VARIÉTÉS LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, ETC.

1260
1786
1787

Titre(s)

Variétés littéraires, historiques, etc. Le sous-titre varie suivant les articles. Article 1 : L'année historique ou Recueil d'événements et époques mémorables, succinctement rapportés à leur ordre de date et indication d'années. Article 2 : Littérature légère, ou Recueil de vers, chansons anciennes, contes, tant en prose qu'en vers, etc. Article 3 : L'histoire soumise à l'opinion, ou morceaux détachés d'histoire, tant ancienne que moderne, discutés et éclaircis. Article 4 : Anecdotes ; traits curieux, intéressants, notice sur des personnages célèbres et autres. Article 5 : Traductions, ouvrages de différents auteurs anciens, avec des notes qui servent d'éclaircissement. L'article 5 n'était pas annoncé dans la présentation du périodique.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

1786-1787. 4 volumes. Privilège de 1786. «Les cahiers seront distribués tous les quinze jours, le premier et le quinze du mois» ; il semble que cette périodicité ait été respectée ; 24 livraisons par an, sans mention précise de date. Datation des volumes : art. 1, 1786 pour le t. I, 1787 pour le t. II ; art. 2, 1786 pour le t. I, 1787 pour le t. II ; art. 3, 1786 (un seul t.) ; art. 4, 1786 pour le t. I, 1787 pour le t. II ; art. 5, 1787 (un t. portant la mention de t. II).

Description de la collection

La collection comprend 8 vol. de 384 p. : art. 1, 2 t. en 2 vol. ; art. 2, 2 t. ou vol. ; art. 3, 1 t. ou vol. ; art. 4, 2 t. ou vol. ; art. 5, 1 ou 2 t. ou vol. de 384 p.

Un bandeau au début de chaque table des matières et au début des articles ; culs-de-lampe à l'intérieur des volumes et en dernière page.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Art. 1 : rue Neuve-Sainte-Catherine n° 21, puis, en p. 2, à Paris, au Bureau, rue Meslée, n° 59 ; puis en p. 2 du t. II, à Paris, au Bureau, place Saint-Michel. Ces trois adresses réapparaissent à divers endroits pour chaque article. Imprimeur : «De l'imprimerie de Demonville, rue Christine» (en fin de l'art. 4).

Au début du premier article : «Ouvrage périodique proposé par souscription et sans souscription. Avec approbation et privilège du Roi. [...] lequel paraîtra par cahiers, qui contiendront 4 feuilles in-8° et seront distribués tous les quinze jours (le premier et le quinze de chaque mois)».

«... Nous prévenons le public qu'il ne sera tiré, pendant quatre mois, qu'un nombre d'exemplaires un peu supérieur à celui des personnes qui se seront engagées jusqu'à ce moment, et qu'après ce terme, on ne tirera plus que conformément au nombre des noms que la liste donnera» (p. 4).

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Jean Marie Louis COUPÉ.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Contenu annoncé : art. 1, l'année historique ; art. 2, littérature légère ; art. 3, l'histoire soumise à l'opinion ; art. 4, anecdotes ; un cinquième article s'ajoute à la liste, dont le titre court est Traductions.

L'intérêt essentiel de ce périodique se répartit en deux axes privilégiés : d'une part une curiosité pour l'histoire, mais envisagée d'une façon anecdotique ; c'est pourquoi sont privilégiés les événements plus ou moins remarquables qui permettent d'avoir sur eux un jugement moral servant à l'édification générale. Le deuxième axe, d'autre part, est constitué par une littérature érotique, libertine, amoureuse qui se manifeste par des poèmes, des contes ou encore de petites histoires. D'une façon générale, on y repère les préoccupations de l'époque, les questions débattues, concernant la médecine par exemple. Ainsi cette relation, dans le t. II de l'année historique, d'un accouchement de jumeaux dont l'un est blanc et l'autre noir. L'auteur de la rubrique fait cette observation : «Sur cet accouchement singulier qui met en défaut tous les systèmes de nos naturalistes, on ajoute que la négresse intéressée a avoué qu'elle avait connu presque en même temps un blanc et un noir. D'après cette déclaration, quelles conjectures n'est-on pas en droit de tirer, contraires aux opinions reçues jusqu'à présent sur la formation des jumeaux».

Les rubriques sont courtes, nombreuses, il semble bien que l'objectif majeur ait été de présenter une sorte de divertissement intellectuel en faisant rejaillir continuellement l'intérêt grâce à la diversité des contenus.

Table des matières, de 6 à 7 p, en tête de chaque volume, présentée par ordre alphabétique.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

B.N., Z 28872-28879 ; Opéra ; Sorbonne ; B.U. Lyon.

Bibliographie

B.H.C.

Additif

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s):
 
Les Variétés littéraires… sont proposées par souscription dans le Journal de la généralité de Montpellier du 7 mai 1785, p. 5, et annoncées dans le Mercure de France de mai 1785, pp. 90-91. Le 14 mai 1785, le premier de ces périodiques donne en outre deux extraits en pré-publication.«  Cet Ouvrage […] paroit depuis le premier Avril […]. Il a déjà paru douze cahiers » (Hommage à l’Œuvre de la Rédemptions des captifs. Variétés littéraires, historiques, &c. [Prospectus], [Paris], Demonville, s.d. [septembre 1785], p. 2-3: Paris, BnF, ZZ 3958). Arrêt (présumé) en mars 1787; 2 années, 48 numéros.
Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables :
à côté des contributions de Coupé, on relève une présence importante de textes écrits par Jean-François de Bastide, ou, en tout cas, déjà utilisés par lui dans des œuvres précédentes: vers, « portraits », correspondances et « conversations » culturelles, interventions en moraliste, essayiste ou pédagogue. Ils sont tirés, principalement, du Choix des anciens Mercures et du Nouveau Choix de pièces tirées des anciens Mercures (1757-1758); du Nouveau Spectateur (1758-1760); des Mémoires apologétiques (1766); du précédent recueil des Variétés littéraires, galantes, &c., de 1774. On republie également un (controversé) Dictionnaire des mœurs de 1773, que Bastide rééditera à Milan en 1797 sous le titre Les Coups d’œil. Une partie consistante des anecdotes historiques est certainement tirée de la Morale de l’histoire (1769), portefeuille de textes et de matériaux que le colonel Mopinot de la Chapotte avait mis à la disposition de l’écrivain, quelques années auparavant (voir Variétés littéraires, […] L’Année historique, 1786, vol. 1, p. 311, note). Outre les contributions de Bastide (toutes déjà publiées) et celles de l’abbé Coupé (souvent originales), apparaît un grand nombre de textes hétérogènes, contemporains ou non : morceaux extraits, condensés, et ainsi régénérés, à partir d’encyclopédies et de dictionnaires ; ou, encore d’anthologies, de florilèges et de spicilèges de fiction et de poésie ; d’essais de morale et de philosophie. Dans quelque cas, les rédacteurs indiquent auteur et provenance mais, le plus souvent, ils les omettent: « Nous déclarons que nous avons puisé également dans notre imagination, dans les livres, dans les porte-feuilles, dans les manuscrits. Les morceaux que nous offrirons successivement n’auront pas, tous, le piquant de la nouveauté; mais nous nous les sommes appropriés si généralement par nos réflexions, et par le parti que nous nous en avons tirés […], qu’ils sont devenus comme nouveaux » (voir Variétés littéraires, […], 1786, vol. 1, p. 2.) 

Activités journalistiques:
Le nom de Bastide – en tant que rédacteur et, dans certains cas, propriétaire titulaire des Variétés – est également indiqué par la plupart des sources contemporaines repérées traitant du périodique (Paris, A.N. F 17 1212: « gens de lettres qui demandent des pensions », s.d. [oct. 1785/févr. 1786]. Dans cette liste manuscrite (déjà publiée par J.-L. Chappey et A. Lilti, « Les Demandes de pension des écrivains 1780-1820 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2010/4, p. 156-183), Bastide est parmi les requérants, présenté comme « Auteur de la Bibliothèque des romans, de plusieurs journaux anciens, et de celui intitulé Varietés littéraires au profit de la rédemption des captifs » (souligné dans le texte). Voir aussi Mallet du Pan, Jacques, Mémoires et correspondance, Paris, Amyot, [1785/1787] 1851, vol. 1, p. 133; Mémoires secrets, 22 novembre 1785; mentions (sans indication d’auteur) dans le Journal de Paris, n° 267, 24 septembre 1785, p. 1101; n° 86, 27 mars 1787, p. 377).

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s) :
Pendant ces deux années (1786-1787), les Variétés et la Bibliothèque universelle des romans, ont le même imprimeur/éditeur (Demonville), et des bureaux administratifs qui varient souvent mais coïncident toujours. En outre, on trouve fréquemment dans les Variétés des références et des renvois à des morceaux et à des textes de la Bibliothèque; dans certains cas, l’identification entre auteurs des deux périodiques est explicite, et la relation d’échange rédactionnel entre les deux  périodiques apparaît évidente: « Puisque le Public veut des Folles, on peut lui en donner. Nous n’imaginions pas, quand nous fîmes connaitre la jolie insensée du château de Riant, dans la Bibliothèque des romans, que cette fille vierge deviendrait mère de tant d’enfans » (Variétés littéraires, […] 1786, vol. 1, p. 114).

En octobre 1785, par la diffusion d’un nouveau prospectus, est lancée une campagne originale d’abonnements; l’opération est inspirée par le déroulement d’une manifestation parisienne, du 17 au 19 octobre: une procession religieuse publique, organisée par « Les Mathurins et les Religieux de la Merçi », à laquelle participent 313 Français ex-prisonniers des pirates algériens, libérés après paiement d’une rançon. Les congrégations religieuses, par ce fait, ont contracté des dettes et ont besoin d’un soutien financier immédiat :
"Les papiers publics et la voix de l’humanité imploraient pour cette œuvre sublime les secours des âmes sensibles. Un Homme de Lettre lui a consacré une partie du fruit de ses travaux […]. [Il] ouvre une nouvelle Souscription [d’abonnements], dont la quatrième partie sera déposée, pendant tout le temps que l’Ouvrage aura cours, dans la caisse des deux Ordres, pour être employée et servir […] à la délivrance des François. […] Le Roi, touché des sentiments qu’annonce un pareil don, […] a daigné souscrire pour cinquante exemplaires." (Hommage à l’Œuvre, p. 1-6).
La décision de faire don au profit d’une œuvre de bienfaisance d’une partie du produit des nouveaux abonnements est tout à fait la même que celle que Bastide adoptera à Marseille pour essayer d’obtenir des autorités locales et de ses concitoyens le financement d’une nouvelle  édition de la Bibliothèque universelle des romans (1787), et d’une autre, en douze volumes, de ses Œuvres diverses et choisies (1789). Réalisée à quelques mois seulement du début du périodique, cette campagne est un signe évident de difficultés: « il paraît qu’elles [les Variétés] se débitaient mal » (Bulletin critique, vol. 13-14 (1892), p. 278; voir aussi Hatin, vol. 3, p. 139.). La liste des abonnés, que la rédaction s’était engagée à rendre publique dans les premiers jours de novembre 1785 (L’Année littéraire, 1785, p. 342), n’a pas encore été publiée à la fin de décembre et « On croit […] devoir renouveler une invitation […] avant de publier la liste des souscripteurs » (Journal politique, décembre 1785, vol. 2, p. 54). Dans ces mêmes semaines, Bastide a déposé une demande de pension (voir n. 4) et la Bibliothèque universelle des romans, en baisse constante d’abonnés, est chargée de dettes (Sauvy, Anne, « Lecteurs du XVIIIe siècle: les abonnés de la Bibliothèque Universelle des Romans - premières approches », Australian Journal of French Studies, 1986/1, p. 51-52; idem, « Les souscriptions à la Bibliothèque Universelle des romans (1776-1780) », L’Europe et le livre. Réseaux et pratiques du négoce de librairie XVIe-XIXe siècles, Paris, Klincksieck, 1996, p. 376-377.)

Auteur additif

Titre indexé

VARIÉTÉS LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, ETC.

Date indexée

1786
1787

JOURNAL DES ROMANS *

0709

Bibliographie

Les Mémoires secrets annoncent, à la date du 9 décembre 1765, un Journal des romans. S'agirait-il d'un avant-projet de la Bibliothèque universelle des romans ? Non retrouvé.

Auteur

Additif

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s): Addition des Mémoires secrets sous la date du 19 décembre 1765: «Il s’élève un nouvel ouvrage périodique, intitulé Journal des romans. Il ne s’agit pas seulement de dessiner la notice de ces sortes de livres qui paraissent tous les jours; les auteurs embrassent une carrière plus vaste, ils veulent remonter jusqu’aux plus anciens des romans, et descendre successivement jusqu’à nos jours. Ils divisent leur ouvrage en trois parties. Ce projet promet beaucoup» (éd. Champion, dir. C. Cave et S. Cornand, t. 1, 2009, p. 546). La notice des Mémoires secrets est précise, comme pour tout ce qui concerne la presse; ce Journal des romans ne figure pourtant nulle part ailleurs. Quoiqu’il annonce de près la Bibliothèque universelle des romans, qui ne paraîtra que dix ans plus tard, il s’en distingue par la classification en trois parties: la Bibliothèque universelle en comptera huit.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares: Paris, BnF, ms. fr. 22000, n° 779 (Registre des privilèges et permissions simples de la librairie, 1763-1768). L’identité du demandeur est confirmée par une note du Mercure de France (février 1766, p. 162, n. I).

Journal des romans, ou Abbrégé des meilleurs Romans, depuis le premier qui a paru en France, jusqu’à ceux qui paraissent aujourd’hui. Prospectus de cet Ouvrage, [à Paris], de l’Imprimerie de la Veuve Ballard, Imprimeur du Roi pour la musique, rue des Noyers, 1765. Un exemplaire de cette brochure est dans la Collection Annisson: BnF, ms. fr. 22085, n° 25; « Xbre 1765 » ms. sur le frontispice).

Bibliographie: Gossman, Lionel, Medievalism and the Ideologies of the Enlightenment, Johns Hopkins Press, 1968

Jouglard, Madeleine, « La connaissance de l’ancienne littérature française au XVIIIe siècle », dans Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave Lanson, Genève, Slatkine Reprints, 1972 (Paris, Hachette, 1922)

Marinai, Fabio, « La Bibliothèque universelle des romans (1775-1789). Genesi e sviluppo di un’idea », Rivista di Letterature moderne e comparate, LXVIII (1/2015), p. 11-22

Martin, Henry, Histoire de la Bibliothèque de l’Arsenal, Paris, Plon, 1900, p. 37, 55, 64-70)

Todd, Charles, Political Bias, Censorship and the Dissolution of the "Official” Press in Eighteenth-Century France, Lewiston, The Edwin Mellen Press, 1991

Historique: 

Dix ans avant la Bibliothèque universelle des romans, ce projet représente la première tentative importante de créer un périodique spécialisé en récits abrégés.

Le 21 novembre 1765, le marquis Louis Henry d’Aubigné (?-1770), fait enregistrer sous son propre nom, auprès de la Chambre Syndicale de la Librairie et Imprimerie de Paris, une demande d’autorisation pour la publication d’un Journal des Romans ou abrégé de tous les Romans François depuis leurs origines jusqu’à présent. Un privilège est accordé « pour 12 ans du 21. 9.bre 1765 ». Étranger au monde académique et aux salons de la capitale, d’Aubigné à ce moment-là doit faire face, probablement, à des problèmes financiers (voir notice dans Dictionnaire des journalistes). Lors de l’inscription, il remet un prospectus du nouveau périodique (in-12, 12 p.), une brochure imprimée par la veuve Ballard et distribuée par l’Esclapart le jeune, libraire également chargé de la collecte des souscriptions (Jouglard, p. 274, n 1 ; Todd, p. 106). Le prix d’abonnement du nouveau journal – d’un format (in-12) et nombre de pages (224) identiques à ceux de la Bibliothèque universelle des romans – sera de dix-huit livres par an pour Paris et de vingt-quatre  livres pour la province. Les Mémoires secrets l’annoncent le 19 décembre 1765, et l’Année littéraire, dans les mêmes jours, republie presque entièrement le prospectus ([septembre/novembre] 1765, vol. 7, p. 321-329 ; voir aussi la Gazette littéraire de l’Europe, février 1766, p. 319-328). Le Journal des romans contiendra « une collection choisie des Romans Français » allégés de tout « fatras inutile » et « des descriptions qui révoltent par leur excessive longueur » :

Nous entreprenons de donner au Public un abbrégé des meilleurs Romans qui ont paru en France jusqu’à présent […], sans y rien changer quant à la forme & au style. Nous conserverons même le langage & les expressions. Notre travail consistera principalement à abbréger ce qui était trop étendu, […] un grand nombre de Romans […] ont besoin de cette abbréviation pour ne pas ennuyer les Lecteurs sensés. (Journal des romans, […] Prospectus de cet Ouvrage, p. 4-5)

Les textes les plus difficiles seront accompagnés de traductions littérales:

de peur de tomber dans l’inconvénient de présenter au Lecteur des ouvrages inintelligibles, ou dans celui de défigurer ces mêmes Ouvrages, nous en donnerons une traduction qui sera placée vis-à-vis le texte à droite; c’est-à-dire, que le texte sera toujours au verso du feuillet, & la traduction à la page qui le regarde. […] On doit s’attendre à voir le texte rendu mot-à-mot, les tours anciens conservés, autant que notre langage moderne pourra le permettre. Plus nous nous rapprocherons du style original, sans blesser la langue, plus nous croirons avor réussi. […]

Ce n’est point ici un Ouvrage de pur agreement, & nous osons assurer qu’il est beaucoup moins frivole qu’on ne le penserait à l’inspection du titre. En faisant passer nos Romans en revûe, nous aurons occasion de les faire server quelquefois à l’éclaircissement de l’Histoire. Notre Journal, envisagé de ce point de vûe, devient important & philosophique.

Nous verrons si chaque Roman ne peut point nous aider à connoître, du moins en quelque chose, les mœurs, les usages, le Génie & la Littérature du siècle, où il a été écrit. Voici l’ordre & la marche de ce  Journal qui ne ressemble à aucun de ceux que nous connaissons. (Ibidem, p. 5-7)

Tout le matériel sera disposé et organisé chronologiquement, suivant un critère d’exhaustivité :

La première Partie, qui commencera au premier Roman, sera executée dans la forme qui suit ; & par elle on peut juger des autres :

I°. Avant de rien dire du premier Roman imprimé en France, nous donnerons la vie abbrégée de son Auteur […] ;

2°. Nous ferons suivre l’Abbrégé de ce même Roman, en lui laissant, comme on l’a dit, sa forme, ses divisions & son style, & on mettra à côté la Traduction de cet Abbrégé.

3°. L’Ouvrage sera examiné ensuite, & on tachera de l’apprécier. Supposé que le même Écrivain ait composé d’autres Romans, on en donnera pareillement l’abbrégé […].

4°. Quand tous les Romans sortis de la même plume seront exécutés de cette sorte, le genie de l’Auteur deviendra l’objet de notre critique.

5°. De ce Romancier, nous passerons à celui qui lui a succédé  immédiatement, & ainsi de suite, jusqu’à la seconde époque, à laquelle commencera la seconde Partie.

6°. Avant de terminer la première, nous la couronnerons de courtes refléxions sur l’Histoire de ces tems; nous verrons si dans les Romans de cette division, les mœurs des personnages, les usages, les fêtes, &c, n’appartiennent point au siècle de l’Auteur. Nous chercherons la cause du changement que subit le genie Romancier au tems de notre seconde époque […]; car les mœurs influent souvent sur la Littérature, ou la Littérature sur les mœurs.

La seconde Partie, & les suivantes, seront traitées avec la même méthode. (Ibidem, p. 8-10)

Finalement, les auteurs concluent : « Nous aimons mieux différer, que de nous exposer, par trop de précipitation, à manquer à nos engagemens. On peut être sûr que nous aurons un bon nombre de volumes tous prêts lorsque nous publierons le premier » (Ibidem, p. 11).

Publié en décembre 1765, le prospectus n’a aucune suite dans les mois suivants. Dans ces mêmes semaines, cependant, commence la vente  d’un Dictionnaire du vieux langage françois, de l’éditeur et linguiste François Lacombe, l’un des collaborateurs du médiéviste et lexicographe La Curne de Sainte-Palais; un dictionnaire portatif que Fréron présente à ses lecteurs en citant explicitement le Journal des romans, et soulignant la présence décisive, derrière les deux publications – l’une déjà en vente, la seconde annoncée comme imminente – d’un superviseur unique et important : « Le même esprit, Monsieur, qui a produit le plan si estimable & si judicieux du Journal des Romans François, semble avoir inspiré un ouvrage très-intéressant pour cette entreprise Littéraire; il est intitulé Dictionnaire du Vieux Langage François, […], par M. la Combe » (L’Année littéraire, [nov.-déc.] 1765, vol. 8, p. 321-329; voir aussi la Gazette littéraire, mai 1766, p. 134-141). Le personnage auquel Fréron fait allusion est, bien entendu, La Curne de Sainte-Palais, dont François Lacombe est un collaborateur et qui représente alors, suivant Lionel Gosmann, « the man to whom anyone working on Old French or Provençal literature naturally turned » (Gossman, p. 328, n. 6) ; et en effet, dans son Dictionnaire Lacombe affirme, à plusieurs reprises, en avoir reçu et en recevoir encore des textes et des traductions. Le modèle conçu pour les extraits du Journal des romans (transcription textuelle avec traduction en regard) est typique du modus operandi de La Curne de Sainte-Palais, et c’est celui que Lacombe utilisera dans un Supplément de son dictionnaire publié en 1767. L’ordre chronologique du projet mais, surtout, des données biographiques presque inconciliables, rendent improbable la participation de Jean-François de Bastide, fondateur et propriétaire de la Bibliothèque universelle des romans en 1775, à cette tentative de 1765. Tout autre est le cas du marquis de Paulmy, son futur directeur, à l’égard duquel il convient de souligner, au contraire, l’existence de quelques informations biographiques compatibles : les Voyer d’Argenson Paulmy sont originaires de Touraine, comme les d’Aubigné, et un lien entre les deux familles et, plus précisément, entre les deux marquis en question, nous semble donc plausible, confirmé par le fait qu’il y avait certainement des relations assidues entre les d’Argenson et les Boufflers, une famille picarde à laquelle même le marquis d’Aubigné s’était attaché après son mariage (1744) avec Marie-Cécile de Boufflers. Autre élément biographique significatif : la présence de Paulmy à Paris entre 1764 et mars-avril 1766, exactement à l’époque qui correspond à la tentative du Journal des romans. En été 1764 le marquis, qui réside à Varsovie depuis 1759 comme ambassadeur, quitte sa mission diplomatique et rentre dans la capitale française (Gazette de France, 6 juillet 1764, p. 215-216) ; l’appartenance au même milieu académique, un partage d’intérêts culturels et un rapport d’amitié consolidé le lient, depuis plusieurs années, à La Curne de Sainte-Palais. En 1765, Paulmy s’installe à l’Arsenal, avec sa famille (et avec ses livres) ; il y restera jusqu’à ce que, nommé ambassadeur à Venise, il parte pour l’Italie, au début de l’année 1766 (Mercure historique et politique, mars 1766, p. 196).

 

 

Auteur additif

Titre indexé

JOURNAL DES ROMANS *

ÉPHÉMÉRIDES DE L'HUMANITÉ

0373
1789

Titre(s)

Ephémérides de l'Humanité, ou Bibliothèque raisonnée des sciences morales.

Bimensuel publié à partir du 15 janvier 1789 ; Prospectus dans la Gazette de Liège du 16 février 1789. Non retrouvé. P. Lebrun-Tondu aurait été à l'origine de la publication (D.P. 2).

Description de la collection

2 vol. ; numéros de 96 p. in-8° chacun, d'après Xavier de Theux de Montjardin (p. 1421).

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Liège, chez Smits, Lebrun et Cie.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

A.F.J. FRÉVILLE et P. BARET.

Bibliographie

D.P. 2, art. «Le Brun-Tondu». – Capitaine U., Recherches historiques et bibliographiques sur les journaux et les écrits périodiques liégeois, Liège, Desoer, 1850, n°  130, p. 261-262. – Theux de Montjardin X. de, Bibliographie liégeoise contenant les livres imprimés à Liège depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours, 2e éd., De Graaf, 1973. – Rétat P., Les Journaux de 1789 : bibliographie critique, Paris, C.N.R.S., 1988, n°  359, p. 369-370.

Auteur

Additif

Titre

Devise : “Hæc summa est sapientia, bona malaque distinguere” (Sénèque, Lettres à Lucilius).

Dates, périodicité

Bimensuel, “sort le 15 et le dernier de chaque mois” (Annonces, Articles et Avis divers, 3 janv. 1789, p. 15). Début : 15 janvier 1789. Arrêt : 30 juin 1789.

Description de la collection

Cahiers in-8° (12x19 cm), de 64 à 72 pages, malgré les 96 annoncées. La mise en page est soignée et les paragraphes sont espacés et bien disposés ; au début et à la fin des articles ou des cahiers, il y a souvent des culs-de-lampe, fleurons et autres ornements. Les articles sont parfois terminés dans la livraison suivante. Les volumes sont divisés par trimestre ; la pagination est continue et recommence au début du trimestre. Il n'y a pas d’indications éditoriales concernant  les subdivisions des livraisons, mais les signatures alphabétiques des feuilles indiquées en bas de page, des déclarations rédactionnelles (vol. II, p. 64; p. 136; p. 200), et des références explicites (vol. I, p. 268), permettent de déterminer la composition de chaque cahier. On signale, en les encadrant, les premières pages des douze livraisons. “Douze cahiers” est aussi la quantité de numéros (encore brochés) gardés par Dubois de Schoondorp dans sa bibliothèque à Gand (ann. n° 45). Les livraisons sont parues régulièrement : le dernier texte publié, une Lettre de Mirabeau, date de mai 1789 (Troisième lettre du Comte de Mirabeau à ses Commettans, 12 mai 1789, p.56 ; voir aussi Quastana, p. 113). Toutes les données temporelles directes (dates) ou indirectes (événements évoqués) contenues dans les deux tomes de la collection  se situent entre janvier et mai 1789.

Édition, abonnements, souscriptions, diffusion

Éphémérides / de / l’Humanité, / ou / Bibliothèque / raisonnée / des sciences morales. Aux dépenses de la Société, 1789. L’imprimeur n’est pas mentionné, mais le journal est édité à Herve, près de Liège (duché de Limbourg), par la “Société Typographique” dont Pierre Lebrun-Tondu est le principal animateur : “J.J. Smiths, Lebrun et Cie (Capitaine/1867, p. 36-40 ; idem/1850,  p.261-262 ; Gason, p.187s.). La même “Société” publie déjà le Journal général de l’Europe de Lebrun, avec la collaboration rédactionnelle de Fréville (voir infra) pour les articles d’économie politique.

“Le prix de la souscription est de 24 liv. par an. On s’abonne en tout tems aux Bureaux des Postes aux lettres, à Herve, Battice, Néaux, Limbourg et Audimont; ainsi que dans tous ceux des Pays-Bas, de l’Allemagne, de la France, d’Italie, etc.”(Annonces, Articles et Avis divers, 27 janv. 1789, p. 59).  À Battice “on souscrit chez M. Leruth [directeur des Postes]”(idem, 3 janv. 1789). Le journal est peut-être publié clandestinement : Francotte (p.135) remarque que dans les deux annonces susmentionnées, publiées en janv. 1790, on n'indique pas l’adresse d’un bureau d'administration et de distribution, mais les abonnés – y compris les résidents locaux – sont invités à se servir des bureaux de poste.

 Diffusion : Lebrun et Smiths peuvent compter sur un réseau de correspondances et de contacts consolidé dans les années précédentes (Vanderschuren, p. 255-257). À Paris, le journal est distribué par “[Joseph-Étienne Legrand-]Lavillette [(17..-1827)], Libraire, Hôtel de Bouthilliers, rue des Poitevins [n°13]” (Annonces de bibliographie moderne, t. I, p. 26-27).

La rareté et les contenus “difficiles” des É. suggèrent un tirage et un lectorat limités : “This important organ of the Fisiocratics is excessively rare” (Higgs, p. 395). Fréville lui-même (voir infra) semble en être conscient lorsqu’il esquisse un profil idéal de ses lecteurs : “personnes d’un esprit solide, capables d’études sérieuses, et plus sensibles aux fleurs d’une vérité que d’une littérature légère” (É., t. I, p. 285).

Fondateurs, directeurs, collaborateurs, contributeurs

“Ce Journal […] sera rédigé pat M. l’Abbé [Anne-François-Joachim] de Fréville [(1749-1832) ; (1750?-18..), suivant la Notice de personne de la BnF], connu déjà dans le monde Littéraire par de profondes dissertations sur la Politique, la Morale et la Métaphysique” (Annonces, Articles et Avis divers, 3 janv. 1789,  p. 15). La lecture des É., ainsi que le contenu des deux annonces de Lebrun –source directe, absolument fiable – confirment que Fréville (ci-après F.) est le candidat principal – sinon unique – au titre de rédacteur du journal. Barbier (vol. II, p. 139) est du même avis ;  G. Weulersse (p. 28) : “[F.] rédige à peu  près seul” ; Dictionary of Political Economy (vol. I, p. 747) : “entirely written by A. F. J. Fréville”; voir enfin Higgs, p. 395. Les informations sur F. sont encore rares et incertaines ; pour une bibliographie et un profil biographique sommaire du personnage voir, outre le catalogue BnF,  Quérard, t. III, p. 213-215 ; Pancera, p. 222-224.

Collaborateur présumé : Jean-François Baret, indiqué par certains répertoires du XIXe siècle : Feller, t. I, p. 435; Theux de Montjardin, p. 592 : Robinet, vol.1, p. 104; Le Bibliophile belge, I (1866),  p. 385.

Contenu annoncé:

Un prospectus (non retrouvé) est distribué à Liège par le libraire Demazaux, “au bas du Pont-d’Isle, à l’Anneau d’or” (Gazette de Liège (Avertissemens de Liège, n° 20), 16 févr. 1789 ; voir aussi Rétat, p. 370). En janvier 1789, deux annonces de lancement sont publiées dans le Journal général de l'Europe : “L’Agriculture, le Commerce, l’Industrie, l’Impôt, la Justice, la Police, la Législation, la Paix, la Guerre, et tous les Actes d’administration qui, d’un bout de l’Europe à l’autre influent sur la destinée des peuples, la science de l’ordre, enfin, tels sont les grands et intéressans objets, qui feront la matière de ce Journal” (Annonces, Articles et Avis divers, 3 janv. 1789, p.15). Dans les Annonces de bibliographie moderne (t. I, p. 26-27), on ajoute : “Ce Journal, […] d’une très-belle impression, a pour objet l’exposition, le développement et l’application des vrais principes de l’ordre social à toutes les parties du gouvernement. On trouve partout le langage de la raison, de la justice, et de la vérité”.

Contenu réel:

vol I, p. (1)  “Tome premier”.

p. (3)-68. Introduction.

[Note. Dans ce texte liminaire, long et articulé, F. développe ses thèses physiocratiques orthodoxes, déjà présentées en différents contextes dans le Journal général de l’Europe, et synthétisées dans une Lettre au Rédacteur de L'Année Littéraire publiée dans le journal de Fréron en 1781 (vol. VIII, p. 41-72). Cette dernière intervention, en polémique avec l'abbé Royou (Journal de Monsieur, 1781, t. V, p. 102 s.), avait été précédée, toujours dans L'Année Littéraire (1781, vol.V, p. 289-313), par un commentaire de F. très critique du contenu des Réflexions impartiales sur l'Amérique de Joseph Galloway (Paris, Moutard, 1781 ; orig. : London, 1779) ; contre l'opinion de l'auteur loyaliste, F. y avait pris une position claire en faveur de l'indépendance des colonies américaines].

- En tête de l’Introduction, une longue citation de Le Trosne (De l'ordre social, 1777), suivie d’un éloge enthousiaste de Quesnay, “génie sublime” qui “a devancé son siècle” et a “découvert et démontré” “le système du  monde social” “comme Copernic et Newton avoient découvert et démontré celui du monde physique” (p. 4). Les “prohibitifs” auxquels F. s’en prend souvent, ainsi qu’aux nombreux “ignorants” qui les écoutent, sont “les plus redoutables fléaux d’une nation” (p. 6). “Le premier devoir d’un homme de lettre est de consacrer ses veilles et ses travaux à mettre à la portée de tous les esprits des vérités dont la connoissance seule peut faire désirer au peuple des réformes d’où dépend sa prosperité. Le bonheur est le vœu général des nations. Il est la grand fin de l’association civile” (p. 7).

- Loi de “sociabilité” : “le besoin que nous avons de la société, en précède l’existence” (p. 14).

- Loi naturelle : “La loi naturelle […] consiste […] pour l’homme dans l’obligation de diriger ses actions sur les loix de l’ordre moral, essentiellement conforme à l’ordre physique le plus avantageux au genre humain” (p. 17).

[Note. Ce passage, ainsi que d'autres contenus dans l’Introduction, se retrouve textuellement dans une anonyme Lettre sur la suppression de tous les impôts (Paris, Nyon le jeune) publiée, très probablement, en automne 1789 (Journal encyclopédique, 15 nov. 1789, pp. 33-42 ; idem, déc. 1789, p. 389-393). Dans la Lettre on remarque une parenté étroite de contenus, style et vocabulaire avec le langage et le modus cogitandi de F.].

- “Tous les hommes sont égaux de droit” (p. 19). “Le droit naturel, en conséquence de cette égalité […] se désigne sous le nom général de justice. La justice est donc la parfaite égalité de droit que chaque homme tient de la nature” (p. 20).

[Note. Cette dernière définition, qui reprend encore l'une des thèses fondamentales de Quesnay et des “économistes”, est appréciée par l'auteur anonyme – souvent identifié comme Jacques-Antoine Dulaure (1755-1835) – d'une physiocratique Déclaration des droits du citoyen (p. 9) , publiée à la fin de 1789 ou au début de 1790 (Paris, Maradan ; voir Annonces de bibliographie moderne, vol. I, p. 219) ; selon lui, les É. de l'Abbé de Fréville” sont “excellentes”].

- “Cultivation de la terre” (p. 24 s.) : “le cultivateur d’un champ a le droit de l’enclore. Il a la possession exclusive du fond et des fruits […]. Toute restriction à son droit de possession exclusive est une violation de son droit naturel” (p. 26).

- Propriété : “La propriété en général, est la possession acquise par le travail, sans usurpation sur le droit de possession d’autrui” (p. 26). F. cite Robinet, Le Droit naturel  (Dictionnaire universel, t. XVI, p. 463 ; le Dictionnaire de Robinet avait été imprimé à Liège peu d’années auparavant (1777-1783)  par l’imprimeur-libraire Clément Plompteux).

- Propriété foncière : “le droit de propriété est indépendant des conventions et […] précède l’établissement des sociétés politiques” (p. 28 s.). Étant donné cette prémisse, F. critique Rousseau et Montesquieu ; “le travail est le seul titre des biens qu’on a acquis et qu’on possède” ; “l’homme ne perd rien dans l’association civile ; il y porte tous ses droits, et en obtient la sûreté. L’érection d’une autorité souveraine […], n’a précisement pour objet que de maintenir chaque citoyen dans toute la plenitude de sa libertè et de sa propriété” (p. 37).

- Il existe trois droits individuels, “indépendants de toute convention” (p. 38 s.) : “sûreté de sa personne”, “liberté de ses actions”, “propriété de ses biens”. “Les conséquences qui découlent de ces principes généraux, sont innombrables. Mais la liberté de l’agriculture, celle du commerce et de l’industrie, doivent paroître les plus frappantes” (p. 47).

- Centralité de la terre et du travail agricole : “la terre est l'unique source des richesses, et ceux qui la travaillent, la rendent productive et y investissent énergies et ressources doivent la posséder (p. 51). “N’est pas un fait, que la richesse d’une nation dépend de son revenu territorial, qui dépend lui-même des avances de l’état de la culture, qui sont encore relatives à la liberté plus ou moins étendue dont jouit le commerce ?” (p. 55).

- Autre tirade contre les “prohibitifs” et “leur manie réglementaire” (p. 56).

- Autorité souveraine : “le monarque n’a qu’un pouvoir d’exécution ; mais que sa fonction est grande, et sublime ! Son plus grand intérêt, indivisiblement lié avec l’intérêt de chaque citoyen, est de faire observer, et d’observer lui-même les loix de la justice” (p. 61).

- Nécessité d'une réforme radicale de l'administration publique (64 s.).

p. 69). ÉPHÉMÉRIDES/ DE L’HUMANITÉ, / ou / BIBLIOTHÈQUE RAISONNÉE / DE SCIENCES MORALES.

p. (69)-108. Analyse. “Discours dans lequel on examine les deux questions suivantes : 1°. Un monarque a-t-il le droit de changer de son chef une forme de constitution évidemment vicieuse ? 2°. Est-il prudent à lui, est-il de son intérêt de l’entreprendre ? Suivi de réflexions pratiques. Par Mr. Le Comte [Joseph-Niklas] de Windisch[-]Graetz. 1789”. Les théories et propositions du comte, un “champion de l’absolutisme” (Dictionary of Political Economy, vol. I, p. 747), sont rapportées et polémiquement réfutées par F. : l’autorité souveraine ne doit être rien d'autre que “la force commune ou publique” (“volonté commune”) formée par la “réunion des forces particulières” (p. 87). Nécessité d’un souverain : “la nation ne peut pas être toujours assemblée. […] Elle a donc besoin d’un agent qui en dirige l’exercice conformément à la volonté générale. De là, l’établissement d’un magistrat suprême, dépositaire d’un pouvoir souverain pour l’exécution des loix” (p. 88). F. propose (p. 99-100) un modèle de souveraineté "éclairée", dans laquelle le monarque est le premier garant constitutionnel, “l’homme de la loi”, “la loi vivante” (p. 101).

[Note. Outre l'analyse de F., principalement théorique, l'essai de Windisch-Graetz suscite également une Lettre sur le discours de M. le Comte de Windisgratz (s.l., 1789), écrite par un anonyme "vrai Patriote" et tout aussi critique à l’égard de l’absolutisme du comte, mais à caractère plus politique et pragmatique. L'opinion du  rédacteur des Annonces de bibliographie moderne  (vol. I, p. 81) est, par contre, favorable à  Windisch-Graetz : “ses raisons sont victorieuses, et ses réflexions sages, et bien présentées”].

p. 108-132. Principes sur lesquels la loi de l’impôt doit être établie. Nécessité d'introduire un impôt primaire calculé sur le revenu annuel produit par les cultures : “la terre étant la source de toutes les richesses, elle est aussi la source de toutes les dépenses. Il est donc évident que l’impôt […] se trouve être une part plus ou moins forte des fruits de la récolte” (p. 121). Seul le gain primaire généré par le travail de la terre doit être taxé (p. 126), et tout impôt indirect est à abolir.

p. 133-158. Suite des observations sur le discours de Mr. de Windischgraetz. F. : “de la suppression d’une loi vicieuse, à laquelle on substitue une loi favorable à tous les droits de l’homme, il ne résulte que des avantages pour les citoyens, comme pour l’état” (p. 135). “Le despotisme [est] la source empoisonnée de tous les maux que peuvent souffrir les sociétés” (p. 140). “La justice veut et ordonne qu’on mette la plus grande activité à changer les mauvaises loix” (p. 143). Un “prince éclairé”  (p. 151 s.), qui accueille avec sagesse et discernement les demandes légitimes de changement constitutionnel, sera un véritable “fondateur de la nation”, destiné à la postérité.

p. 159-200. Des États Généraux en France. Scepticisme à propos des États généraux : “une assemblée, composée de trois ordres distincts imbus d’opinions factices,  entichés de privilèges de naissance ou d’état, est peu propre à la discussion des vrais intérêts de la nation” (p. 163). Proposition alternative de F. (p. 164) : “l’établissement d’un conseil national” composé de représentants des administrations provinciales. Publication (p. 166 s.) et analyse du rapport de Necker sur les États généraux ; opinion de F. : “la France est un état essentiellement agricole”, composé de trois classes, “les propriétaires fonciers”, “les entrepreneurs de culture” et “les gens de commerce et de l’industrie” (p.172 s.) ; la seule catégorie qui doit être représentée (en tant que seule catégorie de contributeurs) est celle des propriétaires fonciers. Les nobles et les ecclésiastiques ne doivent pas participer aux États généraux ; ils peuvent le faire seulement s'ils sont (aussi) des propriétaires fonciers ; c'est un mauvais critère (p. 182 s.) que de vouloir déterminer la consistance de la représentation en fonction de la quantité de population résidente dans les baillages ; un bon critère pour ce faire (p.191 s.) est de considérer les différents “progrès de la culture”. L'intérêt général à représenter doit être celui de la terre et des propriétaires fonciers, qui sont les seuls producteurs de la richesse nationale. Le problème crucial de la représentation pourrait se résoudre positivement, selon F., avec l’introduction d’un “seul impôt” déterminé sur la base du “revenu” de la production de chaque territoire : “comme il n’y aura plus qu’un seul intérêt, toute division cessera entre les différents ordres” (p. 200).

p. 201-240. Analyse. “[Joseph-Antoine-Joachim Cerutti,] Mémoire pour le peuple françois [(s.l., 1788)]”. Cerutti surestime (p. 206) le rôle joué par le commerce et l'industrie en tant que producteurs de richesses ; F. répète sa thèse : la seule richesse produite est celle de la terre ; il faut donc activer une “loi de l'impôt” primaire, qui doit être “la première loi constitutive d'un bon gouvernement” et qui peut procurer à la France “une population de plus de quarante millions, tous dans l'aisance” (p. 224). Suppression de tout impôt indirect, “fléau qui désole les campagnes” (p. 210). Montesquieu a commis “une erreur” (p. 216) en confiant la garantie de la liberté politique à la “répartition des trois pouvoirs”. Pour ce qui est des droits et des prérogatives des différentes “classes” répresentées aux États généraux, F. propose à nouveau (p. 223) de les remplacer par des représentants des administrations provinciales “appuyées d'un conseil national permanent”.

p. 241-243. Lettre du Roi pour la convocation des États-généraux à Versailles, le 27 Avril 1789.

p. 243-264. Réglement fait par le Roi, pour l’exécution des Lettres de convocation. “Du 24 Janvier 1789”.

p. 265-267. Lettre aux auteurs des Éphémerides de l’humanité. Bruxelles, le 19 Février 1789. Réponse de Windisch-Graetz, qui plaisante et fait de l’ironie sur Quesnay et sur la justesse de théories qui prétendent résoudre le problème complexe et articulé d'une “législation parfaite” avec des “formules de calcul” et des maximes “infaillibles”.

p. 268-284. Observations sur la lettre précédente. F. défend le génie de Quesnay, reconnu aussi par Mirabeau dans “De la monarchie prussienne, Tome III, in-8°. p. 254 [(1788)]”, et il rappelle à Windisch-Graetz que “le citoyen ne tient pas ses droits de liberté et de propriété du gouvernement, mais de la nature. Dans le monde civilisé, ces droits sont sous la protection de l'autorité souveraine. La fonction du monarque est de les maintenir” (p. 280).

p. 284-336. De la circulation des richesses, ou l’on examine la doctrine qu’a exposée Mr. Necker sur cette question importante, dans le XXIme chapitre du tome III de l’administration des finances de la France. La circulation des richesses, avertit F. (p. 285), est un sujet d'économie politique abstrait et difficile, qui requiert une “attention soutenue”. Necker (p. 288) fait consister la circulation des richesses dans le “numéraire”, en monétisant (or et argent) leur valeur en fonction de la relation d'échange, mais en oubliant (p. 292) que ce sont les productions qui circulent, et non l'argent, qui n'est que “le gage de la chose que nous vendons pour celle que nous voulons acheter” (p. 291). “L’état ne manquera jamais d’argent au besoin, quand son territoire sera mis en grande valeur par une riche culture. La rareté de l’argent ne se fait donc sentir […] que quand sa culture est languissante, appauvrie, ruinée par une foule d’impôts et de réglements” (p. 292) ; F. demande avec force l’élimination de toute restriction à la liberté du commerce. “L’argent n’est pas un moyen de multiplier les richesses” ; “il n’est qu’une unique source de richesses et de dépenses, la terre” (p. 304), et la “la circulation des richesses a sa cause dans la récolte de chaque année” (p. 310). Dans une société divisée en trois classes – propriétaires fonciers, agriculteurs et agents commerciaux et industriels – on ne peut pas affirmer, comme le fait Necker, que "chacun se paye ses denrées. La classe des proprietaires fonciers achète des deux autres et n’a rien à leur vendre” (p. 326); F. dénonce (p. 327) les dégâts causés par la taxe “des Aides”, qui rend la valeur du vin presque nulle. “Supprimons les aides ; la nation va se trouver plus riche de deux cents millions” (p. 329). Le prix des denrées et “la somme des dépenses n’est […] pas en raison de [“l’étendue” de] la population”, mais “en raison de l’aisance ou de la misère” (ibid.). “L’affreuse doctrine des emprunts, dont Mr. Necker se déclare l’apologiste” (p. 332) aura des résultats négatifs, entraînant une augmentation progressive de la dette publique.

p. 337-394. Loi de l’impôt, dont l’institution procureroit aux Provinces Belgiques le plus grand accroissement de richesses. F. récapitule une fois de plus : “la terre seule peut fournir les fonds annuels de la dépense publique. Mais […] quelle que soit la forme choisie pour la formation du revenu de la souveraineté, il sera toujours et nécessairement payé par les possesseuers de la terre” (p. 340). Ensuite (p. 343 s.), il propose l'introduction d'un impôt territorial unique calculé sur la base d'un cinquième du revenu – net de dépenses – fourni annuellement par les cultures et payé par les seuls propriétaires fonciers : “la classe des agens du commerce et de l’industrie, ainsi que la classe des cultivateurs doivent être […] exemptes de toute contribution à la dépense publique” (p. 343). “Si les états des provinces belgiques se reunissoient, pour demander de concert à Sa Majesté Impériale la suppression de tous les impôts existans, dans le dessein de leur substituer l’impôt tèrritorial, unique et proportionnel au revenu des proprietaires, Sa Majesté le leur accorderoit avec d’autant plus de plaisir, que l’accroissement des revenus particuliers ne pourroit qu’augmenter  le revenu public et la puissance de la souveraineté” (p. 345) ; les caisses de l'État belge tireraient de cet impôt unique un revenu supérieur à celui qu'elles obtiennent en conservant le système actuel de taxation et de prélèvement, caractérisé par un “régime prohibitif” (p. 349). “Tout acte transactif de la propriété d’un fond rural, renfermeroit la condition tacite de l’aliénation du cinquième à la souveraineté” (p. 350). Contre le “régime insensé” d'impôts sur la consommation (p. 353) ;  encore contre l’impôt des “Aides sur les boissons”, qui “anéantit plus de 100 millions de revenu que devroient recevoir les propriétaires des vignes” et provoque une baisse générale du pouvoir d'achat, une perte de valeur de la production et, par conséquent, un appauvrissement de l'État. “Ce n’est pas la population en elle-même, mais son état de prospérité ou de misère, qui influe plus sur la valeur des productions” (p. 358). Le système des impôts indirects rend aléatoire le “droit imprescriptible” de la propriété et le droit de chacun d'en jouir librement. Thèse de F. (p. 367) : chacun doit avoir le “droit [...] de vendre et d'acheter dans un état de pleine concurrence, et de faire tout ce que la justice peut permettre”. L'introduction d'un impôt direct unique “rendroit tous les citoyens riches, libres, et heureux” (p. 369). Constats conclusifs (p. 377 s.) : il est de l'intérêt des propriétaires fonciers d'introduire un seul impôt territorial, qui est de toute façon “dans l'essence des choses” ; il n'existe pas dans l'“Europe moderne” de “nation agricole” qui prospère “sous le régime des loix prohibitives”.

p. 395-400. Lettre au Rédacteur des Éphémerides de l’humanité, de “Paris, ce 18 Févr. 1789”). Première d'une série de Lettres philosophiques sur le livre de l’Esprit des Loix, qui vise à mettre en évidence certaines “erreurs” commises par Montesquieu.

Vol. II, p. (1) : Antiporte ; p. (3) : “Tome second”.

p. (5)-54. Analyses. Lettres philosophiques et politiques sur l’histoire de l’Angleterre, depuis son origine jusqu’à nos jours, “Ouvrage traduit de l’Anglois. Nouvelle édition. À Paris, chez Nyon” // Constitution de l’Angleterre, ou état du gouvernement anglois, comparé avec la forme républicaine et avec les autres Monarchies de l’Europe [(1775)], “Par Mr. [Jean-Louis] de Lolme, membre du Conseil des deux-cent de la république de Genève […] À Genève, chez Barde; et se trouve à Paris, chez Buisson [(1789)]”. “Nous allons présenter de suite l’analyse de ces deux ouvrages. Le premier renferme la série des évènements qui ont préparé, amené, affermi, la constitution britannique, dont le second nous offre un tableau raisonné” (p. 6). “Les Lettres philosophiques ont été toujours attribués au lord [Georges] Lytteleton [(1709-1773); mais aussi à Oliver Goldsmith (1730?-1774) : voir catalogue BnF]”. Résumé du contenu des Lettres philosophiques.

[Note. En 1776,  F. traduit de l’anglais The Rights of Great Britain asserted against the claims of America / Les Droits de la Grande Bretagne, établis contre les prétentions des Americains, de James Macpherson (?) ; en 1777,  An answer to the declaration of the American Congress / Réponse à la déclaration du Congrès américain, de John Lind].

p. 55-57. Lettre au rédacteur des Éphémérides de l’humanité ; “Bruxelles, 10 Avril 1789”. Un abonné demande (et se demande) si une “liberté absolue de commerce” - comme la préconise F., avec une libéralisation complète des prix – ne risque pas d’être “excessive” et “dangereuse”.

p. 58-64. Réponse à la Lettre précédente. Analysant le commerce des bleds, F. rappelle au lecteur que “la liberté indéfinie du commerce en général est très-certainement dans l’ordre des loix de la justice”, corollaire de la liberté d'action et du droit à la propriété (p. 61).

p. 65-82. Suite du même sujet. La libre concurrence garantit que les marchandises aient toujours un “bon prix”, à savoir “le prix le plus avantageux pour toutes les classes de citoyens, même au peuple le plus pauvre” (p. 68). Encore (p.72 s.) contre l’impôt des Aides et contre “les prohibitifs, si inclinés pour régler le commerce des grains” ; une “concurrence illimitée” doit être préférée à toute forme de monopole ; dans le cas des bleds, à tout prix controlé ou à toute limitation des quantités importées ou exportées (p. 77).

p. 82-102. Administration. Patente de l’Empereur, qui établit d’impôt térritorial en Bohème, en Moravie, en Silésie, dans l’Autriche, etc. “Du 10 février 1789”. La science des loix de l’ordre : “S’il est une science faite pour être le sujet des études et des méditations de l’homme d’État, c’est, sans contredit, la science des loix de l’ordre. C’est de l’observance de ces loix, dictées par la justice éternelle, et de leur observance uniquement, que les sociétés politiques peuvent retirer les avantages qui n’auroient jamais dû cesser d’être le fruit que la réunion des premiers hommes en société a eu pour objet” (p. 82). Après une réflexion (p. 83 s.) sur le caractère socialement destructif des assiettes de l’impôt “irrégulières” et “vicieuses” et une critique des choix économiques de Colbert, F. rapporte (p. 86 s.) le texte de la Patente réformatrice de Joseph II ; son jugement est en principe positif, même si Joseph II s'est limité à la suppression des douanes internes et a établi un système de taxation de l'agriculture calculé sur la valeur de la totalité de la production (“produit brut”) et non sur le seul revenu  net effectif.

p. 102-136. Constitution de l’Angleterre. F. publie en les commentant des extraits de la constitution anglaise, dont il critique le parlementarisme (p. 105 s.), et la “singulière prérogative […] qui autorise le roi à annuller, de sa propre volonté, l’effet des délibérations des deux chambres” (p. 116); le régime fiscal anglais n'a "ni règles, ni mesures : c’est une hydre qui doit tout détruire” (p. 127). Il renvoie au prochain cahier “l’examen des points les plus intéressants de cette constitution qui, malgré ses défauts, l’emporte infiniment en sagesse et en raison sur les constitutions des autres peuples de l’Europe” (p. 136).

p. 137-187. Suite de l’examen de la constitution de l’Angleterre. Encore à propos des lois fondamentales de la personne : liberté, propriété, sécurité ; ces libertés en Angleterre sont garanties constitutionnellement, mais rendues presque inefficaces par un système de contrôles et de “loix prohibitives” (p. 139). Jugement positif, au contraire, sur l'état de la législation anglaise concernant la liberté de la presse (p. 140 s.), et le droit de résistance aux abus du pouvoir exécutif (p. 146 s.). Publication sans commentaire (p. 148 s.) d’extraits relatifs au “droit observé en Angleterre dans les matières civiles” et à “la justice criminelle (p. 153). Approbation de la jurisprudence anglaise, “si sage, si humaine, si conforme aux loix de la justice humaine” (p. 162). Agriculture anglaise : “il n’est point de contrée en Europe où la culture soit plus florissante” (p. 174) ; F. rappelle une étude sur les importations et exportations britanniques (State of the Trade of Great Britain in its imports and exports progressively from the year 1697, London, 1776), rédigée par le diplomate Charles Withworth (1721-1778?), et analysée par Nicolas Baudeau (que F. ne mentionne cependant pas), “un homme connu par l'étendue de ses lumières, dans le Mercure de France de juillet 177[8, p. 166-176]”. Enfin (p. 181 s.), il critique ceux qui ont jugé approprié de séparer la liberté civile et politique de la liberté de commerce, comme Montesquieu dans son analyse du commerce anglais.

p. 188-196. Considérations sur l’impôt, ou essai analytique sur les principales manières d’établir la contribution nécessaire à la defense et au maintien de l’État, “(par Mr. [Joseph Antoine] Walwein de Tervliet). A Londres, et se trouve à Bruxelles, chez Emmanuel Flon. 1789”. Jugement positif sur l'ouvrage, qui dénonce la nocivité et le coût élevé des impôts indirects pour les propriétaires fonciers ; mais F. s’exprime négativement (p. 194), sur le choix de l'auteur de maintenir certains d'entre eux.

p. 197-200. Lettre au rédacteur des Éphémérides de l’humanité à propos de l’Histoire philosophique et politique des établissements du commerce des Éuropéens dans les deux Indes, de l’abbé Raynal (1770 ; 1780). “J’ai été long-tems un des plus sincères admirateurs de cet ouvrage [l’Histoire philosophique]; mais le charme est rompu, l’illusion est entièrement dissipée, et je tiens pour la vie aux vrais principes de l’ordre, à la démonstration desquels votre Journal, unique dans l’Europe, paroît consacré” (p. 197). Dans l'opinion du (soi-disant) lecteur, Raynal montre des “idées vagues et incomplètes, factices et incohérentes, fondées sur d’antiques préjugés” (p. 200).

p. 201-261. Examen des principes de Mr. l’abbè Raynal, sur les travaux du commerce et de l’industrie, dans leur rapports avec l’intérêt des nations agricoles. Article déjà publié par F. (qui ne fait pas mention de la provenance du texte) dans le Journal général de l'Europe : “La lettre qu’on va lire est extraite d’un manuscrit qui contient plusieurs observations critiques sur les erreurs, les inconséquences, et les méprises répandues dans l’Histoire Philosophique” (Bibliothèque raisonnée de littérature, sciences et arts, 1786, t. I, p. 82; p. 82-118 pour l’article). Quelques paragraphes finaux dans la version des É. (p. 258-260) proviennent des Nouvelles Éphémerides économiques de Baudeau (1775, t. IX, p. 103-105).

Critique sévère et scrupuleuse de plusieurs contenus de l'Histoire des deux Indes. Raynal est souvent accusé d'incompétence, stérilité de pensée et confusion d'idées, surtout pour sa définition du commerce et de son rapport avec l'agriculture. Dans la dernière partie de la Lettre (p. 247 s.) est contenu un jugement tout aussi negatif sur le mercantilisme de Colbert et sur les choix opérés par son “administration désastreuse” : “pour hâter les progrès de la culture, il [Colbert] défendit l’exportation des grains, même de province à province; et […] à cette loi destructive de la richesse des campagnes il joignit une foule de prohibitions de commerce” (p. 250).

[Note. En 1775, F. traduit un essai (de 1773) de l'agronome anglais John Arbuthnot of Mitcham : An inquiry into the connection between the present price of provisions, and the size of farms / De l’utilité des grandes fermes, et des riches fermiers; Arbuthnot y soutient la nécessité d'une complète libéralisation du commerce du blé (De l’utilité…, dans Arthur Young, Arithmétique politique, La Haye, Gosse, 1775, t. II, p. 139 s.). En 1779, F. revient sur le sujet en écrivant un court essai Sur la liberté du commerce des grains  – “fort bien raisonné”, selon le Mercure de France (18 mars 1780, p. 134) – publié en 1779 comme note annexée au poème Les mois, de Jean-Antoine Roucher (Paris, Quillau, 1779, t. II, p. 58-66); dans ce texte, F. partage totalement l’opinion d’Arbuthnot et dénonce la nocivité de l'“impôt des Aides” (loc. cit., p. 65-66)].

p. 262-272.  Des états généraux en France.  Transcription intégrale du compte rendu de Mirabeau sur la séance d'ouverture des États généraux (États généraux, “Versailles, le 5 Mai 1789”, p. 9-15).

273-315. Analyse. Encyclopédie méthodique, économique, politique et diplomatique “par Mr. Desmeunier, avocat et censeur royal. Tome I. À Paris, et se trouve à Liège, chez Plompteux”.

[Note. Sans mentionner la provenance du texte, F. reprend également cette “analyse” du  Journal général de l’Europe (Bibliothèque raisonnée de littérature, sciences et arts, 1786, t. III, p. (5)-62)].

Critique de Démeunier, qui a divisé l’économie politique en trois parties : “1. La géographie politique. 2. L’économie politique et l’administration. 3. La diplomatique. Assurément, M. Desmeunier n’est pas heureux dans la division de son sujet. L’économie politique est la tige, dont toutes les autres parties ne sont que des branches” (p. 278) ; l'économie politique est la "science de gouverner les hommes d’après les loix de la justice”, la “science du gouvernement” (p. 279). Ensuite (p. 281 s.), F. examine la voix Agricole du Dictionnaire, rédigée par le physiocrate Guillaume Grivel ; il la juge très favorablement, puis il publie (287 s.), en les expliquant, les trente Maximes générales du gouvernement économique d’un royaume agricole (1767), avec lesquelles Quesnay a créé “la vraie science du gouvernement”.

p. 316-325. Liberté de la presse (s.l., mars 1789 ; attribué à l’abbé Petiot). Des extraits de la brochure sont présentés, commentés et approuvés : “la liberté de la presse doit être une loi constitutive d’un gouvernement sagement organisé” (p. 325).

p. 326-336. Réflexions sur la Philosophie du dix-huitième siècle.

[Note. Déjà publié dans le Journal général de l’Europe, avec le titre Coup-d’œil philosophique sur la Philosophie du 18e. siècle (1786, t. III, p. 71-74) ; F. ajoute ici qualques réflexions finales].

Contre toute barrière et division, territoriale et sociale, et contre tout privilège, ignorance, corruption ; F. souhaite (p. 336) que les États généraux puissent mener des réformes visant au bien-être social, à l'affirmation de la liberté de conscience et de presse et au respect, dans les choix économiques, des droits et des lois naturelles.

p. 337-375. “Suite de l’Analyse de l’Encyclopédie méthodique […]. Agriculture.” Le jugement de F. sur l’article Agriculture de Démeunier (voir supra) est modérément positif pour les contenus des premières sections, alors qu'il devient critique (p. 343 s.) pour les deux dernières, concernant “les obstacles qui s’opposent à la perfection de l’agriculture” et  “ses rapports avec le commerce”; ici, Démeunier montre des “notions fausses, ou confuses, ou incohérentes, et très-opposées surtout à ces maximes d’éternelle vérité que l’ingénieux Mr. Grivel a rapportées dans l’article Agricole” (p. 344). Les critiques de F. portent essentiellement sur la taxation des terres, de l'industrie et de la circulation des richesses. Démeunier ignore (p. 346) que la “taxe des terres” ne doit être demandée qu'aux propriétaires fonciers et dans une mesure non préjudiciable à la “reproduction suivante” ; il croit à tort qu'une amélioration économique peut se produire grâce à l'augmentation des “masses de l'argent” : mais l'argent n'est qu'une marchandise et, en tant que telle, sa valeur diminue plus elle devient courante (p. 358). Le commerce est une forme d'échange, “un contrat d'égalité où l’on donne valeur pour valeur égale” (p. 359) : il doit être toujours répiproque, achat et vente, car la vente seule est destinée à ruiner, au fur et à mesure, acheteur et vendeur. Autre remarque critique : Démenieur ne prend pas en compte (p. 361) l'existence d'un commerce intérieur circulaire, et au lieu de soutenir une liberté absolue et nécessaire, par exemple dans le commerce des bleds, il y introduit des limites prohibitionnistes (p. 364 s.). Tout simplement, pour F. un sage gouvernement doit ignorer le commerce en s'abstenant de toute intervention, et la production agricole n'a pas non plus besoin de réglementation, mais seulement d'être soumise “à la loi générale de la liberté” (p. 372).

[Note. À propos de ce commentaire, voir Weulersse, p. 29; plus en général, sur les thèses de F. voir idem, p. 28-30; p. 41-44 ; p. 199-200 ; p. 203-204 ; p. 208].

p. 375-393. États généraux en France. Éloge de l’“auteur anonyme” (Jean-Nicolas-Marcellin Guérineau de Saint-Péravi, 1735-1789), qui a rédigé un Essai sur les principes à adopter par les Etats-généraux (s.l., 1789) : “il a exposé de la manière la plus concise, mais la plus énergique et la plus lumineuse, les principes que les États-généraux devroient s’empresser d’adopter pour en faire la base des loix fondamentales de ce beau royaume” (p. 375-376). Les É. publient un extrait consistant du texte de Saint-Péravi, dans lequel sont réaffirmées les principales thèses et requêtes de réforme avancées par les physiocrates, à partir d’une constitution inspirée par le droit naturel et social.

[Note. Saint-Péravi passe ses dernières années à Liège, dans l’indigence (A. G. Becdelièvre-Hamal,  t. II, p. 491-493)].

p. 394-404. Lettre de Mirabeau à Mr. l’Évêque de Langres, sur sa brochure intitulée: [Sur la] forme d’opiner aux états-généraux (s.l., 1789). F. rapporte, sans le commenter, le texte intégral du discours de Mirabeau, qui attaque en détail l'hypothèse de diviser les États généraux en deux assemblées différentes (noblesse et clergé dans l'une, troisième état dans l'autre).

Rubriques

“Analyse(s)” ; “Administration”.

Historique

Tant dans le titre que dans le contenu le périodique renvoie aux différentes Éphémérides (1765-1772 ; 1774-1776 ; 1788) de Nicolas Baudeau, journaux de référence pour tout le mouvement physiocratique et importants vulgarisateurs des thèses économico-politiques de Quesnay et de son “école”. De même, il se situe en continuité avec les presque homonymes allemandes Ephemeriden der Menschheit, oder Bibliothek der Sittenlehre, der Politik und der Gesetzgebung, créées par le philosophe, historien et économiste Isaak Iselin (1728-1782) à Bâle en 1776, qui consacrent également un large espace aux questions relatives à l'agriculture et aux demandes de réformes économiques, politiques et administratives soutenues par les physiocrates. À ce propos, voir L. Chalmel (p. 60-61, qui mentionne aussi D. Tröhler, Pauvreté, travail et éducation dans le discours patriotique, dans Johann Heinrich Pestalozzi – Écrits sur l'Éxperience du Neuhof, «Dix-huitième siècle», vol. 36 (2004). Le prospectus du journal d’Iselin est traduit en français et commenté positivement en 1776 par un des principaux coopérateurs de Baudeau, Saint-Maurice de Saint-Leu (Nouvelles éphémerides économiques, mars 1776, pp. (77)-115; voir aussi le Journal des sciences et des beaux arts, mai 1776, pp. 244-252).

Encore plus direct et solide enfin, apparaît le lien des É. avec le Journal général de l’Europe, dont F. reprend, concentre et aligne ses idées physiocratiques, en y récupérant également - en particulier dans les cahiers du deuxième trim. – articles et “analyses”. En 1791, la Correspondance littéraire secrète de Mettra,  en présentant à ses lecteurs l’Écho de l’Europe, “par l’abbé Freville”, spécifie  que ce dernier “a travaillé à Herve au journal de le Brun, et qu’il a formé” (27 févr. 1791, p. 80). Un dialogisme intertextuel intense caractérise donc les É. À cette dotation primaire F. ajoute  des c. r. détaillés traitant questions et ouvrages faisant partie de l'actualité politique la plus immédiate, et il emploie tout ce matériel pour la mise en œuvre d’un périodique spécialisé qui, à la veille des États généraux se donne l'objectif militant de relancer avec force, dans l'intense débat en cours, la leçon et les mots d'ordre physiocratiques. En effet, une intention d'information et de vulgarisation est continuellement sous-entendue, mais souvent directement explicitée dans le périodique. La première personne du pluriel que F. utilise toujours lorsqu'il explique et illustre les différents énoncés - en revenant constamment sur des définitions et des explications déjà données : une véritable vocation didactico-pédagogique – ne semble pas impliquer ou faire allusion à la pluralité d’un travail rédactionnel mais, plutôt, souligner une appartenance souvent revendiquée avec orgueil, un choix de domaine où le rédacteur se range avec conviction aux côtés des autres “économistes” et politologues votés, comme lui, à la bonne cause physiocratique : “notre unique ambition est de déraciner des opinions funestes, et d’exposer des opinions utiles, avec la clarté et la précision nécessaires pour les rendre familières et utiles” (vol. I, p. 110). Ce didactisme, d'ailleurs, est pleinement confirmé par les nombreux ouvrages à caractère pédagogique de F. et par ses emplois en tant qu'instituteur. Le terme “instruction” revient fréquemment dans les É., souvent opposé à “ignorance” et associé à “vérité” ; c’est la même attitude que  Conan  (p. 268)  retrouve chez Grivel (voir supra).

Bien que de brève durée, la tentative des É., “dernière flamme du dogmatisme et de l’intransigeance physiocratiques” (Weulersse, p. 28), témoigne comment les discussions et les disputes suscitées par Quesnay et par son école - qualifiée avec mépris de “secte” par ses nombreux détracteurs - en 1789 n'avaient pas encore cessé d'intéresser un certain public (à ce propos, voir encore Conan, p. 269).

Compétence, modération mesurée et équilibre : dans son Dictionnaire du Patriote, publié tout juste en 1789, Aubert de Vitry trace (p. 211) ce profil synthétique de F. : “On le dit attaché aux principes des économistes, mais sans être aveuglé par l’esprit de parti. Homme simple et point intriguant; solitaire et peu connu, quoique plein de lumières et de connoissances politiques”. Weulersse (p. 29) confirme le “ton mesuré” des É. L'abbé Mulot, par contre, dans son journal note, en le stigmatisant, l'athéisme “impie” et “paradoxal” de F., “docteur économiste” (Mulot, 6 févr. [1782], p. 93-95.

Localisation, collections connues, exemplaires rares

Paris, BnF, 8-R-7064 : exemplaire étudié. Deux volumes reliés en un tome :

-“Premier volume” : cahiers n° 1-6, trim. janv.-mars 1789 ; sur l’anti-porte, mns. : “Ex Dono Authoris”; p. 400.

-“Second volume” : cahiers n° 7-12: trim. avr.-juin 1789 ; p. 404.

Autre exemplaire retrouvé (2 vol., même consistance) : Paris, Bibliothèque de l’Institut de France : 8° M 162 A ; la même bibliothèque possède aussi un exemplaire du premier numéro du journal, correspondant à l’Introduction : 8° GX 199 14, dans un recueil factice (t. 3, n° 3) où l’on trouve une mention notée à l’encre sur la page de titre : “Par Flissel et Fréville” ; dans l’index manuscrit des “titres des pièces contenues dans ce 3e volume”, on lit : “3e. Ephemeride [sic] de l’humanité par Flissel et Freville”. Ce préfacier Flissel reste complètement inconnu (information fournie par Mme Sylvie Biet, Conservateur en chef de la Bibliothèque de l'Institut de France).

Bibliographie

-   Jean-Baptiste-René Robinet et al., Dictionnaire universel des sciences morale, économique, politique  et diplomatique,  à Londres, chez les Libraires associés, 1777-1783.

-   (Anne-François-Joachim Fréville), [Analyse des] Réflexions impartiales sur l’Amérique, Ouvrage traduit de l’Anglois, L’Année Littéraire, 1781, t. V, p. 289-313.

-   Idem, Lettre au Rédacteur de L’Année Littéraire, L’Année Littéraire, 1781, t. VIII, p. 41-72.

-   Annonces, Articles et Avis divers (suppl. du Journal général de l’Europe), “Sam. 3 Janv. 1789”; “Mardi, 27 Janv. 1789”.

-   Gazette de Liège (Avertissemens de Liège, n° 20), “Du Lundi 16 Février 1789”.

-   François Jean Philibert Aubert de Vitry, Jean-Jacques Rousseau à l’Assemblée nationale,  à Paris, rue de Hurepois n°25, 1789.

-   Lettre sur la suppression de tous les impôts, adressée à Nosseigneurs de l'Assemblée Nationale, à Paris, chez Nyon le jeune, 1789.

-   Journal Encyclopédique, 15 nov. 1789, pp. 33-42 ; déc. 1789, pp. 389-393.

-   Déclaration des droits du citoyen, et application de ces principes à la constitution de la Nation Françoise, s.l., s.d. (1789/1790).

-   Annonces de bibliographie moderne, à Paris, chez Lavillette, 1790.

-   Correspondance littéraire secrète, (Neuwied), “le 27 Février 1791”.

-   Supplément au Catalogue de Mr. du Bois Schoondorp, s.l., (1804).

-   Joseph-Marie Quérard, La France littéraire, Paris, Firmin-Didot, 1827-1839.

-   Antoine Gabriel de Becdelièvre-Hamal, Biographie liégeoise, Liège, Imprimerie de Jeunehomme Frères, 1836-1837.

-   François Xavier de Feller, Biographie universelle, ou Dictionnaire historique des hommes qui se sont fait un nom, Paris, Leroux et al., 1847-1850.

-   Ulysse Capitaine, Recherches historiques et bibliographiques sur les journaux et les écrits périodiques liégeois, Liège, Desoer, 1850.

-   Idem, Recherches sur l’introduction de l’imprimerie dans les localités dépendant de l’ancienne principauté de Liège et de la province actuelle de ce nom, Bruxelles, Olivier, 1867.

- Le Bibliophile belge, Bruxelles, Olivier, n° I (1866).

-   Xavier De Theux de Montjardin, Bibliographie liégeoise, Bruxelles, Olivier, 1867.

-   Alexandre Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes, Paris, Daffis, 1872-1879.

-   Henri Francotte, Essai historique sur la propagande des encyclopédistes français dans la principauté de Liège, Mémoires couronnés et autres mémoires publiés par l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Bruxelles, Hayez, vol. XXX (1880).

-   Dictionary of Political Economy, par R. H. Inglis Palgrave,  London/New York, MacMillan, 1894, vol. I, p. 747.

-   J. Fr. E. Robinet, A. Robert, J. Le Chaplain, Dictionnaire historique et biographique de la Révolution et de l’Empire 1789-1815, Paris, Librairie historique de la Révolution et de l’Empire, (1899).

-    François Valentine Mulot, Journal intime (1777-1782), par M. Tourneux, Mémoires de la Société de l’histoire de Paris et de l’Île de France, Paris, Champion, t. XXXIX (1902).

-   Bernadette Vanderschuren, Les premières années du Journal général de l'Europe”, La Vie wallonne, t. 34 (1960), pp. 245-282.

-   Pierre-Marie Gason, De Rousseau aux méfaits des contrefacteurs: une correspondance de Lebrun-Tondu avec la maison Barde et Manget, dans  Cinq siècles d’imprimérie genevoise – Actes du colloque international sur l’histoire de l’imprimerie et du livre à Genève - 27-30 avril 1978, par J.-D. Candeaux et B. Lescaze,  Genève, Société d’histoire et d’archéologie, 1981, p. 185-200.

-   Georges Weulersse, La physiocratie à l’aube de la Révolution 1781-1792, par Corinne Beutler, Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 1985.

-   Jules Conan, Une utopie physiocratisante : l'“Ile inconnue” de Guillaume Grivel, Annales historiques de la Révolution française, n° 265, 1986. pp. 268-284.

-   Pierre Rétat, Les journaux de 1789 : bibliographie critique, Paris, Centre national de la recherche scientifique, 1988.

-   Henri Higgs, Bibliography of Economics 1751-1775, Cambridge, Cambridge University Press, 1990.

-   Carlo Pancera, La littérature pédagogique mineure pendant la période révolutionnaire et républicaine, dans Révolution française, 1988-1989 – Actes des 113e et 114e Congrès des Sociétés Savantes, Paris, Éditions du C.T.H.S., 1991, p. 219-228.

-   Loïc Chalmel, Réseaux philanthropinistes et pédagogie au 18e siècle, Bern, Lang, 2004.

-   Anthony Mergey, La contestazione dell’idea tradizionale di ’Province’ nel XVIII secolo, Amministrare, Rivista quadrimestrale dell'Istituto per la Scienza dell'Amministrazione pubblica, 1 (suppl. ) / 2012, p. 67-102.

-   Anthony Mergey, Le contrôle de l’activité législative de la nation en 1789. L’opinion de Dupont de Nemours, Journal  of Interdisciplinary History of Ideas, 3/2014, Issue 5, Section 2, p. 1-32.

-   François Quastana, Mirabeau, lecteur et “passeur”des textes républicains anglais, Philosophical Enquiries, n° 8 (juin 2017), p. 95-117.

-   Fabio Marinai, Fra Ancien Régime e Révolution: disgrazie e fortune di un imprimeur-libraire, Joseph-Étienne Legrand-Lavillette (17../1827), Rivista di letterature moderne e comparate, 73 (2020/1), p. 21-41.

Auteur additif

Titre indexé

ÉPHÉMÉRIDES DE L'HUMANITÉ

Date indexée

1789

ÉLIXIR LITTÉRAIRE

0366
1766

Titre(s)

Elixir littéraire ou Journal de l'Europe.

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Mai – juillet 1766. 3 vol.

Description de la collection

In-12.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

La Haye.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Jean-François de BASTIDE.

Bibliographie

Barbier. D.P. art. «Bastide.

Périodique non retrouvé. Signalé comme «perdu» à l'Universitäts- und Stadts-Bibliothek, Köln. Mention dans le Courrier du Bas-Rhin du 17 octobre 1767: dans une lettre censée écrite par la Gazette de Clèves «au Gazetin de Bruxelles, son fils», on relève une allusion satirique, à propos de Elixir littéraire, au temps où Bastide faisait le «métier de charlatan». Annonce dans le Mercure historique et politique d'avril 1766, avec attribution à M. de Bastide, «avantageusement connu par le Nouveau Spectateur, le Choix des meilleurs morceaux du Mercure et des anciens journaux, le Monde comme il est... .

Additif

Titres : Vol. I (mai 1766) et vol. II (juin 1766) : Élixir/ littéraire,/ par/ Mr. de Bastide,/ Auteur/ du/ Nouveau Spectateur, À La Haye,/ Chez Fred. Staatman, Libraire,/ Aux dépens de l’Auteur,/ M.D.CC.LXVI. Le titre change au vol. III (juillet 1766) : Élixir littéraire, ou Journal de l’Europe (Neue critische Nachrichten, 1766).

Dates, périodicité: Mensuel, « paroîtra tous les premiers du mois. Il contient 8 feuilles grandes in douze, petits caractères, beau papier » (Lettre du Libraire Staatman).

Description de la collection: Un exemplaire (dépourvu de frontispice et de tout texte liminaire) des 36 premières pages numérotées du vol. I est dans un recueil (factice) de la UC Berkeley Library : sign. Bancroft PN2633.M3.1751 ; un exemplaire du vol. II (qu’on a examiné),  est à la Thüringher Universitäts und LandesBibliothek de Jena: in-12, 203 pages ; sign. 8 MS 28385:2 . Dans les Neue critische Nachrichten se trouvent les index détaillés des articles contenus dans les trois livraisons, parfois accompagnés de brefs commentaires de présentation (1766, vol. 2, p. 250-252, 344, 407).

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s): « L’Ouvrage se debite par souscription, ou par volumes. Le prix de la souscription est 12 florins par an, et le prix du volume un florin » (Lettre du Libraire Staatman). L’édition « aux dépens de l’Auteur » suggère un tirage limité, confirmé par la rareté du périodique et, indirectement, par le témoignage de Bastide après son déménagement à Bruxelles : en s’adressant à Cobenzl à quelques mois seulement de la cessation du périodique, il demande au ministre plénipotentiaire de lui rendre « pour une heure le premier volume de l’élixir littéraire dont il a besoin pour former la liste de ses libraires étrangers » (Bruxelles, Archives générales du Royaume, n. 1067, f. 68, s.d. [octobre/décembre 1766].).

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables:: Centré sur l’actualité culturelle et spécialement littéraire, le journal est un recueil où alternent textes poétiques, historiques et narratifs, sans aucune division en parties. Une brève présentation souligne presque toujours l’originalité et la nouveauté des textes : « Nouveau, mais imprimé », « Non imprimé », « Communiqué par manuscrit », « Non connu, et non imprimé ». En effet, certains de ces textes – c’est le cas, par exemple, de la poésie Le cœur de Boufflers dans le vol. I, et du Dialogue entre Mars & Thaliede Dorat dans le vol. II – au moment de leur publication dans le périodique, circulent à Paris sous forme manuscrite, comme l’indiquent les Mémoires secrets (15 janvier et 3 mai 1766.) La lecture des index et l’examen du contenu du vol. II mettent en évidence une majorité de textes poétiques – souvent poésie d’occasion -, tirés de journaux tels que le Mercure de France, le Journal encyclopédique, l’Avant-Coureur et, surtout, l’Almanach des Muses : principalement, de vers de Baculard d’Arnaud, Sautreau de Marsy, Rochon de Chabannes, Chauvet, Dorat, Légier, Dumouriez et Voltaire. De ce dernier – sous le titre Vers sur la Mythologie, dans le vol. II –, l’Élixir publie l’Apologie de la Fable, déjà parue en 1765 dans les Nouveaux mélanges. Cependant Bastide insère aussi ses propres textes : un extrait du poème Le Temple des Arts (vol. II), à peine publié pour illustrer la collection d’art du marchand d’Amsterdam Gerret Braamcamp, et quelques Lettres vénitiennes (vol. III), un court roman épistolaire publié à nouveau en 1771 avec le « conte en vers » Le Dépit et le Voyage. Un espace d’une certaine ampleur est réservé aux spectacles: l’Élixir propose « Observations », « Réflexions » et extraits relatifs au Philosophe sans le savoir de Sedaine (vol. I et III), au Mariage clandestin de Garrick et Colman (vol. II), à L’Amitié, comédie hollandoise (vol. II), et au Connoisseur de La Coste de Mézière, tiré du conte de Marmontel (vol. II et III). La fiction et le récit ont un place plus limitée : quelques contes et des histoires anonymes (par exemple, une Histoire nouvelle et le conte Le Rival généreux, dans le vol. II); dans les vol. I et II se trouve une série d’Anecdotes prétendument tirées des Récréations littéraires de Cizeron-Rival, tout juste publiées. Quelques « morceaux concernant Mr. J. J. Rousseau » dans le vol. III sont relatifs à sa dispute, de résonance européenne, avec Hume (Voir Haller) ; dans le même volume, on trouve aussi l’apologue voltairien Des Payens et des Sous-fermiers, publié également dans les Nouveaux mélanges de 1765.

Historique: Le 17 août 1766 le baron Huybrect de Kruyningen, correspondant politique de Cobenzl à La Haye jusqu’en 1782, s’adresse au ministre plénipotentiaire en lui recommandant Bastide, qui est en train d’emménager à Bruxelles. L’écrivain, affirme le baron :  « a passé huit mois dans ce pays » à rédiger un « Journal de l’Europe, qui se débite tous les mois » (Huybrecht à Cobenzl, 17 août 1766 cité par Piot). Le périodique est prohibé en France (BnF, fr. 21929, f. 24 : voir D.P. art. «Bastide)

Bibliographie:

Neue critische Nachrichten, Greifswald, im Anton Ferdinand Rösens Buchhandlung, 1766, vol. 2, p. 250 ; ibidem, p. 407.

« Lettre du Libraire Staatman, au Lecteur de ce Mercure », Mercure historique et politique, avril 1766, s.p. (appendice).

Mémoires secrets, 1766, vol. 2, pp. 250-252; ibidem, p. 344; ibidem, p. 407.

Haller, Gottlieb Emanuel von, Bibliothek der Schweizer-geschichte und aller Theile, so dahin Bezug haben. Systematisch-Chronologisch geordnet, Bern, in der Hallerschen Buchhandlung, 1785, t. II, pp. 334-335.

Piot, Charles, « Le séjour de Jean-François de Bastide à Bruxelles », Bulletin de l’Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 1882, t. IV, p. 258.

Mention dans Il Corrier letterario, in Venezia, a spese di Antonio Graziosi, 31 Maggio 1766, p. 599.

Auteur additif

Titre indexé

ÉLIXIR LITTÉRAIRE

Date indexée

1766

BIBLIOTHÈQUE UNIVERSELLE DES ROMANS

0172
1775
1789

Titre(s)

Bibliothèque universelle des romans, ouvrage périodique, Dans lequel on donne l'analyse raisonnée des Romans anciens et modernes, François, ou traduits dans notre langue ; avec des Anecdotes et des Notices historiques et critiques concernant les Auteurs ou leurs Ouvrages ; ainsi que les mœurs, les usages du temps, les circonstances particulières et relatives, & les personnages connus, déguisés ou emblématiques.

Continuée par la Nouvelle Bibliothèque des romans (1798-1805).

Dates, périodicité, privilège(s), approbation(s)

Juillet 1775-juin 1789. Avec approbation et privilège (27 avril 1775). Prospectus : juillet 1775, premier volume; Mercure de France, mai 1775; Journal encyclopédique, 15 juin 1775;  l'Année littéraire, 21 nov. 1775; Gazette d'Europe, juin 1776.

La périodicité annoncée (le premier de chaque mois, plus un volume supplémentaire les 15 janvier, avril, juillet, et octobre) est respectée, à l'exception de quelques retards insignifiants, qui devinrent plutôt longs et fréquents en 1787-1788 et qui sont attestés par une date d'approbation postérieure à celle de la page de garde. Dès juillet 1788, il n'y a plus cette indication interne de la date de parution.

Description de la collection

224 volumes au total, correspondant chacun à une livraison, soit 16 volumes par an (12 livraisons mensuelles et 4 livraisons doubles). A partir d'avril 1788, la pagination est continue sur deux volumes (A. Martin, La Bibliothèque universelle des romans, p. 8). Environ 215 p. par volume (on promet 9 feuilles). In-12, 95 x 135.

Prix : 24£ à Paris, 32£ en province, 36 sous le volume pour ceux qui n'étaient pas abonnés.

Édition(s), abonnement(s), souscription(s), tirage(s)

Paris, «Au Bureau, rue Neuve Sainte-Catherine, pour Paris. Au Bureau et chez Demonville, Imprimeur-Libraire de l'Académie Française, rue Christine, pour la Province». Les adresses du bureau varient. De nouveaux libraires s'y associent pour les abonnements en province : Moutard en mai 1779 ; Gueffier, oct. 1780, vol. I ; déc. 1780 et juil. 1781, vol. I ; avril 1782, vol. I. Seul Jean-François Bastien est nommé entre juillet 1787, vol. I et juillet 1788, vol. I. L'index littéraire de Martin comprend tous les noms de libraires cités dans les volumes.

Fondateur(s), directeur(s), collaborateur(s), contributeur(s)

Le marquis de PAULMY, Marc Antoine René de Voyer d'Argenson, dont l'associé fut le comte Louis Élisabeth de La Vergne de TRESSAN, tous les deux médiévistes reconnus. Le propriétaire du privilège fut Jean-François de BASTIDE, écrivain professionnel peu estimé des éditeurs de la Correspondance littéraire (juil. 1776, XI, 307). Il devint directeur de fait, toujours avec l'appui de Tressan, à la démission de Paulmy en décembre 1778.

Collaborateurs : Denis Dominique Cardonne, interprète du roi en langues orientales ; André Guillaume Contant d'Orville, associé de Paulmy ; Couchu, spécialiste pour les extraits tirés de l'espagnol ; Jean Marie Louis Coupé, traducteur assez connu ; Jean-Pierre Claris de Florian, nouvelliste ; Barthélémy Imbert ; Pierre Jean Baptiste Le Grand d'Aussy, médiéviste ; Charles-Joseph de Mayer, qui avec Tressan et Bastide fut un des rédacteurs les plus féconds ; Louis Poinsinet de Sivry. Collaborateurs occasionnels, noms cités au même caractère que ceux des collaborateurs connus : Perrin de Cayla ; le chevalier de Cubières ; Digeon ; Nicolas Bricaire de La Dixmerie ; Dugas ; Eidous ; Friedel ; Jacques Vincent de La Croix ; Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye ; Mme Riccoboni. L'index littéraire de Martin comporte une liste de tous les noms d'auteurs, de traducteurs et d'éditeurs qui figurent dans la B.U. R.

Contenu, rubriques, centres d’intérêt, tables

Le périodique fit connaître «l'âme, l'esprit, et pour ainsi dire, la miniature» de tous les romans «que le tems a accumulés» dans le but philosophique de faire comprendre l'histoire des mœurs (Prospectus). La bibliothèque comprend plus de 800 extraits et textes intégraux. Le dernier volume en donne une table alphabétique. Voir aussi la table critique de Martin.

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares

B.N., Y2 8145-8335 ; Rés. Y2 1861-1968 ; Ars., 8° BL 28864. Collection étudiée : réimpression Genève, Slatkine, 1969, 28 vol.

Bibliographie

De nombreuses réimpressions partielles, car les éditeurs tenaient à garder disponibles les anciens numéros pour les nouveaux souscripteurs.

Traduction en anglais, 1780, 2 vol. : A New and Complete Collection of Interesting Romances and Novels translated from the French by Mr. Porney, teacher of French language at Richmond, Surreyet A New Treasure of Knowledge and Entertainment being a translation of that celebrated periodical work now being published in France under the title of Bibliothèque universelle des Romans, London, 1780.

Clapp J.M., «An eighteenth-century attempt at a critical view of the novel : the Bibliothèque des Romans», PMLA, 25, 1910, p. 60-96. – Poirier R., La Bibliothèque universelle des romans, Genève, Droz, 1977. – Martin A., «La Bibliothèque universelle des romans», 1775-1789. Présentation, table analytique, et index, Studies on Voltaire, t. CCXXXI, 1985. – Sauvy-Wilkinson A., «Lecteurs du XVIIIe siècle. Les abonnés de la Bibliothèque universelle des romans. Premières approches», Australian journal of French studies, XXIII, 1986, p. 48-60.

Historique

Le moment choisi par Paulmy pour lancer sa B.U.R. était propice à plusieurs égards. La vogue des collections encyclopédiques continuait. Sa bibliothèque personnelle qui allait devenir le noyau de la collection de l'Arsenal comptait suffisamment de manuscrits et d'ouvrages rares pour remplir les pages pendant des années. En plus, le roman se voyait racheté moralement par le succès de La Nouvelle Héloïse. Bastide s'appuie dans la préface sur la valeur d'une lecture «dirigée par la Philosophie», sur le côté historique des «Romans de tout genre, ceux même de l'imagination la plus folle», et sur les vérités des fictions, tout en soulignant le divertissement et le plaisir auxquels s'attendait le lecteur de romans. Pour réaliser leur double but de l'utile et l'agréable, les éditeurs s'érigèrent plus en critiques qu'en simples compilateurs. Ils choisirent les textes à traduire, en traduisirent certains eux-mêmes, et créèrent même, surtout à partir de 1779, des textes inédits dans le goût du journal. Les traités sur les littératures étrangères furent nombreux ainsi que les commentaires et les notes parfois très étendus et les notices biographiques. Bien qu'on ne promette dans le prospectus que des notices sur les ouvrages les plus célèbres, la B.U.R. en donne souvent de longs extraits : la plupart des textes demeurent consacrés à des fictions plus obscures. Le devoir dont le directeur se chargea étant de parler de tous les romans de tous les temps, le champ fut parfois stérile en intérêt, ce qui ne fut pas toujours bien accueilli par un public aisé et probablement plus féminin que masculin qui dut préférer l'agréable (voir oct. 1787, vol. I, p. 3-8 pour une réponse des éditeurs aux critiques à ce sujet).

En tant que collection de vieux manuscrits et livres rares, le journal chercha ses textes partout. Paulmy en fournit la plupart au début, semble-t-il, mais il ferma sa bibliothèque avec sa démission. Les rédacteurs puisèrent alors dans leurs propres bahuts, dans la Bibliothèque du Roi que Bignon leur avait ouverte, et chez le public, qu'on interrogea régulière ment sur les livres à résumer et sur les lacunes (la littérature allemande, par exemple, sur laquelle les lecteurs du Journal de Berlin auraient peut-être des renseignements qu'ils partageraient avec le public de la B.U.R. (nov. 1776). Le propriétaire paya ces contributions (avril 1780, vol. I, p. 3-6), qui lui furent envoyées par des auteurs et des gens de lettres, des amateurs et des gens de qualité, et par, tout simplement, «de jolies dames».

Les sujets traités par la B.U.R. se divisent en huit classes inspirées de celles de Lenglet Dufresnoy : les traductions des anciens romans grecs et latins ; les romans de chevalerie, redécouverts grâce en partie à la B.U.R. ; les romans historiques, classe inégale puisque le journal manqua souvent de matières pour les littératures moins connues telles la Scandinave et l'allemande, comme nous venons de le voir, tandis que les ressources en d'autres domaines, surtout la littérature ibérique, abondaient ; les romans d'amour, y compris beaucoup d'ouvrages contemporains dès 1780 ; les romans de spiritualité, de morale et de politique ; les romans satiriques, comiques et bourgeois ; les nouvelles historiques et les contes ; et les romans merveilleux. L'intention de traiter méthodiquement les huit classes se transforma à partir du cinquième volume, ces limites ne répondant ni aux textes disponibles ni aux désirs du public. Les romans de chevalerie et de la littérature du seizième siècle furent applaudis et donc multipliés, alors que les romans traduits du grec et latin furent si peu nombreux que cette rubrique ne fut gardée qu'une année, après quoi la première classe devint celle des romans étrangers, un quart environ de la collection. En janvier 1778, vol. I, le directeur annonce un nouveau plan : l'alternance entre les romans français par ordre alphabétique et les romans étrangers, historiques et de chevalerie, et la suppression des autres classes. Quand cette tentative fut abandonnée en août 1780, on était toujours à la lettre «A» pour les romans français. Le directeur n'avait d'ailleurs pas totalement retiré le cinquième groupe, les romans de spiritualité, devenu romans mythologiques en mai 1780, car six extraits parurent pendant ces deux années. La notation de la classe devient de plus en plus irrégulière dans les volumes qui restent, pour disparaître presque complètement dans les deux dernières années. On sent aussi des difficultés d'organisation dans certaines décisions de classement plus ou moins arbitraires : des romans historiques qui conviennent aussi bien au groupe des romans merveilleux ; des romans d'amour qui se trouvent à la classe historique par leurs héros royaux, des aventurés de chevalerie parmi les romans étrangers par leur origine nationale. Les rédacteurs firent même des extraits de drames ou de poèmes épiques quand les romans manquaient dans une classe, sous le prétexte qu'il s'agissait au fond d'œuvres d'imagination. Les articles où la classe est indiquée pèsent ainsi dans la totalité de 46 700 p.: romans étrangers, 22,3% ; de chevalerie, 11,29% ; historiques, 14,59% ; d'amour (et romans français), 24,6% ; de spiritualité, 3,9% ; satiriques, 2,4% ; nouvelles, 2,73% ; merveilleux, 2, 06% ; sans classe, 16,13%.

Les commentaires et la disposition des textes révèlent une méthode qui vise déjà à l'édition critique. Les textes sont presque toujours situés par des remarques, souvent développées sur plusieurs pages, et on éclaire les obscurités de l'histoire par des notes ou par des explications dans le texte même. On fournit des clés, des notices biographiques, et des notes pour terminer la narration quand l'analyse n'est pas intégrale. L'attention portée à la traduction n'est pas surprenante dans un journal où plusieurs membres de l'équipe, et notamment les chefs, s'en occupaient. Les notes sur les traducteurs sont parfois aussi longues que celles sur les auteurs, et les mots et expressions qui se traduisent difficilement, surtout de l'ancien français, sont commentés. La liste des éditions successives et les traductions d'un ouvrage comprennent souvent un conseil sur le meilleur des textes, et il arrive que deux versions du même ouvrage soient analysées, afin que le lecteur puisse les comparer. Quand un auteur fond plusieurs histoires pour en composer une nouvelle, les sources sont parfois signalées (la narration du Roland, par exemple, oct. 1777, vol. II). Les paternités littéraires et les dates douteuses se voient rétablies, et la marche et le style de la version originale sont consciemment respectés.

Le périodique, bien que collection d'œuvres d'imagination, tenait pour la forme à la valeur de la vérité historique. La présentation et les notes des romans historiques et de chevalerie corrigent les erreurs de fait et rappellent au lecteur que telle aventure fut tirée de l'histoire ou ne le fut pas. Mais tout en recommandant l'impartialité de la donnée historique, la B.U.R. ne fut guère exigeante ni sur la provenance du texte ni sur la fidélité à son état primitif. Après le départ de Paulmy, les éditeurs n'hésitent pas à extraire leurs récits soi-disant historiques des romans des seizième et dix-septième siècles. Quand un «monument historique» n'existait pas ou qu'une histoire manquait de conclusion, l'écrivain se crut autorisé à en inventer. Si la conclusion ne plaisait pas, il fallait la transformer, et les détails ridicules ou indécents durent être censurés. Un collaborateur l'expliqua en août 1775 : «Il faut que la fable ne s'écarte de la vérité que pour en orner les traits ; et l'on ne pardonne pas au Romancier d'altérer l'histoire, s'il ne sait point l'embellir» (p. 145). En vue de cet embellissement, les rédacteurs prirent d'autres libertés plutôt littéraires avec leurs textes, tout en essayant de conserver leur caractère original. Ils changèrent la disposition du plan, firent ressortir les événements principaux, et développèrent ou réduisirent les histoires. Les personnages qui manquaient d'énergie en eurent. Les longueurs et les détails ennuyeux furent supprimés et les histoires confuses se démêlèrent. Le style devint plus pur. Les collaborateurs récrivirent enfin les histoires, comme celle que Tressan raconte de mémoire après 45 ans (janv. 1777, vol. I, p. 47-50), ou comme cette autre narration de Bocace qui, dit l'éditeur, l'aurait sans doute traitée de la manière de la B.U.R. s'il avait pu prévoir ces lecteurs français (juil. 1779, vol. II, p. 4).

Le goût littéraire de la B.U.R. reste plutôt conservateur avec toutefois certains indices qui situent la collection bien dans son temps. Les écrivains louent un style chaleureux caractérisé par l'énergie et l'animation plutôt que par l'esprit et la sécheresse. Ils préfèrent la naïveté et la simplicité aux prodiges de mémoire et de brillance de leurs contemporains. Les hiérarchies et les définitions existent pour eux, ils acceptent alors difficilement le «goût du terroir» des romans anglais, les romans-fleuves, et les images grotesques ou sanglantes, bien qu'ils cherchent et louent partout les détails réalistes des tableaux de mœurs peints par le romancier. Si celui-ci jouit d'une relative liberté, il doit en même temps se rendre compte que les grands principes, la vraisemblance, l'unité, la vérité des caractères, valent dans le roman dans la même mesure que dans le drame. Le romancier habite le domaine de l'imagination, c'est un principe souvent répété, mais de là aux théories d'un Diderot sur le génie et l'originalité il y a un pas qu'aucun critique ne fait. Le roman admet aussi la sensibilité, et sur ce point la B.U.R. est bien de son temps avec ses élans : «Mais le sentiment ! le sentiment ! que ne pense-t-on pas, que n'imagine-t-on point avec un cœur sensible» (juil. 1786, vol. II, p. 168) ; et ses affirmations : «Un Roman qui ne parle point à l'âme sensible, quelque mérite qu'il ait d'ailleurs, est, à notre avis, un Ouvrage très-médiocre, pour n'en pas dire plus» (avril 1779, vol. II, p. 22). Comme dépôt littéraire, la B.U.R. trouva naturellement plus de richesses dans le passé que dans le présent, qui fut condamné pour son manque de gaîté, sa froideur, la corruption des mœurs, le factice, et son goût en littérature pour les marquis fades et la galanterie. Cependant, ce public de l'ancien régime réserva une bonne part de son enthousiasme pour des héros d'un tout autre âge, ceux de la chevalerie, et dont les histoires contribuèrent beaucoup au succès du journal. La B.U.R. fit prévaloir aussi le classicisme de Mme de La Fayette et critiqua la diffusion et l'exagération des Scudéry, en fournissant de longs extraits des ouvrages des deux écoles. Les romans étrangers, que le propriétaire appelait «une nouvelle branche de littérature» (janv. 1779, vol. II, Avis), remplirent, comme nous l'avons vu, près d'un quart de la collection. On trouve aussi de nombreux extraits des écrivains du dix-huitième siècle (Lesage, Prévost, Marivaux), dont peu de très récents et aucun de Voltaire ou de Rousseau.

Depuis le début de la B.U.R. les directeurs insistèrent sur la bienséance et l'honnêteté, une circonspection nécessitée encore peut-être par la réputation des romans. Les éditeurs n'hésitèrent pas à couper les endroits scandaleux ou les expressions trop libres, surtout dans les romans de chevalerie. Ce fut cependant l'éditeur responsable de ces histoires, Tressan, qui provoqua à ce sujet la démission du directeur, Paulmy. Celui-ci critiqua des libertés que Tressan s'était permises, et le conflit n'étant pas résolu autrement, Paulmy retira son appui en décembre 1778. Le motif de la rupture fut-il connu ? Les protestations de décence augmentent curieusement sous la nouvelle direction de Bastide.

Malgré l'insuccès de deux tentatives de réédition in-quarto (1782) et (1787), le journal fut bien reçu du public. Le directeur parle souvent dans les avis de ce bon accueil, qui est d'ailleurs attesté par les 224 volumes publiés au cours de 14 ans. Les raisons de l'interruption du périodique restent inconnues. On lit à plusieurs reprises l'embarras des éditeurs devant la difficulté de plaire en même temps aux savants et au public. Un obstacle moins surmontable fut sans doute le début de la Révolution ; les derniers volumes parurent probablement en retard sur la date indiquée avec le titre. Quelles que soient les vraies explications, on peut constater la fin du journal dans une table complète marquée juin 1789.

Additif

Localisation(s), collections connues, exemplaires rares: Österreichische Nationalbibliothek, Wien (réédition in 8°), 258095-B ; B. U. Pavie, M.V.10.N.1) ; Biblioteca Civica Bertoliana, Vicence, E.1.4.4-15 ; B. N. Sagarriga, Bari, DZ 76 H 0010/0021 ; BNCF, Palat., Florence, 17.1.4.3.

Bibliographie: Traduction en italien, in-8, 4 vols., traducteur[s] inconnu[s]. Édition réalisée à Milan par Bastide: Biblioteca universale dei romanzi opera periodica in cui si dà l’analisi ragionata dei romanzi antichi, e moderni, con aneddoti e notizie storiche, e critiche, le quali riguardano gli autori, e le loro opere, i costumi, gli usi de’ tempi, le circostanze particolari, e relative, e le persone conosciute, trasfigurate, o emblematiche, Milano, Presso Giuseppe Galeazzi, 1790 [vol. 1/7](Biblioteca Manfrediana, Faenza, R 010 005 030 (on a examiné ces volumes) ; Österreichische Nationalbibliothek, Wien, 258042-B ; B. U. Pavie, M.V.10.N.2; Biblioteca Comunale, Periodici, Côme, A 787 (pour cette dernière indication, voir Lucinda Spera).

L’édition italienne, signalée par Emilio Bertana (« Pro e contro i romanzi nel Settecento », Giornale storico della letteratura italiana, XXXVII (1901), p. 348-349) et par Giambattista Marchesi (Studi e ricerche intorno ai nostri romanzieri e romanzi del Settecento, Bergamo, Istit. italiano d’arti grafiche, 1903, p. 424-425), a été présentée pour la première fois par Lucinda Spera, en 1991 (voir infra).

Masseau D., « Le rôle des extraits de la Bibliothèque universelle des romans », La licorne, vol. XXI (1991), p. 187-194.

Spera L., « Una proposta editoriale d’Oltralpe : la Bibliothèque universelle des romans e la sua traduzione italiana », Rassegna della letteratura italiana, 1991/1-2, p. 66-71).

Sauvy-Wilkinson A., « Les souscriptions à la Bibliothèque Universelle des romans (1776-1780) », dans L’Europe et le livre. Réseaux et pratiques du négoce de librairie XVIe-XIXe siècles, Paris, Klincksieck, 1996, p. 371-382.

Hall M., « Gender and Reading in the Late Eighteenh Century: The Bibliothèque universelle des romans », Eighteenth-Century Fiction, [Hamilton Ontario], McMaster University, vol. 14 (2002/3), p. 771-789.

Marinai F., « Jean-François de Bastide in Italia (1788-1798) : gli ultimi anni della carriera di un écrivain professionnel », Rivista di Letterature moderne e comparate, vol. LXV (2012/2), p. 135-166.

Marinai F., « La Bibliothèque universelle des romans (1775-1789). Genesi e sviluppo di un’idea », Rivista di Letterature moderne e comparate, vol. LXVIII (2015/1), p. 1-32.

Historique: Parmi les nombreuses initiatives éditoriales que Bastide entreprend de 1790 à 1798, pendant son séjour en Italie, figure une réédition in-8 de la Bibliothèque universelle des romans (BUR). L’approbation,signée à Milan (censeur: Alfonso Longo) date du 29 mars 1790, et l’édition française est immédiatement suivie d’une autre équivalente, en italien, du même format : ce « redoublement » éditorial est une caractéristique de presque toutes les œuvres composées et publiées par Bastide dans les dernières années – italiennes ‒ de sa carrière de journaliste et d’écrivain.

L’édition française débute en mars-avril 1790 ; les livraisons continuent, mensuellement, jusqu’au volume 12; la BUR italienne (sans approbation) s’arrête auparavant, au volume 4 (dans les cinq derniers volumes l’éditeur change, et on joint le sous-titre : Nouvelle édition enrichie de romans traduits de l'italien, & de l'allemand, intéressans, & rares, (s.l.), 1790 [vol. 8/10]-1791 [vol. 11-12]). L’éditeur milanais Giuseppe Galeazzi s’en occupe, mais seulement jusqu’au septième volume de l’édition française ; à partir du huitième (publié, probablement, entre octobre et novembre 1790), Galeazzi est remplacé par un autre éditeur – de Turin, peut-être – qui n’est plus indiqué.

Quelques mois plus tard, alors que sortent ou viennent de sortir les deux derniers volumes français (onzième et douzième, datés 1791), Bastide se déplace à Florence : les ventes du périodique, évidemment, ne marchent pas et la BUR italienne s’est déjà arrêtée, au quatrième volume. Un nouveau prospectus (de la seule édition française) est donc imprimé « à Florence », par les presses de Gaetano Cambiagi: Prospectus Quatrième Edition in 8.° de la Bibliothèque Universelle des Romans, à Florence, à l’Imprimerie Royale, 1791 ; in-8°, p.[4]-XVI (BNCF, Palat., Florence, Misc. 3. C. 14. 10.). On y propose à nouveau la préface de l’édition milanaise qui provenait elle-même d’un Avant-propos préparé pour la BUR en 1787, lors d’une première tentative de réédition in-8° de la collection. Il existe un prospectus de l’édition de 1787 : Nouvelle édition in-8° de la Bibliothèque universelle des romans, à Paris, de l’Imprimerie de Demonville, 1787 (München, Bayerische Staatsbibliothek, P.o.gall. 2310.3).). Par rapport au texte de 1787, la seule différence détectable est dans les paragraphes où sont illustrés les rapports entre Bastide et ses anciens collaborateurs et associés (le marquis de Paulmy, le comte de Tressan et Madame Riccoboni) : la première personne du pluriel, qui soulignait dans le texte original la collégialité du travail rédactionnel, fait place, dans la préface de 1790 et dans le prospectus de 1791, à une première personne du singulier, nettement autoréférentielle. La préface de la « double » édition milanaise se termine (BUR, 1790, vol. I, p. xxiii-xxviii) par un paragraphe de Considérations particulières sur les romans d’Italie, et les romanciers de cette nation. Le texte, qui n’est pas republié dans le Prospectus florentin – contient une réflexion historico-critique sur l’état du roman en Italie, et provient, lui aussi, de la BUR (août 1776, p. 5-15). Toujours en accord avec le contenu de la préface des éditions milanaises, la brochure florentine se termine avec la reproduction d’une lettre d’encouragement que Voltaire avait adressée le 15 août 1775 aux éditeurs et aux auteurs du périodique, alors débutant (Prospectus, 4ème édition in 8°,p. xi-xvj) ; ici aussi, avec désinvolture, Bastide remplace l’original « Messieurs » utilisé par Voltaire, par un « Monsieur » qui lui permet de se poser comme le seul destinataire de la lettre.

L’existence de cette édition in-8°, valorisée par la présence des deux éditions parallèles, française et italienne, ajoute un nouvel élément de complexité – mais aussi d’intérêt – à l’histoire éditoriale très compliquée de la collection. Dans cette perspective, le prospectus florentin fournit des informations supplémentaires :

Les trois premières éditions de cet ouvrage étant épuisées, on en avoit commencé une quatrième, in 8.°, à Paris; les trois premiers volumes avoient déjà paru. Les événemens qui suivirent cette époque en France, arrêterent une entreprise, que le public avoit, pour ainsi dire, determiné par ses vœux. Monsieur de B*** se trouvant aujourd’hui en Italie, où l’amour des arts l’a conduit, quelques personnes d’esprit, quelques imaginations tendres l’ont excité à s’enrichir de nouveaux trésors […]; et à reprendre le dessein de son édition […]. Le sentiment a décidé. L’édition a été commencée; et les douze premiers volumes paroissent. Chaque livraison sera du même nombre de volumes, et aura lieu tous les six mois. Le volume, in 8.° (240 pages) est fixé à deux paoli (Prospectus, 4e éd.in 8°,p. [3-4]).

Cependant, malgré les efforts pour stimuler les ventes et les abonnements en augmentant le rythme de publication, l’initiative s’arrête dans les premiers mois de 1791 et le bilan final des volumes publiés est de 4 pour l’édition italienne et de 12 pour la française.

En outre, l’examen du contenu des cinq derniers volumes de la BUR française contredit ce qui était indiqué dans le sous-titre : aucune trace des nouveaux « romans traduits de l’italien & de l’allemand » annoncés ; les extraits, déduction faite de quelques déplacements non significatifs, sont ceux déjà publiés, en 1775-1776, dans les premiers volumes de la collection in-12.

Dans un Avis à la fin du premier volume de l’édition française (absent de l’édition italienne), on trouve, cependant, une indication importante:

On souscrira pour cet Ouvrage chez les principaux librairies d’Italie, de France et du reste de l’Europe, lesquels s’adresseront (pour l’Italie) à Milan, chez Joseph Galeazzi, imprimeur libraire; et pour la France, à Paris, au bureau de la Bibliothèque des Romans, rue des poitevins n° 20. Il paroîtra, tous les mois, un volume de quinze feuilles, in 8°, c’est-à-dire de 240 pages, on le payera 48 sols de France (BUR, 1790, vol. I,p. 203).

L’adresse parisienne de l’Avis établit un lien de propriété formel et explicite entre la BUR milanaise – apparemment, propriété exclusive de Bastide – et la BUR de la série principale, dont les quatorze derniers volumes – datés d’août 1788 à juin 1789, mais publiés et distribués en 1790 – sont également achetés, à Paris, à la même adresse : « Au Bureau, rue des Poitevins n° 20 ». Évidemment, Bastide est de nouveau (dès 1789, presque sûrement) le propriétaire de la BUR, et en avril 1790 – date approximative de publication du volume contenant l’Avis cité ‒ un bureau parisien du périodique est encore ouvert et actif, et les derniers volumes in-12 sont en distribution.

En octobre-novembre 1788, le libraire Bastien avait été sollicité pour reprendre la publication de la BUR, interrompue (après une banqueroute) en 1787 ; cette charge lui avait été conférée par un « nouveau propriétaire » inconnu, succédant à Bastide (voir Martin, Angus, La Bibliothèque universelle des romans, Oxford, The Voltaire Foundation, 1985, p. 12-13). Le premier volume publié chez Bastien porte la date d’août 1787 (il faut récupérer, en antidatant les volumes, une interruption de quinze ou seize mois) ; les livraisons de Bastien continuent jusqu’au numéro d’août 1788 – publié, environ, au second semestre de 1789 ; puis Bastien disparaît, remplacé par un éditeur qui n’est plus indiqué et qui imprime les quatorze derniers volumes in-12 de la collection. À ce changement de libraire correspond, certainement, un nouveau changement de propriété, laquelle est réacquise par Bastide : hypothèse confirmée par un passage d’un prospectus pour une édition de ses Œuvres diverses et choisies, où l’écrivain déclare qu’il peut à nouveau disposer librement de la BUR : « Le parti que je viens de prendre, et qu’un Prospectus a annoncé, relativement à la Bibliothèque des Romans, me permettant de disposer de moi-même, j’exécute mon projet » (Œuvres diverses et choisies de M. de Bastide, En douze Volumes in-8° [Prospectus, avec biographie de l'auteur], à Paris, chez Bastien, 1789, p. i; BMVR Alcazar, x d 5615).

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