L'OBSERVATEUR AMÉRICAIN

1071
1776
?

Titre(s)

L'Observateur américain.

Continuation de la Gazette des petites Antilles qui cesse sa publication avec le n° 52, vol. II, 2 juillet 1776.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

15 juillet 1776– début de 1777. Bimensuel publié le 1er et le 15 de chaque mois. Un volume par an.

Description de la collection

Le numéro paraît sur une colonne. Pagination continue ; 130 x 190, in-8°.

Devise : «Je méprise celui qui flatte, / Je plains celui qu'on a flatté. / J'aime Platon, j'aime Socrate, / Mais j'adore la vérité».

Sans illustrations.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Le seul numéro de ce périodique conservé à la B.N. ne mentionne ni le lieu de publication ni l'imprimeur. L'Observateur américain n'a cependant pas été publié à la Guadeloupe, comme indiqué par erreur dans le Catalogue collectif des périodiques, mais à Roseau, île de la Dominique. L'imprimeur est probablement, du moins au début, Charles Dunn, qui imprime en 1776 la Gazette des petites Antilles.

Le montant de l'abonnement était de 1 moëde et demie pour l'année, 6 gourdes pour la demi-année, «chaque terme payable d'avance». La «gourde» ou «piastre-gourde» valait, note Moreau de Saint-Méry en 1797, 5 £ 10 s., «argent de France, 8 £ 5 s., «argent des Colonies».

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Pierre-Ulrich DUBUISSON.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

B.N., 8° Lc12 132 (treizième quinzaine, 15 janv. 1777 ; 21 p., paginées de 350 à 370).

Historique

Hebdomadaire, la Gazette des petites Antilles était publiée chaque mardi à Roseau, île de la Dominique, depuis le 5 juillet 1774. Au mois de mars 1776, son rédacteur, Pierre-Ulrich Dubuisson, annonce son intention de changer «le nom et la forme» du journal : «le titre de Gazette que nous avons trouvé à cette Feuille périodique lorsque nous nous en sommes directement chargé, ne répondant nullement à nos vues et à nos idées, et même ayant bien des fois gêné notre plan, nous prévenons le Public qu'à l'expiration de cette seconde année, c'est à dire le 2 juillet prochain, nous changerons le nom et la forme de cet ouvrage, qui paraîtra seulement deux fois par mois, à commencer de cette époque, sous le titre Observateur américain et sous le format d'un grand in-12 d'environ 30 pages» (G.P.A., t. II, p. 151).

Le changement de périodicité, comme de titre et de format, et cela alors même que le journal a du succès, s'expliquent par la manière dont Dubuisson conçoit son rôle de journaliste. Bien que publiée sous «le titre commun de gazette»,  la Gazette des petites Antilles se voulait en effet moins un journal d'information générale qu'un journal politique, à la fois «un recueil exact d'observations philosophiques» et un «monument élevé contre l'oppression» existant dans les colonies française (t. II, p. 1-2). En adoptant une périodicité bimensuelle, Dubuisson cherche à se libérer des exigences de l'actualité immédiate, à prendre ses distances par rapport à l'événement afin de mieux l'«observer», de mieux l'analyser et le juger. Le nouveau titre choisi souligne ce rôle essentiel assigné au journal, de même qu'il met en avant un autre parti pris : publier un journal consacré avant tout aux colonies de la mer des Antilles et plus généralement à ce continent américain dont elles font partie. Le journaliste se veut un «philosophe observateur» mais aussi un «américain», attitude particulièrement significative au moment où les colonies anglaises d'Amérique du Nord s'insurgent contre leur métropole, et que, dans les colonies de la mer des Antilles, se développe ce qu'on peut appeler une «prise de conscience américaine», prise de conscience qui vient renforcer les aspirations autonomistes d'une grande partie des colons, leur désir de prendre leur destin en mains ou du moins d'y avoir leur mot à dire. Pour Dubuisson, le journal est certes un organe d'information, mais aussi et surtout le lieu d'une réflexion et, par cela même, un moyen d'intervention.

La nouvelle périodicité et le format plus étendu qui en résulte, donnent aussi «la facilité de varier [les] matières» et de «traiter toutes sortes de sujets» afin de répondre aux «différents goûts [des] lecteurs» (t. II, p. 204). Dubuisson, se souvenant de La Fontaine («Promettre est un, et tenir est un autre»), ne précise pas quels sont ces nouveaux sujets qu'il veut traiter, mais il est probable qu'il a l'intention de faire place dans sa publication aux «Arts et aux Sciences», et notamment à ces «articles de littérature» qu'ont réclamés notamment à plusieurs reprises les lecteurs de la Gazette des petites Antilles (t. II, p. 86). Les «Sciences et les Arts, remarquera-t-il par la suite, plus intimement liés à la politique des empires qu'on ne le pense communément, en préparent, en amènent les révolutions. Une masse suffisante de lumières répandues dans des contrées auparavant couvertes des voiles de l'ignorance, en instruit les habitants de leurs forces intrinsèques : c'est après les avoir fait penser par eux-mêmes, qu'elle leur suscite le courage d'agir pour eux-mêmes» (Abrégé, p. 58-59).

Le seul numéro de L'Observateur américain conservé à la Bibliothèque nationale ne permet de juger ni du contenu réel, ni de la carrière de ce journal. Continuant la tradition de la Gazette des petites Antilles, il s'ouvre sur une «lettre à l'éditeur» qui joue le rôle d'éditorial. La lettre publiée en tête de ce n° 13 compare le traitement des esclaves dans les colonies anglaises et françaises et, remarquant que les «conspirations de nègres» sont plus fréquentes dans les possessions anglaises, s'interroge sur la question de savoir si «l'homme libre serait [...] un maître plus dur que celui qui est assujetti lui-même à un gouvernement absolu» (p. 350). Cette lettre, envoyée par un lecteur de la Guadeloupe, occupe la moitié de la livraison (p. 350-360) ; le reste est consacré aux «Nouvelles politiques», nouvelles en provenance de Londres, de Paris, et des îles de la mer des Antilles, et qui, pour la plupart, se rapportent à la lutte de l'Angleterre contre les «insurgés» américains (p. 361-369). En dernière page, un Avis de l'éditeur appelant au règlement des abonnements en souffrance et de ceux dus pour le second semestre qui commence, est suivi d'un tableau des «prix courants» des principales denrées et marchandises produites ou importées dans la colonie (p. 370).

La publication de L'Observateur américain a sans doute cessé au cours de l'année 1777. Au début de l'année suivante, Dubuisson est à Saint-Domingue où il fait représenter, sur la scène de la Comédie du Cap, l'Ecole des pères ou les Effets de la prévention, drame en cinq actes et en prose (J. Fouchard, Le Théâtre à Saint-Domingue, p. 260). La même année Dubuisson publie à Paris un Abrégé de la révolution de l'Amérique anglaise qu'il a en grande partie composé à partir des articles publiés dans la Gazette des petites Antilles, et très probablement aussi dans L'Observateur américain, sur cette révolution «importante» qui va «changer les intérêts politiques de toutes les Nations de l'un et de l'autre hémisphère» (Abrégé, p. 12).

Titre indexé

OBSERVATEUR AMÉRICAIN

Date indexée

1776

MERCURE DES ANTILLES

0933
1783

Titre(s)

Mercure des Antilles ou essais philosophiques, économiques critiques et politiques concernant cette partie du Nouveau Monde.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Le prospectus, diffusé au mois d'août 1783, annonce la publication mensuelle du Mercure des Antilles à partir du mois suivant. Le premier et seul numéro publié est le numéro de décembre 1783, distribué en janvier 1784.

Description de la collection

Le numéro paraît sur une colonne, petit in-8°. Devise, empruntée à Ovide: Nec... ira, nec ignes, nec poterit ferrum... Sans illustration.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

A Kingston, île de la Jamaïque, chez Lewis et Eberall, imprimeurs associés.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Abbé ROLAND.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Dans la dédicace du journal, en tête du premier numéro, l'abbé Roland trace le plan qu'il se propose de suivre: «La partie la plus essentielle sans doute de l'ouvrage périodique que j'offre au public sera la partie économique. [...] De bons auteurs, de bonnes correspondances me donneront la partie philosophique. Je cueillerai au pied des Mornes mieux que dans le Sacré Vallon assez de fleurs pour orner la partie de la littérature. Celle des Nouvelles me coûtera peu, puisque j'habite un pays où jusqu'aux rêves sont des Essais de Politique. Quant aux Articles Miscellanes, j'ai à m'égarer dans la plaine qui s'étend le long du Mont Ménale. Qu'importe à Mercure d'y dérober une seconde fois les troupeaux et la lyre d'Apollon pour y sacrifier d'autres Argus à la vengeance de Jupiter».

Le premier numéro contient les articles suivants: 1) «Correspondance entre deux amis dont l'un s'instruit en Amérique et l'autre en France de tout ce qui peut piquer la curiosité d'un philosophe et observateur. Lettre première» (p. 7-28); 2) «Pièces fugitives» (p. 29-35); 3) «Lettres d'Emilie ou l'accord de l'Amour et de la Raison, par Madame de..., créole» (p. 36-45); 4) «Observation relative à l'Alambic dont on se sert dans les guildiveries des colonies» (p. 46-49); 5) «Lettre à M. de Bellecombe, gouverneur général de l'isle Saint-Domingue» (p. 49-55); 6) «Appel d'un arrêt du Conseil de Port-au-Prince au tribunal de la Raison et de l'Impartialité» (p. 55-64); 7) «Avis particulier» (p. 65); 8) «Prix des denrées et marchandises [...] à Kingston» (p. 66); 9) «Nouvelles politiques» (p. 67-72).

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Archives de la France d'Outre-Mer, Aix-en-Provence, Recueil Colonies 8/8 (n° 1, déc. 1783)

Bibliographie

Debien G., «Un abbé maître de pension à Saint-Domingue puis journaliste à la Jamaïque (1781-1783)», Revue de la Porte Océane, II, 1955, n° 8, p. 7-13; n° 9, p. 14-18; n° 10, p. 5-8, 15-16; n° 11, p. 16-18.

Historique

Etabli maître de pension au Cap, l'abbé Roland se voit forcé de quitter Saint-Domingue au début de 1783. Les raisons de son départ sont sans doute à trouver dans son «philosophisme», qui irrite les autorités politiques et religieuses de la colonie, mais aussi dans une affaire de mœurs qui provoque la fermeture de sa pension: dans une lettre au maréchal de Castries, ministre de la Marine, le père Julien dénoncera par la suite la «perversité des mœurs» de ce «soi-disant abbé qui tenait école au Cap» (Debien, n° 8, p. 11).

Réfugié à Kingston, capitale de l'île anglaise de la Jamaïque, l'abbé Roland s'essaie dans une nouvelle carrière, le journalisme. A la fin du mois d'août 1783, il annonce la publication, à partir du mois suivant, d'un mensuel destiné aux colonies françaises de la mer des Antilles, et plus particulièrement à celle de Saint-Domingue. Des difficultés matérielles et financières vont cependant retarder la publication du premier numéro du Mercure des Antilles. Sur les six imprimeries établies alors à la Jamaïque, une seule possède en effet les caractères nécessaires pour l'impression en français, particulièrement ces «accents qui différencient la composition française d'avec l'anglaise» (Aux abonnés). Ne pouvant donc traiter qu'avec cet imprimeur, l'abbé Roland doit en accepter les conditions «exorbitantes»: 1320 livres pour l'impression de chaque numéro, sans compter le papier dont la fourniture est à sa charge. De plus, les deux «compositeurs français» qu'il avait engagés avant son départ de Saint-Domingue lui ayant fait faux-bond, il se voit obligé de passer lui-même «les jours et les nuits à guider [un compositeur anglais] dans la composition d'un ouvrage dont il n'entendait aucunement la langue» (Mercure, p. 72). Finalement le premier numéro, daté de décembre 1783, est distribué au cours du mois de janvier 1784. Il est tiré à plus de 800 exemplaires qui sont presque tous envoyés à Saint-Domingue (Aux abonnés).

La dédicace du journal à «Messieurs [les membres] des Chambres d'Agriculture des Colonies françaises», l'appel à leur soutien, à leurs «lumières» et à leurs «conseils», sont significatifs des intentions de l'abbé Roland. Le Mercure des Antilles se veut un journal «utile» qui, en jouant le rôle de diffuseur de la connaissance et de «catalyseur» de l'activité, cherche à aider au développement et au progrès des colonies. A leur progrès économique d'abord, par la publication d'articles, de mémoires, d'«observations», sur les moyens, par exemple, de perfectionner et de diversifier les productions coloniales: le premier numéro contient un compte rendu de «recherches» faites en vue d'épargner le combustible utilisé dans les sucreries et les distilleries (p. 46-49), et une lettre d'un «habitant» de la Jamaïque désireux de comparer ses propres expériences sur la culture des différentes espèces de café et d'indigo avec celles qu'auraient pu faire les cultivateurs de Saint-Domingue (p. 65). Le Mercure des Antilles se donne aussi pour tâche d'encourager le développement de la vie culturelle dans les colonies, offrant une «partie philosophique» et une «partie de littérature», et faisant appel, notamment pour cette dernière partie, aux contributions locales. Dans le premier numéro on trouve surtout des «pièces fugitives», énigmes, charades, odes, «petits vers» de circonstance, mais aussi le début intéressant d'un roman tiré du «portefeuille d'une dame créole», les Lettres d'Emilie, histoire de l'amour d'une jeune créole de la Guadeloupe pour un officier anglais des troupes d'occupation de l'île pendant la guerre de Sept Ans. «Bien des colons y reconnaîtront sans doute les acteurs principaux» de l'histoire, remarque le rédacteur, mais ce n'est pas «une raison pour les laisser ensevelis dans l'oubli», d'autant que «cet ouvrage [se distingue] de la foule des romans qui n'échauffent que l'imagination et corrompent le cœur sans satisfaire le sentiment» (p. 35. 45).

Si le Mercure des Antilles veut ainsi aider au progrès économique et culturel des colonies, ce n'est cependant pas sans arrière-pensées. Les Chambres d'Agriculture auxquelles il est dédié, et notamment celle du Cap, étaient en fait le «réduit de l'esprit colon, de l'esprit de résistance coloniale» face à la métropole (Debien, n° 8, p. 12). Réfléchissant sur «l'ancienne opulence» des colonies, l'abbé Roland remarque que leur prospérité était due non seulement à une «économie sage» mais aussi à une «administration éclairée». C'est dans la politique coloniale de la métropole et dans «l'ineptie» de ses représentants aux colonies qu'il faut trouver les causes essentielles de la «décadence» des colonies. Dénonçant le «despotisme» de Versailles comme la corruption, les abus de pouvoir, les «procédés d'injustice et d'horreur» des administrateurs coloniaux, le Mercure des Antilles reprend à son compte les principales revendications des colons: le remplacement des administrateurs militaires par des civils, notamment pour le poste de gouverneur; des magistrats et des administrateurs nés aux colonies ou du moins ayant déjà une expérience locale; des établissements d'enseignement secondaire; la reconnaissance et l'application du «droit sacré d'une juste représentation»; une participation directe dans les affaires de la colonie (p. 20, 26, 54, et passim). Sous ces revendications se révèlent les aspirations des colons, leur conviction grandissante que le progrès et la prospérité des colonies ne peuvent passer que par la conquête d'un statut politique et juridique propre, par l'autonomie, sinon l'indépendance.

La lutte contre la métropole est aussi une lutte contre les «idées nouvelles» qui s'y développent et qui pourraient conduire à une remise en question des bases mêmes du système colonial. Le Mercure des Antilles met ainsi en garde ses lecteurs contre «les erreurs» et «les faussetés» de l'abbé Raynal qui a «prétendu et osé de son cabinet, à 2 ou 3 000 lieues de ces contrées, parler en historien et en observateur d'un monde qu'il ne connaissait que par ouï-dire, par des correspondances toujours fautives quand on ne vérifie rien par soi-même et qu'on ne copie que des auteurs suspects et des moines ignorants» (p. 8). Tout en reconnaissant et en condamnant les pratiques de «quelques maîtres barbares», le «philosophe observateur» dont le Mercure des Antilles entreprend de publier la correspondance, défend «la servitude des nègres» dont «l'horreur prétendue» a été très exagérée; «à l'abri de toute inquiétude», traités pour la plupart avec «humanité», comme le sont «des enfants par leur père», les esclaves sont en fait souvent «plus heureux que nos domestiques d'Europe» (p. 10-14).

La défense de l'esclavage s'appuie sur la ferme conviction que son maintien est non seulement nécessaire à la prospérité des colonies mais aussi à leur existence même; celle du «préjugé de couleur», comme le montre l'«Appel de l'arrêt du Conseil de Port-au-Prince dans l'affaire Montas» (p. 55-64), naît du désir de préserver une position privilégiée dans un ordre social dont la clé de voûte est la discrimination raciale. N'ayant pu, comme ils le voulaient, faire leur service dans le corps des «dragons-milices» qui traditionnellement se recrutait uniquement parmi les Blancs, les trois frères Montas, d'une riche famille de mulâtres libres de l'Artibonite, avaient porté l'affaire devant le Conseil de Port-au-Prince qui avait finalement jugé en leur faveur. «Ce qui révolte, remarque l'abbé Roland, c'est un Conseil qui décide en aveugle contre le sentiment presque unanime de toute une colonie», c'est un «gouvernement» qui «viol[e] tous les droits des colons» et les force à agir «contre leur honneur, contre la première loi qui constitue leurs privilèges et les distingue d'avec les esclaves [...]; il n'existe aucune loi qui assigne à quel degré positivement, à quelle génération on pourra forcer un citoyen de familiariser en pair à compagnon avec une famille originaire de Guinée» (p. 62). On retrouve «l'esprit colon» dans cette tentative de justification du «préjugé de couleur» comme dans la dénonciation à la fois des «prétentions» des gens de couleur libres et de «la légèreté coupable d'une cour de justice coloniale» qui a cédé aux pressions des représentants de la métropole – le gouverneur s'était en effet montré favorable à la requête des frères Montas, requête qui allait d'ailleurs dans le sens de certaines dispositions du Code noir qui accordaient les mêmes droits aux Blancs et aux gens de couleur libres. Les prises de position du Mercure des Antilles témoignent de l'écart grandissant des esprits et des intérêts entre la métropole et ses colonies, comme des mutations qui s'opèrent au sein de la société coloniale, la vitalité intellectuelle et économique d'une classe montante, celle des gens de couleur libres, poussant à la défensive les Blancs soucieux de maintenir l'ordre colonial traditionnel afin de préserver leurs avantages et privilèges.

Avant son départ de Saint-Domingue, l'abbé Roland aurait reçu du gouverneur lui-même l'assurance que son journal pourrait librement entrer dans la colonie (p. 49). Il avait l'intention d'établir «le dépôt général» du Mercure des Antilles au Port-au-Prince et s'était, semble-t-il, de ce fait déjà entendu avec Joseph-Antoine Lorquet, le directeur des Postes de l'île (p. 72; Aux Abonnés). Mais dès le premier numéro, la distribution du journal est perturbée par «l'armée combinée des corsaires royaux» (ibid.). De plus, les soutiens sur lesquels l'abbé Roland comptait dans la colonie – «tout Saint-Domingue dès la publication du Prospectus que j'avais donné, n'avait qu'une voix pour me promettre sept ou huit cents amateurs» (ibid.)ne se matérialisent pas. Avec 800 abonnés «les frais devaient être compensés par les profits», mais au début de 1784, il n'a que 200 abonnés qui d'ailleurs, pour la plupart, ne semblent pas encore avoir acquitté leurs souscriptions. Pour que l'entreprise soit rentable, note l'abbé Roland, il faudrait au moins un revenu annuel de 50 à 60 000 livres: aux frais d'impression, estimés à 20 000 livres, s'ajoutent les frais de distribution, «3 gourdes par exemplaire», ceux des «différentes correspondances [...] établies dans toute l'Europe par la voie de Londres», «200 guinées», plus les dépenses personnelles et «de maison». Endetté, faisant déjà face à un déficit de près de 18 000 livres, l'abbé Roland se voit obligé de «se désister», d'abandonner «le beau rêve qu'[il] avait fait», et cela bien que le second numéro soit déjà «imprimé en partie et rédigé en entier». Il annonce sa décision dans une lettre imprimée qu'il envoie à ses abonnés à la fin du mois d'avril 1784 – «pour consacrer sa vie à chercher, à dire la vérité, pour en faire retentir les accents aux dépens même de son bonheur et de son repos, encore faut-il que ces mêmes accents ne soient pas étouffés par les cris de la misère et du besoin».

Rédigeant le Mercure des Antilles, l'abbé Roland s'affirmait «une plume libre, indépendante, véridique» désireuse de «venger l'innocent opprimé et de transmettre à la postérité tous les attentats commis contre les droits sacrés qu'ont tous les hommes au bonheur et à la liberté» (p. 54). En fait, peut-être par conviction personnelle, mais aussi sans doute dans le désir de faciliter le succès de son entreprise en s'assurant le soutien d'un public déterminé, il semble avoir voulu faire du Mercure des Antilles le porte-parole d'un parti, du parti des planteurs, du «parti colon». L'abbé Roland ne se borne cependant pas à reprendre la rhétorique des Lumières. Par beaucoup d'aspects, par sa foi dans l'éducation et dans les «Sciences et les Arts» comme instruments de progrès, par sa défense de la tolérance religieuse, par son «patriotisme», son souci d'être «utile» et de travailler au «bien public», ou par son parti pris de combattre l'oppression pour affirmer le droit au «bonheur» et à la «liberté», il participe de «l'esprit nouveau». Mais celui-ci est aussi parfois détourné, perverti, mis au service de causes qu'il combat en principe: l'appel de l'arrêt du Conseil de Port-au-Prince dans l'affaire Montas, défense véhémente des «droits» et «privilèges» associés à la couleur de la peau, est fait devant «le tribunal de la Raison». Directement ou indirectement, ces prises de position, ces contradictions mêmes, sont significatives de la fermentation de l'opinion coloniale et du débat d'idées qui s'engage et qui, à la veille de 1789, annonce et prépare les luttes à venir.

Titre indexé

MERCURE DES ANTILLES

Date indexée

1783

LETTRES HISTORIQUES ET GALANTES

0823
1707
1717

Titre(s)

Lettres historiques et galantes par Madame de C***. Ouvrage curieux.

Titre modifié à partir du t. VI: Lettres historiques et galantes de deux dames de condition dont l'une était à Paris et l'autre en province. Le t. VI porte comme sous-titre: «Où l'on trouve les Plans et la description de la ville d'Utrecht; une Relation de ce qui s'y est passé de plus particulier pendant la tenue du Congrès; avec les Armes de tous les Ambassadeurs».

A l'édition de 1720 des Lettres historiques et galantes (Amsterdam, Pierre Brunel, 4 vol.), publiée après la mort de Mme Dunoyer, sera ajoutée une «suite» intitulée Lettres nouvelles, galantes, historiques, morales, critiques, satiriques, comiques, de Madame D. (vol. 5, Amsterdam, Pierre Brunel, 1726). Ces Lettres nouvelles, qui contiennent certaines lettres de Mme Dunoyer, avaient été publiées pour la première fois à Nîmes en 1713.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Les dates de publication des Lettres historiques et galantes posent un problème. Quérard, Barbier, qui ont été suivis jusqu'à nos jours par les différents bibliographes (cf. par ex. Cior 18, n° 26648), indiquent qu'elles auraient été publiées pour la première fois en 1704, à Cologne, en sept volumes. Cette édition n'a pas pu être localisée, mais si elle a réellement existé, elle n'aurait pu être que «partielle», car l'ensemble des Lettres historiques et galantes couvre une période de plus de vingt-cinq années, les premières traitant d'événements antérieurs au traité de Ryswick de 1697 et les dernières faisant référence aux premières années de la Régence du duc d'Orléans. En fait, d'après le texte, seuls les deux premiers tomes des Lettres historiques et galantes auraient pu être publiés en 1704.

Ce n'est cependant qu'en juillet 1708 que Les Nouvelles de la République des Lettres rendent compte de la publication des deux premiers tomes des Lettres historiques et galantes, indiquant que le premier tome «a paru avant le second, [et] s'est débité si promptement qu'il a fallu en faire une seconde édition pour satisfaire à la curiosité du public» (p. 104). D'après ce compte rendu et d'autres mentions des Lettres dans les journaux et écrits du temps, comme d'après l'étude des différentes éditions des Lettres qui ont pu être localisées, l'analyse interne du texte et la datation des événements auxquels il se réfère, les dates de publication des sept tomes des Lettres historiques et galantes s'établiraient comme suit: t. I, 170; t. II, 1708 (N.R.L., juil. 1708, p. 103-105); t. III, 1710 (N.R.L., août 1710, p. 235-236); t. IV, 1711; t. V, 1712 (La Quintessence, 30 juin 1712); t. VI, 1713 (Q., 15 mai 1713); t. VII, 1717 (Q., 19 août 1717).

Description de la collection

Les Lettres historiques et galantes sont composées de 111 lettres qui se répartissent comme suit dans les premières éditions: t. I, lettres 1 à 20; t. II, lettres 21 à 40; t. III, lettres 41 à 50; t. IV, lettres 51 à 69; t. V, lettres 70 à 87; t. VI, lettres 88 à 100; t. VII, lettres 101 à 111.

Chaque tome est illustré d'un frontispice dû à Pierre Husson. Le t. VI contient un plan de la ville d'Utrecht et la reproduction des «armes» des différents ministres plénipotentiaires participant au congrès de 1713. Sans devise.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Cologne, Pierre Marteau. Sous cette «fausse adresse», se cache Pierre Husson, imprimeur, graveur, et «marchand-libraire sur le Kapelbrugge à La Haye» (Q., 19 juil., 19 août 1717).

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Anne-Marguerite Petit Dunoyer (Madame DUNOYER).

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Sous la forme d'un échange de correspondance entre deux amies, les Lettres historiques et galantes se veulent la chronique des dernières années du règne de Louis XIV et des premières années de la Régence. Aux «réflexions sur les affaires du temps», aux «nouvelles publiques et particulières», aux échos de la Cour et de la Ville, se mêlent des «historiettes», des anecdotes plaisantes, piquantes ou scandaleuses, des bons mots, des poèmes, des chansons, tout ce qui «coure» et fait «grand bruit» Lettres, passim.

Publiées en Hollande, les Lettres historiques et galantes veulent profiter de la «liberté du pays» pour «lever les masques» et révéler la «face cachée» des «choses» et des «héros et héroïnes du temps»: «ce n'est pas sans raison que le ciel nous a donné deux oreilles, et il est très dangereux de n'écouter que d'un côté, puisque toutes les choses de la vie ont deux faces» (L. 56 et passim. La situation politique et religieuse de la France dans les dernières années du règne de Louis XIV, et notamment le sort réservé aux protestants à la suite de la révocation de l'Edit de Nantes, sont les principaux centres d'intérêt des Lettres historiques et galantes.

Collections consultées: Cologne, Pierre Marteau, 1712-1718 (Ars., BL 31 722, in-12); cette collection est composée des volumes suivants: I et II, 4e éd., 1714; III, 2e éd., 1712; IV, 2e éd., 1714; V, 1713; VI, 1713; VII, 1718.

Cologne, Pierre Marteau, 1712-1733 (Library of Congress, DC 130. D8. A2/A19, in-16): I et II, 5e éd., 1733; III, 2e éd., 1712; IV, 2e éd., 1715; V, 1712; VI, 1713; VII, 1718.

B.L., 12510 aaaa. 25, Université de Floride, N.U.C., ND 0440314: exemplaires des éditions de 1707 et 1708 des deux premiers tomes.

Bibliographie

Les Lettres historiques et galantes ont été rééditées tout au long du XVIIIe siècle. Principales rééditions: Cologne [Amsterdam], Pierre Brunel, 1720, 4 vol.; Amsterdam, Pierre Brunel, 1732, 5 vol.; Cologne [La Haye], Pierre Marteau, 1733-1738, 7 vol.; Amsterdam, Aux dépens de la Compagnie, 1738, 5 vol.; Londres [La Haye], Jean Nourse, 1739, 6 vol., et 1741, 6 vol.; Londres, 1757, 9 vol.; Amsterdam, Par la Compagnie, 1760, 6 vol.; La Haye, Pierre Husson, 1761, 7 vol.; Paris et Avignon, 1790, 11 vol. Ces éditions, publiées après la mort de Mme Dunoyer, comportent de nombreuses variantes, suppressions et ajouts. L'édition des Mémoires et Lettres galantes publiée à Paris en 1910 par Arnelle, ne contient que des extraits réarrangés des Lettres historiques et galantes et des Lettres nouvelles.

Les deux premiers tomes des Lettres historiques et galantes ont été traduits en anglais dès 1716: Letters from a lady at Paris to a lady at Avignon, containing a particular account of the city, the politicks, intrigues, gallantry, and secret history of persons of the first quality in France, London, W. Means and J. Browne, 1716-1717, 2 vol. Cette traduction est peu exacte et très incomplète.

Historique

Agée de 23 ans, Anne Marguerite Petit s'était réfugiée pour la première fois en Hollande en mai 1686 pour échapper aux persécutions des dragons venus occuper Nîmes à la suite de la révocation de l'Edit de Nantes. A la fin de la même année, elle rentre en France et habite à Paris chez son oncle Cotton. Celui-ci la poussant à se convertir au catholicisme, elle tente de nouveau de quitter la France pendant l'été 1687. Rattrapée à Dieppe alors qu'elle est sur le point de s'embarquer pour l'Angleterre, elle est ramenée à Paris et enfermée à l'Institut des Nouvelles Catholiques puis au couvent de l'Union chrétienne, rue Saint-Denis. Elle en sort le 18 mai 1688 pour épouser un capitaine au régiment de Toulouse, Guillaume Dunoyer, renonçant de ce fait à la foi protestante.

Les relations entre les deux époux s'étant par la suite peu à peu dégradées, Mme Dunoyer, en compagnie de ses deux filles, Anne, 12 ans, et Olympe, 9 ans, se réfugie de nouveau en Hollande à la fin de l'été 1701. Les premières années du refuge sont difficiles, Mme Dunoyer devant à la fois faire face à une situation financière précaire et à l'hostilité ouverte d'une partie du milieu réfugié qui lui reproche ses intrigues et met en doute la solidité de sa foi. Dans ses Mémoires, qu'elle commence à rédiger au printemps 1703 pour répondre aux attaques dont elle est l'objet de la part des «ligues offensives et défensives» formées contre elle par «la gent réfugiée», elle se décrit alors au bord de la misère, mangeant en «chambre garnie» le «pain de l'angoisse», mettant en gage ses bijoux et confectionnant des coiffes de perruque et des bourses en fil de soie pour survivre. Ecrire va être d'abord pour Mme Dunoyer une ressource. Elle le fait poussée à la fois par le besoin d'argent et par le souci de se justifier, de «donner une juste idée [d'elle-même] dans un temps où la calomnie tâche de défigurer les gens» (Mémoires, Cologne, 1710-1711, t. I, p. 21-22; t. III, p. 261, 281; t. IV, p. 26, 34; et passim). Le succès de ses Mémoires et de ses Lettres historiques et galantes, la rédaction de La Quintessence, dont elle obtient le privilège en 1711, vont lui permettre d'assurer sa fortune sinon sa position.

Vie et écriture sont toujours étroitement mêlées chez Mme Dunoyer, et l'origine des Lettres historiques et galantes se trouve très probablement dans sa propre correspondance, «un badinage [...] établi d'abord pour le plaisir» (Lettres nouvelles, éd. 1910, p. 99) et repris par la suite pour servir de cadre à une publication. Dans les Lettres historiques et galantes, deux amies, l'une habitant Paris, l'autre à la suite de son mariage, voyageant et résidant en province et à l'étranger au gré des «affaires» de son mari, échangent une correspondance et se communiquent réciproquement les nouvelles intéressantes qui viennent à leur connaissance. Les voyages et séjours de la «dame de province» correspondent à ceux de Mme Dunoyer: Nîmes, Orange, où, orpheline, elle a passé une partie de son enfance recueillie par sa tante Saporta; Lyon, où elle se cache fin décembre 1685, cherchant à gagner la Suisse pour échapper aux «dragonnades»; Avignon, Nîmes, où elle revient vivre en 1688, à la suite de son mariage avec Guillaume Dunoyer qui sera élu par la suite Premier Consul de la ville de Nîmes; Montpellier, Toulouse, où les deux époux résident après 1694, à la suite de l'achat de la charge de Grand Maître des Eaux et Forêts du Languedoc; Quillan, Barèges, Bagnères-de-Bigorre, qu'elle visite, accompagnant son mari dans ses tournées; Aix-la-Chapelle, Utrecht, La Haye, où elle séjourne après avoir quitté la France. L'identité de la «dame de Paris» n'est pas révélée mais il semble qu'il s'agisse d'une amie de Nîmes venue résider à Paris. La correspondance entre cette «dame de Paris» et Mme Dunoyer a sans doute débuté après le mariage de Mme Dunoyer et son départ en province à la fin de 1688, ce qui explique que les deux premiers volumes, bien que publiés en 1707 et 1708, traitent pour la plupart d'événements qui se sont passés dans les dernières années du XVIIe siècle – «ces lettres ont été écrites avant la Paix de Ryswick [...] et on y parle des choses sur le pied qu'elles étaient dans ce temps là» (Avis au lecteur, t. I).

L'existence d'une correspondance personnelle qui serait à l'origine des Lettres historiques et galantes est confirmée par la publication, séparément, à Nîmes, en 1713, des Lettres nouvelles dans lesquelles on retrouve des lettres dues à Mme Dunoyer. Dans ces Lettres nouvelles, qui reprennent la même formule que les Lettres historiques et galantes, l'une des correspondantes raconte qu'elle a un jour acheté à un colporteur quelques livres «défendus» de Hollande parmi lesquels se trouvaient plusieurs œuvres de Mme Dunoyer. En ouvrant le premier volume des Lettres historiques et galantes,elle découvre à sa surprise que son «petit commerce de lettres» y est exposé au grand jour: «si tôt que mon marchand fut parti, je commençai à parcourir vos Lettres galantes; je ne fus pas je vous l'assure peu surprise de m'y reconnaître pour votre fidèle correspondante: je tremblai à chaque feuille d'y trouver mon nom. Je n'étais pas moins surprise que vous ayiez rendu public un badinage que nous n'avions établi que pour le plaisir» (éd. 1910, p. 98). C'est sans doute à cette correspondante, la «dame de Paris», que l'on doit l'édition des Lettres nouvelles : celle-ci n'aurait en fait que rendu la pareille à Mme Dunoyer en publiant de son côté des lettres qu'elle avait reçues de son amie. Après la mort de Mme Dunoyer, les Lettres nouvelles seront incluses dans plusieurs rééditions des Lettres historiques et galantes. Elles y sont présentées comme une suite de celles-ci (Amsterdam, Pierre Brunel, 1726), ou simplement incorporées au texte original (Amsterdam, Par la Compagnie, 1760).

Les Lettres historiques et galantes ayant leur origine dans une correspondance personnelle, il est possible qu'elles aient circulé, à un moment ou à un autre de leur élaboration, sous forme manuscrite. La «dame de province» mentionne simplement qu'elle lit et «prête» ses lettres dans les sociétés où elle se trouve (L. 35, et passim), une pratique sociale courante à l'époque. Publiées à partir de 1707, elles ont un succès immédiat et qui ne va pas se démentir tout au long du XVIIIe siècle. Dès 1708 le premier tome est réédité, et en 1714 les deux premiers tomes en sont déjà à leur quatrième édition. Ce succès était prévisible, remarque le rédacteur des Nouvelles de la République des Lettres:«ceux qui connaissent un peu [le] goût du public d'à présent, eussent pû, à coup sûr, faire l'Horoscope de cet ouvrage avant qu'il fut publié», car aux «Nouvelles publiques, accompagnées d'ordinaire de jolies réflexions», s'ajoutent des «Nouvelles et Histoires particulières avec le plus souvent les noms de ceux qui y ont la meilleure part», et le «caractère» des «deux dames qui s'écrivent [en] n'affect[ant] point d'avoir de pruderie, ni une vertu trop scrupuleuse», n'est point «outré»: il correspond à celui des «dames de la Cour [qui] se donnent aujourd'hui beaucoup de liberté» (N.R.L., juil. 1708, p. 103-105).

A la «dame de Paris» qui est, sans doute pour les besoins de la fiction, introduite à la Cour, est dévolu le rôle de rapporter «tout ce qui fait présentement raisonner la Cour et la Ville», aussi bien les affaires politiques et religieuses que les engouements, les aventures, «les intrigues et les plaisirs», des gens du monde et du demi-monde. Aux nouvelles d'actualité, «nouvelles circonstanciées» ou conjectures sur «les choses que l'on ne sait qu'à demi», se mêlent de «vieilles nouvelles» présentées avec un «tour de nouveauté», des «histoires» qui «sentent le roman» ou qui sont «assaisonnées de [ce] sel satirique [...] qui réveille l'appétit du lecteur», des anecdotes, des poèmes, des chansons, qui courent les rues ou les salons, «tout ce qui constitue l'Evangile du jour» à Versailles ou à Paris. Quant à la «dame de province», son rôle est de donner «la Carte» des villes qu'elle visite: quelques données historiques et géographiques, les curiosités et «antiquités» de la ville, les «nouvelles» et «histoires du pays», les «sociétés» qu'elle est amenée à fréquenter et dont elle décrit les usages, les goûts et les plaisirs.

Tout en voulant surtout borner leur «sphère» à une «moyenne région», celle de l'anecdote, de l'aventure, de l'intrigue, les Lettres historiques et galantes «raisonn[ent] [aussi] sur les affaires du temps» et jettent un regard critique sur la France dans les dernières années du règne de Louis XIV (L. 89, 103, 104, etc.). Au fil des lettres, s'expriment les «plaintes d'un peuple qui commence à être las de souffrir»: les guerres incessantes qui «coûtent tant de larmes et de sang», et la rage impuissante de ceux qui sont «les dupes des querelles des Princes»: «il nous importe fort peu que le roi étende ou resserre les limites de son royaume, pourvu que nous puissions manger notre pain en repos» et «à notre faim» (L. 14, 16, 65); le redoublement des taxes et des impôts, «harge sur charge et mal sur mal», et la disette générale d'argent causée par les besoins de l'Etat et par les voleries [des agioteurs]»; le faste arrogant de ces «Financiers et autres Maltotiers» qui s'enrichissent en «suçant le sang du peuple» mais que «la Cour protège pour le besoin» (L. 34, 47-58, 79, etc.); l'hypocrisie dominante, la corruption qui se cache sous la «grimace» de la dévotion, l'intolérance religieuse et les persécutions qu'elle entraîne, ces «bûchers et [c]es roues» qui sont à l'origine de «résolutions violentes» comme le soulèvement des Cévennes (L. 38, 42, 44, 90, etc.); la décadence de la noblesse, si «descendue» que bientôt il sera de mode d'acheter des «lettres de roture» (L. 83); la confusion des valeurs, la perversion d'un temps où il semble même «glorieux d'être battu», le roi «joign[ant] des récompenses aux défaites [de nos héros modernes] [...], chose que nos Anciens n'avaient jamais pu concilier, mais le règne de Louis est fécond en miracles» (L. 58); les injustices, les violations du «droit des gens», la politique du «bon plaisir» d'un pouvoir arbitraire qui «dicte d'obéir au lieu de raisonner»: dans ce pays réduit «aux épines et chardons» règne la «raison du plus fort [...] [du] loup de La Fontaine», et «l'on ne saurait [y] vivre sans être persécuté [...] [par] la fureur de tous les Perturbateurs du repos public» (L. 56, 76, 84, 90, etc.).

Ainsi s'esquisse, à travers les Lettres historiques et galantes, «l'anatomie de la France», à la fin du règne de Louis XIV. On y retrouve non seulement les «justes murmures des sujets accablés» et leurs aspirations au «repos», à plus de justice, de tolérance et de liberté; mais aussi un témoignage sur l'atmosphère de décadence, de «fin de règne», qui pousse, face aux «malheurs publics et particuliers», à essayer de profiter le plus possible de la vie: «faisons bombance tant que cela durera», «jouissons de la vie pendant que nous y sommes» (L. 34, 37, 62, etc.). Les Lettres historiques et galantes avancent aussi certaines idées qui «enverraient pour le moins les gens à la Bastille, s'ils s'avisaient de parler avec la même liberté à Paris». Plaidant pour plus de tolérance et de liberté, elles s'interrogent par exemple sur l'utilisation politique de la religion – les différentes «sectes» qui se déchirent «adorent toutes le même Dieu» et «la Religion a toujours été un prétexte dont les Grands se sont servis pour couvrir leur ambition» –, ou comparent les mérites respectifs du «pouvoir arbitraire» et du «gouvernement républicain» – on doit donner des bornes à l'autorité des Rois, de peur qu'ils n'en abusassent [...], et comme c'est des Peuples qu'ils la tiennent [...], [ceux-ci] doivent, puisque ce sont eux qui font les rois, être toujours en quelque manière les maîtres et en état de leur faire faire leur devoir» (L. 42, 61, 90). Les Lettres historiques et galantes mettent ainsi à profit «la liberté dont on jouit dans les pays étrangers» pour dresser le tableau des «misères du temps présent» et dire des «vérités impunément».

La liberté de ton de cette chronique qui est «scandaleuse» aussi bien par les anecdotes qu'elle contient que par le point de vue critique qu'elle adopte, le parti pris de dévoiler les circonstances et de «nommer les masques», mais aussi le style et le souci, chez Mme Dunoyer, de répondre aux attentes et aux demandes de son public, expliquent le succès des Lettres historiques et galantes.

Ecrites «avec esprit et avec beaucoup de vivacité» (N.R.L.), les Lettres historiques et galantes ont le naturel, l'aisance, la spontanéité d'une conversation – «je crois qu'on peut donner le nom de conversation à notre commerce» –, et l'attrait de la «rapsodie» qui plaît par la liberté et la diversité de sa composition, par cette absence de «méthode» qui n'est pas désordre ou qui n'est que le «désordre lié» et naturel de l'esprit – «je vous conte les faits comme ils se présentent à ma mémoire, et sans observer la chronologie» (L. 98, 102). En cela elles répondent au goût de l'époque qui demande que «l'on parle naturellement des choses» et que l'on substitue la «sincérité» à la «méthode» ou à la «flatterie» – «Si mes lettres ne sont pas belles, elles sont du moins de moi. Je dis bonnement ce que je pense sans emprunter les secours de l'Art» (L. 52, 84).

Mme Dunoyer sait ménager l'intérêt de son lecteur, «diversifier la scène» ou «les choses», «égayer» sa matière: «une trop longue narration sentirait plus le livre, si elle n'était pas interrompue à propos. Les petits intermèdes, ménagés avec soin, raniment l'attention de la personne qui lit [...] [et] qu'une trop longue application sur un même sujet ne pourrait que fatiguer» (L. 74, etc.). Mme Dunoyer a aussi le sens du mot juste, celui de la formule qui résume ou frappe à propos, le talent de la «broderie» et des «circonstances agréables» qui donnent de l'attrait ou un «tour de nouveauté» aux histoires les plus connues ou les plus banales. Elle sait quand «nommer un chat un chat», utiliser si nécessaire ces «obscénités qui font le mérite d'une histoire», ou au contraire recourir au sous-entendu qui cache pour mieux révéler quand il s'agit de parler de «gens dont il ne faut jamais parler» ou de traiter de «matières délicates» sur lesquelles «il est dangereux de dire tout ce que l'on pense» (L. 7, 103, 111, etc.). Elle sait surtout allier «Histoire» et «Roman», donner à l'histoire les habits et les attraits du romanesque et au roman les apparences de la vérité. Dans son Misanthropei, Van Effen remarque qu'il n'y a «point d'auteur de son temps qui compose mieux une petite histoire que Mme Dunoyer et M. du Fresny». Si le style de Dufresny est «plus vif et plus serré», «la dame l'emporte sur le monsieur par le naturel; elle ne cherche point les expressions, elles s'offrent d'elles-mêmes et se rangent dans leur lieu; tout autre mot n'y viendrait pas si bien» (XV, 24 août 1711). Dans un autre numéro de son périodique, mettant en parallèle «le génie des deux sexes», Van Effen pense encore à Mme Dunoyer quand il soutient qu'il n'y a «dans ce que raconte [une femme d'esprit], rien de sec, de forcé, de trop méthodique [...]; les femmes ont un certain talent pour dire les petites choses sans bassesse et les grandes sans enflures [...] [et] c'est ce style aisé du beau sexe qui nous sait rendre les plus grandes fariboles intéressantes» (LXX, 1er août 1712).

On a souvent reproché à Mme Dunoyer de mêler mensonges et vérités dans ses œuvres tout en prétendant ne donner que «les choses sûres pour sûres, les fausses pour fausses, les douteuses pour douteuses» (L. 65). Le jugement de Voltaire, qui a été retenu, est, sur ce point, catégorique: «dans ces nouvelles du temps, je puis assurer qu'il n'y en a pas une de véritable [...]. Cette dame avait ramassé les sottises du peuple, et dans les pays étrangers elles passaient pour l'histoire de la Cour» (Des mensonges imprimés, éd. Moland, t. XXIII, p. 432, et cf. Best. D6903). Cette condamnation sans appel doit cependant sans doute beaucoup au ressentiment de Voltaire à l'égard de Mme Dunoyer qui non seulement avait contrecarré ses amours avec Olympe et provoqué son rappel de l'ambassade de Hollande, mais qui avait aussi exposé l'affaire au grand jour dans les Lettres historiques et galantes. Le rédacteur des Nouvelles de la République des Lettres est plus nuancé dans son jugement: «je n'ose assurer que toutes les aventures soient vraies; il n'y a même nulle apparence, ni que dans celles qui sont vraies on n'y aient ajouté certaines circonstances pour les rendre plus agréables [...] [mais] j'ai été surpris d'y lire quelques aventures surprenantes que je sais très certainement être arrivées à peu près comme on les raconte».

Le vrai, le vraisemblable, le fictif, se mêlent en fait constamment dans les Lettres historiques et galantes. Même si elle affirme qu'elle n'aime pas «débiter de fausses nouvelles» et qu'il est «essentiel dans les choses de fait d'accuser juste», Mme Dunoyer n'hésite pas à s'écarter de la vérité historique, se laissant emporter par ses convictions ou arrangeant la vérité afin de se justifier ou de ménager et faire avancer ses intérêts. Mais elle agit aussi ainsi parce qu'elle sait que sa publication ne peut prospérer qu'en amusant le lecteur et en piquant sa curiosité et qu'elle est condamnée par cela même à un succès de scandale. Le parti pris, qui est sincère, de montrer la «face cachée des choses», mais aussi le désir de prendre une revanche sur un homme qui l'a trompée, et l'habileté du journaliste qui sait comment tourner un sujet pour mieux «vendre son papier», se retrouvent par exemple dans sa relation de «l'histoire de Jean Cavalier», «ce zéro [...] [qui] usurpa le nom de Héros», contenue dans la Lettre 43. Attaquant des personnages connus ou exposant avec complaisance sa vie privée, les infidélités de son mari ou les amours de ses filles, Mme Dunoyer n'hésite pas, au besoin, à provoquer ce «scandale» qu'elle sait nécessaire au succès de sa publication.

«Après avoir fait sonder le gué aux deux premiers volumes de [ses] Lettres [et] enhardi[e] par le bon succès qu'[elles] ont eu dans le monde» (Avis du libraire, t. III), Mme Dunoyer en continue la publication, avec une périodicité irrégulière, jusqu'à sa mort survenue au début de l'année 1719. La veine se tarit cependant peu à peu, et l'on sent dans les derniers volumes, comme le remarquait Voltaire, «un auteur qui est lassé d'avoir la plume à la main, et qui court au grand galop à la fin de l'ouvrage» (Best. D17). L'échange de correspondance n'est plus alors qu'un cadre commode que Mme Dunoyer remplit avec ce qui lui «tombe sous la main», une «Relation exacte de tout ce qui s'est passé dans les retranchements de Denain [...] le 14 juillet 1712», la «Lettre circulaire de Sa Majesté la Reine de Grande-Bretagne» pour convoquer le congrès d'Utrecht, ou la liste des représentants des différents pays qui participent à ce congrès avec une description de leurs armes (L. 93, 95). Elle met à contribution les journaux de l'époque et les écrivains avec qui elle a été liée à un moment ou à un autre de sa vie, Mme d'Aulnoy, Le Noble, Gacon, Julien-Scopon, Thémiseul de Saint-Hyacinthe, ou n'hésite pas à publier, tout en prenant soin d'altérer les passages qu'elle juge offensants pour elle-même, les lettres que Voltaire et Guyot de Merville avaient envoyées à sa fille Olympe dont ils étaient amoureux – le public devrait apprécier un tel «présent» car il ne s'agit ni d'«une chose publique» ni d'«une production de l'esprit», mais d'«une affaire particulière dans laquelle le cœur [des auteurs] a beaucoup de part» (L. 106, 107). Mme Dunoyer puise aussi souvent dans d'autres de ses œuvres: elle réarrange et déguise sous les habits de la fiction certains passages de ses Mémoires, «faufile», pour reprendre son expression, dans le t. IV, les deux premiers et seuls numéros du Nouveau Mercure galant des cours de l'Europe qu'elle avait entrepris de publier à la fin de 1710, ou reprend dans les volumes suivants des «nouvelles», des histoires, des poèmes, parus dans La Quintessence qu'elle rédige à partir de 1711. L'inverse est d'ailleurs aussi vrai: on retrouve dans La Quintessence plusieurs histoires et anecdotes déjà publiées dans les Lettres historiques et galantes. L'«Histoire de l'abbé de Bucquoy», contenue dans plusieurs lettres du t. IV et dont se souviendra Gérard de Nerval pour un chapitre de ses Illuminés, sera par la suite reprise et publiée séparément (B.N., Ln27 3212).

Dans les derniers tomes, ce n'est plus que par endroits que l'on retrouve «l'esprit» et «le style» que Voltaire lui-même concédait aux premiers volumes des Lettres historiques et galantes (Best. D17). Mais, comme l'indique l'annonce en octobre 1718 d'un huitième tome qui ne paraîtra pas en raison de la mort de Mme Dunoyer, le succès des Lettres historiques et galantes ne se démentait pas et «le public [...] en demand[ait] [toujours] avec empressement la continuation» (Q., 10 oct. 1718). Constamment rééditées, les Lettres historiques et galantes sont l'un des plus grands succès de librairie dans la première moitié du XVIIIe siècle.

Titre indexé

LETTRES HISTORIQUES ET GALANTES

Date indexée

1707
1708
1709
1710
1711
1712
1713
1714
1715
1716
1717

JOURNAL DES ÎLES DE FRANCE ET DE BOURBON

0702
1786
?

Titre(s)

Journal des îles de France et de Bourbon.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Juillet 1786 -?. Bimensuel. Le prospectus est distribué au mois de mars 1786. Un volume par an.

Périodicité irrégulière.

Description de la collection

Le numéro paraît sur une colonne. Pagination continue pour les deux numéros mensuels. Cahier de 113 x 188, in-8°.

Devise: Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci. Sans illustrations.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

A Port-Louis, Ile de France, de l'Imprimerie royale. Imprimeur: François Nicolas Bolle.

L'abonnement était de 66 £ par mois pour Port-Louis, 70 £ pour le reste de l'île de France et pour l'île Bourbon.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Jacques-Joseph DURRANS et Jean-François BRUN.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Le Journal des îles de France et de Bourbon s'engage à faire part au public «deux fois chaque mois, des productions agréables ou instructives que le désir ou le travail auront fait naître dans les deux îles». Ses rédacteurs «se réservent [aussi] le secours des extraits et des papiers publics de France» (t. I, n° 1, p. 3 et 9).

Le contenu réel suit les grandes lignes du contenu annoncé. Principales rubriques: 1) «Variétés»; 2) «Economie politique, Agriculture, Sciences et Arts»; 3) «Observations météorologiques».

Journal à vocation «encyclopédique» ouvert aux «productions de l'esprit et [aux] exercices de l'entendement», le Journal des îles de France et de Bourbon se donne pour tâche essentielle d'aider au «progrès des connaissances» dans la colonie.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Seuls deux numéros de ce journal ont pu être retrouvés: 1) t. I, n° 1, juil. 1786, p. 1-52 (B.L., P. P. 3801 b.); 2) t. II, n° 10, nov. 1787, p. 41-80 (A.N., Colonies C4. 79). Quelques tirés à part d'articles publiés dans ce journal sont également conservés dans les dossiers d'archives: extraits du t. II, n° 7, sept. 1787 (A.N., Colonies C4. 78. 1); du t. II, n° 11, déc. 1787 (A.N., Col. C4. 79); du t. II, n° 11 et 12, déc. 1787 (B.L., Crocker coll.).

Le Prospectus est reproduit partiellement dans F. Magon de Saint-Elier, Tableaux historiques, politiques et pittoresques de l'île de France, t. 1, Port-Louis, 1839, p. 220-222.

Bibliographie

B.H.C.,p. 70. – Toussaint A., Bibliography of Mauritius (1502-1954), Port-Louis, 1956, p. 19-20, 169. – Idem, Early Printing in the Mascarene Islands (1767-1810), London, 1951, p. 59, 68-70.

Historique

A l'initiative de deux jeunes avocats venus s'installer à l'île de France, Jacques-Joseph Durrans et Jean-François Brun, est formée, au début de 1786, la «Société des rédacteurs du Journal des îles de France et de Bourbon». Cette société se donne pour but immédiat la publication d'un «journal littéraire», mais elle se veut aussi, à l'exemple du «Cercle des Philadelphes» fondé en 1784 à Saint-Domingue, l'embryon d'une «académie» afin d'aider à promouvoir les «Arts et les Sciences» dans la colonie des îles de France et de Bourbon. Les colonies, remarquent les rédacteurs du journal, sont arrivées à une nouvelle étape de leur développement, et elles ne doivent plus être des «terres inhospitalières et barbares pour les Arts et les Sciences». Si la première période de la colonisation a été consacrée aux «affaires», les colons se souciant d'abord d'établir leur «fortune», «l'argent» ne peut plus être, «surtout dans un siècle aussi éclairé que le notre [...], l'unique mobile qui doive mettre en jeu nos facultés physiques et intellectuelles»; il faut maintenant «diriger vers la culture de l'esprit un peu plus de cette activité qu'on a donnée aux affaires». D'où la décision de publier un journal, moyen de catalyser et de stimuler la vie culturelle dans la colonie; il apportera et diffusera l'information, suscitera l'émulation et procurera l'avantage de «s'éclairer par la discussion» et de chercher la vérité dans «le choc des opinions» (t. I, n° 1, p. 10).

Dans les «différentes parties des sciences», soulignent les rédacteurs du Journal, la colonie compte des «personnes estimables qui s'y sont fait une réputation justement méritée». C'est à leur collaboration que le Journal des îles de France et de Bourbon fait d'abord appel; Charpentier de Cossigny, Champeaux de Vaudon, par exemple, font part de leurs recherches sur la culture de l'indigotier (t. II, n° 7, 10, 11); Fabre, chirurgien-major du quartier de Port-Louis, Baillet, apothicaire des Hôpitaux du roi, rendent compte de leurs observations et expériences dans le traitement de certaines maladies (t. I, n° 1, p. 49-52; t. II, n° 10, p. 78-79); Beauvais, médecin-vétérinaire, entreprend le répertoire des «plantes usuelles (de la colonie), de leurs vertus et de leurs propriétés», afin de contribuer à «l'histoire naturelle des deux îles» (t. I, n° 1, p. 41-43). Pour aider à la diffusion et au progrès des connaissances dans la colonie, le Journal reproduit aussi, de différents journaux européens, des articles qui traitent de découvertes et d'expériences nouvelles, en donnant la priorité à celles qui pourraient avoir des applications locales. II soutient également le projet d'établissement d'un collège à l'île de France; les «enfants créoles [étant] dénués de toutes les ressources d'une bonne éducation», il faut «opérer sur un point aussi essentiel une réforme utile et salutaire», et «travailler à une entreprise aussi nécessaire» que celle de l'établissement d'un collège, entreprise «à l'exécution de laquelle tout homme qui s'intéresse au bien commun doit concourir» (Prospectus, t. I., n° 1, p 33-35).

Le Journal des îles de France et de Bourbon ouvre aussi ses colonnes aux «arts du goût», et notamment à ces «ouvrages de société [qui] peuvent être dignes [...] d'un sort plus heureux que celui de rester ignorés dans un porte- feuille» (Prospectus). A la rubrique «Variétés», sont publiées plusieurs œuvres d'auteurs locaux, «histoires», petits poèmes, vers de circonstance, énigmes, logogriphes, etc. (t. I, n° 1, p. 12-29). Il s'agit là encore d'«exciter l'émulation» parmi les habitants des deux îles qui peuvent déjà compter parmi eux, soulignent les rédacteurs du journal, deux poètes renommés jusqu'en France, Bertin et Parny (Prospectus).

Dès le début, les rédacteurs du Journal des îles de France et de Bourbon font face à deux obstacles: rassembler, d'une part, assez de «matériaux» pour remplir «deux numéros de quarante pages par mois» et en assurer la parution régulière (t. I, n° 1, p. 9); attirer, d'autre part, un nombre suffisant d'abonnés pour rendre cette publication financièrement viable. Ils se heurtent aussi au scepticisme de ceux qui considèrent l'entreprise comme «chimérique»; des «vingt à trente lettres que nous a values le Prospectus, remarquent les rédacteurs dans la dédicace de leur premier numéro, la plupart aurait dû nous faire abandonner ce projet [...]; il a fallu toute la force des raisons du petit nombre, jointes à la persuasion où nous sommes nous-mêmes des avantages qui doivent résulter [de cette publication] dans la suite, pour fixer notre incertitude et nous décider à l'impression de ces feuilles» (t. I n° 1, p. 3-12).

Le Journal des îles de France et de Bourbon ne semble pas avoir continué sa publication au delà de 1788. En 1789, Jacques-Joseph Durrans et Jean-François Brun ouvrent des études de notaire dans deux quartiers différents de l'île de France, et il est probable qu'ils ont alors abandonné la rédaction de leur journal.

La publication du Journal des îles de France et de Bourbon témoigne à la fois du développement de la vie intellectuelle et de la diffusion des «Lumières» dans les colonies françaises à la fin du XVIIIe siècle. Les rédacteurs du journal, comme leurs lecteurs, sont «pénétrés du principe qu'un citoyen doit employer toutes les facultés qu'il a reçues de la nature à l'utilité publique». Ce qui les anime, c'est le souci du «bien commun», l'esprit d'«humanité», un optimisme fondé sur la croyance dans les pouvoirs de la raison, de l'éducation, de la connaissance. Ce qui les anime aussi, c'est le «zèle patriotique»; «tous les hommes, par devoir, sont obligés de coopérer au bien et à l'agrandissement de leur patrie», une «patrie» qui reste la France mais qui est aussi, de plus en plus, en raison de l'éloignement et de l'effet de créolisation, cette colonie dont le journal est l'organe.

Titre indexé

JOURNAL DES ÎLES DE FRANCE ET DE BOURBON

Date indexée

1786

L’IRIS AMÉRICAINE

0620
1769

Titre(s)

L'Iris américaine.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Début juin 1769 – fin novembre 1769 (au moins; voir Affiches américaines7, 14, 21 juin 1769). Hebdomadaire. Le premier volume aurait été constitué des quatre premiers mois ibid.14 juin 1769). Aucun exemplaire de ce journal, dont Moreau de Saint-Méry signalait déjà la rareté à la fin du XVIIIe siècle, n'a pu être retrouvé (t. I, p. 497).

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

De l'imprimerie du Sr Guillot, imprimeur breveté du Roi au Cap et au Port-au-Prince. La souscription, pour l'année 1769 (juin-déc.) est fixée à 33 £ Affiches du Cap14 juin 1769).

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Journal «littéraire», L'Iris américaine se donnait notamment pour tâche de «faire naître l'émulation» dans la colonie et ainsi d'aider au développement de la vie culturelle à Saint-Domingue Affiches du Cap14 juin 1769). Selon Moreau de Saint-Méry, cette «petite feuille [...] ne contenait que de la poésie» (t. I, p. 497).

Bibliographie

Ménier M.A., et Debien G., «Journaux de Saint-Domingue», Revue d'histoire des coloniesvol. XXXVI, 1949, n° 127-128, p. 426. – Moreau de Saint-Méry M., Descriptionde la partie française de l'isle Saint-DominguePhiladelphie, 1797, rééd., Paris, 1958, t. I, p. 497. – Fouchard J., Plaisirs de Saint-DominguePort-au-Prince, 1959, p. 98.

Titre indexé

IRIS AMÉRICAINE

Date indexée

1769

LA GAZETTE NOIRE *

0576
1784

Titre(s)

La Gazette noire par un homme qui n'est pas blanc ; ou œuvres posthumes du gazetier cuirassé.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Devise, empruntée à Boileau : «Nous autres Satyriques, / Propres à relever les sottises du tems, / Nous sommes un peu nés pour être mécontens».

Description de la collection

In-8°, II-292 p.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

«Imprimé à cent lieues de la Bastille, à trois cent lieues des Présides, à cinq cent lieues des Cordons, à mille lieues de la Sibérie» [Londres], 1784.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Charles THÉVENEAU DE MORANDE.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

B.N., Rés. 8° Lb39 328.

Historique

«L'un des plus violents et (des plus) virulents pamphlétaires» de la fin du XVIIIe siècle (R. Darnton, Bohème littéraire et révolution, Paris, Gallimard, 1983, p. 24), Morande continue dans la Gazette noire l'entreprise de destruction de l'ancien régime et de ses élites qu'il avait commencée avec le Gazetier cuirassé. Par son titre et par sa présentation, la Gazette noire rappelle la forme périodique, Morande reprenant la formule qui fit le succès de son premier pamphlet : «nouvelles», anecdotes, historiettes, sont mises bout à bout dans un pastiche des journaux et des «nouvelles à la main» de l'époque.

«Chronique scandaleuse» de la cour et de la ville, la Gazette noire dénonce l'arbitraire, la corruption, la dépravation qui régnent alors, selon elle, en France, s'attaquant particulièrement à la noblesse («Coup d'œil historique sur la généalogie des principaux pairs modernes de France», p. 130-145) et aux fermiers et receveurs généraux («Notices curieuses sur quelques-uns des plus renommés Plutus de France, morts ou vivants», p. 146-158), et présentant Paris comme un «immense tripot» dont elle répertorie les «nymphes», les «délices» et les plaisirs («Dialogues pittoresques entre le comte de Lauraguais et un Mylord au sujet des catins les plus célèbres de la capitale», p. 169-203 ; «Les délices et les plaisirs des boulevards», p. 204-240 ; «Histoire des tripots, des tripoteurs, des tripoteuses de Paris, pour l'instruction de la jeunesse française et étrangère», p. 204-240) après avoir rappelé l'histoire de la «première Abbesse», «surintendante et Grande Maîtresse des plaisirs de la Cour et de la Ville», Mme Gourdan (p. 81-129).

Titre indexé

GAZETTE NOIRE *

Date indexée

1784

GAZETTE FRANÇAISE [DE NEWPORT]

0563
1780
1781

Titre(s)

Gazette françoise. Titre encadré surmonté de l'écu royal couronné aux trois fleurs de lys ; en dessous, en caractères plus fins, indication de la date («Du Vendredi...»).

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Fondée en novembre 1780, la Gazette française cesse d'être publiée dès les premiers mois de l'année suivante. Hebdomadaire, elle paraissait le vendredi, puis, à partir de janvier 1781, le mardi.

Description de la collection

Le numéro paraît sur 4 p. à 2 colonnes, 205 x 302, in-folio. Pagination séparée pour chaque numéro. Sans devise ni illustrations.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

A Newport, de l'imprimerie royale de l'Escadre, rue de la Pointe, n°  641. La Gazette française avait également un bureau dans la Grande Rue, au-dessus de la Place d'Armes, chez le sieur Eleazar Trevett.

On pouvait s'abonner, à Newport, à l'imprimerie et au bureau de la Gazette, et à Providence, aux bureaux de l'American Journal et de la Providence Gazette. L'abonnement était d'une «demi Gourde» (demi dollar) par mois.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Le chevalier de MAULÉVRIER, John JASTRAM, Eleazar TREVETT.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Dans une courte introduction sur deux colonnes, en tête du premier numéro, l'éditeur de la Gazette française affirme ne vouloir s'engager «envers le Public qu'à répéter en Français ce que les Américains auront dit dans leur langue». Il donnera «la traduction des différentes Nouvelles que les Papiers Américains produisent» pour l'avantage de «MM. les Officiers et autres Particuliers qui ne sont pas familiers avec la langue du pays, et qui s'intéressent aux événements politiques de cette Nation naissante».

La plupart des articles de la Gazette française sont en effet repris et traduits des divers journaux américains publiés alors, et traitent de la guerre qui oppose les insurgés américains aux troupes régulières anglaises.

Principales rubriques : 1) Nouvelles des opérations sur les différents fronts. 2) Nouvelles maritimes ; mouvements et combats des flottes françaises, anglaises et espagnoles. 3) Proclamations et résolutions du Congrès des Etats-Unis. 4) Nouvelles des îles de la mer des Antilles, et principalement des possessions françaises. 5) Nouvelles d'Europe. 6) Nouvelles locales. 7) Annonces et avis divers.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Rhode Island Historical Society, Providence : n°  1 (vendredi 17 nov. 1780) ; 2 (ven. 24 nov.) ; 3 (ven. 30 nov. [sic]) ; 4 (ven. 8 déc) ; 5 (ven. 15 déc) ; 6 (ven. 22 déc) ; 7 (samedi 30 déc.) ; Supplément au n°  7 (mardi 2 janv. 1781).

Bibliographie

Reproductions : Gazette françoise. A facsimile reprint of a newspaper printed at Newport on the printing press of the French fleet in American waters during the Revolutionary war,introd. by H.M. Chapin, New York, The Grolier Club, 1926. Gazette françoise, Americana Photostat Series n°  186, Massachusetts Historical Society, Boston, 1927.

Presse du temps : American journal, Providence, December 23, 1780 (annonce de la publication) ; Providence Gazette, Providence, December 27, 1780 (annonce de la publication).

– Clarence S. Brigham, History and bibliography of American Newspaper. 1690-1820, Worcester, 1947, p. 995-996.

– Chapin H.M., «Early Sea Presses», Ars typographica, vol. II, I, 1925. – Gazette françoise. An account of the French newspaper printed on the press of the French fleet at Newport, Rhode Island, 1780 and 1781, Rhode Island Historical Society, Providence, 1926. – Barthold A.J., Gazette françoise, Newport, R.I., 1780-1781», Bibliographical Society of America Papers, vol. XXVIII, 1 (1934), p. 64-79. – Godechot J.,   La Gazette françoise : The First French Newspaper Published in the United States», Two Hundred Years of Franco-American Relations, Newport, 1978, p. 78-92.

Historique

Au printemps 1780, après de nombreux atermoiements, Louis XVI se décide à envoyer un corps expéditionnaire pour soutenir les insurgés américains. Son commandement est confié au comte de Rochambeau qui quitte Brest le 2 mai à la tête d'un premier contingent d'environ 4000 hommes. Le 12 juillet les Français débarquent à Newport où ils seront obligés de passer l'hiver, bloqués à la fois par la flotte anglaise de l'amiral Graves qui croise au large et par le mauvais temps qui retarde les opérations et empêche la jonction avec les troupes du général Washington.

A bord de l'un des vaisseaux de l'escade française, le Neptune, se trouvait une presse qui fut descendue et installée à terre, au 641 de la rue de la Pointe. C'est sans doute pour pallier les désagréments d'un cantonnement dans un pays étranger, l'isolement, le désœuvrement et l'ennui dû à l'inaction, que fut décidée la publication d'un journal en langue française.

Le premier numéro de la Gazette française parut sur 4. p. le vendredi 17 novembre 1780. Son éditeur était probablement le chevalier de Maulévrier, commandant de la Guêpe, qu'une liste des quartiers d'hiver des officiers français cantonnés à Newport indique comme l'officier en charge de «L'Imprimerie de l'Escadre». Eleazar Trevett, chez qui étaient installés les bureaux du journal, et surtout John Jastram, qui habitait à la même adresse, ont dû également collaborer à l'édition de la Gazette, assurant notamment la traduction française des articles repris aux journaux américains. John Jastram donnait des leçons d'anglais aux officiers français et enseignera par la suite le français au Harvard Collège. Il a sans doute joué un rôle important dans la composition et la rédaction du journal.

Organe d'information au service du corps expéditionnaire français, la Gazette cherche avant tout à mettre au courant ses lecteurs de la situation politique et militaire et de l'état d'esprit du peuple américain. Mais l'on sent également, dans le choix des articles traduits et les commentaires qui les accompagnent, le souci du commandement français de soutenir le moral de ses troupes et d'intéresser celles-ci à la cause qu'elles sont venues défendre. La Gazette française publie, par exemple, une résolution du Congrès honorant le baron de Kalb qui, en compagnie de La Fayette, avait été l'un des premiers officiers français à offrir ses services aux insurgés américains (n°  3) ; la traduction d'une «Adresse au peuple» de Tom Paine, vibrant appel à l'union et à la lutte pour conquérir «la dignité d'homme libre» (n°  5) ; ou un portrait élogieux du général Washington : «jamais homme n'a mieux réuni les vertus du Philosophe aux talents du Général» (n°  7). Le commandement français devait être d'autant plus soucieux du moral de ses hommes que l'hiver 1780 a correspondu à un moment d'incertitude et de découragement dans le camp des «Insurgents» : le manque d'argent, de soldats et de munitions, la longueur et les exactions de la guerre, les mutineries et désertions, et notamment celle du général Benedict Arnold, le héros de Saragota, qui vient de passer à l'ennemi, ont peu à peu érodé l'enthousiasme du début. Rochambeau lui-même devra faire face à un manque d'argent, de vivres et de marchandises, n'ayant pas reçu les secours qui lui avaient été promis par le Roi.

Rendant compte des opérations militaires, la Gazette accorde une large place aux nouvelles maritimes et particulièrement aux mouvements de la flotte française et aux combats que celle-ci livre ; ce qui ne saurait étonner, le journal étant publié par un officier de marine et comptant parmi ses lecteurs de nombreux officiers de la Royale. Ces nouvelles sont d'ailleurs souvent accompagnées de commentaires sur les qualités de tel ou tel vaisseau et la valeur de ceux qui en ont la charge.

Les nouvelles et annonces locales n'occupent qu'une place restreinte dans le journal, mais à travers elles on peut déjà deviner la vie quotidienne du contingent français. Pour tromper l'ennui, les officiers se sont mis à l'apprentissage de la langue anglaise : John Jastram, puis Phineas Salomon Lemonnier, ouvrent des écoles à leur usage. Les marchands locaux s'adaptent au nouveau marché : l'un d'eux affirme avoir seul le secret «d'une eau pour noircir et glacer les gibernes, bottes et souliers, et conserver le cuir dans sa bonté». Les habitants, méfiants et froids au début, commencent à fraterniser avec l'armée alliée : les francs-maçons américains invitent leurs frères français et la Gazette, qui goûte à la liberté de presse d'outre-atlantique, transmet l'invitation : «Les Frères Francs et acceptés Maçons sont avertis de s'assembler chez M. John Lawtons proche la Maison de Ville, Mercredi prochain (27 décembre) Jour de la Fête de St Jean [...] par ordre du très-digne Maître».

Ce n'est qu'en juin 1781 que les troupes françaises quitteront Newport pour rejoindre les forces du général Washington et s'engager à leurs côtés dans la marche sur Yorktown. Il est probable que la Gazette avait alors déjà cessé de paraître depuis plusieurs mois et cela sans doute à cause du manque d'argent et de la pénurie de papier : dès le 2 janvier la Gazette annonce qu'elle recherche «des vieux chiffons propres à faire du papier».

La Gazette française est l'un des quelques journaux imprimés lors de la Révolution américaine, et le seul publié en français. C'est aussi sans doute le premier journal publié par et pour un corps expéditionnaire en campagne. Outre la Gazette française,l'imprimerie royale de l'Escadre publia également deux livres : le Calendrier français ou Almanach pour l'an de grâce 1781 (Newport, 1781) et le Voyage de Newport à Philadelphie, Albany, etc., (Newport, s.d.) du chevalier de Chastellux, officier attaché à l'état-major de Rochambeau.

Titre indexé

GAZETTE FRANÇAISE [DE NEWPORT]

Date indexée

1780
1781

GAZETTE DE MÉDECINE POUR LES COLONIES

0543
1778
1779

Titre(s)

Gazette de Médecine pour les colonies.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

1er novembre 1778 – 15 février 1779 (n° 8). Bimensuel, paraissant le 1er et le 15 de chaque mois. Daté du 26 décembre 1777, enregistré au Conseil du Cap le 30 avril 1778, le «brevet portant privilège exclusif» autorise l'impression et la distribution «dans toute la partie française de Saint-Domingue [...] [d'] une feuille périodique sous le nom de Gazette de Médecine et d'Hyppiatrique .Le numéro paraît sur 4, 6 et parfois 8 p., 170 x 225, in-4°. Pagination continue, 1-50.Devise: Neque ego eloquentiam videor pollicitus esse, sed rem, empruntée à l'historien Trebellius Pollion.Sans illustrations.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Au Cap-Français, île de Saint-Domingue, de l'Imprimerie royale. On pouvait s'abonner au Cap à l'imprimerie ou chez l'auteur, et auprès des directeurs de poste des différents quartiers de la colonie. Le prix de l'abonnement annuel était de 66 £.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Julien-François DUCHEMIN DE L'ÉTANG, médecin du Roi.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Selon les termes du privilège, la Gazette de Médecine «insérera les articles des feuilles périodiques publiées en France, et qui auront le plus de rapport aux maladies des colonies, en indiquant la meilleure méthode, et les plus sûrs remèdes contre les maladies des Nègres; et traitera généralement [de] tout ce qui a rapport à la Médecine, la Chirurgie, la Pharmacie et la Botanique». Le contenu réel se conforme au contenu annoncé.

La Gazette de médecine se donne pour tâche de «réveiller l'attention des Habitants» et d'«exciter l'émulation des Médecins» afin non seulement de faire progresser la connaissance médicale dans l'île mais aussi d'aider au développement d'une véritable «médecine coloniale», adaptée aux conditions particulières, aux besoins et aux ressources des colonies.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Collections consultées: A.N., Section Outre-Mer, Recueil Colonies, 2e série, 5 / bibliothèque Moreau de Saint-Méry 5; complet: n° 1-8 (1er nov. 1778 – 15 févr. 1779); B.N., 4° T 33.256 (n° 1-3). Le texte du privilège est reproduit dans Moreau de Saint-Méry, Lois et constitutions des colonies françaises de l'Amérique sous le Vent, Paris, 1784-1790, t. V, p. 807.

Bibliographie

Menier M.A., et Debien G., «Journaux de Saint-Domingue», Revue d'histoire des colonies, XXXVI, 127-128 (1949), p. 424-475. – Moreau de Saint-Méry M., Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l'isle Saint-Domingue, Philadelphie, 1797, rééd. Paris, 1958, 3 t., t. I, p. 497.

Historique

Dans ses Considérations sur l'état présent de la colonie de Saint-Domingue, publiées en 1776 à Paris, Hilliard d'Auberteuil estime à quatre cents le nombre des «médecins, chirurgiens, apothicaires, droguistes, charlatans et leurs aides», établis dans les «villes et les bourgs» de la colonie; à ce nombre s'ajoute celui des chirurgiens particuliers attachés aux «habitations un peu considérables des campagnes» (cité par P. Pluchon, Histoire des Antilles, 1982, p. 180-182). Les professions médicales et paramédicales semblent donc relativement bien représentées à Saint-Domingue à la fin du XVIIIe siècle, mais à quel niveau? Plusieurs témoignages s'accordent pour souligner la médiocrité d'ensemble de la médecine et des services hospitaliers dans l'île, dénonçant les nombreux «ignorants à parchemin» qui y pratiquent, et cet «essaim d'Esculapes» qui, le temps d'une traversée, «ont rêvé [...] qu'ils sont devenus médecins, chirurgiens, dentistes et accoucheurs et qui, avec l'audace du charlatan, moissonnent et les hommes et l'argent (Description, p. 549 et suiv.; Girod de Chantrans, Voyage d'un Suisse, 1785, rééd. 1980, p. 147 et suiv.). C'est cette situation, à la fois l'existence d'un groupe social assez important et homogène pour justifier la publication d'un journal spécialisé, et le besoin de relever le niveau de la médecine et des soins hospitaliers dans la colonie, qui explique l'entreprise de Duchemin de l'Etang.

Publiée à partir du 1er novembre 1778, la Gazette de médecine fournit des informations pratiques, consacre plusieurs articles aux «précautions à prendre pour se bien porter» et pour «prévenir les maladies» (p. 1-3; 7-12), donne des «consultations» en réponse aux questions des lecteurs (p. 26-28), ou indique la composition de différents remèdes «éprouvés»; mais c'est surtout aux «gens de l'art» qu'elle s'adresse, car, comme le souligne son rédacteur, «à l'exception d'un peu d'expérience, on n'acquiert plus dès qu'une fois on est entré dans la Colonie», et même l'expérience est de peu d'utilité «si on a le malheur d'y entrer sans [de solides] principes» (p. 15). Le rôle de la Gazette est donc avant tout d'apporter le savoir, de diffuser la connaissance. Par les «extraits des Papiers publics de Médecine de l'Europe» qu'elle publie, elle informe des progrès dans le diagnostic et le traitement des maladies, rend compte des dernières observations et expériences dans les domaines de la chimie, de la médecine et de la chirurgie.

Deux articles traitent par exemple d'une «découverte nouvelle qui fait beaucoup de bruit en France et en Angleterre», «l'air fixe» (le gaz carbonique) dont les propriétés sont étudiées en vue notamment de son utilisation en médecine (p. 38-40). Ouvrant ses colonnes aux lecteurs, la Gazette cherche aussi à faciliter l'échange d'informations sur le plan local: Decout, chirurgien de la marine, propose différents «moyens propres à prévenir les maladies des Nègres»; Bouvier, chirurgien de Nantes établi au Cap, fait part de ses observations au sujet d'une «épidémie pestilentielle» dont ont été victimes les habitants et les animaux de plusieurs plantations; Robert, chirurgien-major du régiment du Gâtinais en poste dans la colonie, rend compte d'une «méthode pour traiter les ulcères» qu'il a expérimentée avec succès à l'hôpital militaire du Cap (p. 13-14; 18-19; 49-50). Dans le combat contre «l'ignorance», la Gazette agit donc, en quelque sorte, comme un catalyseur de l'activité, recueillant, analysant, diffusant l'information. Elle se donne aussi pour tâche de dénoncer les «absurdités dangereuses» et de détruire les «préjugés meurtriers». Plusieurs contributions de lecteurs, les commentaires et les analyses du rédacteur, conduisent souvent à un réexamen, à partir des faits et à la «lumières de la raison», de certains cas où l'on a conclu au «maléfice» ou jugé à partir de «preuves morales», recours commodes et habituels des «médicastres» et des «demi-savants» soucieux de préserver auprès du «peuple crédule» leurs réputations usurpées (p. 5-6; 9-12; 17, etc.). Tout autant qu'un nouveau savoir, c'est un «esprit» et une «méthode» que la Gazette cherche à faire accepter.

Admirateur de Montesquieu, du «sublime Voltaire», de Jean-Jacques Rousseau avec qui il a été lié, disciple de l'école médicale de Montpellier et du «fameux Boerhaave», l'un des maîtres à penser des médecins au XVIIe siècle, le rédacteur de la Gazette de médecine est un «homme des Lumières». Sa curiosité, son enthousiasme pour les expériences et les découvertes nouvelles, sa défense de l'inoculation, dont l'usage reste questionné à Saint-Domingue, son intérêt même pour la vieille «théorie des climats» qui tout au long du XVIIIe siècle sert de point de départ à une réflexion sur les pouvoirs et l'influence de «l'air» dans l'apparition et la propagation des maladies, le montrent; de même que son souci d'une médecine qui prévient, qui travaille à la «conservation de la santé» plutôt qu'à son «rétablissement», ou sa conviction, au risque de paraître «frivole à bien des gens», que le corps humain est un tout, et donc que «l'esprit» joue un rôle important dans la naissance et le développement des maladies (p. 1-4; 15; 29, etc.). Duchemin de l'Etang appartient aussi au «siècle des Lumières» par sa méfiance de tous les dogmatismes, son rejet des a priori, sa volonté de s'en tenir aux faits, de ne se soumettre qu'aux données de l'observation et de l'expérience. Le médecin «ramasse», «rassemble des faits et des observations [...] pour les comparer ensemble et en tirer ensuite des conséquences» qui peuvent être «utiles à tout le monde»; mais il ne «décid[e] point [hâtivement]: la nature a de furieux écarts, et nous ne la connaissons peut-être encore que très imparfaitement» (p. 10, 12, 20). C'est cet empirisme mêlé de modestie, caractéristique de la pensée scientifique dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, qui s'exprime dans les différents articles de la Gazette de médecine pour les colonies.

L'échec de cette publication, qui s'arrête dès le n° 8, s'explique sans doute d'abord par des raisons financières. Duchemin de l'Etang voulait intéresser à son entreprise non seulement les membres des professions médicales et paramédicales, mais aussi les «habitants» propriétaires ou administrateurs de plantations, et plus généralement le public «cultivé» de la colonie. Il ne réussira cependant pas à attirer un nombre suffisant d'abonnés pour rendre son journal financièrement viable. Pour le lancer, il «fait les avances», envoyant gratuitement les premiers numéros aux personnes susceptibles de s'y abonner (p. 50). Il fixe aussi le montant de l'abonnement à un prix relativement bas, 66 £. C'est en fait le montant de l'abonnement aux Affiches américaines, montant qui est resté inchangé depuis leur fondation en 1766; mais celles-ci comptent plus de quinze cents abonnés et tirent une partie importante de leur revenu des avis et annonces qu'elles publient (Description,p. 494-495). La Gazette de médecine, elle, ne peut compter sur cette dernière source de revenu, et dès le premier numéro, son rédacteur reconnaît que «la modicité de l'abonnement ne pour[ra] jamais subvenir à la dépense nécessaire, surtout depuis la guerre qui a beaucoup augmenté le prix du papier et les autres frais d'impression» (p. 4). A cela s'ajoutent les «frais de poste», dont il se charge et qui sont «considérables», et des difficultés de distribution, plusieurs abonnés se plaignant de n'avoir pas reçu certains numéros qui leur avaient été adressés par la poste (p. 12).

Une autre raison de l'échec de la Gazette de médecine,est sans doute à trouver dans cette remarque de Moreau de Saint-Méry à propos de la création, quelques années plus tard, de la Société des sciences et arts du Cap: «[cette société] est propre à remplacer, en grande partie, un ouvrage tel que celui qu'avait entrepris M. de l'Etang, et qui exige le concours de plusieurs observateurs» (Description, p. 497). Duchemin de l'Etang semble en effet s'être lancé dans son entreprise sans s'être assuré au préalable, notamment dans le corps médical, des concours et des soutiens nécessaires pour la mener à bien. Si certains, comme le chirurgien Decout, lui apportent dès le début une aide enthousiaste, d'autres, même parmi les plus «éclairés», semblent vouloir garder leurs distances. Jean-Charles Arthaud, par exemple, médecin du roi, l'un des membres les plus influents de la communauté intellectuelle de la colonie, choisit, plutôt que de contribuer à la Gazette, de commenter et de discuter les articles qu'elle publie dans une série de lettres qu'il fait insérer dans les Affiches américaines (1778, n° 50; 1779, n° 2, 3, 4). De ce point de vue, il est peut-être significatif de noter qu'aucune des contributions locales aux huit numéros de la Gazette,n'émanent d'un médecin: quatre sont envoyées par des chirurgiens, l'une par un «maréchal-expert». L'attitude d'Arthaud montre cependant que la Gazette a quand même réussi à atteindre l'un de ses objectifs, «exciter l'émulation des médecins», mais au détriment peut-être de sa propre réussite.

La publication de la Gazette de médecine pour les colonies témoigne à la fois de la diffusion de «l'esprit des Lumières» et du développement de la vie intellectuelle à Saint-Domingue à la fin du XVIIIe siècle. Quelques années plus tard, en 1784, sera créé le Cercle des Philadelphes, devenu par la suite Société royale des sciences et arts du Cap-Français. C'est la première académie, ce statut lui est officiellement reconnu en 1789 par Lettres patentes du roi, qui ait été fondée dans une colonie française.

Titre indexé

GAZETTE DE MÉDECINE POUR LES COLONIES

Date indexée

1778
1779

GAZETTE DE TABAGO

0529
1788  ?

Historique

L'existence de la Gazette de Tabago est signalée dans le n° 33, du jeudi 14 août 1788, de la Gazette de la Martinique. Aucun exemplaire de ce journal, dont la publication semble avoir été hebdomadaire, n'a pu être retrouvé. Possession anglaise depuis le traité de Paris de 1763, l'île de Tabago avait été occupée par les troupes françaises en 1781, et était passée officiellement sous le contrôle de la France à la suite du traité de Versailles de 1783. Reconquise par les Anglais en 1793, Tabago restera par la suite sous domination britannique, sauf pour une brève période en 1802-1803.

Titre indexé

GAZETTE DE TABAGO

Date indexée

1788

GAZETTE DE SAINTE-LUCIE

0526
1787
1793

Titre(s)

Gazette de Sainte-Lucie, avec en dessous, en caractères plus fins, indication de la date («Du Mardi…»). A partir du vol. II, sous le titre encadré, est rappelé chaque fois un événement historique ayant eu lieu le même jour que celui de la parution du journal.

Modifications du titre : Gazette de Sainte-Lucie, Nationale et Politique (n°  41, 13 oct. 1789) ; Gazette Nationale et Politique (n°  16, 19 avril 1791).

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

1787 – printemps 1793 (au moins). Hebdomadaire paraissant le mardi. Un volume par an.

Description de la collection

Le numéro paraît sur 4 p. à 2 colonnes, avec des suppléments occasionnels de 2 p., 205 x 302, in-folio. Pagination continue pour chaque volume.

A partir du n°  28 du 13 juillet 1790, le rédacteur remplace le rappel, en sous-titre, d'un événement historique, par une citation qu'il change périodiquement. Ces citations sont un moyen d'alerter le lecteur («Vois ce que nous étions et vois ce que nous sommes», Voltaire, n°  36, 7 sept. 1790) ; de prendre position («Je porte dans mon cœur la Liberté gravée et les rois en horreur», Voltaire, n°  2, 26 févr. 1793) ; de lancer un mot d'ordre («Soyez libre, mais non pas indisciplinés», Mirabeau, n°  23, 5 juin 1792) ; ou de se justifier («Les journalistes doivent être les précepteurs du genre humain, en annonçant tout ce qui peut être utile», n°  32, 9 août 1791). Sans illustrations.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

A Castries, île de Sainte-Lucie, chez J.B. Thounens, imprimeur et libraire, puis, à partir d'avril 1790, à Saint-Pierre de la Martinique (imprimerie de J.B. Thounens, rue Saint-Jean-de-Dieu, n°  360). Par la suite J.B. Thounens se désigne comme «Imprimeur du Peuple» (n°  28, 19 juil. 1791), puis «Imprimeur du Comité de Surveillance et de la Société patriotique» (n°  2, 26 févr. 1793).

On pouvait s'abonner dans tous les bureaux de la Poste de Sainte-Lucie et, pour la Martinique, chez M. Calligé à Saint-Pierre. Il y avait également un dépositaire de la Gazette à la Guadeloupe. En 1789, la population de Sainte-Lucie est estimée à 2500 Blancs, 1800 hommes de couleur libres et 20 000 esclaves.

La gestion de J.B. Thounens ne semble pas avoir été très heureuse : pressé «sans ménagement» par ses créanciers en avril 1790, il demande à ceux qui n'ont pas encore payé leur abonnement échu de s'acquitter au plus vite de leur dette, leur laissant, s'ils ne peuvent le faire en argent, «la faculté de le faire en toutes sortes de denrées» (vol. III, n°  17).

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Jean-Baptiste THOUNENS ; Sextius BUFFARDIN (1790-1791).

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Principales rubriques : 1) Nouvelles de France et d'Europe suivant leur disponibilité au moment de la mise en page, et extraits de journaux ; 2) Nouvelles de Sainte-Lucie, de la Martinique et des îles avoisinantes ; 3) Publication d'avis, arrêts, décrets, règlements relatifs à Sainte-Lucie et aux différentes colonies des Iles du Vent ; 4) Avis maritimes (arrivées et départs des navires ; marchandises transportées ; offres de passage) ; annonces et avis divers (ventes de biens et d'esclaves ; soldes de compte avant départ ; successions ; offres de service ; annonces publicitaires ; nègres marrons) ; cours des denrées coloniales et des marchandises importées de France. Publication, à l'occasion, de comptes rendus de livres et de courts poèmes de circonstance.

La Gazette de Sainte-Lucie s'intéresse avant tout, à partir de 1789, à l'évolution de la situation politique en France et aux conséquences de la Révolution dans les colonies des Iles du Vent.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

Collections consultées : B.N., Fol. Lc 12.31 : vol. I, n°  32-35 (août 1788) ; vol. II, n°  5-8 (févr. 1789) et 46-47 (nov. 1789) ; vol. III, n°  5-8 (févr. 1790) et 14-21 (avril-mai 1790) ; A.N., Section Outre-Mer, Recueil Cies, 2e série, 21 / bibliothèque Moreau de Saint-Méry (22) : vol. I, n°  40 (30 sept. 1788) ; vol. II, n°  1-52 (6 janv. – 29 déc. 1789, 282 p.) ; vol. III, n°  1-52 (5 janv. – 28 déc. 1790, 278 p. ; manquent n°  23 et 31) ; vol. IV, n°  1-52 (4 janv. – 27déc. 1791, 260 p.) ; vol. V, n°  1-42 (3 janv. – 16 oct. 1792 ; manquent n°  5, 22, 25-26, 43 et suiv.) ; vol. VI, n°  2 (26 févr.), 5, 7, 8 (28 mars 1793).

Bibliographie

B.H.C., p. 70 ; D.P. 2. – Thounens J.B., Compte rendu aux comités de la Marine et des colonies réunis [...], s.l.n.d. [Paris, an II], p. 21, 25. – Ragatz L.J., A Guide for the Study of British Caribbean History,Washington, 1932, Part. XVI, «Foreign West Indian Newspapers», p. 402.

Historique

A l'origine, comme c'est le cas pour la plupart des autres périodiques publiés dans les possessions françaises de la mer Caraïbe au XVIIIe siècle, la Gazette de Sainte-Lucie est un journal «semi-officiel» (Jean-Baptiste Thounens, imprimeur du Roi et de la Colonie, possède un «privilège exclusif» pour sa publication). Elle sert de lien avec l'extérieur, donnant des nouvelles d'Europe et des îles avoisinantes, comme d'organe de liaison entre les onze «quartiers» de la colonie, publiant les arrêtés de l'administration et informant les colons des nouvelles locales. Mais peu à peu, sous la pression des événements et en raison des opinions de son rédacteur-imprimeur, ce journal «de service» va se transformer en journal politique.

Acquis aux idées philosophiques, Jean-Baptiste Thounens sera l'un des premiers, du moins à l'en croire, «à faire et à soutenir la Révolution, dès 1789, aux Colonies du Vent» Compte rendu, p. 24). Bien que limité dans ses moyens, dépendant pour l'information de l'arrivée des bateaux porteurs de nouvelles, il s'efforce, dans la Gazette de Sainte-Lucie,de tenir ses lecteurs au courant de l'évolution de la situation politique en France, persuadé «qu'on ne peut offrir à des Français rien de plus intéressant que ce qui a rapport au grand spectacle que la France donne [alors] à l'Univers» (vol. II, n° 7). Thounens n'intervient lui-même que rarement dans son journal, sinon pour annoncer un extrait ou assurer le lien entre différentes rubriques, mais ses choix d'éditeur sont significatifs de ses convictions personnelles. En août 1788, par exemple, à l'occasion de la mort du dernier des «grands philosophes», Buffon, il publie un long éloge de ceux qui ont dénoncé «les préjugés barbares qui font les esclaves et les tyrans» et redonné aux hommes la conscience de leurs droits et «le sentiment profond de l'humanité» (vol. I, n° 32) ; et, en février 1790, est reproduit intégralement un article de L.S. Mercier paru dans les Annales patriotiques, éloge funèbre de l'année 1789, «année unique» qui a rendu aux Français «l'égalité, la justice, la liberté que le despotisme aristocratique tenait captives», année «glorieuse [...] par le courage et l'activité des Parisiens, par la mort de haut, hautaine Noblesse, morte en convulsion» (vol III, n° 8). La Gazette de Sainte-Lucie avait publié un numéro spécial le mercredi 5 août 1789, sous le titre de Gazette extraordinaire de Sainte-Lucie pour annoncer la «proclamation solemnelle des Etats-Généraux à Versailles», et elle aurait été le premier journal des Antilles à annoncer la prise de la Bastille et à «oser imprimer, au commencement de septembre 1789, les principaux détails de la Révolution de France» (Compte rendu, p. 5).

A partir de 1790, les répercussions des événements de France dans les colonies des Iles du Vent tiennent la première place dans la Gazette de Sainte-Lucie. Thounens continue à la publier, bien qu'il se soit installé, au printemps de cette année-là, à Saint-Pierre de la Martinique (à peine «sept lieues» séparent les deux îles qui avaient des liens étroits entre elles, Saint-Lucie dépendant en fait, aussi bien du point de vue administratif qu'économique, de la Martinique (Daney, Histoire de la Martinique, 1963, t. IX, p. 248). La Gazette de Sainte-Lucie rend alors compte de la formation des Assemblées coloniales et de l'instauration des communes et municipalités dans les îles, puis des affrontements, bientôt armés, entre partisans et adversaires du nouveau régime. Elle accorde notamment une large place à la lutte ouverte qui oppose la municipalité «patriote» de Saint-Pierre et l'Assemblée coloniale qui siège au Fort-Royal et que contrôlent les royalistes. La «gazette patriotique de Sainte-Lucie» prend à ce moment-là ouvertement parti pour la Révolution et les «sans-culottes colons» contre les «Grands-Planteurs» et les autorités civiles et militaires nostalgiques de l'ancien régime Compte rendu, p. 7, 21, 25).

En avril 1792, Jean-Baptiste Thounens se rend en France pour régler certaines affaires personnelles, laissant la rédaction de la Gazette de Sainte-Lucie à un collaborateur. Pendant son absence l'imprimerie est occupée sur ordre du général Béhague, gouverneur des Isles-sous-le-Vent, dont les sympathies sont acquises à la contre-révolution. A son retour à la Martinique, début décembre, Thounens est menacé d'arrestation et doit s'enfuir. Réfugié à Sainte-Lucie, restée loyale à la République, il est nommé «député extraordinaire» de l'Assemblée coloniale de Sainte-Lucie. Chargé de trouver des renforts pour assurer la défense de l'île, il se rend, fin décembre à Saint-Domingue, puis à Paris où il arrive le 21 février 1793 pour plaider la cause des «patriotes» auprès de la Convention. Saint-Pierre étant aux mains des royalistes, la Gazette de Sainte-Lucie avait dû interrompre sa publication à la fin du mois de novembre 1792, «persécutions personnelles», «injustices», «moyens violents» ayant été employés contre son rédacteur pour la «réduire au silence» (vol. VI, n° 2). A la suite de la reprise de Saint-Pierre par les troupes républicaines, la Gazette de Sainte-Lucie reprend sa publication à la fin de février 1793 (l'imprimerie de Jean-Baptiste Thounens devient alors l'imprimerie officielle du «Comité de surveillance» et de la «Société patriotique»). La Gazette de Sainte-Lucie cesse de paraître au cours de l'été 1793, alors que la Martinique est en proie à la guerre civile, révolutionnaires et contre-révolutionnaires soutenus par les troupes d'invasion anglaises, se disputant l'île. A la suite de la reddition de Rochambeau, le 21 mars 1794, la Martinique passe sous contrôle britannique. Elle le restera jusqu'au traité d'Amiens de 1802.

Titre indexé

GAZETTE DE SAINTE-LUCIE

Date indexée

1787
1788
1789
1790
1791
1792
1793