trouve en Angleterre que très peu d'exemplaires, cela ne signifie pas forcément qu'il n'y fut pas répandu, mais ce journal était davantage conçu pour l'exportation, et eut très vite un correspondant à La Haye.

A partir de 1660, l'existence des N.O.L. devient beaucoup plus chaotique et plus obscure. Les n° 520 à 525 relatent les fêtes, les proclamations, les solennités qui marquent le retour de la monarchie, ainsi que les détails de l'épuration. La narration reste neutre, sans commentaire, se bornant aux faits. Mais entre le n° 525 et le suivant, trois semaines s'écoulent. Le n° 526 (24 juin-15 juil.) explique le retard: «Nous avons été obligés les deux dernières semaines d'interrompre le cours ordinaire de nos relations par le caprice et la mauvaise humeur de l'imprimeur» (p. 3117), mais seule la mention de la dernière page où le nom de J. Macock est substitué à celui de Du Gard et celui de Jeanne Bourne à celui de N. Bourne, apprend aux lecteurs que le journal a changé de mains. Les deux numéros suivants ont du retard et annoncent encore des difficultés, puis la publication semble suspendue. Parmi les historiens, seul Williams nous apporte quelque renseignement sur la suite de l'histoire des N.O.L., que tous les autres historiens ont enterrées bien avant, sur la foi des collections incomplètes qu'ils ont consultées. Le seul numéro de 1663 qu'il a trouvé au P.R.O. prouve la survie de cette gazette, autant que son virage politique. Mais il faudrait retrouver d'autres numéros, sinon au-delà, du moins en-deçà: les quarante numéros qui parurent entre le 528 et le 567. Hatin signale une publication régulière jusqu'en 1668, date que nous préférons ne pas retenir pour le moment, n'ayant trouvé aucune confirmation, ni numéro des N.O.L. entre 1663 et 1668 (B.H.C, p. 90).

L'histoire des N.O.L. est très directement liée à celle de son imprimeur-rédacteur entre 1650 et 1660, et aux luttes politiques, aux changements de gouvernements, dans cette décennie capitale et mouvementée de l'histoire d'Angleterre. En 1650 Guillaume Du Gard descendant de huguenots, fils d'un ministre anglican, diplômé de Cambridge et pédagogue, était en charge d'une école depuis 6 ans, et il avait aussi une presse, d'abord à usage scolaire. En 1649 il imprima la première édition de Eikon basilike (défense de Charles Ier) et aussi l'ouvrage de Saumaise: Defensio regia. Cette prise de position royaliste en pleine révolution lui valut d'être arrêté, ses presses saisies et ce fut l'intervention de Milton qui le sauva, et même le convertit à la cause de Cromwell. Il fut rétabli dans ses biens et même nommé «imprimeur du Protecteur» (His highnes the Lord Protector's printer). Il reprit son impression de livres scolaires, et imprima aussi le livre de Milton: Eikonoklastes, réponse à Saumaise (pour sa biographie, cf. H.R. Plomer: Dictionary of Booksellers and Printers in London, 1641-1667, Oxford 1907).

L'historien J.B. Williams, suivi par Bastide, Ascoli et Frank, pense que ce fut sur l'ordre du gouvernement, et pour se dédouaner de ses sympathies royalistes, qu'il commença à publier les N.O.L., et que Milton y eut une part importante, ce qui reste à prouver. Nous avons relevé quatre courts passages où apparaît le nom de Milton (n° 30, 34, 125 et 198) qui sont en fait des annonces pour les livres de Milton dans sa controverse avec Saumaise.

J. Frank déclare: «N.O.L. were the Common Wealth version of the Mercure Anglois, as safe and dull, but a bit more professionnal». D'une gazette à l'autre, malgré le changement de gouvernement il y a une continuité certaine. Le M.A. était déjà pro-parlementaire avec une double visée, politique et religieuse, qui est reprise par les N.O.L., parce que, sans doute, le public est resté le même. Mais sous le Common Wealth, le régime de la presse est beaucoup plus contrôlé, et le périodique de Du Gard, imprimeur officiel, ami de Milton, ne peut diffuser que des nouvelles officielles. Ce qu'il semble avoir fait avec conscience et régularité, évitant les interpellations qui ont jalonné l'existence du M.A.

L'analyse du contenu a été très soigneusement faite par Bastide. Il relève les sentiments favorables à Cromwell, l'importance des nouvelles commerciales, l'intérêt pour les questions religieuses, et le ton, en général fort neutre. Mais quelle est la part du rédacteur et se borne-t-il à traduire? Nous avons étudié synoptiquement les N.O.L. et le Mercurius Politieus (pour l'année 1654, car c’est la seule période où la B.L. possède une collection des N.O.L.). Le M.P. paraissait le même jour chez le même éditeur. La disposition des nouvelles est tout à fait différente et nous n'avons pas trouvé de paragraphe traduit quand il s'agissait des mêmes nouvelles. Cela infirme l'opinion de M.P. Handover disant que Nedham, le rédacteur du M.P. avait donné avant la Gazette de Londres un bulletin de nouvelles traduit en français (p. 5, «Nedham's Politicus had similarly appeared in a French version»). Il est néanmoins certain que, comme le souligne Frank, sans l'appui de Nedham, le grand et – de 1655 à 1660, pratiquement – le seul journaliste du Common Wealth, le journal de Du Gard n'aurait pas pu paraître régulièrement et se maintenir pendant dix ans. Certain aussi que l'abandon de Du Gard en 1660 («son caprice et sa mauvaise humeur», N.O.L., n° 525, p. 3117) est l'expression d'une crise intérieure. Déjà en 1649, Du Gard avait retourné sa veste; une second volte-face politique semble difficile. Alger se demande si le journal était subventionné? Nous n'avons pas de réponse à ce sujet, mais il est évident que la question se pose, liée à celle de la circulation et de la réception de ce journal destiné à l'exportation et à la propagande. Knatchel démontre que la cause qu'il servait, surtout dans le contexte diplomatique du début de la décennie était compromise, et il ne dut pas être fort bien reçu en France ni par le gouvernement, ni par les huguenots. L'histoire de cette réception reste à faire. Frank dit «certainly Cardinal Mazarin one of its irregular readers had better sources of information» (p. 210). Il n'indique pas d'où il tire que Mazarin ait lu le périodique «irrégulièrement». La supposition est plausible, mais à vérifier. Mazarin (cf. Knatchel) suivait de très près la politique de Cromwell et pouvait préférer lire en français les nouvelles anglaises.

Comment, enfin, les N.O.L. circulaient-elles? On peut supposer un transit important par la Hollande. L'apparition d'une contrefaçon à La Haye dès 1651 prouve un certain succès car on ne contrefait pas, généralement, un ouvrage qui ne se vend pas. Une recherche serait à faire dans les bibliothèques hollandaises, qui permettrait peut-être d'éclairer l'existence du périodique après le retrait de Du Gard. Il resterait à faire encore une recherche historique sur la base d'une étude attentive du texte et d'une comparaison systématique et approfondie avec la presse anglaise du temps, qui permettrait de mieux comprendre et la portée diplomatique du périodique et la relation du rédacteur avec le pouvoir.

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NOUVELLES ORDINAIRES DE LONDRES

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